LIVRE m. — CHAPITBK l
que Grégoire lY ne se rendit sar le théâtre de ces déplorables débats que dans le but« non d'opprimer , non d'humilier l'empereur^ mais d'obtenir une réconciliation. Il parla d'excommunier^ non pas l'empereur lui seul) mais ceux qui refuseraient la paix , quelle que fût leur bannière. Pourquoi les enfants rebelles auraient-ils, dans les premiers jours, empêché le souverain pontife de se rendre au camp de l'empereur Louis, si Grégoire avait été aussi hostile contre leur père? Or, l'histoire nous apprend que, dans un manifeste i ses fils, Louis se plaignait de ce qu'ils s'opposaient à ce que le pape le vint trouver. Lotbaire, sans nul doute, dupa le souverain pontife; feignant de se rendre à un vœu du vieil empereur, il laissa, après de longues hésitations, la liberté au pape de passer dans le camp impérial. Louis, offensé d'une visite aussi tardive, ne fit point rendre d'honneurs à Gr^oire qui, entouré d'évèques, entra dans les rangs de l'armée impériale, s'approcha de l'empereur, lui donna sa bénédiction et lui dity en réponse au reproche que lui adressait Louis de ne point agir comme les papes ses prédécesseurs: « Sachez que nous suivons le » même esprit, et que nous respirons tous ensemble la paix que J . -G . » nous a laissée. » Quelques jours se passèrent en négociations. Le pope retourna an camp des coalisés, après avoir promis à l'empereur de revenir pour conclure l'accord; mais, pendant celte même visite où le pontife s'était épuisé en paroles de pardon et de paix, Lotbaire avait ourdi sa trame ; il avait corrompu et intimidé les troupes de son père ; il n^Bi eosoite Grégoire dans son camp, et la défection devint bientôt générale dans les rangs impériaux*
Grégoire, désespéré d'avoir servi à précipiter la catastrophe qu'il s'était flatté de détourner par son intervention, quitte aussitôt le camp des trois fils parricides, et se h&te de retourner è Rome qu'il n'aurait jamais dû quitter.
Cette inutile et fâcheuse médiation d'un pape dans ces tristes débats dont on donnait le scandaleux spectacle au monde, ce pitoyable rôle de dupe et de crédule instrument de basses intrigues, motivent déjà trop leblftme, pour que, sans preuve, on cherche à faire peser encore, sur la mémoire de ce pontife, l'accusation d'une l&che et perfide duplicité. D'ailleurs il n'est pas vrai qu'à cette époque les papes, comme le dit Voltaire, eussent intérêt à troubler un empire qui, dans les périls, étaient leur seule sauvegarde, leur seul appui.
Quant à la plupart des évêques francs, bavarois ou italiens, réunis
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dans le camp des trois frères, et qui suivirent Grégoire au milieu des rangs de l'armée impériale» nous ne chercherons pas à détourner d'eux la responsabilité ou au moins la solidarité de ces indignes manœuvres.
Le malheureux empereur et plus malheureux père, abandonné de ses troupes, près d'être assailli par les rebelles, dont les uns demandaient à grands cris sa mort, d'autres sa déposition , fut contraint de se remettre lui-même, une seconde fois, entre les toains de ses enfants, et de livrer & leur vengeance l'impératrice Judith et son jeune fils Charles. Les trois frères triomphants se partagèrent entre eux l'empire paternel. Le père infortuné fut relégué dans le monastère de Saint- Médardde Soissons. On envoya Judith en exil à Tortone en Lombardie, et Charles fut renfermé dans un clottre du diocèse de Trêves.
A la nouvelle de ce funeste dénouement, Walla, qui n'avait pris que trop de part au début de ^cette déplorable lutte, quitta sa patrie et alla honteux, repentant et l'amertume au cœur, se renfermer dans le couvent de Bohhio * en Italie, où bientôt il travailla avec succès à la réparation de sa faute et au rétablissement de son malheureux souverain *.
L'histoire moderne a eu ses champs du mensonge; elle n'a pas toujours eu ses Wallas.
' Le monastère de Bohhio fut fondé, en 612, par saint Colomban, moine irlandais, prédicateur célèbre , qui avait été aussi fondateur du monastère de Luxwd «v Bourgogne.
* Histoire de l'Églite, tome lY, page 348, année 833.