‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 112 sur 137 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Bérenger cliereh« à secouer le joug d'Othoa el à se Teoger des paittsans d'Adébïde. ** Biége du cbâte«tt de Cauose. •* Um armée germaine ùâi lever ee siège. — Mort de Ludolphe. — - Soupçons contre Bérenger. — Tyrannie toujours croissante de ce prince. — Plaintes à la cour de Germanie. — Le prêtre Àdelmann. — Griefs de Tenise. — Ronie se joint aui ennemis du roi de Lombardie. — Oihen part pour la péninsule. ^ Défection des troupes de Bérenger. -* Othon est couronné roi de Lombardie à Milan» et empereur d'Occident à Rome des mains de Jean XII. — Willa et Bérenger tombent aux mains du vainqueur. ^ Vaines intrigues d'Adalbert , leur fils. — - L'avènement d'Othon comme roi de Lombardie et empereur est le terme définitif de l'influence française en Italie et le triomphe de la puissance gemumlfua dans la péninsule.

Otiloo, Ion de m première apparition eo Italie, f*^t borné h j faire reconndtre sa souveraineté, «ans prendre eipticitenent le titre de roi des Lombards. En se rendant aux vœux de l'impératrice Adélaïde, en pardonnant à Bérenger, en le continuant lui et son fib dans la royauté de Lombardie , le prince germain n'avait fait que prendre incomplètement possession de ce royaume. Avec un homme tel que Bérenger, user de tant d'indulgence c'était compromettre un premier triomphe, c'était s'exposer à un prochain repentir, et se préparer le souci d'une invasion nouvelle. En effet, la haine de Bérenger et son besoin de vengeance ne restèrent pas inactifs pendant les troubles de Germanie suscités par la rébellion de Ludolphe, et qui, tout en étant pour Othon une occasion de gloire immortelle , furent aussi un sujet de grave préoccupation pour ce monarque.

Le roi de Lombardie, à la première nouvelle de cette révolte, avait rassemblé à la hâte et dirigé contre le château de Canoaa un nombreux corps de troupes pour recommencer le siège de cette forteresse, occupée par celui qu'il considérait comme la première cause de ses revers. L'intrépide Azzon, livré à ses seules ressources, repoussa victorieusement pendant trois années les attaques des troupes du despote ;

LIVU m. -" COAPITAB T. Ida

mais le taDps pouvait faire ce que n'avaieDt pu ameaer des agressioos de vive force ; les vivres t qu'il avait été impossible de renouveler pendant un aussi long siège et un blocus des plus rigoureux» commençaient à manquer dans la forteresse... Azzon» sachant l'empereur de Germanie aux prises avec son fils rebelle, n'avait pas osé» tant qu'il avait cru pouvoir soutenir le siège , invoquer son secours ; mais aa moment d'être réduit par les maladies et la faminci ce brave guerrier se décida h faire connaîtrez position désespérée au roi de Germanie. Othon, lorsque lui parvint ce message, venait de se réconcilier avec son fils ; d'autres succès récents contre les Hongrois et les Esclavoos lui laissaient un moment de trêve. Il se hâta d'envoyer ce même fils Ludolphe an secours du défenseur d'Adélaïde * .

A l'approche de l'armée germaine , Bérenger leva prudemment le siège de Canosa^ Le fils d'Othon le Grand eut peu de peine à s'emparer de presque toute la Lonibardie , et il allait la soumettre tout entière , quand il fut arrêté dans le cours de ses triomphes par une mort prématurée que l'on attribua généralement au poison. Les soupçons durent se porter et s'arrêtèrent en effet sur celui qui avait payé par le poison sa dette de reconnaissance envers Lothaire , sur Bérenger, le cruel persécuteur de la veuve de sa victime,

