LIVRE Ul. -^ CJUmAI III. Slll
abandoimeront la Bretagne pour y reparaître en 851 » et y eaniyer, à la bataille d'Okel&yt ce fameux et grand rerttrs qui leur fera respecter les rivages de FÂoifleteFre pour tout le reste du règne d'EtelwaÛ * .
L'Espagne, livrée au fléau qu'avait vomi l'Orient, et qu'à son tour nous allons bientôt suivre dans son dévdoppement et dans sa marche redoutable, l'Espagne voit aussi ses côtes infestées par les vaisseaux des barbares du Nord. Les terres de la Corogne sont ravagées par eux ; mais les comtes et les généraux de don Ramire, roi des Asturies, étant accourus au secours de cette province , leur livrent bataille et les taillent en pièces : la flotte dévastatrice devient, en grande partie, la proie des flammes; peu de navires échappent à ce désastre , et pour longtemps les côtes septentrionales de l'Espagne sont délivrées de ces funestes irruptions.
D'autres Normands attaquent et dévastent le Portugal : Abdérame, roi de Gordoue, les met en pièces, et va lui-même être attaqué, Tannée suivante (845), par ces bandes furieuses, qui pilleront et ravageront Cadixp Medina-Sidonia^ Algéairas^ jusqu'à ce que le grand échec de TaUûda les rejette sur leurs vaisseaux et les fasse fuir loin des côtes qu'ils venaient de désoler.
Ces barbares ne reparattroot plus en Espagne qu'en 859 * ; battus de nouveau en Galice, ils porteront en Andalousie le fer et le feu ; ils passeront de là en Afrique et aux ties de la Méditerranée, où ils conn mettront les mêmes excès.
Tandis que l'Angleterre et l'Espagne repoussent avec vigueur les attaques des brigands du Nord , et en purgent pour longtemps leur territoire, nous avons vu la France , devenue le théâtre de discordes intestines, offrir une proie plus facile à la cupidité de ces bandes dé>asti^€es. Aux flots de sang français dont la guerre civile, dans ses fureurs , inonde les plaines de FimtetMy , viennent se joindre les massacres, les pillages, toutes les calamités que tratne à sa suite Tappa* rition des barbares qui pénètrent en France par les embouchures de la Loire etde la Seine. Rouen, la Bretagne, la Touraine sont dévastés ; les hommes , les femmes , les filles , partagés entre les envahisseurs , ^îont emmenés en esclavage. On vend sur une côte ce que l'on a pillé sur une autre. Tout ce butin, en tentant la cupidité de ceux qui n'ont
* LfNGAAD, Hist. d'AngL, tomeI«% ch. 3. — Ethelwulf, de 836 à 853.
' FBBaaaAS, HUtom généraU d'E$pagn$, 4* partie, ix« siècle, années 844 k 84SS«
point encore quitté leurs froides retraites , grossit le nombre de ces forbans dont les chefs hardis ont pris le nom de rot$ de la mer.
Bientôt un de ces chefs , à qui les historiens donnent le nom de Régnier , va remonter la Seine avec cent vingt voiles. Une secoude fois Rouen sera pillé ; il envahira et brûlera Paris. Clartés le Chauve, retranché à Saint-Denis, avec trop peu de troupes pour oser opposer de la résistance, achètera (845] honteusement la retraite des Normands au moyen de quatorze mille marcs d'or. Sacrifice honteux qui, affaiblissant pour le roi les ressources de la défense, ne fera qu'augmenter Vaudace des pirates et leurs moyens de faire la guerre.
Nous approchons du moment où la France ne sera plus qu'une ^aste curée pour ces avides envahisseurs et où un autre descendant de Char* lemagne. Pépin, roi d'Aquitaine, s'unira lâchement à eux pourdésoler le continent.
