‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 45 sur 137 · LIVRE III. — CHAPITRR III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRR III

évéque français, mais en qui on voulut honorer la qualité d'archichapelain et d'oncle de Femperenr. Le pontife, appelé à se justifier, eut peu de peine à faire valider le vote qui Tavait porté au siège de saint Pierre. Un ancien annaliste ' fait entendre, du reste, que l'affaire se termina selon les vues du prince Louis : on admit Texcuse , mais au moins on maintint et on proclama le droit de l'empereur */

Un singulier incident marqua cette espèce de procédure. A peine la validité de l'élection fut-elle reconnue, que le pape se porta juge de ses propres juges. Selon Anastase, tous les prélats qui avaient fait partie de l'assemblée furent réprimandés par Sergius pour avoir osé se rendre à Rome sans l'autorisation du saînt-siége. Les évèques , d'abord irrités des reproches inattendus de Sergius, se reconnurent coupables sur cet étrange chef d'accusation. Giulini dit qu'AngiU berto fit comme ses collègues ', et qu'il se soumit à cette censure.

Le fils de Lothaire fut sacré, le 25 du mois de juin, roi de Lombardie par le pape qui le couronna ^ et le ceignit de l'épée royale. Louis ayant demandé le serment des Romains en sa qualité de roi de Lombardie, le pape s'y refusa formellement , déclarant qu'on ne le prêterait qu'à l'empereur Lothaire : distinction juste et raisonnable qui ne fit que mieux établir les droits de l'empereur. Ce serment , qui n'était dû qu'à Lothaire , fut prêté dans l'église de Saint-Pierre par le pape , par le roi Louis II, par les prélats et seigneurs de tous les rangs, tant français que lombards et romains, et par le peuple.

Louis se rendit ensuite de Rome à Pavie. On fait dater l'époque

■ Annal., Bertin, cité par B.-B., HùU de l'ÈgL, ann. 844.

' SdoD quelques historiens, ce fut à celte occasion que Lolhaire fit cette célèbre et inatile ordonnance presciirant qa'à Vavenîr, pour éviter les léditioiis trop fré-« qoentes à Rome , 1$ pape ne serait plus élu par le prvplb , et qœ l'on tTertirait l'empereur de la Tacance da saint-siége.

' PruGKLLi. — Sassi. — Giulini. Nous relevons cette conduite d'Angilberto à dessein, quelques auteurs ayant sans fondement affirmé que ce prélat ne voulut pas, à tort on k raison, se reconnaître en faute, qu'il sépara dès ce joar l'Égilist milanaise de l'Église romaine, et commença on schisme qui aurait duré deux siècles.

* Giulini et Hnratori font observer, au sujet du couronnement de Louis dans la capitale de la chrétienté, qu'il ne résulte d'aucune relation contemporaine et authentique, que cette solennité ait été renouvelée, soit à H ilan, soit à Pavie : les métropolitains de Milan élevèrent plus tard cette prétention et voulurent, eui aussi, ceindre de la couronne le front des reis de Lombardie, même après le sacre confcré^ par les pontifes romains. Nous les verrons» dans la suite, disposer de cette couronne avant et malgré le saint-siège.

220 PBBMIÈmB ÉPOQUE.

de son règne du jour de son couronnement à Rome : toutefois, sans qu'on puisse s'en expliquer le motift les actes publics, en Lombardie, ne se firent en son nom que deux ans après, en 846 *. Dans cet intervalle le nom de Lothaire y fut seul mentionné.

Louis II était encore à Rome quand il reçut la visite de Sigenulfe, que nous avons vu remporter de grands avantages de guerre sur le duc de Bénévent.

Ce que Lothaire, quoique empereur, maisoi^ent , n'avait pu obtenir ni de ce prince , ni de Badelchis , le jeune roi de Lombardie, par ^ présence dans la péninsule et par l'attitude menaçante de ses troupes, l'obtint de celui des deux rivaux que la fortune avait favorisé.

D'après le récit d'Erchemperto *, Guy, duc de Spoletti ', beaufrère de Sigenulfe, et Français d'origine , avait promis au prince de Salerne , dont l'ambition s'était accrue par ses récentes victoires , de le faire investir de la totalité du duché de Bénévent, s'il consentait à payer (on ne dit pas si c'est au roi ou à l'otBcieux négociateur) la somme de cinquante mille écus d'or, et à reconnaître le roi de Lombardie pour son souverain.

Cujua tune cotmlio consentiene, ajoute Erchemperto, Romam adiit, aureos tribuit^ sacramentum dedUf jusjurandum accepit : nihil profit ciens^ inants abscessiu Ce qui, selon nous, veut dire que, séduit par les promesses de Guy , Sigenulfe s'achemina vers Rome , paya la somme convenue, prêta le serment^ reçut* en retour la parole royale, et, sans autre profit, s'en retourna les mains vides.

Mais que signifiait cette parole royale qui ne devait être que la

< GlULINI.

' Erchbmpbrtus, Hi$t,t cap. 18. — M uratori, tome Y, page 15.