Ludolphe, par ses deux révoltes successives, avait donné de grands sujets d'affliction à son père ; mais Othon avait pardonné au fils rebelle , et il pleura d'autant plus amèrement le fils repentant et soumis , qu'il ne se sentit pas en mesure de venger sur-le-champ le lâche attentat dont on accusait Bérenger £n effet , au moment où lui parvint cette triste nouvelle , sa lutte contre les Hongrois que Ludolphe avait dans le temps appelés à son aide , et dont le jeune

^ Quelques Ustpriens * affirment qu'Otbon tint lui-même au secours de la forteresse où se défendait Azzon ; qu'il défît l'armée de Bérenger dans la plaine de Canosa , à J^onlona; qu'A l'emmena prisonnier en Germanie où ce prince mourut hieatàl iqvès. Ils ajoutent qu' Adalbert fut reconnu par les Italiens roi de Lombardie» après la défaite de son père; qu'il reprit le siège de Canosa; que Ludolpbe, alors seulement , fut envoyé contre lui , et que le fils d'Othon fut tué d'un coup de lanco par le fils de Bérenger.

Des actes publics cités par les écrivains dent nous avons tdopté l'opinion, éta-> blissoit la présence d'Otbon en GernoLanie, quand les autres le font combattre à Fori" iana, et la présence de Bérenger en Lombardie, quand on le fait prisonnier à la cour du prince germain.

* Donisoo et plwieon écrlTSiiBi d^uprès ku.

prince, réconcilié avec son père, avait tenté plus tard mais vaineinent d'éloigner de la Germanie , cette lutte venait de recommencer plus active, plus acharnée que jamais. Othon était condamné, avant de pouvoir venger la mort de son fils, à soutenir pendant trois ans encore cette guerre , à laquelle enfin vint mettre un terme son immortelle victoire sur les bords du Lech.

Ce dut être un temps de bien dure épreuve et d'intolérable oppression pour la Lombardie, que ces trois années de répit accordées encore à son farouche tyran. Les historiens du temps ne précisent pas toutes les vexations auxquelles les citoyens de Lombardie furent en butte sous ce prince ombrageux; mais une seule des mesures prises par Bérenger peut nous aider à comprendre la situation des choses dans ce pays à cette triste époque.

Condamné, comme les despotes et les usurpateurs de tous les temps, à une vie empoisonnée par d'incessantes méfiances et bourrelée de mortelles inquiétudes, ne voyant autour de lui que trames contre son autorité , que complots contre sa vie , Bérenger osa , ce qu'avant lui n'avait osé aucun roi des Lombards , exiger de tous ses sujets, grands ou petits, ecclésiastiques ou séculiers, des otages qui lui fussent garants de la fidélité et de la soumission des familles. Jusqa'i présent, nous avons vu des rois de Lombardie chercher ces sortes de sûretés dans le mode d'organisation de leurs milices. Le but , s*il pouvait être le même, n'était pas du moins hautement proclamé, et les moyens employés n'avaient rien qui pût, comme dans la mesure reprochée à Bérenger, constituer entre les sujets et les rois un état de permanente méfiance et d'hostilité ouverte.

En l'absence des diètes et des assemblées d'évèques que le despote avait interdites, de peur qu'elles ne devinssent un centre de censure, un foyer de rébellion , on en fut longtemps réduit à des doléinoes partielles dépourvues d'autorité parce qu'il leur manquait cette force que seuls peuvent avoir des griefs articulés au nom d'une assemblée nombreuse et compacte. On s'écrivait , on échangeait ses plaintes pour se donner réciproquement le courage de résister à la tyrannie : « On nous demande aussi des otages, » écrivait à ses collègues Àttont évéque de Yercelli, à « nous qui sommes les prêtres du Seigneur. Si » jamais on avait le droit d'exiger de telles garanties, cela ne devrait » être que de ceux qui n'ont pas la crainte de Dieu : un homme sage » et chrétien ne fera pas pour la crainte des otages ce qu'il ne doit

