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gré le pardon dont il aYait couvert ses fantes , ne se bornât à lui laisser le titre d'empereur avec la seule partie de ritalie qu'il gouvernait déjà, et qu'il ne partageAt le reste de Tempire entre ses autres entrants ; le jeune empereur avait donc un grand intérêt à rentrer complètement dans ses bonnes grâces.
La mission d'Angilberto ne fut pas sans heureux résultats. Voici comment Andréa continue son récit :
L'empereur Louis fit le plus bienveillant accueil au métropolitain de Milan et l'invita à dtner. « Bon archevêque , lui dit-il après le » repas ^ comment l'homme doit-il traiter son ennemi? » Angilberto» s'inspirant des paroles de Jésus-Christ » répondit : «( Aimez vos ennc^ )» mis, et faites du bien à ceux qui vous font du mal.
— » Et si je ne suivais pas ce précepte? dit l'empereur.
— » Si vous n'agissez pas ainsi , reprit vivement l'archevêque , et 39 si vous nourrissez des sentiments de haine jusqu'au lit de mort ^ » vous n'aurez pas le paradis.
— » Faites en sorte , répliqua aussitêt l'empereur de bien soutenir cette assertion. »
Le lendemain , une assemblée des hommes les plus doctes de la capitale fut convoquée à la cour pour assister à cette conférence.
« Étrange conférence pour un pays chrétien ! s'écrie le comte V Giulini : la religion catholique devait être bien mal enseignée et » bien mal connue en France à cette époque, puisqu'on y mettait ea » question une doctrine évangélique si claire , si incontestable , et • qui forme la base et le vrai caractère du christianisme * . »
Angitberto , continue Andréa , eut peu de peine h établir la vérité de ses paroles ; personne n'osa répondre h ses arguments. Louis , re- ^connaissant son erreur et posant ses mains à terre , eu demanda par-^ don à Dieu et rendit toute son affection à son fils repentant.
Certes , les outrages de Compiègne , de Soissons , d'Aquisgrana ^ ne pouvaient rencontrer un vengeur de meilleure composition : il est Yrai que la victime était un père , et que ce père outragé était Louis V% Louis le Débonnaire !
Angilberto , heureux du succès de sa pacifique mission , retourna en Lombardie , où , après avoir calmé les inquiétudes de Lolhaire , il
* Il est à croire, si le fait est exact, que Louis provoqua cette conférence moitié pour éclaircir un doute que pour fournir à Angilberto l'occasion de développer, daoi^ une dissertation publique, son talent oratoire.
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prit la sage résolution de laisser les choses da siècle pour ne plus s'occuper que de ses devoirs d'éréque. Il fonda de nouveaux monastères , rétablit , releva les anciens qui périssaient par l'oubli ou l'inobservance des règles monastiques , et notamment la célèbre abbaye de Saint-Ambroise , objet , depuis bien des siècles , de la Ténération des Milanais.
Qu'on nous pardonne à ce propos une nouvelle halte en dehors de la gravité de l'histoire. Nous ne pouvons résister à la tentation de reproduire une de ces vieilles traditions où se caractérisent et se reflètent si bien l'esprit et les crédules superstitions d'une époque.
Le bel autel de l'église de Saint-Ambroise * est dû à Angilberto : quatre colonnes de porphyre, s'élevant aux quatre angles, soutiennent la voûte qui le recouvre. Les bases de ces colonnes sont posées à deu\ brassa au-dessous des dalles , sur lesquelles Angilberto éleva l'autel ; ce qui fait penser que cet autel était primitivement plus bas et qu'il fut exhaussé ; on ne sait qui ordonna cet exhaussement. Les écrivains Fiammaet PurtceUt l'attribuent & Angilberto, se fondant sur l'ancienne tradition que voici, et à laquelle Fiamma ajoute grande foi :
On raconte qu* Angilberto , ayant pris une dent de la bouche de saint Ambroise, dont les restes reposaient sous Tautd de la basilique, la portait fixée dans un anneau. Un jour, c'était le dimanche des Rameaux , la procession qui se faisait annuellement pour cette solennité cheminait de l'église de San-Lorenzo vers celle de Saint-Ambroise. L'archevêque s'aperçut tout à coup que sa bague n'avait plus la sainte relique ; toutes les recherches pour la retrouver furent vaines. Grande était l'affliction du saint prélat quand il vit venir à lui une vieille femme qui lui dit : « II ne faut pas, mon bon seigneur, chercher la x> dent de saint Ambroise à une autre place que celle où eUe a été » prise. »
Le prélat, interdit un moment, se prend bientôt à sourire du propos mystérieux delà vieille femme, et, hochant la tête en signe dedérisioD, continue superbement sa marche vers la vieille basilique. Chemin faisant, sa mémoire est en défaut pour lui fournir un indke quelconque qui l'aide à retrouver le précieux trésor égaré... La procession finie, les vêpres dites, la bénédiction donnée, et l'enceinte sacrée rendue à son imposante et silencieuse solitude, le bon archevêque, que poursuit
' À Milan.
