‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 55 sur 137 · LIVRB IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRB IV. — CHAPITRE III

de la cour de Lorraine avait, comme nous l'avons vu, fait déposer de soD siège par le souverain pontife ; Gonthier, frère de Wa)drade, répondit à rappel de Fintrus^se montra disposé à traiter avec le schisme de Constantinoplot et publia un outrageant libelle contre le pape.

C'est armé de cet odieux manifeste , que l'archevêque de Cologne >int au camp de Louis II , faire le récit à l'empereur de toutes les aDgoisses de Lothaire. Déjà, pour gagner Louis II, l'artificieux Photius lui avait donné , dans un concile récent , le titre d'empereur , que la jalouse cour de Constantinople refusait aux descendants de Charlemagne ; l'impératrice y avait été traitée d'auguste et de nouvelle PuU chérie. Angiiberge reçut du patriarche de riches présents et des lettres pleioesd'adulation, dans lesquelles on la suppliaitd'user de son influence sur l'esprit de son époux pour faire chasser de Rome le pape Nicolas.

Nous avons vu Louis II fondre sur Rome , sans doute moins ému par les instances de Photius que poussé par le désir de venger les affronts de son frère et de soutenir la dignité royale. Nous l'avons vu arrêté par une maladie subite et prendre cet incident pour une menace du ciel. Nous avons vu le pontife, autant par sa haute prudence que par l'effet des appréhensions subites qui avaient saisi l'empereur , échapper au danger qui le menaçait. C'est au milieu de toutes ces traverses , et en déployant toujours la même énergie que Nicolas P' parvint au terme d'une carrière dont le souvenir n'est pas un des moins glorieux monuments de l'histoire de l'église romaine. Sa fer* meté ne put abattre immédiatement Photius, mais elle prépara la chute de cet orgueilleux schismatique.

Giulini parle , dans son Histoire de Milan , de deux instructions données par le pape Nicolas P^ Nous en ferons également mention pour ajouter quelques traits de plus au tableau des mœurs et des coutumes de l'époque qui nous occupe.

L'archev^ue de Milan , Tadone, avait consulté le pape Nicolas sur la conduite à tenir à l'égard de ceux qui , ayant maltraité des prêtres, n'étaient condamnés par les juges à aucun châtiment. Le pape ré* pondit qu'il fallait jusqu'à trois fois les exhorter à changer de vie, et, s'ils persistaient dans leurs excès et leur inconduite , les frapper d'ex« communication.

Le second fait est rapporté par l'auteur milanais » qui l'a emprunta au père Mabillon * •

■ llAiaL.y Opéra foetkwna, tome I<% g 2i> poge 247. Opusci de sanctis igi otii,

262 FfiEUÈRB ÉPOQUI.

• Noos feiXMis préeéder ce récit ptr quelques détaik qui nom pal'aissent dignes d'intérêt.

Les persécutions éprouvées par les orihodoies en Orient , sons les empereurs iconoclastes, et par les chrétiens en Espagne , sons Abdérame et son fils Mahomet » avaient fait beaucoup de yicUmes. La fureur de la persécution d'une part , et r»deur pour le martyre da côté des chrétiens 9 avaient été poussées dans le royaume de Gordoue , eu point que bourreaux et suppliciés semblaient a^oir pris à tâche de lasser réciproquement lenr constance. Farierasf * parle, d'après le récit d'Aimoin , de deux saintes filles martyrisées dans cette ville , et dont les noms sont restés ignoré» des Espagnols. « L'ahiée de ces deux » sœurs, » dit Ferrera», <c craignant que la cadette ne torobAt ea » faiblesse, lorsqu'dle la verrait expirer, lui offrit de lui céder la )» gloire de mourir la première pour JésusrChrist ; mais celle-ci » lai fit réponse qu'il ne hri convenait pas de précéder dans le » triomphe sa mattressc dans la vie chrétienne. Ces deux jeunes » filles furent décollée» et allèrent dans le eiel jouir de la félicité » éternelle. »

Ferreras ajoute que , parmi ces milliers de victimes dont le sang coula pour avoir confessé la religion du Christ , il en est dont le xèle à courir au-devant des tourments, biea que glorifié plus tard par la canonisatiou , ne fut pas toujours exempt de quelque blâme.

A la soif du martyre , succéda ou plutôt vint se joindre (car les persécutions n'étaient pas encore à leur terme) une avidité générale d'enrichir les églises et les monastères des dépouilles mutilées de^i saintes victimes pour les exposer à la vénération des fidèles. De toutes parts on vit de pieux pèlerins se mettre enquête de ces restes précieox, et visiter les régions les plus lointaines où avait coulé le sang des confesseurs de la foi. Andalde partit en 855 du monastère de Conque en Aquitaine, et pema en Espagne pour chercher les reliques du martyr saint Vincent*. Trois ans plus tard, deux moines du monastère de SainP-Gemuiinj Osmard et OUt^ord, rapportèrent^ d'Espagne en France , les rdiques vraies ou supposées de $am$ Grégoire , de saint Aunlimê et de sainu Nathalie ' . Que d'mnocentes ruses, que de

' HUt. génér. d'Esp^ tone 11, sièele uc«, «m. 864» pag« 691. — • Aiuom, de la Translat, du reltg. de $a\nl VincwU, liv. 1*^ et 2*'. ' Ferreras, tome II, part. lY, siècle ix*, pac^ 611 et suivantes. * Ihkiêm, pages 616 etsuivaDtes.

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pieux mensonges furent employés dans ces excursions secrètes , où souvent Fenlèvement de restes vénérés n'était rien moins qu'un rapt et un larcin 1 !

Chaque monastère y chaque église voulut avoir ses reliques : la fraude vint bientôt en aide à cette ardeur toujours croissante, et Ton vit des hommes , haut placés dans la hiérarchie ecclésiastique , ne pas dédaigner de recourir à de puériles supercheries, à d'indignes expédients pour satisfaire cette sainte soif de reliques qui s'était emparée de la chrétienté.

Ceci nous ramène au récit du père Mabillon.

Selon cet écrivain , l'archevêque de Milan Tadone , pendant que cette fièvre générale était à son paroxysme en Lombardie , avait écrit au pape Nicolas, pour l'informer qu'il n'existait dans une certaine ville de son diocèse que peu de corps de saints reconnus comme tels. « Au surplus , ajoutait le pieux prélat , cette ville possède plusieurs » corps sans nom à Ja vérité , mais dont la complète conservation » semblerait un puissant indice de sainteté. » L'archevêque se proposait de donner à ces cadavres les noms des saints les plus en honneur dans la localité , et de les exposer à la vénération publique après avoir prescrit des oraisons et des jeûnes. Le prélat attendait toutefois , poui* accomplir son étrange dessein , d'y être autorisé par le souverain pontife. Le sage Nicolas répondit par un refus formel d'autoriser cette scandaleuse comédie , et par une réprimande sévère au métropolitain de Milan.

La folie est de toutes les époques : heureusement , à toutes les époques aussi , marche non loin d'elle le bon sens pour en réprimer les trop grands écarts.

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