‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 18 sur 137 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Lois et coutumes de le Lombardie eoos la domination des Goths. — Les Lombards ea Italie. — Oligarchie. — Royauté élective et héréditaire. — Religion des Lombards. — Polythéisme. -* Ils embrassent le catholicisme. — Schisme des ariens. — Comment les Lombards tolèrent les lois et les coutumes du peuple vaincu. -^ Législation sous les Francs. --- Assemblées générales ou diètes. — Dignitaires laïques et ecclésiastiques. ^ Maires du palais. — Archevêques. — Évoques. — Leur nomination. — Fonctions ecclésiastiques subalternes. ~~ Immunités de l'Église. •— Abus. — Quelques règlements. — Les richesses et la puissance du clergé forent quelquefois un danger.

Arrivé à cette époque où vont se passer de graves événements, nous nous arrêterons quelque temps pour jeter un coup d'œil sur la religion^ les usages » les lois et les mœurs qui régnaient alors dans la partie de l'Italie que possédaient les descendants de Gharlemagne.

Le récit des événements qui se sont succédé chez un peuple ne constitue pas seul l'histoire de ce peuple. Ses lois, ses usages, doivent au moins autant que les faits, captiver l'intérêt de l'homme qui cherche le côté vraiment instructif et philosophique de l'histoire.

Anticipant même sur les faits, et pour donner de l'ensemble à cet aperçu des mœurs et de la législation des peuples de l'Italie supérieure sous la domination française, nous nous proposons de signaler les édits les plus remarquables de Gharlemagne et de ses successeurs, même après Lothaire, sur le trône lombard, sauf à reprendre , après cette revue nécessaire, la suite des événements qui amenèrent la fin de notre domination en Italie et qui firent de cette belle contrée la proie de l'Allemagne.

Quelques mots aussi sur les temps antérieurs à l'occupation française ne nous paraissent pas inutiles. '

L'histoire des peuples est fertile en étranges rapprochements.

L*empire romain, qui devait son origine à Àiigtisie^ finit par un (xuire Auguste ^ en Occident.

La ville de Rome , fondée par un Romtdus , eut , douze siècles après sa fondation , pour dernier empereur romain , un autre Romulua *.

A cette époque, l'Italie était sujette à la loi romaine '. En proie pendant quatorze ans, après la chute du jeune Romulus Augustulus, à la tyrannie d'Odoacre, roi des Hérules, elle 'devint la conquête de Théodoric, roi des Goths. Ce jeune monarque, élevé à la cour de Gonstantinople, ordonna par un édit l'observation, dans ses nouveaux Etats, des lois et coutumes romaines auxquelles il soumit également les Goths.

A l'exception des emplois militaires qu'il confia à des chefis desà nation, il rendit aux Romains * tous ceux qu'ils avaient possédés. Son glorieux règne dura trente-trois ans. Ge fut une ère de repos et de bonheur pour l'Italie, bouleversée depuis longten^ps par de sanglantes convulsions.

Dix ans après sa mort, Bélisaire enlève à ses successeurs Rome et presque toute l'Italie méridionale qu'il réduit sous la domination de l'empereur d'Orient. Vainement Totila et Teja , derniers rois des Goths , luttent avec un ^héroïque courage et des efforts que couronnent d'abord d'incroyables succès, contre la puissance de Gonstantinople; l'eunuque Narsès, général des armées de Justinien, et qui comptait les Lombards parmi ses troupes auxiliaires, livre aux Goths une bataille sanglante et les réduit à lui demander la permission de sortir des terres de l'empire avec tout ce qui leur appartient ; Narsès y consent. Ainsi finit la domination des Goths en Italie ^.

Gette domination , nous l'avons vu , n'avait rien changé aux coutumes de la péninsule italique qui resta soumise à la loi romaine.

' RosiuLus, MomUlus, Augvstulus, fils d'Oreste.

* Ainsi, le dernier empereur romaiD porta les noms du fondateur de Rome et du fondateur de l'empire.

' PuFFBNDORP, Jlitt, ufiiv,, afin. 476.

*' Pour les barbares venus du Nord, tous les peuples conquis par les armes de Rome étaient compris dans la dénomination de Romains,

« Année 553.

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On sait riogratitade et l'insulte qui furent le prix de la conquête de Narsès. A l'appel de ce général outragé, les Lombards, sous la conduite d'Alboin, quittèrent la Pannonie que leur avait abandonnée i'ifflprudeBce de la cour du Bosphore, et inondèrent l'Italie *, traînant avec eux leurs femmes et leurs enfants. C'était la nation lombarde qui venait porter ses-pénates sous iebeaueiel italien.

Alboin, proclamé roi par le peuple de Pavie, fit de cette ville la capitalede ses États.