' il résulte d'une pièce authentique citée par Adrien de Yaloù, dans ses notes sof le panégyrique de Bércnger, qu'un prince du nom de Bérenger, époux d'ilolléirude. fille de l'empereur Lothaire, clait» à la date de cet acte (843) , depuis sh Bns.ducdt Spoletti. « Peut-être, dit Muratort, eiistail-il deux duchés de Spoletti : l'un appe'^ » proprement de Spoletti, l'autre de Camerino. Guy avait probablement Je premier » de ces duchés, et l'autre le second. » C'étaient deux États dans le même fctat : ce qui s'est plusieurs fois reproduit dans le duché de Spoletti et dans beaucoup d'autres- Il ne faut pas confondre le prince Bérenger dont il vient d'être question a^^^ ^^ Bérenger, ducs de Frioul, rivaux et ennemis des ducs de Spoletti.

* Nous traduisons ainsi sacramentum dédit , jusjurandum accepit,

Muratori traduit ces mots par : diede il segreio, preseil giuramento. Noire io*^' prétalion nous parait pouvoir être motivée par l'assertion d'Ànasiase, qui <}>*^"^ Louis accorda au prince de Saleme ce qu'il était venu lui demander.

LIVBB m, — CnAPlTBE III. 22t

simple investiture do duché de Bénéventt sans le secours des armées lombardes et françaises pour le conquérir ? Or, ce secours était devenu nécessaire à Sigenutfe , car sou rival avait eu le temps de réparer ses pertes ; un renfort de Sarrasins lui était venu ; le nouveau duc de Béuévent, paré d'un vain titre, rencontra, dès son retour, plus d'obstacles et de résistance qu'il ne s'y attendait. Louis, en se rendant aux VŒUX de Sigenulfe, ne fit donc qu'envenimer la haine des deux princes rivaux : ce qui, dans l'intérêt de la domination des Français, pouvait D'être pas une faute. La guerre recommença dans le Bénévent, plus active, plus acharnée que jamais.

En attendant les résultats de cette lutte nouvelle, qui ne pouvaient que profiter à sa cause, Louis venait de faire courber sous son autorité le front d'un de ces ducs altiers , prenait acte de cet hommage à la souveraineté de la couronne de Lombardie , et' préparait la voie qui« m jour, devait conduire ces deux grands ennemis k le subir, comme arbitre de leurs sanglants démêlés.

Ce règne, comme on le voit, a un brillant début. En peu de temps, Louis réprime les désordres de l'administration publique en Lombardie ; un duc puissant, rebelle, victorieux, fléchit le genou devant l'autorité royale qu'il a trop longtemps bravée ; et le droit des empereurs d'Occident , d'intervenir dans la consécration des papes , est de nouveau reconnu et proclamé, en présence du jeune roi, par le peuple romain, par le clergé et le pape lui-même.

Les ducs de Saleme et de Bénévent n'avaient pas été les seuls, dans ces temps de calamités, à suivre l'exemple du comte Julien, exemple funeste qui aura plus tard d'autres imitateurs encore.

En même temps que Sigenulfe et Radelchis appelaient l'intervention des musulmans eu Italie, un vieil ambitieux, première cause ou premier prétexte de tous les maux qui avaient fondu sur l'empire depuis quelques années , le comte Bernard , regrettant la faveur que l'impératrice Judith lui avait acquise à la cour de l'empereur Loui^i cabalait en secret pour ressaisir en France son ancien pouvoir à l'aide des mêmes auxiliaires que les deux ducs italiens.

Le roi Charles trouvait une vive opposition dans l'Aquitaine et la Gaule narbonnaise. Le comte Bernard se ligue, non-seulement avec les rebelles , mais encore avec les Sarrasins qui brûlent du désir de ravager de nouveau les terres de France. Charles, feignant de tout ignorer, vient en personne dans le Languedoc, et convoque les États

!223 PREMIÈRE ÉPOQCB.

près de Toulouse, pour se raettre eo paisible possession des provinces révoltées. Suivant une vieille chronique manuscrite A'Odo Ariberti, publiée par Baluze» le roi de France y mande le comte Bernard, et lui fait assurer qu'il peut s'y rendre sans aucune crainte.

Bernard, qui se reconnaît trop faible pour se maintenir dans Tindépendance, se rend au monastère de Saintr^emm à Toulouse^ dans le but d'y faire sa soumission. Charles , en ce moment sur son trône, se lève pour l'embrasser. Le duc de Septimanie se prosterne à genou pour baiser la main du roi qui, pendant que Bernard se dispose à se relever, le saisit de la main gauche et tire de la droite un poignard qu'il lui enfonce dans le sein. « Malheur à toi ! » s'écrie le farouche monarque tout ensanglanté , et en foulant aux pieds le corps du duc rebelle, « malheur à toi , qui as osé souiller le lit de mon père et do » mon seigneur ! »

D'après la même chronique. Charte; aurait commis « dans cet acte féroce , un assassinat et un parricide, ses traits de ressemblance avec Bernard trahissant en quelque sorte le commerce criminel de ce duc avec l'impératrice Judith.

D'autres historiens racontent que Bernard ayant refusé de se rendre aux États , le roi Charles envoya quelques troupes qni se saisirent de sa personne, l'emmenèrent en sa présence , et que ce comte rd>elie fut condamné à mort dans l'assemblée des grands du royaume ^

Nous devons ajouter que les plus habiles historiens n'ont pas fait difficulté d'admettre , comme la plus digne de foi , la version A'Odo Ariberti,

La fin tragique du comte Bernard, bien qu'étrangère au cadre que nous nous sommes tracé , nous a paru ne pouvoir être passée seuf^ silence , après le rôle qu'on lui a vu jouer au début des troubles qai ont si tristement agité l'empire d'Occident.

■ Lecointe. — Les Annaleê de Saint-Berlin, citées par Ferreras, ton. 841.

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