UVRB ni. — CHAPITRE V, 197

9 pas faire pour la crainte du Seigneur et le salut de son àme. Nous » devons fidélité aux rois nos mattres , mais nous ne devons pas les » servir autrement que nos prédécesseurs ; s'il nous est possible d*y » ajouter quelque chose, ce ne peut être que pour quelque grande » utilité publique, par Tautorité du pape et le conseil des plus sages > évéques *. »

Mais si toutes les plaintes étaient isolées, toutes aboutissaient à un centre commun où elles prenaient la force et Tunité qui leur avaient manqué sur le théâtre même de l'oppression ; et ce centre c'était la cour d'Allemagne où régnait Othon, en qui chacun pressentait le grand homme dont le bras puissant devait affranchir l'Italie des étreintes du plus honteux despotisme.

Chaque jour voyait grossir à cette cour le nombre des mécontents qui s'en venaient demander justice du tyran, les uns articulant des griefs particuliers, d'autres invoquant l'intérêt général.

Othon qui, lui aussi, était sollicité par un besoin personnel de vengeance et par une secrète ambition à satisfaire dont la couronne de Charlemagne était le but, Othon attendait impatiemment l'heure de marcher contre Bérenger. Mais il lui fallait pour cela réduire des

' ÀTTO. De Presiuriê ecelesiastieis. — Spilic, tome Vlll. — Bér.-Berg., BitU àe VÈgL^ tome T, pages 64 et 65.

Ce même Alton a laissé quelques écrits où s'eihaleut d'autres plaintes et d'autres reproches que la conduite de Bérenger peut h la vérité n'avoir pas seule dictés, mais dont une grande partie lui est bien certainement applicable :

a Les princes peu religieux, dit ce prélat à l'occasion des ordinations des évéques, n méprisant les règles , veulent que leur seule volonté l'emporte , et trouvent très- » mauvais que révéque soit élu par d'autres que par eux, quelque soit son mérite, ou » que l'on rejette celui qu'ils ont choisi, quelle que soit son indignité. Ils ne comptent n pour rien la science et la vertu , et ne considèrent que les richesses, la parenté o ou les services ; l'une de ces qualités leur suffit. S'ils ne vendent pas les évéchés » pour de l'argent , ils les donnent à leurs parents ou à ceux qui leur font la cour. » D'autres sont tellement aveugles , qu'ils élèvent des enfants à Tépiscopat, et font 0 juges et docteurs ceux qui ont encore besoin des premières instructions. Aussi ces » évéques ordonnés contre les rèffles sont-ils accusés sans respect, opprimés injus- » lemcnt, chassés avec violence et quelquefois cruellement mis à mort. »

On voit encore, par les plaintes d'Atton , que sous Bérenger les ecclésiastiques mis en jugement , étaient distraits de ce qu'ils appelaient leurs juges selon les canons et les coutumes de l'Église.

« A présent, dit ce prélat , la puissance séculière opprime souvent l'autorité de 0 l'Église ; d'où il résulte, par la faute des mauvais juges, que le crime ne fait point > perdre la dignité épiscopale, et que cette dignité ne met point à couvert de l'accu- » satioo. »

198 DJBUSifilfE SPOQW.

ennemis qo'îl eàt été Irop dangereia de Woer sur tei derrièt» avant de les avoir mis bon d'état de lui nuire^

Panni les hommes les plus ardente dans leur baiaecaotre Béraoger» on distinguait i la cour de Germanie un prêtre du nomd'Addmann. Nous dirons quelques mots sur la cause de cette eslréme irritaliion.

