‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 95 sur 246 · LIVRE 11. CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE 11. CHAPITRE 1er

que des Lombards. Qui occupait les emplois publics? Qui percevait les impôts? Qui profitait des taxes dont on chargeait la nation? Les Lombards , toujours les Lombards.

Jamais un Italien ou Romain ne prit part, sous cette domination tutélaire , à aucune délibération, à aucun acte d'intérêt national, et ne fut appelé à aucune charge publique*

C'est la voix grave et consciencieuse de Manzoni qui affirme et prouve ces étranges choses !

Mais la loi romaine sous laquelle on avait laissé vivre les Romains, cette loi, dit Manzoni (1) , établissait des offices , réglait des attributions que la conquête effaça. Les rapports, les conflits entre les anciens habitans et les nouveaux, la loi romaine n'avait pu d'avance les régler ! Cette loi romaine, qui était obligatoire pour les Italiens , était-elle une sauvegarde pour le maintien de leurs droits ? Qui interprétait cette loi ? Qui l'appliquait comme juge? Des Lombards, vous répondent Maffei et Manzoni (2).

(1) Discorso Storico , cap. m, page 383.

(2) A ces noms quelques critiques seront tentés peut-être de s'écrier, comme Montesquieu , à propos du livre de l'abbé Dubos , sur Y Etablissement des Francs dans les Gaules : « Mais l'auteur a puisé dans de mauvaises sources pour un » historien : ce n'est point sur des ouvrages d'ostentation » qu'il faut fonder de& systèmes. * » La poésie n'est pas la

* Montesquieu, Esprit des Lois, L. xxvu, cïiàp. in.

Maintenant, comment comprendre que des historiens, justement accrédités, aient écrit que les Lombards et les Romains ne formaient plus qu'un seul peuple ?

Qu'on le reconnaisse donc : cette fusion des deux peuples , proclamée hautement par Paul Diacre, et par beaucoup d'écrivains d'après lui, n'est rien moins que démontrée : il y a justice à faire prévaloir l'opinion contraire.

Nous croyons, nous, que le nord de l'Italie, ravagé, ruiné d'abord par les Huns, puis sous les Goths , était tombé comme une proie facile entre les mains des Lombards; que ces nouveaux envahisseurs ayant dépouillé , décimé , sous les règnes d' Alboin et de Cleph , tout ce qui pouvait rester d'habitans riches et puissans dans le pays , et ayant ainsi nivelé une population qu'ils daignaient à peine considérer comme formant un peuple , ne lui avaient laissé ses anciennes lois et coutumes que parce que tel était l'usage de ce temps-là.

D'où put provenir cet usage? En chercherons-

seule gloire littéraire de Manzoni et de Malïei , et les opinions émises par ces deux écrivains remarquables sur l'objet qui nous occupe ne sont point produites dans des ouvrages d'apparat, mais dans de savantes el graves dissertations historiques; elles sont (railleurs appuyées sur des faits et des dorumens sans réplique.

LITRE II. CHAP1TUK Ier. 195

nous la source dans le dédain qu'inspiraient les vaincus à ces conquérans barbares, qui sans doute auraient considéré comme trop mal employé le temps passé à instruire , dans leur législation , la contrée envahie? Faut-il plutôt l'attribuer au désir de maintenir toujours bien distincte la démarcation entre les vainqueurs et les vaincus , de perpétuer le souvenir de la conquête , et de laisser toujours en présence l'oppresseur et l'opprimé? Luithprand, nous l'avons vu , l'a marquée cette limite avec une loi de sang.

Au reste , quelques historiens (1) en accueillant et cherchant à mieux accréditer l'assertion de Paul Diacre , ont eu un but qui n'est pas difficile à pénétrer. Grégoire III , Zacharie et Adrien Ier, ayant appelé les Francs en Italie, ont été la cause première de la défaite des Lombards. En exaltant les bienfaits de ces dominateurs , on rend le Saint-Siège responsable de leur chute et des maux qu'on prétend en avoir été la conséquence.

Les malheurs de l'Italie, à en juger par l'ambition turbulente et toujours inassouvie des Lombards , auraient été , si le nord de la Pénin-

(1) Il ne peut être question ici ni de Giulini ni de i\luratori.

suie n'avait changé de maître \ bien autrement graves que ceux que nous aurons à raconter.

La conquête de Charlemagne ne frappa que les rois et les grands de la Lombardie ; la nation lombarde, qui vivait dans ces contrées depuis six générations > resta sous la protection de la nouvelle dynastie \ aussi bien que la population romaine qui , par ce nouvel ordre de choses , fut tirée de l'état d'ilotisme où la faisait languir la précédente domination,

Le vainqueur proclama, selon l'usage, que les lois et les coutumes existantes chez le peuple conquis seraient respectées et maintenues. On les maintint, mais non à la façon des Lombards.

« Il résulta de la tolérance des vainqueurs , » dit le comte Verry (1), que les siècles suivans » offrirent le spectacle de trois nations différen-

(1) Storia di Milano , T. Ier , pages 103 et 10A.

Le comte Verry, Milanais, a publié, vers la fin du xviir siècle , une histoire de son pays. Cet historien spirituel , mordant, ingénieux, est parfois, dans ses écrits, d'une concision qui , trahissant ou de la paresse à réfléchir ou une grande hâte d'arriver au but , le fait paraître , sur quelques points , un peu superficiel.

Le comte Giulini, autre Milanais , que nous avons déjà cité et que nous citerons bien souvent encore , a publié , en 1760, dix volumes in-4? sur l'histoire de Milan, depuis l'invasion des Francs jusqu'aux VisConti, Ce qui comprend l'espace de près de cinq siècles.

Ecrivain patient, infatigable, scrupuleux jusqu'à la minutie dans ses recherches, profond et lumineux dans ses

Page 1