Nous venons de voir les Normands aux prises, en Espagne, avec les sectateursde l'islamisraeque le fond de l'Arabie et les rivages africains avaient jetés sur l'Europe. Déjà nous avons dû prononcer le nom et parler des saoglantes excursions de ces bandes méridionales du temps de Charles Martel, de Pépia et de Charlemagne. Jusqu'à ce jour nous avons vu ces pirates dévaster les lies de la Méditerranée sans os^ encore aborder le sol de l'Italie ; mais l'Italie va s'offrir elle-même à lacupiditédeces redoutables corsaires; leur présence dans la péninsule va devenir sa plaie la plus dévorante et l'occasion de nobles efforts pour quelques-uns des descendants de Charlemagne. Nous allons bientôt voir les Mores y apparaître sanglants , gorgés de rapines et de meurtres, tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, et renaissant toujours alors qu'on les croit anéantis. . . Tout est bizarre et merveilleux, mosurs, caractère , invasion , marche , progrès dans ce peuple qui marque d'une manière si fatale et si brillante à la fois dans l'histoire de ces temps reculés.
L'empire romain existait encore , et sa partie occidentale était dévastée par les Huns , les Goths et d'autres peuples nomades du Nord, quand Mahomet jeta, dans les déserts de l'Arabie, les fonde* ments de la religion et de la puissance musulmane. Deux siècles h peine avaient passé sur les cendres de cet habile imposteur, que déjà les sectateurs de sa croyance étendaient leur domination sur les trois Arabics, l'Egypte, la Syrie, la Perse, la Mésopotamie, l'tle de Crète, toute la côte septentrionale d'Afrique, l'Espagne^ la France méridio*
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nale, et avaient même porté le fer et la dévastation jusque dans les plaines de la Bourgogne et de la Champagne.
Les victoires de Charles Martel avaient délivré la France de ces flots de barbares ; mais leurs défaites et leurs sanglantes discordes, tout en les affaiblissant, ne les avaient pas anéantis ! Peuple étrange, fanatique pour la foi religieuse aussi bien que pour la conquête ; austère et voluptueux è la fois comme son prophète ; généreux et cruel comme lui ; hospitalier et se gorgeant de rapines ; ami de la poésie, passionné pour les arts et livrant aux flammes les livres précieux amoncelés, depuis des siècles , dans les dépôts de la science humaine. Dans ces temps de gloire et de conquêtes, il passa sur l'Europe comme un de ces brillants météores qui éclairant un moment, qui éblouissent et qui laissent après eux des ruines.
Tel& furent les Arabes en Europe ; et tandis qu'ils la ravageaient , cette pauvre Europe , tandis qu'ils la disputaient aux barbares des régions nordiques, d'autres Arabes faisaient, en Asie, revivre l'âge d'or sous la race des Abassides, vainqueurs des grossiers Ommiades ; Giaffar fondait Bagdad ; Al-Raschild rendait sa cour l'asile des sciences et des arts, bannis depuis longtemps du reste de l'univers, et aidait Charlemagne à les ressusciter en Occident : sans lui le grand roi les eût vainement évoqués sur leur tombe.... A Al-Raschild succédait Mammon son Gis , le plus juste , le plus généreux des princes qui aient occupé le trône des califes. Les mœurs des musulmans d'Asie contractaient, sous la race abasside, une douceur, une aménité qui en faisaient le peuple le plus hospitalier et le plus généreux de la terre.
Ainsi , cet ftge que la férocité et les dévastations des Arabes rendirent si calamiteux pour l'Europe , fut , grAce aux Arabes , l'âge le plus beau, le plus glorieux pour l'Orient.
Disons-le toutefois pour être juste : des monuments empreints de poésie, de grandeur et d'élégance attestent qu'en Europe tout ne fut pas dévastation et barbarie sous la domination de ce peuple extraordinaire. Fatigué de ses demeures d'un jour sous tous les climats de la terre , il a, lui aussi , voulu que sa civilisation prit place parmi les civilisations européennes, et qu'il en restât d'éclatants vestiges, même parmi les peuples de la chrétienté. La Sicile , l'Italie , le midi de la France consenent quelques-unes de ces brillantes traces dont l'Afrique et l'Asie sont couvertes ; la mosquée de Cordoue, la giralda, l'alcazar
de Séville, Talhambra de Grenade sont encore de merveUleux et fantastiques joyaux pour la couronne d'Espagne»
La noble ambition de Charlemagne n'avait cherché à emprunter «ux Arabes, pour le faire briller sur tout l'Occident, que le flambeau de la science et de la civilisation.. •• Jadis, les fils de Yitiza» dans leur ambition aveugle» et le comte Julien» poussé par son ressentiment contre Rodrigue « avaient invoqué le fatal secours de leurs armes et attiré sur l'Espagne , leur malheurwse patrie , la dévastation et la mort.
