‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 111 sur 137 · UVRB III. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

UVRB III. — CHAPITRE IV

Si Ton croit le continuatear deRhéginon et le chroniqueur de Saxe, cités par Muratori, le jeune prince aurait rencontré dans son expé* dilion des difficultés , des obstacles de tous genres, suscités par son oncle paternel y Henri, duc de Bavière, qui, jaloux de l'importance de la mission confiée à son neveu, aurait persuadé aux Lombards qu'Othon méditait leur complète ruine et les aurait excités à la résistance.

Muratori pense au contraire, avec la religieuse Bosweda, poétesse qui fleurit au x* siècle, et dont la muse nous a transmis le récit poétique des hauts faits d'Othon le Grand et des aventures d'Adélaïde, que Ludolphe ne trouva aucun obstacle dans sa marche, que tout se soumit i sa voix, que partout on reconnut la souveraineté d'Othon, et que le jeune prince dont Bérenger avait évité la rencontre , retourna à la cour de Germanie après ce triomphe pacifique *.

Othon, dès le retour de Ludolphe, se hâte de se rendre en Italie pour y consolider sa domination nouvelle, et sans doute aussi dans un autre but que l'on devine ; il y conduit des forces imposantes*, prêtes à refouler Bérenger dans son refuge fortifié, s'il ose en sortir pour lui opposer de la résistance ; mais le roi de Lombardie reste prudemment caché au fond du château fort qui lui a servi de refuge lors de l'appa* rition récente de Ludolphe.

Othon arrive à Pavie et y est reçu en souverain. Il envoie aussitôt après de riches présents à Adélaïde et la fait prier de venir dans son ancienne capitale, où l'attendent tous les honneurs dus à une reine. Adélaïde se rend aux vœux du roi de Germanie. Azzon et Adhélard, suivis de nombreux et brillants cavaliers, accompagnent la royale veuve... Le duc de Bavière, Henri, se porte k leur rencontre à une assez grande distance de Pavie, avec le^ plus nobles seigneurs lombards et germains.

La merveilleuse beauté, la dignité calme et gracieuse de la jeune reine, captivent tous les cœurs déjà si profondément touchés par le récit de ses infortunes et de ses admirables vertus. Othon, subjugué

' Per paucis secum sociis secreto resumptis

lUliam petiil fortiqae manu penetinfit : Eihorlans palris imperio populum dare collum ; Voxque redit, clarum refcrens sine marte triumphum.

(RoswBDA, De getiii Oddonit, cité par Muratori, tome Y, page 339, anno Wi.)

' Tel est du moins le récit de Muratori, dont la version nouspftrattla plus eiacfe. IHthmar raconte , au contraire , que le roi germain partit pour Tltalie sans troupes tt sous préteste de faire uo pèlerinage à Rome (tome Y, page 340, anno 951.)

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comme les autres et plus que touB« par Tempire de taot de charoMBS » n'a plus qu'une pensée, ne forme plus qu'un vœu ; et ce vœu* peut-être était^U donné à Otbon seul de le réaliser*

Touchée des égards^ du req>ect, du tendre dévouement dont l'entourait le rot de Germanie^ et de plus* sous le prestige delabrilknte renommée du monaïque, Adélaïde se sentit de son cété doublement heureuse des sympathies qu'elle inspirait à un si noble cœor, et du ferme soutien qu'elle assurait à l'avenir de son £mméh de son enfant adorét en lui donnant pour second père le glorieux Otbon... Aosri ne tarda-t^e pas, comblant les vœux de œ grand prince, à devenir ta compagne de sa vie.

Les habitants de Pavie ' furent témoins de cette royale union le jour de Noël de l'année 951 .

Ce n'était pas asseï pour Otbon que d'avoir replacé sur le front d'Adélaïde une couronne de reine ; il se bâta de sonder Borne * ; car, amant aussi passionné que prince ambitieux^ il brûlait de pouvoir saluer sd nonv^ épouse du titre d'inipénitrice.

