LIVRE !•'• — CSAPITRE V
mais» ainsi que cela s'est va souvent, un péril nouveau vint neutraliser oo, du moins» reculer Teffet d'un premier péril.
Liutwide, duc de la Pannonie inférieure, et Borna, duc de Dalmatle ^ , ayant sur ces entrefaites levé l'étendard de la révolte , Tempereur eut la pensée hardie d'envoyer contre eux, sous la conduite de Balderico, duc de Frioul, les Lombards, ces mêmes Lombards si mécontents , mais auxquels il promit le redressement de tous leurs griefs. Les soldats de Lombardie se montrèrent, dans cette expédition, dignes de combattre pour la cause des Francs. Ils envahirent, après de glorieux combats *, les États des ducs rebelles et revinrent chargés de riches dépouilles.
Ce service rendu à l'empereur lui devint un danger de plus. Les Lombards , fiers de leur triomphe , firent entendre des vœux plus énergiques pour obtenir un roi comme nation.
Leurs yœux devinrent d'autant plus impératifs qu'ils eurent à demander l'accomplissement de ce genre de promesses que l'on prodigue devant le péril et qu'on met en oubli quand le péril est passé. Les doléances des Lombards trouvèrent cette fois des échos et des appuis à la cour de l'empereur.
On se souvient que Louis avait associé son fils atné à l'empire, honneur stérile qui faisait envier à Lothaire la position de ses frères décorés seulement, à la vérité, du titre de rois; mais au moins ces rois avaient des royaumes à gouverner, l'un la Bavière, l'autre l'Aquitaine, tandis que Lothaire n'était empereur que de nom. Cette situation fausse blessait son orgueil et surtout celui d'Hermengarde sa mère : elle fournit à la cause des Lombards des avocats puissants. Comme an danger réel pressait Louis, il dut être plus facile à Hermengarde de faire ressortir, aux yeux du monarque, le but que s'é* tait proposé Gharlemagne en investissant Pépin, et après lui Bernard, de la royauté de Lombardie.
Ce royaume était si loin, ce peuple si inquiet I Qui sait si, dans Fivresse de son dernier triomphe, il ne s'octroierait pas à lui-même un roi, si le choix de l'empereur se faisait trop attendre ! Et ce choix, sur qui le porter? Bernard avait laissé un fils ^; mais ce fils était
' MuftATOBi, Afm. d^ital., tome lY, page^ 448 et 449.
* GiuLmi. L'histoire ne parle plus de cet enfant qui, sans doute, suirit de près son père dans la tombe.
00 FS£IIIÉRB iPOQUE.
trop enfant pour le poids d'une couronne : d'ailleurs, quelle haine secrète le jeune Pépin ne devait-il pas avoir vouée à ceux par qui son pare avait perdu le tràne et 1^ vie !
Un prince du sang irapériaU un prince soumis et dévoué» capable d'imposer par sa présence aux turbulents Lombards et de les comprimer au besoin, était seul digne de la confiance de l'empereur. Eh ! quel prince pouvait offrir plus de gages de soumission et d'amour que le fils atné de Louis, que ce Loihaire associé déjà à l'empire, mais dont l'ambition louable brûlait de prouver, comme ses frères, par une vie noblement et laborieusement remplie, son sèle et son dévouement pour l'empereur?
Telles furent les considérations qu'Hermengarde dut faire valoir pour servir les vues de son fils et son ambition de mère.
Quoi qu'il en soit, Louis, aux premiers bruits de la fermentation nouvelle qui se manifestait en Lombardie, se montra plus que jamais disposé à lui choisir un roi, laissant entrevoir la pensée que son choix se porterait sur Lothaire.
Mais un événement inattendu vient suspendre l'effet de cette espèce d'engagement pris avec la révolte, cette fois légitime; un moment la face des choses est changée, et Lothaire dont l'attention se détourne de son premier but, berce son esprit d'un rêve plus brillant encore.
La mort vint inopinément enlever Hermengarde à l'affection de l'empereur* Louis, frappé par ce coup imprévu, débordé par les vicissitudes de la souveraine puissance, <x>urbé sous le faix de tant de charges et abreuvé des dégoûts incessants que lui attiraient de toutes parts les querelles religieuses, Louis cède enfin au poids de ses soucis et de sa douleur; il manifeste l'intention d'abdiquer et d'embrasser la vie monastique.
