‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 114 sur 137 · CHAPITRE I*'. — PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I*'. — PREMIÈRE ÉPOQUE

Les Grecs t en soutenant une aveugle hérésie, perdirent leur inflaence dans la péninsule; peu après , les Lombards, pour avoir tenté de s'emparer, sur leurs brisées, du territoire et des possessions de Rome, consommèrent leur propre ruine.

Par suite de cette double faute , s'établit en Italie la domination des Francs.

Les premiers actes de Cbarlemagne en Lombardie sont, la fusion réelle des vainqueurs et des vaincus en un seul et même peuple, le rétablissement de Tordre et de la régularité dans l'administration , de poissants efforts pour le rétablissement des lettres, et le triomphe des arts.

Le grand monarque, que d'autres soins appellent trop souvent loin de sa nouvelle conquête, lui donne, de son vivant, un de ses fils pour roi. Pépin, digne reflet de sa puissance et de ses grandes pensées. Angilbert et Adbélard suivent le jeune prince à Pavie et siègent dans ses conseils. Jeunesse et gloire sur un trône qu'étayaient la sagesse, la vertu et l'expérience, tel fut le règne trop court de Pépin. Une mort prématurée l'enleva jeune encore à ses soldats qu'il menait à la victoire , et à ses peuples dont il était l'idole.

Charlemagne, pour attendre peut-être que Bernard, fils de Pépin, sorttt de Tcnfance, garde pendant trois années le sceptre de la Lombardie : il signe avec Grimoald, duc de Béoévent, successeur de cet autre Grimoald, brillant adversaire de Pépin, un traité par lequel la principauté de Béuévent devient tributaire des rois de Lombardie.

Une fois la paix assurée de ce côté , l'empereur envoie le jeune Bernard à Pavie, avec le titre de roi. Adhélard, ministre et conseil du père, demeure le conseil et le guide du fils : le célèbre Walla, son frère, est préposé, lui aussi, pour alléger par son expérience le poids de la couronne à cette jeune tête de roi où germent les vertus et le noble courage de Pépin.

Mais la mort de Charlemagne vient livrer l'empire d'Occident aux débiles mains de Louis. Vainement Louis a juré à son père d'être le soutien de son neveu et de respecter sa couronne ; vainement Bernard, par une sage administration et de brillants exploits guerriers, se rend digne d'un trône que son père a si noblement occupé , les précieuses qualités , la gloire même de ce prince , l'amour que lui porte son peuple, ne font que précipiter sa ruine. Une femme hautaine et jalouse est assise au trône impérial près de Louis. Abusant

^0 fJWUE RÉnOSPBCTIF.

de sa tyrasDique Mflueace sur f esprit ^ Ceqiiwreiir, dierehnt à faire toa^l^r an profit de sa haiM le Tice é'kistîtalîoB ^iii aune la raj«iit6de{itHiibardiedqps son eateace, elle rend suspecta son fsiUe époux l'éclat d'un règne qui eompte plus do gloire que de dorée. Koi de oom, mois simple gou? emear de provinoes par le fait, compromis dans sa dignité, dans son indépendance, dans l'exercice des prérogatiiw d'une royauté ttu'on empereur lui a concédée, et qu'un autre empereur peut loi rsnrir «u mépris d'eiqpigemaits sacrés dont les poissants de ta terre gardent rarement la mémoire, lemard ne mareiie Ueotèt plus qu'entouré de périls dans une ¥oie que ohacon croyait être, pour lui et pour son peuple , une voie de gloire et de prospérité.

I/abord , me faute d'étiquette, ^Ksons mieux , l'ouMi d'un deroir que lui a imposé une autorité plus forte que la sienne, derient un crime dont on a l'air d'absoudre le jeune ))rince repentant, mais dont on le punit en lui enlevant ses deux plus sages ministres. Privé de ce puisMnt secours, Bernard n'en continue pas moins à se rendre l'idole de son peuple ; mais la haine qui le poursuit, veille persévérante près du trône impérial. On veut le pousser à la révolte, sorte de moyen et de prét^te pour le fort d'opprimer le faible ; chacune de ses ottribotions comme roi tombe une à une, offerte en holocauste à l'implacable impératrice. Enfin, pour comble d'outrage, un partage de l'empire se fait à Âquisgrana. L'empereur ose disposer de la Lombardie, et la destine, après sa mort, à Lothaire , comme si Bomard n'en occupait pas le trône. Le jeune roi s'indigne de cette cruelle insulte : poussé par les seigneurs et les prélats d'Italie , dont une pensée patriotique sert cette fois l'esprit inquiet et turbukol , il ose recourir aux armes. Louis vient à lui avec une armée fornndaUe : le fils de Pépin se soumet , est jeté dans les fers et meurt , bientôt après, dans les tourments.

