LIVRE Ier. CHAPITRE V. I
La mort vint inopinément enlever Hermengarde à l'affection de l'empereur. Louis frappé par ce coup imprévu, débordé par les vicissitudes de la souveraine puissance, courbé sous le faix de tant de charges et abreuvé des dégoûts incessans que lui attiraient de toutes parts les querelles religieuses , Louis cède enfin au poids de ses soucis et de sa douleur ; il manifeste l'intention d'abdiquer et d'embrasser la vie monastique.
À cette annonce , les conseillers de la couronne et les courtisans s'effrayèrent de voir approcher le terme de leur faveur ; incertains s'ils retrouveraient, auprès des fils , les avantages et les honneurs que leur accordait le père, peu rassurés , d'ailleurs , sur les conséquences pour l'empire lui-même , de l'ambition des trois frères rivaux, ils combattirent ouvertement la résolution de leur maître. L'Europe resta spectatrice attentive de ce drame , dont le dénoûment, en cas d'abdication, semblait devoir être le point de départ d'une ère de troubles et de collisions sanglantes.
La Lombardie dut apporter plus d'intérêt que tout autre peuple à ce spectacle, puisque le prince qui lui était destiné pour roi , allait peutêtre prendre en main le sceptre impérial; elle en attendit dans le calme , mais non sans anxiété ,
16 i PREMIÈRE ÉPOQUE.
le dénoûment qui fut tel qu'on devait l'attendre du caractère irrésolu de Louis et de l'incessante obsession des courtisans menacés dans leur cupidité d'abord , puis dans leur dévouement plus ou moins sincère à la chose publique.
Le projet d'abdication fut abandonné. L'isolement où la mort d'Hermengarde avait plongé l'empereur, ayant; plus que tout, contribué à amener une- résolution dont on s'était si vivement ému, les courtisans virent, dans un nouveau mariage de Louis, un gage de sécurité contre le retour de pareilles inquiétudes. Sur leurs pressantes sollicitations , Judith , fille de Welf ou Guelfe , duc des Bavarois , fut acceptée comme épouse par l'empereur. Mais cette union, qui plus tard devint si fatale à l'empereur et à l'empire, ne cicatrise qu'une seule plaie de ce cœur abattu. Une pensée fixe, un remords poignant obsèdent l'esprit faible du monarque. Louis se souvient trop tard d'avoir promis , par serment, à son père , d'être le protecteur de ses sœurs , de ses frères, de ses neveux.
Comment a-t-il tenu cette promesse faite près du lit d'un père mourant en échange de la couronne impériale? Qu'a-t-il fait du fils de Pépin, de son malheureux neveu, de Bernard que pleure la Lombardie? Comment réhabiliter la mémoire