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le souvenir de la mystérieuse rencontre, se fait, sous le prétexte d'un pieux devoir , ouvrir le cercueil du bienheureux Ambroise : quelle n'est pas sa surprise, quel saisissement n'éprouve-t-il pas , quand son œil aperçoit dans la bouche entr'ouverte du saint cadavre , la dent qu'an religi^x larcin avait mise en son pouvoir , et que la tombe a ressaisie comme une de ses proies qu'on a profanées !
La même tradition ajoute que l'archevêque, pour éviter à l'avenir toute profanation de cette nature sur la sainte dépouille, la fit ensevelir à une grande profondeur dans la terre; que, pour plus de sûreté» le terrain qui la recouvrait fut exhaussé, et que, par ses ordres, l'architecte Wolvinm éleva sur cet exhaussement l'autel qui se voit encore de nos jours.
Tandis que, conmie pour expier la faute d'avoir pris part aux déplorables querelles qui venaient d'agiter l'empire, Angilberto se relirait de la scène politique et vouait les restes de sa vie aux seuls soins spirituds que lui imposait son sacré ministère, le clergé de France cherchait de son côté à réparer avec éclat le scandale qu'avaient donné plusieurs de ses membres. Tous les évoques, dans un concile convoqué par l'empereur Louis, déclarèrent solennellement que la déposition de leur souverain avait été un acte d'iniquité et de rébellion , ajoutant que la puissance ecclésiastique et la puissance séculière avaient chacune leur sphère distincte. « Nous estimons, dirent-ils en » s'adressant à l'empereur, que le seul moyen d'écarter les désordres » est que, maintenant religieusement les évéques dans la jouissance a» de tout le pouvoir spirituel que Jésus-Christ leur a donné, vous » usiez de tout celui que vous tenez de Dieu dans l'ordre politique ' . »
Les évéques les plus coupables et qui avaient cherché un refuge en Italie à la cour de Lothaire, rassurés par la clémence de Tempereiir, vinrent abjurer publiquement leur erreur dans ce concile. Ebbon fut déposé *; monté sur l'ambon, au milieu d'une messe solennelle où l'on couronna de nouveau Louis, il fut contraint de lire au peuple tous les écrits des évéques pour la justification et le rétablissement du monarque.
* Histoire de l'Église, par B.-B., tome lY, page 353, année 835.
' On lit, dans VHistoire de la civilisation^ par H. GrizoT, tome II, leçon 2*^, page 341 :
« Le siège de Reims était vacant (en 844) depuis neuf ans, par suite de la déposi- 9 tîon de rarcheTéiue Ebbon, affaire compliquée et obscure, dans le détail du la-
» QUELLE JE n'eNTREBAI PAS. »
Ou le voit, si le clergé de France, ou plutôt si quelques membres les plus ambitieux de ce clergé fameux, se laissèrent un moment entraîner par le funeste précédent dont le roi Wamba avait été victime, moins imprudents que les évèques d'Espagne, ils s'efforcèrent au moins de réparer, presque aussitôt l'avoir commise, la faute grave dont le récit remplit une des pages les plus tristes de nos annales.
La santé de l'empereur Louis commençait à donner des inquiétudes. L'impératrice Judith, prévoyant que l'empire tomberait bientôt aux mains de Lothaire, s'efforça de calmer le ressentiment que ce prince devait nourrir contre elle et son jeune fils; elle envoya à la cour de Lombardie des ambassadeurs choisis parmi les plus illustra personnages de France; l'une de ces ambassades avait pour chef Walla *f abbé de Bobbio, que Lothaire avait affectionné; mais la part que cet homme illustre avait prise à la restauration de son vieux maître qui en avait fait depuis un de ses plus intimes conseillers, rendait ce choix inopportun et malencontreux; aussi toutes ces négociations furent-elles vaines, et le jeune monarque irrité déclara qu'il ne se croyait même pas tenu à observer les anciennes promesses qu'il avait faites à son père *.
Déjà, et même peu de temps après le pardon sans réserve qu'avait fait obtenir Angilberto, le roi de Lombardie, enhardi par l'infatigable indulgence de l'empereur Louis, s'était montré infidèle à ses engagements et avait osé, dès l'année 834 ', ne plus mentionner le nom de l'empereur Louis dans ses décrets et ses dipldmes. On se rappelle que, pour complaire au saint-siége, Lothaire avait d'abord, avec l'agrément de l'empereur, daté son règne de l'époque de son couronnement à Rome, en 823; mais quelques différends s'étant élevés entre le pape et le jeune monarque, ce prince, de sa .seule autorité, avançant cette daté de cinq ans, l'avait fait remonter à l'année 818, époque de la mort de l'infortuné Bernard, comptant ainsi pour rien l'acte de munificence paternelle qui lui avait concédé le royaume de Lombardie, et qui ne datait que de l'année 821.
Une nouvelle rupture entre l'empereur Louis et Lothaire était éminente. Le vieux monarque, poussé par l'ambitieuse Judith, va,
' Histoire de l'Église, par B.-B., année 83ft. > GiuLiNi, Stor, diUiL, lib. ^.
' GiULiNi, tome I*^.