L'Italie avait pleuré le père, elle pleura le fits. La domination des Francs, depuis un quart de siècle, s'était résumée dans ces trois noms de glorieuse mémoire : Chariemagne, Pépin et Bernard, auxquels la gratitude du peuple mêlait les noms d'Adhélard , d'Angilbert et de Walla.

Les résultats de cette domination avaient été la réconciliation de la Lombardie avec le saint^siége, la soumission de quelques grands vassaux rebelles, tels que les ducs de Frioul et de Bénévrat , la défaite

CHAPITRS f. •— nsnÉU BPOQUE. fit

des Mores iam k» Uesée la Mééttemiiée qu'Us étaieRt ^feom rarager, et tf ai ib oomnencatoiit à menacer l'Italie ; la rkonecttoii moraen^^ tanée des arts et des lettres ; enfin, la réintégration fiogrenive dea ItaRens, naguère trottes presqu'en iMes par les LondmrdSt dans leur indépendaiice et kw dignité de cHoyess.

Quelque temps après la mert de Bernard, Louis, k Feiemple de Gharlemagne , laisse inoccupé le trAne de Pavie ; auns l'auri^ition de Lothahre, raécmrtente du stérile titre (f empereur que se» père lui a oetrojé sans )a puissance, obtient euin cette belle couronne lombarde que lui araient dès longtemps ménagée les Hitrigues de sa mère.

Fils ingrat et rd^Ue, frère dénaturé, flém de l'empire qu'il couvrit de sang et démines, Lothaire pesa mains sur l'ItaUe quesur les aab*es poaBcssieps de son aïeul et de son père« Le déplorable drame qui prit naissance en 830, et qui eut ses péripétiea si fortes, si variées, queU quefois si providentielles ; ce Arune hoateus ou Ftwgueii des grands et du dergé, forts de l'abaissemeiit de la royauté, vtal malbeureusement trop m aide à des projets parricMes; ce drame, qui finit par te démembrement de l'mipire de Gbarlemagiie , après tant de phases sanglantes, eut pour tbéfttre d'autres ooatrées que la Iiomberdie. Ce royaume vit , il est vrai , son roi engagé dans la lutte; mais it n'y porta que le tribut de son or et do sang de qudqoes^Bs de ses citoyens , tandis que la France joutait à ces omux la désolation et la ruine de ses provinces*

Lottiaire , dont les prémices années eurent pour censeib et pour guides Adbéiard et Walla, dut paraître è la Lombardie, mais pour la Lombardie seule, l'heureux eontiaoatear de Pépin et de Bernard, ces deux rcHS si regrettables et si regrettés. De sages décrets pour le aootien des seienœs et des arts , de bonnes mesures d'adaûnistratîon publique , la fameuse constitution de nemf ariicleê qui démarque si lumineusement les droits des papes et des empereurs, prennent leurs dates de ce règne , dont l'insolence des grands et l'ambitiott toujours croiseante des évèques, venant en aide 1 la mauvuae narture du monarque, amenèrent, par de funesies consetia, les déplorables écarts.

Les évèques d'Italie, et à leur tète AngHberto, ce célèbre et impérieux archevêque de Milan, allumèrent le fatal brandon qui , à cette époque, incendia l'Europe. Mais il nous est démontré, nous le répétons, que pour la Lombardie la domination française continua, sous Lothaire lui-même , à être un bienfait , et que ce royaume eut la

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moindre part des calamités qae ses grands et ses prélats* déjà li dangereux conseillers de Bernard , contribuèrent à attirer sur l'empire fondé par Gharlemagne.

La bataille de Fonteoay démembre cet empire : la France reste à Charles le Chauve ; Louis de Bavière prend pour sa part la Germanie 9 qui fait dater de cette époque son droit public et sa haine contre les Français.

La Lombardie et quelques provinces sont le lot de Lolhaire, qui conserve le titre d'empereur. Rome , chose remarquable dans un moment où la royauté reçoit tant d'affronts de la part des papes et des évéques» Rome est comprise dans la part de Lothaire.