A cette annonce, les conseillers de la couronne et les courtisans s'effrayèrent de voir approcher le terme de leur faveur; incertains s'ils retrouveraient, auprès des fils, les avantages et les honneurs que leur accordait le père, peu rassurés, d'ailleurs, sur les conséquences pour l'empire lui-même, de l'ambition des trois frères rivaux, ils corabatUrent ouvertement la résolution de leur mettre. L'Europe resta spectatrice attentive de ce drame, dont le dénoûment, en cas d'abdication, semblait devoir être le point de départ d'une ère de troubles et de collisions sanglantes.
LIVRB I*'. — CHAPITRE V. 91
La Lombardie dut apporter plus d'intérêt que tout autre peuple à ce spectacle, puisque le prince qui lui était destiné pour roi, allait peut-être prendre en roaio le sceptre impérial; elle en attendit dans le calme, mais non sans anxiété, le dénoûment qui fut tel qu'on de* vaît l'attendre du caractère irrésolu de Louis et de l'incessante obsession des courtisans menacés dans leur cupidité d'abord, puis dans leur dévouement plus ou moins sincère à la chose publique.
Le projet d'abdication fut abandonné. L'isolement où la mort d'Hermengarde avait plongé l'empereur ayant, plus que tout, contribué à amener une résolution dont on s'était si vivement énui, les courtisans virent, dans un nouveau mariage de Louis, un gage de sécurité contre le retour de pareilles inquiétudes. Sur leurs pressantes sollicitations, Judith, fille de Welf ou Guelfe, duc des Bavarois, fut acceptée comme épouse par l'empereur. Mais cette union, qui plus tard devint si fatale à l'empereur et à l'empire, ne cicatrise qu'une seule plaie de ce cœur abattu. Une pensée fixe, un remords poignant obsèdent l'esprit faible du monarque. Louis se souvient trop tard d'avoir promis, par serment, à son père, d'être le protecteur de ses sœurs, de ses frères, de ses neveux.
Comment a-t-il tenu cette promesse faite près du lit d'un père mourant en échange de la couronne impériale? Qu'a-t-il fait du fils de Pépin, de son malheureux neveu, de Bernard que pleure la LondMirdie? Gomment réhabiliter la mémoire de cette royale victime et réparer le mal qu'il a fait au peuple lombard dans son aveugle colère? Dans leur repentir comme dans leurs fautes, les esprits faibles se préservent rarmimt de l'exagération.
Satisfaire au vœu de la Lombardie en lui envoyant un roi, ou au moins un prince de son sang pour la gouverner ; confier cette importante mission à l'atné de ses fils ' ; donner à Lothaire, pour conseiller, l'illustre Walla *, ancien ministre de Bernard, et en cette qualité
* Ce choix eat lieu le 7 février 821.
Quelques historiens coniesteot cette date» mais sans fondement, comme le prou\xs
Giulini, lib. 3, anno 821.
' Ann. Fr, Egisb. — Muratori, Ann. d'IlaL, tome IV, page 455. — Giulim, tome l^^, Storia di Milano,
L'histoire rous montre le comte WalJa, sous l'habit monastique, occupé avec son vertueux frère Adelhard, à sonder, dans le pays des Saxons, sur les bords du Wcser, celle communauté ( nouvelle Corbie), puissant foyer de lumière, qui éclaira longtemps l'Allemagne de ses rayons.
I) est probable que le comte Walla ne quitta Lothaire pour r^oindre Adelhard
92 PREmÈRE ÉPOQUE.
\ictime, lui aussi, des rigueurs impériales; amnistier tous ceux que la sévérité de ses sentences avait enveloppés dans la disgrâce du jeune roi ; les rappeler de l'exil, les faire rentrer dans leurs biens confisqués. Si là se fussent bornés les effets du repentir de Tempereur , la réparation aurait paru noble et complète. Mais combien la dignité impériale n'eut-elle pas à souffrir de cet abaissement où la tratna la pusillanimité de Louis dans la trop fameuse assemblée d'Attigny ! GombicD cette amende honorable, cette pénitence publique en expiation du supplice infligea Bernard; combien ces sanglots, ce front dans la poussière, en présence du clergé, des grands et du peuple, ne durent-ils pas dégrader, aux yeux de tous, cette tète qui avait osé ceindre l'éclatant diadème de Gharlemagne !