Dès leur arrivée en Italie, les Lombards couvrirent de sang et de ruines leur nouvelle conquête ^. Longtemps on vit cette malbeurense contrée , morcelée , déchirée par l'ambition et la cupidité de trente ducs lombards qui s'étaient constitués gouverneurs d'autant de \illes contre la volonté de leurs rois. Les successeurs d'Alboin ne purent jamais se rendre complètement matires de cette insolente oligarchie.

La royauté chez les Lombards était-elle héréditaire ou élective? TAcrrE a dit , dans sa description des mœurs des nations germaines :

Parmi ces peuples, la naissance fait les rois.

On pourrait appliquer ces paroles du grand historien aux Lombards, maîtres de l'Italie supérieure, si on les entend comme l'ont fait les continuateurs de Puffendorf : que la royauté y était tout à la fois héréditaire et élective.

Élective, parce que les grands et le souverain, de son vivant, désignaient souvent le successeurau trône.

Héréditaire, parce que le choix tombait toujours dans la même famille, et, pour Vordinaii'e, parmi les fils du demierroi mort.

Un exeniple contraire à ce dernier principe fut donné toutefois parles Lombards ; disons mieux, cet exemple, trop remarquable pour n'être pas rappelé, fut une consécration du droit et du principe d'hérédité, s'il est admis que la possession d'un trône ne donne pas réellement le titre et le caractère de roi à celui qui ne s'en est emparé que par la violence ou la ruse.

Grimoald, roi usurpateur, mourant après un long règne illustré par de grandes actions, avait désigné pour son successeur Garibald

' GiuLiNi, Stor. di Mil, tome I.

' PUFFENDOaV.

104 PaBHIÉBE ÉPOQUE.

6on fils, a Ce jeune prince, » dit Pufièndorf , < ne porta pas long. 3 temps la couronne» et rattachement que les Lombards avaient eu 9 pour Grimoald, ne fut pas assez fort pour les empêcher de recon* » nattre comme leur souverain Pertbarit ou Bertharit , fils d'Arix> perty leur roi légitime. Ce prince, qui s*était réfugié en France, )» pensa que la mort de Grimoald était une occasion favorable pour » remonter sur un trône qui lui appartenait ; il se rendit en Italie, » et eut la satisfaction de voir ses sujets s'empresser à lui rendre » leurs hommages. Garibald, abandonné de presque tous les Lom- » bards, fut obligé de prendre la fuite, aprèi avoir régné environ 9 trois mois * . d Voilà pour ce qui est de l'hérédité du trône chez les Lombards.

La première religion des Lombards avait été le polythéisme, non tel que le comprenait la vieille Rome, mais avec des dieux qui avaient leurs noms germaniques et leurs attributions particulières.

Les Romains qui ont écrit sur la Germanie ont donné à ces dieux, dans leurs relations, les noms des divinités grecques et romaines, selon qu'ils croyaient reconnaître ces mêmes divinités dans les fables et les emplois qui leur étaient attribués en Germanie*. Tacite dit que les représentations humaines de la divinité étaient tout à fait proscrites en Germanie : nous pensons, avec les continuateurs de PuSendorf , qu'il faut se borner à croire que le polythéisme des Germains multipliait beaucoup moins les images que ne Tavait fait celui des Grecs et des Romains ^.

Autharis , le troisième des rois lombards depuis leur entrée en Italie, ce roi qui le premier donna à ses peuples des lois écrites, fut aussi le premier à embrasser le christianisme. Les sujets suivirent bientôt l'exemple du souverain : ce fut une cause de moins d'oppression pour le peuple vaincu.

' PcFFEND., tome II, liv. % chap* 2, pages 59 et 60.

* Le système religieux des Tieux Germains ne nous est connu que par Tacite et César qui souvent nous en font des récits opposés. Cela tient à ce que les Bomaius, et Tacite en particulier» affectaient une dédaigneuse indifférence et presque une ignorance volontaire sur l'histoire et la religion des peuples qu'ils regardaient comme barbares.

* D'après cette aflSrmation de Tacite, modifiée même dans le sens de notre obserration, il eût été naturel que les Germains et les Lombards prissent plus lard parti pour les iconoclastes ; il est à remarquer que le contraire arriva, et que ces peuples, surtout les Lombards, n'éprouvèrent aucune sympathie pour celte hércsie. .

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Mais 1-arianisme se fit jour un moment sous Arioald, sixième roi lombard, dont la baine contre les catholiques occasionna de grands désordres.

Son successeur Rotbaris adoucit le mal sans l'extirper , puisque lui-même était arien. Il toléra l'orthodoxie catholique et l'arianisme, comme en tolérait la loi lombarde et la loi romaine. Il établit, dans toutes les villes, deux évéqdes : l'un catholique, l'autre arien.

 l'époque de l'invasion des Francs, la Lombardie, aussi bien que ses rois , était toute catholique : elle a persisté depuis dans cette croyance.

On a beaucoup exalté la générosité des Lombards pour avoir laissé aux peuples d'Italie leurs lois et leurs coutumes. Les Goths avaient fait plus et mieux qu'eux.