Les ducs de Bénévent et de Salerne vont faire contre l'Italie , ce que» deux cent treize ans avant eux, le comte Julien et ses complice avaient fait contre l'Espagne.
Jamais, hormis dans les premières années qui suivirent la m<Nrt da brillant Grimoald » jamais les ducs de Bénévent n'avaient été complètement soumis à la domination française ; et ils n'eussent pas attendu, pour se montrer plus dociles , le moment où les vicissttodes de la France déchirée et morcelée par ses princes, envahie et ravagée par les Normands, retenaient loin d'eux celui qui eût eu le droit de leur parler en maître.
Les ducs ou princes de Salerne avaient , depuis quelque temps , acquis une non moins grande importance, et nourrissaient un espcnr égal de secouer l'autorité des descendants de Charlemagne.
A cette époque Baddehis * était duc de Bénévent ; Saleme avait pour duc SigentUfe ^ . Tous les deux étaient animés, l'un contre l'autre, d'une haine implacable, et se faisaient, depuis quelque temps , une guerre acharnée. Lothaire, s'il eût été moins préoccupé de ses prc^ires querelles en deçà des Alpes, et moins affaibli par ses revers, aurait pu profiter de cette lutte pour combattre séparément les deux ducs rivaux, les réduire et s'assurer de leur complète soumission. £h bien ! cet empereur d'Occident , ce roi d'Italie, ce petit-fils de Charlemagne , ne fut pas même appelé, comme arbitre, pour terminer ce différend élevé dans son empire. Radelchis et Sigenulfe, après avmr épuisé toutes les ressources que le plus aveugle ressentiment pouvait tirer de leur propre puissance, tom les deux à la tète d'un parti paiement décimé
^ Ou Badelgise, et Radelgario, selon Muratori.
" Selon quelques historiens, entre 9VLiTes HunioTi, Siûonulfe : ce prince tenait «eus sa loi SalerM, Capoue, Agg^renza, Conxa et Amolli,
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et aCTaîUi, tons les deux aDimés d'une égale foreur, eurent en même temps la pensée fatale, pour l'Italie entière^ d'appeler les Sarrasins à leur aide, plutôt que de recourir au souverain arbitrage d'un prince qu'ib méprisaient comme homme, et dont l'un et l'autre se plaisaient à braver l'antorité comme souverain. Radelchis s'adresse aux maboroétans d'Afrique ; Sigenulfe , à ceux d'Espagne. Abdérame envoie à ce dernier un corps de troupes considérable» Badelcbis et ses auxi* Maires, après de vaillants efforts et quelques succès balancés dans divers combats , sont complètement défaits sur un terrain marqué par un grand échec de la vieille Rome, et qu'a rendu à jamais célèbre l'affront des fourchescaudincê * • Le duc de Bénévent perd dans cette sanglante lutte l'élite de son armée, une grande étendue de pays et bon nombre de places fortes. Le général, chargé par Abdérame de la conduite de celte expéchtion, se nommait Alphonse ^ ; d'oà il y a lieu de croire , observe Ferreras, que c'était quelque seigneur chrétien qui vivait dans les États du roi de Cordoue. Ainsi, des princes chrétiens appe« lèrent, et un général chrétien conduisit en Italie ces bordes de ma* hométans depuis si longtemps la désolation de la chrétienté, et qui \inrent assiéger, sous les murs de Rome, le souverain pontife du cathollcisme.
Les deux princes rivaux, pour apaiser la soif d'or qui dévorait leurs dangereux auxiliaires, mirent d'abord au pillage , l'un , les églises de Bénévent, Vautre, celles de Saleme ; et quand ces dépouilles ne suf* tirent plus à la dévorante avidité des Mores , Sigenulfe jeta sa meute de barbares sur le mont Cassin ' , ce célèbre monastère que tout l'Occident vénérait comme la source de la perfection religieuse. Puis on se rua sur la campagne de Borne qui fut dévastée. •• L'église
' MvRAToai, Afin. (rUal»f tome V, page 8, ann. 843.
' HtfC. dt l'anontmv dk Cazin, imprimée par PelUgrini et cité par FntRCRAs , J7i«l. génér. dTEip.