Tel fut cependant le déplorable spectacle que donna au monde Louis le Débonnaire, dans un moment où sa couronne avait plus que jamais besoin de s'entourer d'un prestige de force et de dignité.
Bien que désigné pour le gouvernement de la Lombardie, en février 821 , Lothaire ne se rendit auprès de ses nouveaux sujets que dans le cours de Tannée suivante * .
Le pape Pascal occupait alors le saint-siége. Il ne put voir sans
qu'après le second voyage du jeune empereur à Rome. Ce séjour de Walla en Italie nous semblerait démontré par les lumineux édits qui parurent dans les premières années du règne de Lothaire ; commeaussi, les décrets imprudents promulgués plus tard par ce prince dénoteraient l'absence de l'illustre ministre.
* GiULiNi. Cet écrivain fait observer * qu'il n'y parut qu'avec le titre d'empereur; il ajoute que les Annales italiennes donnent cette seule dénomination à Lothaire et à ses successeurs à l'empire sans l'adjonction du titre de roi d'Italie. B^rault-Ber- CASTBL ** dit, au contraire, que le pape couronna Lothaire, empereur, et roi de Lombardie. D'autres historiens l'affirment comme lui. La suite de cette histoire nous montrera plus tard Loibaire, privé de son titre d'empereur et réduit à sa seule royauté de Lombardie ; ce qui nous paraît être en contradiction manifeste avec l'assertion de Giulini, ordinairement si bien informé.
L'église de Milan reçut, lors de l'arrivée de Lothaire en Italie, de riclies présents qu'elle dut i la munificence des deux empereurs. Giulini parle, entre autres, et donne le dessin d'une croix d'or massif de la hauteur de deux brasses milanaises, *** enrichie de pierres précieuses et de reliques remarquables.
Cette croix se trouvait encore du temps de l'historien milanais (qui n'a pu s'expliquer cette translation) Qans le monastère de Chiaravalle ou de Caravalle, dont la fondation ne remonte pas au delà du xn« siècle.
* Sunria di Milano^ tome !•', anno 822.
** B. UticA>TBL, Si$t. d§ l'Église, tome IV, p. 819.
*'* Une broMte mi/imatfe corictpond i soiunle-Kice centinètret.
UVBB 1*'. — CHAPITRE V. 93
ombrage Lothaire exercer Tautorité en Italie avant d'aToir reçu l'onction sainte à fiome. L'exemple de Loais, qui n'avait été sacré empereur qu'en France, lui paraissait dangereux pour ce qu'il considérait comme les prérogatives du saint-siége. Il engagea donc Lothaire i profiter de son séjour dans la Péninsule pour se faire couronner à Rome à l'exemple de son aïeul Gharlemagne.
Louis permit que son fils cédât aux instances du pontife, qui reçut Lothaire avec une grande pompe, et le proclama empereur et roi, le 5 avril 823, jour de Pâques ^
Lothaire retournait de Rome à Pavie, quand il apprit que Liutwide, duc de la Pannonie, battu deux fois par les armées impériales, s'était de nouveau révolté. Le nouveau roi envoie aussitôt une armée lombarde contre Liutwide, qui, retranché dans la ville de Siscia (aujourd'hui Sissek)^ près de l'embouchure de la Save, ne s'y croit plus en sûreté à l'approche de l'ennemi, et se réfugie chez un prince dalmate. Le perfide Liutwide, d'après le récit de V astronome^ dans sa Vie de Louis le Pieux, récit que reproduit Muratori sans le contredire *, paye par l'assassinat sa dette de reconnaissance envers le prince qui l'a accueilli dans sa fuite, et se rend ainsi mattre de la ville que la pitié de sa trop confiante victime lui a offerte pour refuge. Ce crime, ajouté à ses fautes, ne fait que compliquer sa situation déjà si mauvaise, et qu'animer d'une nouvelle ardeur les troupes envoyées pour le combattre. Le danger était imminent : Liutwide demande à se soumettre ; il envoie à Louis et à Lothaire quelques-uns de ses ofiBciers dévoués, chargés de les assurer de son repentir et d'invoquer leur clémence : les empereurs n'eurent pas le temps de lui adresser leur réponse. Cet homme, qui avait attiré tant de maux sur la Pannonie, et dont la main s'était l&chement teinte du sang de l'hôte hospitalier qui l'avait accueilli dans l'adversité, ce duc rebelle et félon périt sous le poignard d'un de ses propres soldats. Sa mort désarma la colère des deux empereurs contre la Pannonie, et les troupes italiennes rentrèrent en Lombardie sans coup férir.