On se souvient qu'à la mort d^llduin^ arclievéqae de Miian, Hugues* dans le secret espoir d'élever à ce aû^ iin de ses bâtards trop jeune encore pour l'obtenir immédiatement^ y avait Cût appeler Àldéric, dont le grand âge semblait promettre une prochaine vacance. Mais Hugues perdit le tr^ne avant la mort du vieil archevêque qui n'eut lieu qu'en 943. Dès que cette mort fut connue, Béreng^, cette fois fidèle à un de ses engagements » avait voulu imposer à ce siège l'intrigant Manaatis. Une partie du clergé et du peuple milanais l'avait secondé, tandte que l'autre portion de l'église milansise et de la population s'était prononcée pour Adelroann, prêtre lombard. Des troubles sérieux s'étaient élevés. Chacun des deux élus avait pris le titre d'archevêque de Blilan, sans avoir été consacré. Tous les deux avaient fait main basse sur les revenus de cette métropole^ Tune des phis riches de l'Italie, et s'en étaient servis pour grossir le nombre de leurs partisans.

L'impérieuse TFilZii, femme de Bérenger, avait soutenu avec ardeur la faction de Manassès, que toute son influence n'avait pu cq>aidant parvenir à faire complètement triompher.

Ce déplorable schisme désola pendant plusieurs années l'église de Milan; il durait encore en 953. Enfin les Milanais, fatigués de tant de scandales ruineux, forcèrent les deux rivaux à se soumettre à une élection générale dont le résultat fut Télolgnement de l'un et l'autre prélat, et la consécration d'un troisième compétiteur, de Gualpert ou WalperL

Bérenger n'endura qu'impatiemment l'outrage fait à sa créature à qui Willa voulut conserver le vain titre d'archevêque de Milan ; et Adelmann, le coeur ulcéré des obstacles que lui avaient suscités le roi et son impétueuse épouse, alla grossir auprès d'Othon le nombre des plus violents adversaires de Bérenger.

Aux plaintes parties de tous les coins de la Lombardie était venue se joindre la voix de Venise, demandant aussi au roi de Germanie satisfaction de ses griefs contre Bérenger, etdont voici l'origine et la cause.

Pendant que le roi des Germains luttait contre la rébellion de soa

LIYRJB UL. «-* CHAPJTItE T. 199

fils Ludolphe^ Pierre Candiano III \ doge de Veoî^^ avait eu de soD cAié h réprimer une révolte parricide.

Uo ila a^ fils jqu'îi awt Oait jQonuner son collègue, B'étant [oiot à ses eeiieiiudt uœ lutte ^oglaote «'étiût«agagée sur la place de Biallo. Le jeune Gandiano, battu, n'avait échappé que par l'exil au dernier supplice.

Guy, un des 81s de Béreoger, était alors en pos3ession du duché de Spoletti^ dont le roi de Loml)ardie avait dépouillé Théobald pour Ten investir. Le doge fugitif vint lui demander asile et secours; Guy, avec l'agrément de son père» fournit aux révolta quelques navires armés, h l'aide de^uels le jeune doge proscrit porta pendant quelques années le trouble et la dévastation sur les côtes de la république, inquiéta le commence vénitien et lui fit d'importantes captures. C'est contre ces actes de piraterie et contre Bérenger^ qui par son assistance en était le premi^ fauteur ^, que Venise avait cru devoir réclamer.

Enfin Otbon a battu et détruit Jes Hongrois sur les bords du Lech ; il peut, par suite de cette mémorable victoire, disposer de ses forces, venger la blessure faite en Italie à son cœur paternel, et répondre aux voeux qui, de PaYie, de Hilan et de Venise , s'étaient élevés vers lui pour le rendre juge et arbitre des abus et des vexations dont l'Italie était de{>uis longtemps victime.

