LIVRE Ier. CHAPITRE IV
talion; il rassemble ses troupes et proclame l'indépendance de sa royauté (1).
L'empereur, à la tête d'une nombreuse armée , marche aussitôt vers l'Italie ; Bernard , déconcerté à l'approche d'une force aussi redoutable, et affaibli par des désertions multipliées , dépose le glaive sans combattre ; l'infortuné jeune homme se remet à la miséricorde de son oncle.
Le roi de Lombardie et ses principaux adhérons , jetés dans des cachots , sont livrés à des juges qui, après une longue procédure, condamnent le jeune monarque à perdre la vue. On exécuta l'affreuse sentence avec une cruauté calculée, qui entraîna la mort du malheureux petit-fils de Charlemagne peu de jours après son supplice.
Les partisans du jeune prince, appartenant au haut clergé , furent dépossédés de leurs sièges , de leurs seigneuries , et subirent en outre le châtiment de l'exil.
Les laïques, impliqués dans le procès, furent condamnés à mort. Louis se contenta de
Nos annales françaises s'accordent généralement à faire dater la diète de Tannée 81 7, et la mort de Bernard de 818. Nous avons adopté cette double date.
(1) MURATORI. — GlTJLTNl. — VERRY. — Histoire de l'Eglise. — Puffendorff.
leur faire subir , mais avec moins de rigueur , le supplice infligé à leur roi.
Andréa raconte autrement le malheur dont le fils de Pépin fut victime : cet historien ne fait mention ni de l'outrage reçu à la diète d'Aquisgrana ni de la révolte du roi de Lombardie.
D'après Andréa , Hermengarde, feignant de vouloir se réconcilier avec Bernard dont elle s'était hautement proclamée l'ennemie , l'aurait fait solliciter de se rendre à sa cour. Le jeune roi , trompé par les fallacieuses protestations des émissaires d'Hermengarde , serait accouru en France , heureux de voir enfin approcher le terme d'odieuses persécutions. L'impératrice , à l'insu de l'empereur, aurait fait saisir et jeter dans les cachots le crédule fils de Pépin , lui aurait fait crever les yeux dans sa prison , et le malheureux prince serait mort peu de jours après cet affreux supplice.
Les historiens d'Italie se montrent assez portés à adopter cette version. De là , cette incertitude , chez eux, sur l'époque de la mort de Bernard , puisqu'elle n'aurait plus eu pour cause la révolte qui suivit la diète d'Aquisgrana. Giulini , sans s'expliquer sur celui des deux récits qui lui paraîtrait le plus vraisemblable, dit que les historiens français, en ne faisant aucune