* On ncoDte qu'une première tenUtive avait été faite par les Mores , contre ce monastère fameui ; mais qu'un petit ruisseau, prodigieusement enQé par une inon- «Iftiion subite, arrêta leur course, ce que les moines regardèrent comme un miracle.
Sigenulfe prit soin de détromper ces bons religieui, et de leur prouver que la protrction du ciel n'allait pas jusqu'à les préserver du pillage.
On fait eut de 130 livres d'or et de 865 livres d'argent emportées dans différentes eiactiouflpar ce duc, en croix, couronnes, vases et autres ornements sacrés , et de 32,000 sous d'or en monnaie.
Dans ce compte n'est pas comprise une couronne d'or, ornée d'émenudes, esti-* mce plus de 6,000 écus d'or.
216 PREMIÈRE ÈPOQVM.
de Saiot-Pierre se trouTait à cette époque hors de l'enceinte des murs de la ville : on la dépouilla de ses reliques et de ses trésors les plus précieux.
Le pape Grégoire lY occupait encore, en ce moment, le siège pontifical. Il mourut peu de temps après cette dévastation, le 11 jan?ier de l'année 844. Le chagrin que lui firent éprouver les déprédations des Mores , appelés , conduits et soudoyés par des princes chrétiens, avança peut-être le terme de sa vie. Peu de jours après , le 27 du même mois, on ordonna pape l'archiprètre Sergius, sans attendre ia confirmation de l'empereur.
Lothaire, à qui un moment de trêve dans le Nord laisse le loisirde jeter un regard sur ce qui se passe en Italie , s'alarme de la double atteinte portée à ses prérogatives d'empereur d'Occident , d'un côté par le peuple et le clergé de Rome, de l'autre par les ducs de Bénévent et de Salerne , qui ont appelé une autre intervention que la sienne dans leurs différends. Confiant au temps le soin de lui fournir une occasion de venger le premier outrage et de conjurer le danger résultant, pour l'Italie, de la présence des Mores dans cette péninsule, il cède au besoin , plus facile h satisfaire , de protester contre ce qui s'est fait à Rome , et il demande compte à Sergius de cette bâte à s'affranchir des usages consacrés par des décrets , des conventions et des serments solennels , enfin de cet oubli des prérogatives impériales.
Quelquefois on se rend sciemment coupable d'une illégalité qu'on sait devoir profiter à celui qui la commet : puis on y cherche une excuse, on la déplore , on la désavoue ; en attendant, le fait n'en est pas moins accompli et devient , par la suite , un précédent qu'on invoque au besoin. Ce n'est pas que nous prétendions positivement qu'on ait eu ces arrière-pensées à Rome en consacrant Sergius sans l'approbation de l'empereur ^ ; mais, nous devons le confesser, notre esprit n'a pu se défendre de ce soupçon. Voici, dans tous les cas, les raisons et les excuses que les envoyés du saint-siége s'empressèrent de porter au pied du trône impérial :
' N'oubUons pas que, dans le dernier partage de l'empire entre les fib de Loois K on avait compris expressément la tille de Rome dans le lot de Lothaire. Y aurai(-il trop de témérité k présumer qu'en cette occasion , les Romains se plurent à (irrr vengeance d'un acte aussi ouvertement attentatoire à leurs prétentions d'indépcodance t
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Le diacre Jean , direat ces légato , avait ameuté la populace pour disputer la tiare à Sergius. Â sa voix, des mains armées avaient enfoncé les portes du palais de Latran ; TËglise était menacée de tous les mal* heurs, de tous les scandales d'un schisme, la noblesse se réunit aussitôt en armes ; elle disperse l'émeute, et Jean, renfermé dans une étroite prison, est heureux encore de ne pas perdre une vie que lui sauvent les pressantes sollicitations de Sergius. Dans le trouble amené par ces collisions, au milieu de l'exaltation générale et dans ce péril émincnt d'un schisme , un devoir sacré est mis en oubli : on consacre , on intronise Sergius sans l'approbation de l'empereur; ce fut une faute sans doute : Rome , le clergé et , plus que tous, le saint pontife , la déplorent ; mais une nécessité pressante fit seule accomplir ce fait que, du reste , semblerait justifier , en quelque sorte , la formule du serment prêté par le pape Etienne et ses successeurs, sennetU libre et avec la réserve du bienpublic et de l'intérêt commun. Or, ajoute-t*on, l'intérêt commun, le bien public, avaient exigé cette bâte extrême dans la consécration du nouveau pape.
