LIVRE Ier. CHAPITRE V
nous servir qu'à ajouter un trait de plus au tableau des mœurs, des principes et des préoccupations de cette époque , séparée de nous par dix siècles.
Chose étrange ! c'est de l'Espagne catholique, où le culte du Christ eut ses autels si long-temps rougis de sang par la rage des sectateurs de Mahomet, c'est de cette Espagne enthousiaste au moment où la foi romaine y soutenait contre l'islamisme de si rudes épreuves, que fut jeté ce brandon de discordes qui , quelque temps, porta le trouble et le scandale dans les États d'Occident.
On raconte que Théocliste (1), prédécesseur d'Elipand , métropolitain de Tolède , avait mis en question, pendant la seconde moitié du vme siècle , si Jésus-Christ , en qualité d'homme , était fils de Dieu selon la nature, ou s'il ne l'était que par adoption. D'abord Elipand avait mis un grand zèle à combattre ces erreurs qui souillaient la pureté de la foi ; les Migétiens avaient eu en lui un puissant adversaire (2);
(1) Le R. P. Pinchinaï, Dict. chronol., sur l'origine de ridol. , art. Félix d'Urgel.
(2) Ferreras, Hist. gêner. d'Espagne, T. il, part, iv, siècle vnr d'après la lettre d'Elipand lui-même à l'abbé Fidèle, citée par saint Béat dans les livres écrits contre cel évèque. T. xui , Bibliothèque des Pères ; imprim. par \nisson.
aussi quelle ne fut pas la surprise de la chrétienté , quand on vit ce métropolitain , publier tout à coup la doctrine de l'adoption du Christ. Saint Béat , prêtre de Valcabède . lieu situé au pied de la montagne de Liebane, et Ethérius, évêque d'Osma, deux hommes renommés par leurs vertus et la profondeur de leur science , s'élevèrent aussitôt contre cette doctrine, qu'ils signalèrent comme la vieille erreur de Nestorius, présentée sous de nouveaux termes pour séduire les ignorans.
Elipand n'en devint que plus opiniâtre dans son erreur qu'il fit partager à quelques prélats d'Espagne ; Félix , évêque d'Urgel , embrassa l'hérésie avec feu (1).
(1) FERRERAS , Hist. gènér. d'Espagne, T. il , part. IV, siècle vin, ann. 787. Cet historien cite Jonas d'Orléans, Eginhart et le poète Saxon.
Quelques auteurs croient qu'Elipand ne publia son erreur qu'après Félix ; Fleuri émet cette opinion dans son Histoire ecclésiastique. Cependant, comme le fait observer le traducteur de Ferreras (pages 516 et 519) , la première lettre de Félix est de 787, tandis que celle d'Elipand à l'abbé Fidèle, citée par saint Béat, est de 783. Ainsi , au lieu de penser avec Fleuri et quelques autres historiens, que Félix fut l'auteur de la filiation de J.-C. , nous devons croire , avec Ferreras et le P. Pinchinat, que le prédécesseur dFlipand au siège métropolitain de Tolède l'enseigna , qu'Flipand l'adopta après l'avoir combattue, et que Félix d'Urgel ne fut que leur disciple et le champion de leur erreur, Berrault-Bercastel partage cet le dernière opinion, T. iv, p. 21 8 , Histoire de l'Eglise.