Cette couronne de Lombardie , que trop d'indulgence lui a (ait conserver à Bérenger, faiblesse qu'il a cruellement payée par la mort d'un fiJs, cette brillante couronne, on la lui montre, on la lui offre... De toutes parts on le supplie de passer dans la péninsule et de s'as< seoir sur ce tréne qui si longtemps fut un marchepied au trône impérial des Romains^ Otbon, qui semblait n'attendre que d'avoir réduit les Hongrois pour se rendre à ces vœux , Otbon, après la vie* toîre, hésite au moment d'accomplir un aussi grand acte. Les mêmes

* Dakdulus, inChronic., tomeYII, Rer. Uàlic,

' Hètons-nous d'ajouter , eomnie une des mille preuves que l'bfstoire fournit de l'iDConstaDce des peuples dans leurs affections ou leurs haines, que tajidis que la cour d'Olbon se préoccupait des griefs de Venise contre Bcrenser, Candiano III vint à mourir, et que le sénat, les évéqucs et le peuple qui avaient solennellement juré de ne jamais plus accorder le titre de doge au jeune Candiano, du vivant comme après la mort de son pare , le proclamèr«BC uBrainoement doge sous le nom de Pierre lY. Trois cents barques furent envoyées à BAveimes où vivail l'exilé, pour le ramener en triomphe & Yenlse *.

* JbMTOii, jinn. iT/f., tome V. -> Dam, Hûtaire de VmÙ9^ tome l«r.

200 DEDXltHE ipOOVI.

appréhenHons qui Dagnère tioreot en Treio l'ambition da père, Tiendraient-elles aussi eochatoer la résolation du fiIsT L'exempte d'Henri l'Oiseleur exercerait-il, au moment où il Tant agir, une influence od prudente on insensée sur celui que le monde salue dn nom i'OthoK le Grand?

On s'étonnait en Lombardie d'une hésitation qu'on ne ntait expliquer, qu'on ne ponvait comprendre.... Béreuger, qui sentait que | son heure aurait sonné du jour où Othon remettrait le pied eu Italie, I Bérenger ne se rendait pas mieux compte d'une telle temporisation.

La cause, le secret de tout ce retard étaient à Rome !

Rome , qui seule jusqu'alors avait donné la couronne impériale d'Occident, et ce titre de Cisar auquel aspirait la noble ainbitiOD d'Othon, Rome n'avait rien dit encore, ou plutôt, comme nous l'avoiB TU, elle avait, par l'influence d'Albéric, repoussé Othon sous le poatificat du Terlueux Agapet IL Cette fois le roi de Germanie »oal«it, comme jadis Chariemagne, n'arriver dans la péninsule qu'appelé par le souverain pontife , et n'y plus paraître que pour y recevoir, de Ii main du successeur de saint Pierre, le diadème impérial. Chose étrange ! le plus indigne des papes devait placer cette briUaate cobronne sur le front du plus grand des rois.

Albéric était mort ; son fils Octavien avait hérité de son pooToir eo qualité de patrice et de seigneur de Rome.

Agapet II , ayant suivi de près Albéric dans la tombe , le jeune Octavien avait eu l'audacieuse pensée , Jt l'Sge de dix-neuf ans, de réunir dans ses mains l'autorité spirituelle et celle de prince lemporel.

Proclamé patrice de Rome par les Romains, il s'était fait recoanaltre pape sous le nom de Jean XII par l'Église, que déjà il goorernait depuis quatre années , lorsque , de tous les points de la L«Bbardie, des prélats , mécontents de Bérenger, lui demandèrent de 1 joindre ses instances i leurs démarches pour attirer Othon dans l> I péninsule.

Othon n'attendait plus que le signal de Rome pour se décider è ce grand acte qui opéra une immense révolution dans le monde. Il psi'i^ ' ~r le simple signe d'un enfant, sur l'appel d'un jeune voluptueui,

ns pudeur et sans frein, qui avait ajouté aux malheurs et à la honte

I cette triste époque en osant s'asseoir sur la chaire de saint PierK'

Le roi de Germanie, avant de s'éloigner, veut assurer sa couiodu

LIVBK in. — CHAPITAB T. 201

i Othon, devena son fils atné depuis la mort de Ludolphe. Le jeane prince, fils d'Adélaïde, avait alors sept ans. Une diète générale, réunie à Varmazia, le proclame roi des Germains *, et Othon le Grand part aoflsitét après pour la péninsule avec de nombreuses troupes.