' On dit que le pape obtinl du jeune empereur la promesse de faire dater son règne du jour de son sacre à Rome. Quelques pays de l'Italie adoptèrent cette date, d'autres s'y refusèrent. Lothaire, comme nous le Terrons, reprit bientôt Tancienne, par suite de quelques démêlés avec le saint-siége *.
* M iJBATORi, ilnn. d'ilol., tome Y, pages 4K0 et 4117.
* Gfou», Staria di Milano^ tome !*'•
94 nBMitaE époora.
Pendant cette iMumne eqpédittoa, Lottafre mar^Mlt ^ présence en Italie^ fut la publication de plusieurs réglemente on eapltiiiaires empreints d'un profond esprit de sagesse et d'équité. Ge Ait sans doute à cette époque que parut son mémorable décrât relatif au rétablisse* ment des lettres dont le jeu ne Mspereur sigasle à regret la décadenoe ^
Ici nous ne pouvons nous' empêcher de feiie roBSorllr certains rapprocbements très-remarquables.
Quelquesédits de Lothaire sont datés d'une résidence royale, située non loin de Pavie, près du lieu où la rivière d'Olana se jette dans le Pô. Cette résidence, oà séjouraa Charlemagne, s'appdait 9illm iO- ZaMi ou oorr# d'0^m^a ; le bourg qui occupe la place où elle était située, porte aujourd'hui, par altération, le nom de CoruUtma '•
€'est probablement pour rappeler œs vieui. souvenirs où domine le grand nom de Charlemagne, queNaptdéon, mille ans après, quand il réunit, par la victoire, la Lombardie à l'empire français, donna le nom de départ^nentd'O^n à la province dont Milan était tecbef-Ueu.
U est un autre rapprochement non moins singulier*
Giulini, dont l'ouvrage a été publié en 1760, fait observer qu'au retour d'un de ses voyages à Borne (825), Lothaire data un de ses diplômes de la fauxusb résidence eotmjb de Maungo : nella villa
' Au reste, la Lombardie n'éuitpis le seul pa|fi rebelle à la salutaire impulsion donnée aui études par les premiers empereurs francs.
VHittoire de VÈgliiB rapporte, pour preuve du déplorable état où les lettres étaient tombées» que, ^d9 on coodk tenu en 996 par le pape EogèM II, od dut, iaoi était groude alors la difficulté de s'énonoar ou de composer» copier, d'un concile rcutii sous Gr^oire II, le petit discours qui devait servir de préface au concile que l'on célébrait.
* Le eomte ÛwAM semblerait vouloir faêirectement attribua' à la proximité de Pavie et de cette résidettoe royalOt la préférenoe dOMi^e par l'empeieur, pour le siège de l'université, À Pavie eur Miles.
L'historien milanais ne veut pas avouer et cberche à faire oublier qu'à cette époque sa chère ville natale était effacée du nombre des cités ridies et importantes; et que Pavie, capitale des rois lombards, conUoua à Tétrc los^emps encore sous les successeurs de Charlemagne.