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par une dernière imprudence, la rendre inévitable, en ajoutant de nouTelles proyinees aux possessions du jeune Charles qu'il crée roi de Neuêlrie. Louis de Bavière , jaloux des préférences paternelles dont le jeune Charles est constamment l'objet, propose aussitôt au roi de Lombardie de recourir aux armes et de réunir de nouveau leurs forces. Lothaire était au moment d'embrasser ce parti , quand la mort de Pépin , rei d'Aquitaine , vint changer inopinément la face des choses.
Cette fois, les habiles intrigues de Judith triomphent du mécontentement de Lothaire. Louis, sous l'inspiration de l'impératrice, fait un nouveau partage de ses États. Par cet acte les fils de Pépin sont frustrés de leurs droits héréditaires.
On n'enlève rien aux États de Louis de Bavière, mais rien non plus n'y est ajouté.
Le reste de l'empire est partagé entre Lothaire et le jeune Charles. La Meuse sert de limite aux deux royaumes , et l'on tire , depuis sa source , une ligne jusqu'au Rhône par le comté de Bourgogne. Les possessions de Charles se trouvent enfermées entre la Meuse, le pays des Suisses, le Rhône et l'Océan; on y ajoute ce que la France possède au delà des Pyrénées.
Lothaire prend l'autre moitié, à l'exception de la Bavière S et continue h résider en Lombardie *.
Le partage du royaume de Pépin entre Lothaire et Charles ne pouvait que faire éclater de nouvelles guerres. D'un côté, Louis, roi des Bavarois, mécontent de n'y avoir eu aucune part, marche contre son père à la tète d'une nombreuse armée. De l'autre, les deux fils de Pépin, dont l'atné a été proclamé successeur de son père par les peuples d'Aquitaine, prennent aussi les armes contre leur aïeul. L'empereur court à la rencontre des Bavarois ; mais , attaqué à son départ d'une fluxion de poitrine, il perd entièrement ses forces en route , et est réduit à camper dans une tle des environs de M ayenccf
* PuFFENDORF, Introd» à l'hist, del'univ. , tome Y , — Empire d'Allemagne.
* Giulini dit que ce fut dans cette même année (838) que Lothaire eut un fils à qui, pour flatter le rleil empereur, il donna le nom de Louis, et que son aïeul^ comme témoignage de satisfaction, nomma, le jour môme de sa naissance, roi de Lombardie, Ce fils naquit en 822: nous ne contestons pas le reste de l'assertion de Giulini. Il est dit, dans l'épitapbe de ce Ois de Lothaire, qui depuis fut le bienfaiteur de l'Italie sous le nom de Louis 11, qu't'E ne vécut pas un seul jour sans élre roi.
:202 PEEflaÈRE époqcb.
Le 5 mai de l'année 840 avait été marqué par une éclipse » forte, si complète* que presque toutes les étoiles, selon les historiens de l'époque, étaient devenues visibles. L'ignorance des temps avait trouvé dans ce phénomène une cause d'effroi et le présage de la mort prochaine de l'empereur Louis. Ce qui devait surtout faire pressentir cette fin, dit Giulini , c'étaient l'âge avancé de l'empereur, ses infirmités et les chagrins toujours renaissants que lui suscitait la parricide ambition de ses fils.
Louis le Débonnaire mourut le 20 juin 840 , dans la soixantequatrième année de son âge et la vingt-septième de son empire.
Près d'expirer et pressé par ses courtisans de pardonner à Louis de Bavière : « Hélas , » dit le vieil empereur d'une voix expirante, « l'ingrat a semé mes derniers jours d'alarmes et de malheurs : je lui » pardonne ; puisse le ciel lui pardonner de même 1 »
Il ordonna à un de ses officiers de porter à Lothaire, aossitAt après sa mort , une couronne, une épée et un sceptre d'or enrichi de pierreries ; c'était le déclarer son successeur à l'empire que de lui adresser ces insignes; mais il ne lui faisait ces présents qu'à condition qu'il maintiendrait Charles dans la possession des États qu'il lui avait donnés.
Louis avait promis à sou père affection et indulgence pour ses frères , ses sœurs et ses neveux ; nous avons vu le cas qu'il avait fait de cet arrangement soleunel : quel respect devait-il attendre pour ses dernières volontés de la part de Lothaire, de ce fib tant de fois rebelle ?
Des princes pusillanimes, comme Louis le Débonnaire , sont , plus que les conquérants, des fléaux pour le peuple. Impuissants de leur nature à fonder autour d'eux l'ordre , ce premier besoin de tout gouirernement, ils sont eux-mêmes une cause incessante de porturbatioo. Une politique incertaine et chancelante dans sa marche , de l'incohérence dans les actes, des rigueurs excessives, suites et conséquences de faiblesses non moins extrêmes, des démarches hardies rendues imprudentes par une déplorable insuffisance à les soutenir *, des fautes engendrant, pour réparation, des fautes plus graves et aboutissant ides repentirs sans dignité et à de dégradantes humiliations : tel est le
* « Il n'y a rien de pire que les mesures fortes prises par les hommes faibles. »
M. t>B BONALD.