Lothaire est peu satisfait de ces explications de Rome. Des rapports lui viennent en même temps , sur la déplorable gestion des agents divers à qui , pendant son absence , a été confiée l'administration des provinces du royaume lombard. Il résulte, de ces rapports, que tous les fonctionnaires, soit lombards, soit italiens, soit francs, semblent s'entendre pour détruire en peu d'années , par des malversations de tous genres et des actes multipliés du plus brutal despotisme, tout le bien qu'ont fait à ces contrées les règnes de Pépin, de Bernard, et les premières années de la royauté de Lothaire.
Gonune Charlemagne, comme Louis P% ce monarque comprend enfin à son tour tout le péril auquel son absence prolongée expose la puissance des Français en Italie. Dans l'impossibilité de s'y rendre lui-même , il jette , pour le bonheur de la péninsule , son regard sur Louis son fils atné, que nous avons vu, le jour même de sa naissance, décoré, par son aïeul, du titre de rot de lombardie. Drogon, évêque de 3Ietz et oncle de l'empereur, accompagne le nouveau monarque que précèdent au delà des Alpes des commissaires royaux ! La seule apparition de Louis II met un terme aux abus scandaleux qui souillaient l'administration du royaume * • Par quelques actes d'une juste
* GiCLiNi, Storia di Milano, tome I^'.
rigueur, et pour empêcher le retour d'aussi honteux désordres, on frappe les f onctiounaires les plus compromis ; cela Tait, te fils de Lothaire se dirige vers Rome.
Si Ton en croit Ànastase, une armée nombreuse, composée de Lombards et de Français, aurait précédé, dans les États romains, la marche du jeune roi, l'éclairant à la lueur des torches et de Tincendie, et laissant partout, sur son passage, des traces de rapine et de meurtre. Louis II serait arrivé sous les murs de Rome, à la suite de cette sanglante avant-garde *. Ce récit nous paratt d'autant plus exagéré, que de telles rigueurs , aussi barbares qu'intempestives, s'accorderaient mal avec la vieille expérience et la haute sagesse bien connues de Drogon qui, nous l'avons dit, accompagnait le jeune roi. Un grand nombre de seigneurs, tant français qu'italiens , auxquels vinrent se joindre Angilberto, archevêque de Milan, Grégoire, archevêque de Ravenne, et quelques autres prélats d'Italie, entouraient aussi le fils de Lothaire à son arrivée à Rome.
Sergius II fit recevoir ce prince avec une grande pompe, et l'attendit au haut des degrés de l'église de Saint-Pierre dont les portes restaient fermées. Anasiase raconte que lorsque Louis II fut arrivé au pied du perron de la basilique, le pontife osa, malgré la présence d'une armée formidable sous les murs de Rome ^, lui adresser ces paroles hautaines : « Si vous venez ici pou r le bien de TÈtat et de » l'Église, je vous ferai ouvrir les portes ; sinon je ne le permettrai » pas... » Nous ne pouvons ne pas voir, dans ce propos deSei^ius, l'intention de faire sentir que cette Rome, comprise dans le lot échu à Lothaire, était moins aoumise à la souveraineté abaohie de Fempereur que confiée k sa protection... Le roi ayant protesté qu'il n'avait que des peràées de paix, les portes de Saint-Pierre et de Rome lui furent ouvertes.
Malgré son langage fier et hardi , Sergius dut subir la révision de son élection par une assemblée de vingt-trois évèques italiens et de sept comtes, dont la présidence fut déférée à Drogon, quoique
' ÀNAST., In vità Sergii II. L'emportement avec lequel nous Terrons bientôt ce .jeune monarque prendre la cause de son frère de Lorraine contre Rome» semble, ft la vérité, venir à l'appui de celte assertion ; mais nous remarquons que Sergius ne dit pas un mot de ces prétendus excès, dans sa hautaine allocution à Louis II.
' Le pape avait signifié qu'il n'admettrait pas cette armée dans Rome. Elle campa dans les environs de la cité» qu'elle dévasta, si Von en croit Anastase.