D'ailleurs tel était, à ces époques reculées, l'usage suivi par presque toutes les nations barbares originaires de la Germanie.

a Le Franc , dit Montesquieu , était jugé par la loi des Francs, » TAllemand par la loi des Allemands, le Bourguignon par la loi des » Bourguignons, le Romain par la loi romaine ; et bien loin qu'on » songeât, dans ces temps-là, à rendre uniformes les lois des peuples » conquérants , on ne pensait pas même à se faire législateur du » peuple vaincu ■ . »

Nous trouvons dans l'histoire deux exceptions saillantes & cette coutume générale r l'une, nous l'avons déjàcitée, par laquelle Théodoric,

' Montesquieu, Etpr, des Lois, iiv. 28, cbap. 3.

Nous trouvons, dans V Introduction au Manuel du Droit français, par J.-B.-J. Pailliet, page 7, une opinion toute contraire aux idées généralement admises et que nous avons adoptées.

t L'Italie, dit ce jurisconsulte, retomba, sous Justin II, au pouvoir des Lom- M bards, dont Rome et Bavenne seules ne devinrent pas la conquête. Les lois des » vainqueurs remplacèrent si complètement les lois jitstiniennes, que, dans le » IX* siècle, Charlemagne, après avoir vaincu Didier, dernier roi des Lombards, et A rétabli l'empire d'Occident, voulut faire revivre le droit romain, mais ne put y » panenir ; car, malgré toutes les recherches, on n'en put trouver dans toute lltalie » un seul exemplaire. Le droit romain avait disparu comme un fleuve qui s'ense- » oeIi( J01M ferre, pour ne reparaître qu'à de longs intervalles, sous de nouveaux » cieux et sur une terre nouvelle. »

La perpétuité du droit romain, après la chute de Tempire, est aujourd'hui incontestablement prouvée. Qu'on lise, entre autres discussions, la xP leçon de V Histoire de la ehniisatUm, par M. Guizot, tome l"; qu'on lise surtout V Histoire du droit romain dans le moyen âge, par M. de Sayiont, et il ne restera aucun doute à cet égard.

106 PBEMIÉRE ÉPOQUB.

Foi des Goths , soumit les Goths * eux-mêmes aux lois et coutumes des Romains. L'autre est tout opposée : « Les Yisîgoths en France , » dit M. Guizot *, étaient au commencement du vi" siècle* dans la » même situation que les Bourguignons et les Francs. La loi barbare » etla loi romaine étaient distinctes ; chaque peuple gafdait la sienne. » Quand les Yisigoths eurent été rejetés en Espagne, cet état changea. )) Le roi Ghindasuinthe (642'-652) fondit les deux lois en une seule » et abolit formellement la loi romaine. »

Ainsi,, on le voit, la coexistence de la loi du vainqueur et de celle du vaincu était la règle ; l'abrogation de l'une de ces lois , Teicception.

La conquête des Francs ayant mis fin à la donoination des Lombards en Italie, il convient de fixer nos idées sur une appréciation trop long- 1 emps accréditée et évidemmenterronéede cette occupation devancière de la nêtre.

Écoutez presque tous les historiens. Écoutez Muratori ', Giulini ^ ; ces hommes si- graves vous disent :

« La domination des Lombards était si douce que Romains et » Lombards semblaient n'être qu'un seul et même peuple. »

Écoutez Machiavel ^ :

« Les Lombards en Italie n'avaient plus rien d'étranger que le i> nom. »

Le reste des historiens a adopté, proclamé cette opinion comme Giulini, comme Muratori, comme Machiavel, et cela , remarquonsle bien, sur la foi de Paul Diacre ^, écrivain lombard!

* Selon Paul Diacre, les Lombards descendaient des premiers goUis, et formèrent ongiemps un seul et même peuple avec les Gépides.

On les appelait Longohardi à cause de le longueur de leur barbe. C'était une nation tout à fait différente des Lombards dont parle Tacite. C'est aussi l'opinion de Gunther» d'Othon de Frise, de Groiius et des continuateurs de PulTendonf.

* Hiit, de la civU., tome I«', leç. x«, pages 306 et.307.

* Muratori. ArUiq, Ucd,, dissert. 21.

^ Giulini, Sior. di Mil,, tome I, lib. i, page 1.

* Macuiaysl, Storia fior,, lib. 1.

* Paul Diacre, d'Aquilée, était secrétaire du roi lombard Desiderio. Charles le conduisit en France, le retint à sa cour et l'bonora de sa familiarité, par estime pour sa vaste érudition. Paul accusé d'être entré dans une conspiration tendant au rétablissement de Desiderio, et interrogé par le roi des Francs, lui répondit avec franchise qu'il serait toujours fidèle à son ancien maître. On raconte que le monarque^ irrité, ordonna qu'on lui coupât la main; mais que, rétractant aussitôt cet orJrc

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