CHAPITRE V
Hérésie d'Elipand et de Félix. — Charlemagne la comprime. — Claude la ressuscite sous l'empereur Louis. — Fermentation en Lombardie. — Mort d'Hermengarde. — Projets d'abdication de Louis. — L'empereur épouse Judith. — Remords de Louis à l'occasion de la mort de Bernard. — Déplorables scènes d'Attigni.— Lothaire prend possession du royaume d'Italie. — Levée de boucliers de Liutwide. — Mort du duc rebelle. — Singuliers rapprochemens. — Visite de Lothaire à l'église de Grabadona, — Tableau miraculeux. — Troubles et schisme à Rome. — Sages et énergiques mesures de Lothaire. — Constitution des neuf articles. — Ses conséquences logiques.
De 81 Ix à 82û.
L'hérésie, dans les temps dont l'histoire nous occupe, était sur le trône en Orient; elle y fut menaçante, terrible et fît de nombreux martyrs.
L'Occident eut aussi ses erreurs religieuses ; mais les rois y donnaient l'exemple de la fidélité au culte orthodoxe ; ces erreurs n'y firent naître que des controverses, n'entraînèrent que la disgrâce et l'exil de deux prélats, sectaires entêtés; mais n'occasionnèrent aucune de ces odieuses persécutions qui ensanglantaient l'Orient ; elles furent rares, trouvèrent peu de sectateurs , et il n'est pas vrai que presquç tout
l'Occident ait , selon l'assertion inexplicable et évidemment erronée de Voltaire (1), rejeté le culte des images au siècle de Charlemagne.
Il est vrai, et nous le répétons, que quelques troubles , occasionnés dans les esprits par des doctrines contraires aux principes du catholicisme , vinrent augmenter les embarras amoncelés devant la faiblesse de Louis-le-Débonnaire.
Charlemagne, lui aussi, avait eu à lutter contre de semblables désordres; mais pour ce vaste génie l'hérésie n'avait été qu'un adversaire de plus à vaincre. Aidé par les conciles, il écrasa de son pied puissant les têtes de l'hydre , sans ralentir d'un seul pas sa marche triomphale ; l'hydre montra encore une tète au débile regard de son successeur qui, se troublant et n'osant la combattre , laissa défaillir , devant les préoccupations de sa terreur , le peu de force qu'il lui restait , et dont il eût eu un si grand besoin pour faire face aux graves événemens qu'allait susciter la turbulente ambition de ses fils.
Quelques mots sur les commencemens , les phases et les doctrines de celte hérésie, nous paraissent nécessaires, dùl cette digression ne
(1) Hi$t. du Siècle de Louis A ///, ch;i|>. \\\\ I.