Le saint-siége, comme pour protester contre cet acte qui blesse des droits qu'il croyait avoir pour toujours acquis, cherche à rendre l'empereur étranger à l'élection du pape. Lothaire châtie Borne. Le successeur de Grégoire lY, le fier Sergius, tout en subissant la loi de la force (ajoutons et du droit consacré par le temps et les traités), fait entendre des paroles hautaines, et établit, en prêtant un serment auquel il ne peut se refuser, que Louis II reçoit ce serment comme délégué de l'empereur, mais non comme roi de Lombardie. Enfin, ce même Sergius s'érige le juge des évèques qui, par l'ordre de l'empereur, se sont faits ses juges. . . On le voit, les papes trouvaient de plus en plus étroit le cercle de leur autorité qui allait toujours s'élar^ssant.

Malgré cet éclair d'énergie de Lothaire contre Rome , de toutes parts croule l'autorité des rois carlovingiens par la faute des rois eux-mêmes, disons mieux, par suite de l'irrésistible développement des principes qui fondèrent leur puissance. L'esprit de la féodalité subdivise et fractionne la société ; les races vont toujours se démarquant entre elles de plus en plus; la France, qui la première, a donné l'impulsion contre les vieilles et grandes monarchies, se morcelé la première et devient la curéeM'une foule de petits tyrans plus despotes, plus puissants en réalité, plus rois que les rois eux-mêmes. La noblesse et le clergé dictent des lois aux têtes couronnées ; les grands s'arrogent l'hérédité des charges et des fonctions publiques.

A leur tour, les grands vassaux ou les princes tributaires en Italie, se querellent, vident leurs démêlés entre eux sans daigner s'apercevoir qu'un empereur et roi a droit de se porter arbitre de leurs différends; mais, dans des temps de désordre, le droit pour prévaloir a besoin de la force.

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Deax de ces princes italiens» qui ensanglantent l'Italie par de tristes dissensions, commettent la faute fatale d'appeler les Mores à leur aide, et livrent leur patrie à des maux dont la domination française et l'admirable énergie de quelques papes ne parviennent à délivrer momentanément la péninsule qu'après des efforts qui eussent lassé d'autres âmes que les Ames de Léon IV et de Louis II.

Louis, déjà roi et empereur du vivant de Lothaire, se voit, à la mort de ce dernier, réduit avec ce double titre d'empereur et roi, au seul royaume de Lombardie. Il se plaint d'une injustice qui peut-être est le secret de sa gloire. Exempt des soucis que lui eût attirés l'administration d'un vaste empire, il vit au milieu de son peuple de Lombardie, y réprime les abus, y rétablit l'ordre, y publie de sages règlements, veille à leur exécution, réduit l'insolence de ses grands vassaux, fait avorter les complots tendant à rejeter la péninsule sous le joug de Gonstantinople, et, après de longs et rudes efforts, purge l'Italie de la nuée de barbares qui depuis trop longtemps la désolent.

Mais telle est la force des choses que , tandis que Louis II fait courber le front de ses plus fiers et de ses plus puissants tributaires, partout en Italie, comme dans le reste de l'Europe , le géant féodal grandit. Les excursions et les dévastations des barbares font surgir sur tous les points de la péninsule des remparts de défense^ Les villes, les bourgs même se changent en forteresses ; les châteaux de plaisance deviennent des places de guerre et servent de refuge, dans les temps calamiteux, aux populations des campagnes que la féodalité, d'abord protectrice et plus tard oppressive, va bientôt enlacer dans ses redoutables réseaux.

Un siècle après la prise de Pavie par Gharlemagne, Louis II meurt, et la Lombardie pleure une mort qui termine si tristement cette période de cent années d'une prospérité qui n'eut que bien peu de lacunes.

Avec Louis II s'éteint, pour ainsi dire, la domination en Lombardie des descendants français en ligne directe et masculine de Char* lemagne; car le rapide passage de Charles le Chauve, de ce prince un moment si hautain envers les papes , et plus tard si lâchement humble à Rome et à Pavie, dans le but d'obtenir la double succession de Louis II, n'est plus qu'un triste éclair suivi de violents orages.

Nous reproduirons en passant quelques observations propres à faire ressortir la différence qui doit exister dans l'appréciation de la domi-

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