Le comte Terri , Milanais comme Giulini, mais moins travaillé d'amour-propro pour la gloire ou la gloriole de la ville oii il a reçu le jour, ne craint pas d'offrir le tableau de la triste situation de Milan à cette époque, situation telle qu'aucun des empereurs ou rois qui, après Charlemagne, régnèrent en Lombardie, ne fit sa résidence de cette ville, et que pas un dç leurs édits n'en porte la date *. Giulini, pour s'en consoler, trouve un singulier motif dont nous aurons l'occasion de nous occuper plus tard.
* Comte VuBi, Storia di MUcuto, tome !«', p. lOX.
LIVBB l*'. — CHAPITBB V. 9S
rAMOf di MABBimo, «offe Reah S « peu loi», ajoute cet autecnr, » àtà Tmuaro et de remplacemeat qu'occupe aujourd'hui la ville » d'Alexandrie *. »
GlttUu, en écrivant ees lignes au milieu du :ktiii* siècle, était loin de prévoir qu'un demi-fiècle après lui, et dix siècles après l'invasion de la Lombardie par les guerriers de Clbariemagnei un autre grand capitaine, un autre Cbariemagne, à la tête des descendants de ces mêmes guerriers, rendrait iim autrement famecx le site et je nom
de Maubugo.
MAmNGO n'est qu'un hameau de quelques maisons ; près de ià est un imrjf considérable du nom SpineOa^ qui fut, aussi bien que 3larengo, témoin et tbéAtre de la grande bataille. On devine aisément le motif qui a fait choisir 4 Bonaparte le nom du hameau pour en baptiser son immortdle victoire, et pour donner, au département dont Alexandrie fut le chef-lieu, le nom de département de Marengo.
Lothaire, après avoir, comme nous venons de le dire, pourvu la Lombardie de lois et de décrets propres à y assurer une bonne administration, se rendit à la cour de son père '•
Les vieilles chroniques de l'époque racontent que le jeune empereur , passant dans le bourg de Grabadona , aujourd'hui Graivedona, sur le lac de Gomo, alla y visiter une église dédiée à saint Jean-Baptiste, On voyait dans le chœur une image de la sainte Vierge, ayant sur sas genoux l'Enfant Jésus à qui les mages venaient offrir leurs présents ; cette peinture, usée par le temps, était dans le plus misérable état : à l'approche de l'empereur, la figure de la Vierge et celle derEnfant-Dieu apparurent sous des couleurs vives dont la fraîcheur le disputait aux fresques les plus brillantes. Les mages restaient dans
* GiuLiNi, tome !•', anno 8Stf, — Comte Tesbi, tome I«^, page 106.
' Le Tanaro vb se jeter dans la Bormida qui sépare le territoire d^Âleiandrie ^u champ de bataille de Maungo, et qui và, un peu plus bas, se mêler aax eaux duP6.
* ]>*après Giulini, l'empereur Louis aurait chargé Adelliard» comte du palais, et MauriDgo, comte de Brescia, de diriger les affaires du royaume, peudant Fabsence <le SDS 61s.
Il pourrait y aroir une erreur dam ceUe assertion, ou an moins, cet Àdèlfaard ne saurait être le frère de Walla. Le saint homme, ancien ministre de Pépin et de Bernard, était, à cette époque, occupé de sa pieuse fondation dans le pays des Saxons. Ce dut être plutôt Walla qu'on chargea de l'administration du royaume au dépar de LoUiaire.
l'ombre, les présents qa*ils apportaient au divin Enfant avaient pris le même éclat qae les Ggures principales : ce prodige, ajoute la chronique, dura deux jours.
L'historien Tatti dit qu'on n'a conservé à Gravedona aucun souvenir de ce tableau, comme aucune tradition de cet événement.
Giulini aflSrme, au contraire, avoir vu lui-même, dans l'église de ce bourg, un très-ancien baptistaire où Ton montre une peinture complètement semblable à celle décrite par les vieilles chroniques italiennes que nous citons. Ce tableau, à cause de cette même ressemblance, ajouta Giulini, qui du reste se refuse gravement à croire que ce soit celui sur lequel s'est opéré le prodige, est soigneusement conservé sous verre, et orné d'une lampe toujours allumée.