Le chroniqueur * anonyme de SaUme raconte qu'Adalbert, fib de Bérenger, s'était porté au^levant des troupes germaines , à la tète d'une armée de soixante mille combattants sur les bords de YAdige. Mais là, les comtes, les gouverneurs, tous les chefs de l'armée, entourant un jour le jeune prince, lui déclarent qu'ils sont las du joug de son père; que toute l'armée est décidée à s'affranchir de cette intolérable oppression ; que toute domination leur sera meilleure que celle de Bérenger, et qu'ils vont prononcer sa déchéance. Cependant ces hommes dont la plupart peut-être ont hâté de leurs vœux et de leurs instances la venue d'Othon, soit qu'une honte secrète les ait subitement saisis à la veille de voir leur patrie envahie de nouveau par des troupes étrangères, soit qu'ils aient été touchés par les remontrances ou les prières d'Adalbert , ces chefs de l'armée, au moment d'effectuer leur menace, semblent vouloir mettre de la mesure dans l'explosion même de leur mécontentement.

Lesouvenirdecequi fut faiten faveurde Lothairelors de l'expulsion de Hugues, leur revient à la mémoire. Si leur haine poursuit Bérenger , elle ne veut point atteindre son fils. Qu'Adalbert se rende à Pavie ; qu'il obtienne de Bérenger une abdication immédiate , sans réserve ; qu'Adalbert prenne en main les rênes de l'État, et, h ce prix, le concours de leurs armes est garanti au nouveau roi. Que ce vœu s'accomplisse , et tous promettent de combattre quiconque viendrait disputer la couronne à leur jeune monarque.

Adalbert se rend à la cour de Pavie.

Bérenger , sur le rapport de son fils , se montre disposé à un sacrifice dont il sent l'inévitable nécessité. Mais Willa, la perverse et ambitieuse Willa, triomphe de ce qu'elle appelle la lâche condescendance de son époux. Adalbert rapporte à l'armée un refus formel du roi. Aussitôt les chefs irrités replient leurs tentes, déclarent que Bérenger n'est plus leur mattre, et désertent le camp avec tous leurs guerriers. Le plus grand nombre court au-devant d'Othon et va se ranger sous ses drapeaux.

* Année 901.

' Amoittm. Salbunit., tome II, page 1. Mer, UaUe.^ page 199.

â02 DEUXIÈME ÉPOQCE.

Ce monarque pénètre en Italie , la travene sans rencontrer ni obstacle, ni rèmtance, et les portes de Pavle s'ouvrent à son approche.

Bérenger et sa famille avaient quitté la capitale sans cliercher à la dérendre.

Les princes et les prélats italiens accourent de foutes parts. Une diète se réunit à Milan ^ On y déclare Bérenger et son fils Adalbert déchus du trdne. Othon y est proclamé roi de Lombardie , et reçoit en grande pompe , dans ta basilique de Saint- AmbiDise , la couronne de fer des mains de Walpert^ archevêque de Milan.

Aussitôt après cette solennité, Othon se dispose à joindre à m deux couronnes lombarde et germaine , celle de Tempire d'Occident qui l'attend à Bome ; mais , avant de se diriger vers ta capitale de la chrétienté , le royal époux d^Adélaïde se faK précéder par des messagers chargés de remettre au jeune pape Jean XII la déclaration suivante sous la forme du serment :