Agupft II était alors pape ; mais Albéric, à qui fiome obétsalt toujours, empêche le souverain pontife de souscrire au vceu du prince germnn».. Quand il n'aurait pas pris oonseil de sa propre prudence, Othon, comme époux de la pieuse Adélaïdet n'aurait pas voulu, par une rupture, par un^lat fâcheux contre la ville des pontifes, enlerer de force ce que le temps ne pouvait manquer de lui donner.

D'aiUeius de gravas soucis allaient préoccuper son Ame.

Ludolpbe , ce seul enfant mâle qu'eût le roi de Germanie* n'avait vu qu'avec uu extrême dépbisir le nouveau mariage de son père, Ls jeuneprince ne put Inentôt phis maîtriser son ressentiment et partit subitement pour la Saxe , où il ne tarda pas à fomenter une rébellion contre sou père et son roi»

Otbon • k cette triste nouvelle , se h&te de retourner en Germanie où il emmène Adélaïde , et laisse à Pavie son gendre Conrad^ dac de Lorraine , avec des troupes suffisantes pour défendre cette capitale contre toute agression du roi dépossédé '. Biais déchu du trône , fugitif, réduit à se cacher, Bérenger savait bien qu'il n'avait aucun

' Quelques auteurs gisent à tort que ce mariage eut lieu à Ferons.

^ Frodoabd.

* AfuiLiTORi. — GiULiNi, d'après Saint OdilloN; Rosweda et autres.

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secoan à attendre de ceux ffa'wnS/t prenuréB 000 farouehe despo-^ tisme ; loin donc de penser à latter contre les Germains , il ne songea qo'à fléchir le puissant monarque devenu l'époux de celle qu'il avait si brotdenent persécutée : les prières , les flatteries , les présents , tout fut employé par ce prince pour se rendre Conrad favorable , et pour obtenir enfin de lui qu'il l'accompagnerait en Germanie pour l'aider, par son influence , à gagner les bonnes gr&ces d'Othon et le pardon d'Adélaïde.

Othon , malgré les instances de Conrad , refusa pendant trois jours de recevoir Bérenger. Toutes les démarches du prince italien eussent été infructueuses » même avec l'appui du gendre » si la veuve outragée^ si la sainte épouse , si la reine Adélaïde n'eût fait entendre sa voix d'ange et n'eût plaidé la cause de son barbare oppresseur, soupçonné» mais non conraincu , du plus lâche des crimes. Othon finit par se rendre an prières de celle qui demandait qu'on oubliât , comme ellemême , les persécutions qu'elle avait endurées. Il permit à Bérenger et à son ils Adaibert de retourner en Italie avec le titre de roù , se bornant à exiger que par serment ils se reconnussent ses vassaux , et à détacher du royaume de Lombardie les marches de Vérone et d'Aquilée qu'il doma au prince Henri , son frère ^ .

De cette époque datent sérieusement les prétentions des empereur» d'Allemagne k la soureraineté de la haute Italie , qui entraîne le vas* selage du reste de la péninsule ^.

Bérenger supportait de mauvaise grâce le joug qu'Othon avait imposé à sa royauté, restée depuis sans forée comme sans prestige dans ses mains. Son âme nourrissait en secret une violente rancune contre les évèqnes et les seigneurs qu'il savait avoir appelé le prince germain en Italie* Azcon surtout , ce loyal guerrier qui , échappant à toutes les poursuites, avait donné un refuge à Adélaïde; Azzon qui de Canosa avait escorté triomphalement la reine captive , et qui peut-être avait eu le premier la pensée de l'asseoir au trône de Germanie ; Azzon était celui de tous les seigneurs lombards contre qui Bérenger méditait les plus sanglants projets de vengeance ; mais Bérenger redoutait les représailles d'Othon , et cette crainte maîtrisait les élans de sa haine.

■ CantinucUeur de RnifiiNON. — L'annaliste Saxon, — Othok, éf>êqu9 de Fri^ singa, cités par Muratori, tome Y, pages 343 et suivantes, anno 952« ' PcTFBND.y Hi$U univ,, tome Y, Emp, d'ÀUem^

. De nouveaux troubles d'une haute gravité survenant tout à coup en Germanie , rendent enfin à Bérenger toute son audace.