Cette peinture, dit encore l'historien milanais, n'est pas à la place indiquée par les chroniques. « D'ailleurs, » poursuit assez naïvement le savant écrivain, pour justifier son refus de croire à l'identité des deux tableaux, « comment une peinture usée déjà dans ces temps » reculés, et gui n'a repris son premier éclat que pendant deux jours, » ne serait-elle pas aujourd'hui complètement détruite? »
Si le fait est vrai, quant au retour des couleurs dans leur fraîcheur première, miracle qui peut s'obtenir par des moyens purement humains et à l'aide du pinceau de quelque artiste, ne pourrait-on pas croire à quelque pieuse supercherie qui , jetant une lumière éclatante sur les dons offerts par les mages, faisait ainsi un appel aux offrandes charitables des fidèles et surtout à la munificence de l'empereur?
Les chroniques ne disent point par quel présent Lothaire répondit à cet innocent appel.
Le séjour de Lothaire à la cour de France ne fut que de courte durée; les affaires, sinon de la Lombardie laissées en bonnes et sûres mains, n^^is de Rome livrée à des vicissitudes toujours renaissantes, rappelèrent bientét ce prince au delà des Alpes.
Théodore, primicier de l'église romaine, qui avait assisté au concile d'Attigny, et Léon, nomenclateur, son gendre, ayant été mis en jugement pour un crime que l'on tenait secret, avaient eu la tète tranchée. Par un surcroît de cruauté usitée dans ces temps barbares , on avait crevé les yeux aux deux condamnés avant de leur faire subir le dernier supplice.
Il fut dit à la cour de France que ces exécutions avaient eu lieu
LIYBB 1". — CHAPITRE V. 97
par ordre du pape; il y fut encore dit que Théodore et Léon nV vaimt été mis à mort que pour s'être montrés trop dévoués aux empereurs francs.
m II parattt » dit à ce sujet Thistorien de l'Eglise souvent cité par nous» « que la souveraineté sur cette capitale du monde était déjà » contestée au& nouveaux empereurs, au moins par voie de fait; et i> que, sous prétexte d'éviter dans les affaires le péril du relard, on les » terminait souvent avec une précipitation affectée : ou bien, ajoute » Berault-Bercastel, ces faits et autres semblables prouvent que les » papes ne reconnaissaient déjà plus les empereurs, que comme » seigneurs suzerains et protecteurs, et non point comme maîtres et » jutticiers dans Rome.
B Le pape voulut se justiBer, au moins quant à l'exécution de » Théodore à laquelle il protesta, avec serment, qu'il n'avait point » eu de part, quoiqu'il fût coupable, ajouta-t-il, du crime de lèse- » majesté.
» L'empereur ne jugea point à propos d'éclaircir davantage ce 9 mystère * . »
La mission de Lothaire à Rome eut, pour le moment, un résultat négatif, la faiblesse de l'empereur Louis ayant reculé devant l'éclat qu'aurait amené cette affaire si l'enquête avait été suivie, et si l'on avait soulevé le voile mystérieux qui l'enveloppait.
Le jeune empereur, sur l'ordre de son père, retourna dans sa capitale lombarde sans avoir sévi, attendant quelque occasion favorable de manifester son mécontentement sur cette sanglante et ténébreuse intrigue.
On osait contester à Rome l'autorité des empereurs ! On persécutait les partisans de la France dont on invoquait cependant l'assistance à chaque nouveau péril ! Lothaire profita de son séjour à Pavie pour préparer quelques décrets où devait ressortir la souveraineté des empereurs francs sur les domaines de l'Église et sur Rome. La sage expérience de Walla ne dut pas rester étrangère à la rédaction de ces actes fameux.
Comme on l'avait prévu à Pavie, les affaires de Rome ne tardèrent pas à réclamer de nouveau l'intervention du jeune empereur.
Le pape Pascal étant mort peu de temps après le départ de Lothaire,
' B. B. Ui$l. de l'ÉglUe, tome lY, page 319.
98 P&miCRB BPOQOB.
un certain Zizime ^ , Romain de naissance » était parvenu à gagner une partie da peuple et à s'en faire élire pape. En même temps Eugène» archiprélre de Sainte-Babine , était élu canoniquemeiit par le clergé. Zizime» qu'une faction soutenait» entretint le schisme pendant qudquesmois ; mais Louis ayant ordonné à Lothaire de se rendre à Borne pour la défense d'Eugène II» Zizime se hâta de prendre la fuite à l'approche des Lombai^.