« Si, Dieu aidant, Bome me voit dans ses murs, f élêveraî de tout » mon pouvoir ta sainte église romaine et toi qui eu es le chef : » jamais fa vie et tes honneurs dont tu jouis ne te seront enlevés ni )> par mes conseils, ni de mon consentement ; jamais je ne tiendrai )> aucun flaciîe dans Bome ; jamais je ne rendrai une décision qui » serait dans tes attributions ou dans celles du peuple sans t'avoir % consulté. Je te ferai restituer tout domaine, toute contrée qui, » étant tombés en ma possession, seraient reconnus appartcmir au » saint-siége. Et tout seigneur â qui je confierai le gouveraeîment de » ritalie promettra, par serment, protection et ràreté ao soorerain » pontife et à ses possessions *. » •

Othon fit à Bome une entrée sdlennefle. Tes mêmes ffoimeaflf, les mêmes acclamations qui'avaienf i^lué la venue deChartemagne, furent prodigués à l'heureux roi de Germanie, qoif reçut la couronne Impériale des mains du pape, le 2 février 962f.

Jean ÎII et le peuple romain lui prêtèrent le serment qtfavaient reçu le fils de Pépin te Bref et ses successeurs à l'empire.

De son côté , le nouvel empereur combla le pape et te clergé de présents de toutes sortes, et confirma les auciennes donations , tant

^ Landolpdb U vieux, HUu MedioL , livre 2, cap. 16, tome IVfAentmitoXk. anno 961, ' GiuTioNits, 0isf. fia^, evp. 99, — Baro^vs, in Ànndt, eecUi., aisao ^

LIVRB m. — CHAPinB IV. 203

de Pépin qae de Charletnagne , par un acte authentique écrit en lettres (For, et consente en original au château Saint-^Ange ^.

Azzon, déjà fait comte de Canosa , ne pouvait être oublié dans les fayeurs que l'empereur répandit autour de fui à Toccasion de son sacre. L'impératrice Adélaïde obtint pour lui les fiefs de Reggio et de Modène, et fit joindre à ses titres celui de marquis *.

La famille de Bérenger s'était dispersée depuis l'inyasion des troupes germaines. La reine Willa avait entassé dans la forteresse du lac d'Orto, qui lui servit de refuge , tous les trésors sauvés du naufrage par sa cupidité. Othon se rendit mattre, en deux mois, de ce chftteau fort , regardé jusqu'alors comme imprenable. Il s'empara des riches cofl'res de Willa et remît la reine en liberté. Willa courut rejoindre son époux qui s'était réfugié à Monteféltro , dans un ch&teau situé sur un roc et qui ne pourait être réduit que par famine. Othon les y fit assiéger. Bérenger et Wîlla, contraints de se rendre , furent envoyés à Bamberg^ où le premier mourut deux ans après ; sa veuve se retira dans un monastère.

Le jeune Adalbert se remua, intrigua quelque temps dans la péninsule. Après avoir fomenté, deconcertarec Pimprudent Jean XII, des troubles â Rome et attiré , sur son complice et sur la capitale du monde chrétien, des malheurs que put bien atténuer, mais non complètement épargner, la magnanimité d'Othon, Adalbert alla, comme autrefois le roi lombard Adelcfais, fils de Didier , fatiguer la cour de Gonstantinopte, pour en obtenir , dans le but de soulever et de reconquérir Fltalie, un secours qui ne lui fut jamais accordé. Le reste de la vie de ce prince fut obscvr aussi bien que sa mort.

« Le couronnement d'Othon à Rome , Ht Hcrratori , fit passer

* Fidèle à ses engagements , Othon fit bientôt restituer à Téglise romaine tout ce (fue les petits tjraB» d'Utile kii aTaient enlevé. H expédia! en cooséqvenee des lettres patentes qui furent signées par lui, par lesévéques al les plus grands stignenrs. Uns des principales conditions fut que , «t suivant Taccord fait autrefois axée le papa » Eugène et ses successeurs, le clergé et la noblesse romaine s'obligeraient» par ser- » menl^ que Félectlmi du pape ne serait point canonique, et que le pape éhi ne serait » point consacré qu'il n'eût, en présence des ambassadeuis de rena^ttur oo du rrt » son fils et de tout le peuple fait auparsYant la même promesse q»e le pape Léon III j> aTait, de ta bonne volorué, faite sur ce sujet *. »