Ludolphe, une première fois vaincu et amnistié, mais se sentant secondé par son beau-frère Conrad S avait osé de nouveau lever Tétendard de la révolte contre son père , à la nouvelle qu'Adélaïde venait de donner un fils à Othon ^.

Othon dut reprendre les armes pour combattre cette rébellion parricide. Le sang coula. Des batailles meurtrières, l'incendie Je pillage , les massacres , toutes ces désolations qu'entratnent les guerres civiles, épouvantèrent pendant trois ans la Germanie.

Ludolphe , pour parer aux revers qu'éprouvait sa cause , eut la malheureuse pensée d'appeler à son aide les Hongrois dont le fatal concours vint fournir un aliment nouveau à la conflagration qui décorait l'Allemagne. Enfin , après trois longues années de luttes exterminatrices , Othon , à force de victoires , fait déposer les armes à son fils rebelle et à son gendre ; le pardon » l'oubli du passé sont la seule vengeance de cette grande àme où se reflètent les douces vertus d'Adélaïde.

Mais la lutte entre le père et le fils avait , tout en se terminant , laissé les germes de nouvelles guerres 1 L'imprudent appel de Ludolphe aux Hongrois avait élargi la voie à ces barbares ; d'innombrables hordes qui s'étaient armées à son signal , et que sa voix impuissante voulut vainement arrêter quand il n'eut plus besoin de leurs secoua, se ruèrent affamées de sang et de pillage sur tous les points de la Germanie. Le danger était immense : personne n'osait espérer que le roi pAt refouler tant d'ennemis ; mais le génie d'Othon est plus grand que le péril qu'il affronte. Ce prince vole au-devant des barbares jusqu'à Augnsta (Augsbourg en Bavière) ; l'ordre de la discipline de son armée, et ses habiles dispositions triomphent du nombre '. Tout cède au choc impétueux de ses troupes ; partout le champ de bataille se couvre de

■ Année 9tô.

Quelques auteurs pensent que le concours prêté par Conrad i la révolte de Ludolphe, "«utpour première cause l'insuccès de ses démarches auprès d'Othon en faveur de Bérenger. L'orgueil du duc de Lorraine, disent-ils, fut profondément blessé de rencontrer dans le roi, son beau-père , si peu de déférence pour sa médiation.

]Nous ajouterons qu'Othon avait depuis quelque temps 6té le commandement de l'armée d'Italie à Conrad.

' Fbodoard, Chronk.

* Année 900.

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morts et de mourants ; ceux qui échappent au fer des Germains se noient dans les eaux du Lech. Rarement l'histoire des peuples eut à consigner dans ses annales le souvenir d'une bataille aussi sanglante et d'une aussi épouvantable boucherie d'hommes.

Neuf siècles et demi après, là aussi, près du Danube et du Leck^ dans une merveilleuse campagne de cinq jours dont chacun fut marqué par un trait de génie , par les plus savantes dispositions et par un nouveau triomphe *, Napoléon ouvrait cette grande guerre de 1809 qui rendit les armées françaises maîtresses de Vienne, et leur brillant empereur, arbitre de la destinée de ceux qui occupaient alors le tréne d'Othon le Grand.

Déjà, trois ans avant cette campagne immortelle, le grand capitaine avait forcé l'empereur François II, i qui il avait arraché l'Italie, de dissoudre la confédération germanique , d'abdiquer le titre d'empereur d'Allemagne et de se contenter de celui d'empereur d'Autriche. Et cinq ans après Wagram^ l'homme géant, l'empereur et roi, à qui les limites de l'empire de Charlemagne avaient paru trop étroites pour son ambition, languissait vaincu et captif sur l'aride rocher d'une petite tie perdue dans l'immensité de l'Océan ; et par contrecoup, François II, agrandissant son empire des débris de l'empire de Napoléon , ressaisissait son influence en Allemagne et sa royauté en Italie !

■ Voir l'histoire très-remarquable de la campagne de 1809 , par M. le général PeUt.

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