‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 94 sur 246 · LIVRE II. CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE Ier

» rans , on ne pensait pas même à se faire lé- » gislateur du peuple vaincu (1). »,

Nous trouvons dans l'histoire deux exceptions saillantes à cette coutume générale : l'une, nous l'avons déjà citée , par laquelle Théodoric , roi des Goths , soumit les Goths (2) eux-mêmes aux lois et coutumes des Romains * L'autre est

(1) Montesquieu , Esp. des Lois , liv. xxvm, chap. n. Nous trouvons , dans Y Introduction au Manuel du Droit

français, par J.-B.-J. Pailliet , page 7, une opinion toute contraire aux idées généralement admises et que nous avons adoptées.

« L'Italie , dit ce jurisconsulte , retomba , sous Justin II , » au pouvoir des Lombards , dont Rotne et Ravenne seules » ne devinrent pas la conquête. Les lois des vainqueurs rem- » placèrent si complètement les lois justiniennes 9 que , dans i le IXe siècle , Charlemagne , après avoir vaincu Didier, der- » nier roi des Lombards , et rétabli l'empire d'Occident, vou- » lut faire revivre le droit romain , mais ne put y parvenir ; » car, malgré toutes les recherches, on n'en put trouver » dans toute l'Italie un seul exemplaire. Le droit romain » avait disparu comme un fleuve qui s'ensevelit sous terre ', >) pour ne reparaître qu'à de longs intervalles , sous de » nouveaux cieux et sur une terre nouvelle. »

La perpétuité du droit romain , après la chute de l'empire , est aujourd'hui incontestablement prouvée. Qu'on lise , entre autres discussions , la xp leçon de Y Histoire de la Civilisation, par M. Guizot, T. Ier; qu'on lise surtout Y Histoire du Droit romain dans le moyen-âge , par M. de Savigny, et il ne restera aucun doute à cet égard.

(2) Selon Paul Diacre , les Lombards descendaient des premiers Goths , et formèrent long-temps un seul et même peuple avec les Gépides.

On les appelait Longobardi à cause de la longueur de leur barbe. C'était une nation tout à fait différente des Lombards

tout opposée : « Les Visigoths en France , dit » M. Guizot (1), étaient, au commencement » du vie siècle , dans la même situation que les » Bourguignons et les Francs. La loi barbare et » la loi romaine étaient distinctes; chaque peu- » pie gardait la sienne. Quand les Visigoths eu- » rent été rejetés en Espagne, cet état changea, » Le roi Chindasuinthe (642-652) fondit les deux » lois en une seule et abolit formellement la loi » romaine. »

Ainsi , on le voit , la coexistence de la loi du vainqueur et de celle du vaincu était la règle ; l'abrogation de Tune de ces lois, l'exception.

La conquête des Francs ayant mis fin à la domination des Lombards en Italie , il convient de fixer nos idées sur une appréciation trop longtemps accréditée et évidemment erronée de cette occupation devancière de la nôtre.

Écoutez presque tous les historiens. Écoutez Muratori (2), Giulini (3); ces hommes si graves vous disent :

« La domination des Lombards était si douce

dont parle Tacite. C'est aussi l'opinion de Gunther, d'Othon de Frise , de Gratius et des continuateurs de PufTendorff.

(1) Hùt. de (a Civil., T. r , leç. v\ pages 306 et 307.

(2) iMuhatohi, Anticj. ùaL, dissert. \\i.

:; en il m , Stor. <li Mil., T. !, lih. i , pagfe I.

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» que Romains et Lombards semblaient n'être » qu'un seul et même peuple. »

Écoutez Machiavel (1) :

« Les Lombards en Italie n'avaient plus rien » d'étranger que le nom. »

Le reste des historiens a adopté , proclamé cette opinion comme Giulini, comme Muratori, comme Machiavel, et cela, remarquons-le bien, sur la foi de Paul Diacre (2), écrivain lombard !

Maffei et Manzoni , ces deux esprits si distingués , s'élèvent contre un tel jugement , le repoussent comme erroné, comme injuste, et le combattent par des argumens qui nous paraissent incontestables et dont nous nous bornerons à ne donner que la substance.

Les Lombards et les Romains , dit-on , ne formaient plus qu'un seul peuple.

(1) Machiavel, Storiafwr., lib. i.

(2) Paul Diacre , d'Aquilée , était secrétaire du roi lombard Desiderio. Charles le conduisit en France, le retint à sa cour et l'honora de sa familiarité ; par estime pour sa vaste érudition. Paul , accusé d'être entré dans une conspiration tendant au rétablissement de Desiderio, et interrogé par le roi des Francs , lui répondit avec franchise qu'il serait toujours fidèle à son ancien maître. On raconte que le monarque, irrité, ordonna qu'on lui coupât la main; mais que, rétractant aussitôt cet ordre indigne de lui , il se serait écrié : « Où r> trouverions-nous une main capable comme la sienne d'é- » crire l'histoire ? » Paul se retira auprès d'Aréchis, duc de Bénévent , dont la rébellion ne tarda pas, comme nous l'avons vu , à rappeler Charles en Italie.

Les Lombards n'avaient plus rien d'étranger que le nom.

Nous n'avons , pour bien démontrer l'heureux à propos de cette assertion, qu'à rappeler la loi de Luithprand (1), qui défendait , sous peine de mort, tout mariage entre Romains et Lombards.

Certes cette loi ne date pas des premiers temps de la domination ; Luithprand était contemporain de Charles-Martel : les Lombards ont compté vingt et un rois , et Luithprand en était le dix-huitième (2) !

Poursuivons l'examen de cette touchante fusion des deux peuples.

Qui appelait-on au conseil des rois pour les lois et les décrets à publier? Des Lombards, rien

(1) Luithp. , lib. III , cap. xiv , page 679. Cité par Mansoni.

(2) La loi des Francs , tant salienne que ripuaire , la loi des Visigoths , la loi des Bourguignons , ne renferment rien qu'on puisse invoquer pour motiver cette prohibition si rigoureuse.

Nous nous bornerons à citer deux textes de la loi des Bourguignons :

« Titre x, § 1er. — Que le Romain soit soumis à la même condition que le Bourguignon.

» TITRE xh , § 2. — Si une jeune lillc romaine s'est unie à un Bourguignon sans l'aveu ou à l'insu de ses parens , qu'elle sache qu'elle ne recueillera rien du bien de ses parens. »

Ici la faule ou le délit n'est pas dans le mariage en luimême , mais seulement dans l'absence du consentement des parens.

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