‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 76 sur 246 · LIVRE Ie'. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE Ie'. — CHAPITRE V

La puissance , quand elle a donné des gages de sa force , prévient, fait avorter les nouveaux périls à naître; car nul n'ignore que ces périls elle les redoute, non par la crainte d'en être débordée , mais seulement par la triste prévision des rigueurs qu'entraîne toujours une victoire qu'elle sait bien d'avance lui être assurée.

La puissance, sans la force, loin de les prévenir, évoque ces mêmes périls par les terreurs qu'ils lui inspirent et qu'elle ne sait pas dissimuler ; son intime conviction , aussi bien que l'opinion générale de son insuffisance pour en triompher, sèment les embarras et le danger sous ses pas. C'est ce qui arriva sous Louis-le- Débonnaire.

Un élève de Félix d'Urgel , Claude, prêtre, natif de Catalogne, s'était fait remarquer par une profonde étude des lettres sacrées ; son habileté comme écrivain ecclésiastique l'avait fait élever à la charge de chapelain de l'empereur Louis.

L'évêché de Turin venant à vaquer, Louis y fit appeler Claude, pour le récompenser de ses écrits et de ses services (1).

Ce prêtre, imbu des maximes de Félix et d'Elipand , était resté leur muet sectaire tant que le regard fascinateur de Chaiiemagne avait im-

(I) Ferreras, T. u , part, iv , siècle i\f.

posé à son audace ; mais quand Louis fut devenu le maître du vaste empire d'Occident ; quand Claude, comblé de ses faveurs, put se convaincre de tout le vide laissé par Charlemagne sur le trône que ce grand prince avait légué à son fils, l'audacieux prélat, fier de son savoir, enhardi par la faiblesse de ce nouveau maître, osa bientôt lever le masque. Peu d'années s'étaient écoulées depuis qu'il occupait le siège épiscopal, quand on le vit non seulement se faire le défenseur de l'hérésie de Félix et d'Elipand , mais encore professer ouvertement l'erreur des iconoclastes. Offensé de ce que tous les évoques de l'Église catholique s'étaient élevés contre lui (1), et d'une lettre où l'abbé Théodomir, son ancien ami, qui l'avait toujours appelé son frère (2), lui reprochait aigrement son erreur, l'orgueilleux Claude publia une nouvelle apolo-

(1) Plusieurs savans ecclésiastiques, parmi lesquels on cite Jonas , évêque d'Orléans , Agobard , archevêque de Lyon, et DUNGAL (Dungalo, d'après Giulini , professeur à Pavie) , publièrent d'éloquentes réfutations. Celle de Dungal est parvenue jusqu'à nous.

B. -B. ( Histoire de l'Eglise ) dit que Dungal était reclus dans le monastère de Saint-Denis. Les assertions de B.-B. et de Giulini peuvent être également vraies : Dungal, placée comme nous le verrons plus tard , à Pavie par Lothaire, en 82/4, peut avoir appartenu au couvent de Saint! Denis.

(2) Jonas d'Orléans, liv. r\ <h( Culte des Images. Ferreras, aimées p!5ci s:>f>.

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