Lothaire, cette fois , agit en souverain mattre à Rome ; sa parole sévère * fit sentir an clergé de la ville des pontifes » tout l'odieûx des sanglantes persécutions auxquelles avaient été récemment en botte les partisans de la domination française ; il s'éleva avec autorité contre Tespèce d'oppression dont on rendait victimes ceux qui avalent échappé à la mort» et dont les plaintes» il ne le savait que trop, étaient dirigées contre les juges de Rome et les pontifes eux-mêmes; il Qt restituer è plusieurs habitants les biens dont on les avait injustement dépouillés ; il se plaignit de l'incurie et de l'ignorance de quelques papes qui avaient toléré trop d'abus » et signala l'insatiable avarice des juges» et déclara que désormais» selon les antigties usages, les juges seraient nommés par l'empereur. Ceux qui avaient prévariqué dans l'octroi de la justice» ou dans la gestion des alSiires publiques» furent envoyés en exil. Cette mesure de rigoureuse équité fût un sujet de vive allégresse pour le peuple romain '.
Enfin» pendant ce glorieux séjour à Rome» et pour prévenir de nouveaux abus dont il n'empêch» pas le retour » Lottiaire publia sa célèbre constitution en neuf articles que rapportent Barenioa et Holsténius.
Ce décret frappait d'exil quiconque troublerait Félectiott régulière d'un souverain pontife.
Des commissaires» nommés par l'empereur et le pape» devaient faire à l'empereur leur rapport sur la manière dont la justice était administrée par les juges» les comtes et les ducs.
Tous les Romains» soit du sénat» soit du peuple» devaient déclarer selon quelle loi ils voulaient vivre » c'est-à-dire qu'on leur donnait Toption» les lois des Goths ou des Lombards» et le droit romain étant
* Selon le P. Pinchinat, Zinzime. Diet. d$ l'Idol., etc., art. Antipapes, ix* siècle.
* L'auteur anonyme de la Vie de Louis le Pieux, — Mcratori.
* MuEATORi, Ann» d'iuU,, tome lY, pagas 400 et 463.
UYRE 1". — CHAPITRE V. 99
également tolérés en Italie ; et on devait les juger selon la législation de leur choix, par l'autorité de l'empereur et du pape.
Le même décret ordonnait la remise au clergé des biens lui appartenant et qui pouvaient être injustement retenus par autrui ; enGn , l'empereur ne promettait sa bienveillance qu'à celui qui rendait obéissance et respect au souverain pontife.
Le clergé et le peuple prêtèrent serment à cette constitution en présence du pape et de l'empereur.
Nous trouvons, dans V Histoire de VÈglise^ la formule de ce ser men t : <( Nous promettons fidélité aux empereurs Louis et Lothaire , fran- » chôment et sans arrière pensée, sauf la foi que nous a/cons promise » au pape ; nous ne souffrirons pas que l'élection du pape se fasse » autrement que selon les canons, et que celui qui aura été élu soit D consacré avant qu'il ait fait, en présence du peuple et de Yenvoyé » de Vempereur^ un serment semblable à celui que le pape Eugène a » fait, de son plein gré, pour l'intérêt commun. »
Ce serment, tout équivoque qu'il puisse paraître , la constitution publiée par Lothaire , l'intervention continuelle des empereurs dans les affaires intérieures de Rome, sont, nous le répétons, des preuves évidentes pour nous , que Pépin et Gharlemagne , dans les donations par eux faites ou sanctionnées eu faveur du saint-siége, s'étaient réservé les droits, non pas seulement de seigneurs suzerains, mais de souveraineté.
Ces mêmes prérogatives, que nous appelons des droits de la conquête, furent d'abord attaquées sourdement, et puis hautement qualifiées d'abus par les pontifes romains , lorsque la cour de Rome voulut , elle aussi , prendre sa part et une large part encore , de la dépouille de ces mêmes rois ou empereurs de qui les papes tenaient leur puissance temporelle.