CHAPITRE n
Complot d< Compiègne. — Assemblée de SoissoDS. — Péoitence publique imposée k Louis le Débonnaire. — Barbarie de Lothaire envers le vieil empereur. — Louis recouvre le pouvoir suprême. — Repentir de Lothaire. — Sa rigueur envers ses complices. — Entrevue de Lothaire et d'Augilberto. -^ Puissance des archevêques deHilan. — Mission d'Angilberto auprès de l'empereur Louis. ^ Vieille tradition sur une dent de saint Ambroise. — Déclaration des évéques au sujet des actes de Compiègne et de Boissons. — Nouveaux torts de Lothaire. — U ort de Pépin, roi d'Aquitaine. — Partage de ses États. *- Nouvtlle prise d'armes contre l'em* pereur. — Mort de Louis le Dibantiaire,
Rarement Tusurpation se contente de la couronne qu'elle a rayie;
elle n'est satisfaite, si toutefois il lui est jamais donné de Tétre, que lorsqu'elle peut déverser l'outrage sur ceux qu'elle a dépouillés. Il est des triomphateurs dont la politique fera, à ceux qui ont eu la fortune contraire, plutAt grâce de la vie que de l'honneur , s'ils peuvent le ravir. Outrager le vaincu quel qu'il soit, c'est une lâcheté : Res est sacra miser ; mais quand le cri du sang s'élève entre l'oppresseur et la victime, quand c'est un fils qui foule aux pieds son bienfaiteur, son père... oh 1 alors il n'y a pas de stigmate assez brûlant pour marquer le front ou charger la mémoire de l'inf&me qui prodigue l'injure ou seulement qui souffre qu'on outrage !
Le jeune roi de Lombardie, Lothaire, non content d'avoir usurpé l'empire, veut humilier son père qu'il a dépouillé.
11 7 avait, à cette époque, un abus introduit dans l'Église qui défendait de porteries armes etd*exercer les fonctions civiles, pendant le temps de pénitence publique. Il vint à l'esprit de Lothaire et de ses complices , d'imposer au malheureux Louis cette peine infamante, sous le voile d'une humiliation volontaire, et de le dégrader pour toujours, en lui faisant infliger une pénitence perpétuelle. On cita l'exemple du roi visigoth déposé et soumis à cette expiation par le
clergé d'Espagne» en 680 ^ « Ce fait fut rappelé, » dit Voltaire, « comme si un exemple pouvait justi6er un attentat*. »
Le 6!s parricide convoque à Compiègne un simulacre d'assemblée nationale. Les seigneurs laïques « les évèques , les abbés qui lui soDt le plus aveuglément dévoués, accourent en foule pour prendre part à cette honteuse saturnale. Toutefois, aumomentde consommer l'œuvre d'iniquité, le cœur allait faillir à quelques-uns, mais il se rencontra parmi les évoques un de ces génies audacieux jusqu'au cynisme, doués de ce caractère impérieux» de cette éloquence forte et entraînante qui imposent aux faibles» et font prévaloir l'iliusioa aux dépens de l'innocence qu'ils veulent opprimer.
II fallait que tous les genres d'ingratitude vinssent marquer ces scènes de d^rdre. Ebbon^ archevêque de Reims» né dans l'escla* vage» joignait à un haut degré l'intrigue et les talents qui font que des hommes, quelque obscure que puisse être leur situation première, finissent par s'élever au-dessus de la foule et par l'éblouir, sinon pour toujours» du moins pour un temps. Louis, quand il n'était que roi d'Aquitaine» avait tiré Ebbon de la servitude et l'avait pourvu d'abbayes. Parvenu à l'empire, il confia l'important siège de Reims à ce prêtre courtisan, dont la souplesse perfide avait capté toute sa faveur, et qui» bientôt après» vendit sa fidélité à Lothaire» pour le prix sacrilège de la riche abbaye de Satnl- Waat d'Arras ^.
Une partie de l'assemblée dé Compiègne fut érigée en concile» sous la présidence d'Ebbon.
Le prélat factieux parvint à dissiper les terreurs des plus timides, et eut asseï d'influence pour obtenir de ses lâches collègues la déposition de son bienfaiteur absent» et la condamnation de Loub à la pénitence pour le reste de ses jours.
Rientôt après » l'église de Notrb*Dame de Saissans devint le
* On déposa Wamha pour couronner l'anibitieux Erwige, sous prétexte que le vieux souverain était devenu imbécile. Plus tard, Wamha ayant recouvré la raison» que lui avait momentanément ravie une boisson préparée à cette fia, dit-on, par Erwis$ *, les évéques, réunis en concile à Tolède, persistèrent dans leur rébeliion et adhérèrent de nouveau à l'usurpation d'Erwige qui, de son côté, reconnut leur être redevcibU de la couronne.
* fftftotra général», chap. 19.
* Plod., Ut. 2, chap. 90. * Cité dans VHUUnn de VÈgliê; par B.*B., tooe IV, page 34a.
* Fiunu, Hi9 1. iTfjp., 8c part., Mède th.