' Le brave et loyal Azzon Ait Taïeul de la célèbre comtesse Mathilde,

* De Hbss, Bitt. Dan. — Liotspbaho , Bb. 6, cap. 1. — Baiostivs, ad ann. 961. ^ PorrupotV) à VHitt, féUr,f ttane ¥ ; Emp^dfMttm^ livre Sy ehapitre ^

304 BBUXlftME ÉPOQCS.

» l'empire romaio , vacant depuis la mort de Bérenger P% aux rois » de Germanie» ou plutôt» selon l'observation de quelques historiens, » le rendit aux rois francs ; car la Germanie portait le nom de » France^ et Othon s'appelait roi de la France orientale^ attendu que » la Gaule portait le nom de France occidentale. »

Muratori aurait pu ajouter que , par les femmes » Othon » comme Guy et comme les deux Bérenger» descendait de Charlemague, et qu'à ce compte le sceptre impérial ne sortit pas en quelque sorte de la famille du grand fondateur de l'empire d'Occident.

Il peut résulter de l'artifice et de la subtilité des mots» que le couronnement d'Othon à Rome rendit l'empire aux rois francs ; mais, par le fait » Othon » ce descendant de Gharlemagne » ce roi de la France orientale, était surtout Saxon et roi de Germanie. Son couronnement fut pour l'Italie le terme définitif de la domination fraoçaise» restée jusque-là indécise et comme tenue en suspens , soit par la faiblesse des rois de France» soit par l'impéritie» la crainte ou le dédain des princes d'Allemagne. L'état de transition cessa » la transformation fut opérée, la révolution consommée. L'empire fondé par Gharlemagne devint le partage d'un prince saxon» et l'Italie , longtemps incorporée à l'empire des Francs» fut dès lors soumise à l'empire germanique ; elle subit ainsi l'impulsion d'une politique nouTelie et l'influence d'intérêts tout opposés.

Cette belle péninsule» après la conquête d'Othon, fut loin de retrouver l'ère heureuse des règnes de Pépin» de Bernard, de Louis 11. On n'y connut guère de meilleurs jours que du temps où nous avons vu les grands vassaux de Bourgogne , de Provence et d'Italie, se disputer, dans des luttes sanglantes , ce lambeau de l'empire d'Occident, cette riche dépouille des fils de Gharlemagne. La position des Italiens ne fit qu'empirer longtemps encore.

Ge qu'Othon le Grand concéda ou reconnut d'autorité aux pontifes romains , et ce qu'il se réserva de cette autorité , devint bientôt, pour l'Italie tout entière , sous son propre règne et sous des princes moins habiles que lui, une cause fatale de mille calamités , et y fit couler, durant plusieurs siècles, des flots de sang.

Disons toutefois, pour être juste, que l'Italie dut à ce grand prince un inappréciable bienfait qui lui fit pardonner par la péninsule bien des rigueurs, ce fut Y établissement du gouvernement municipal,.* Ls reconnaissance des Italiens pour cette institution salutaire les attacha

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aux enfants d'Othon t et ils ne songèrent à secouer le joug de l'Ailemagne que lorsque la mort du dernier de ses descendants les dégagea de tout lien envers la maison de Saie * .

Ainsi , les libertés municipales en Italie se trouvent devoir leur origine à une réaction de l'esprit des grandes monarchies personnifiées dansOthon le Grand, contre le génie féodal qui» après avoir fondé la puissance des Carlovingiens « l'avait bientôt compromise par les seules conséquences logiques de son premier triomphe» et puis en avait complété la ruine par ses abus et ses excès.

' Anfwd. $<m. de Witikind, — SiH. de$ Rép. irai., par M. SUmondù — Biogr, univ; publiée par Hiiehaud, art. (Hhon le Grand.

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