‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 74 sur 137 · LIVRE IV. — CHAPITBE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITBE V

peapleSt lorsque le mattre veut le bien et qu'il sait vouloir eu assurer raccompllasement. Or« on a pu juger si Louis comprit et sut remplir les devoirs de la royauté.

Charles, préoccupé d'autres soins , chargé du poids d'une autre couronne , harcelé par les Normands en France , absorbé par les incessantes querelles que suscitait son aveugle ambition , Charles avait dû s'éloigner de la Lombardie presque aussitôt après en avoir été proclamé roi.

Nous l'avons vu , à son départ à Pavie, créer Boson duc de Milan , et lui confier l'administration de son nouveau royaume. Le choix avait été malheureux. Boson , par son orgueil » sa cupidité et Tintempérance de sa vie , avait froissé l'esprit de la généralité des Lombards ; sans force comme sans droit pour s'opposer aux exactions des ducs et des comtes que son exemple encourageait dans leurs odieux écarts , Boson n'inspira bientôt plus que la haine et le mépris. Et ce mépris» cette haine qu'envenimait le contraste des souvenirs légués par Louis II , ne tardèrent pas à déborder sur le trône de Charles dont Boson était le triste représentant. A ces causes de mécontentement et de déconsidération , l'empereur vint ajouter la double honte de ses fatales concessions aux Normands , et de la récente défaite qui avait couronné sa coupable agression contre ses neveux... Charles le Chauve arriva donc en Italie sous de tristes auspices.

Le pape Jean YIII vint à sa rencontre : tous deux se trouvaient à Vercelli quand ils virent arriver Boson , moins en sa qualité de gouverneur de la Lombardie que comme ravisseur, et poursuivi par la voix publique qui l'appelait assassin * • Voici la cause de cette fermen* tation popalaire.

L'impératrice , veuve de Louis II , s'étant retirée , après la mort de WD royal époux , dans le couvent de Santa^ulia à Brescia , avait confié aux soins et à la surveillance du duc de Frioul , sa fille Hermengarde, qui, un moment, avait été fiancée à l'un des fils de l'empereur Basile ; cette alliance n'avait manqué que par le fait et la volonté de Louis II *. La jeune princesse était d'une beauté remarquable* Boson

' Gmiiin.

' Ln tmiales da SakU'B0rtin portent :

Que rempcreor Basile» « patricium svam ad Beiran (i Bari), cum CGCC navibos QiMrtt, ut et LTOotcc contra Saracenoi fenrel sull^um , et filiam ipaîos LTdoiei

34 PRBMIÈRE ÉPOQUE.

la vit et en devint éperdoraent amoureux. Il était marié; sa femme mourut peu de tempe après que cette coupable passioD eut pris uàssance : toute la Lombardie accusa Boson de l'avoir empoiminée. Cette accusation eut un caractère de si grande certitude que le consciencieux Giulini kiinnéme dit » sans ménagement comme nns réticence , que la femme de ce duc mourut par le poison et que Boson fut coupable du crime.

Devenu veuf , Boson gagna ou trompa le duc de Frioul , enleva la fille de Louis II , et vint se jeter aux pied» de Charles le Chauve pour en obtenir la permission d'épouser Hermengarde. Il faut eraire que la jeune princesse n'avait pas opposé beaucoup de résbtaoce k soti enlèvement. Charles s'empressa de consentir à cette unien, qui faisait de son beau-frère et de son vassal , l'époux de la fille de son prédécesseur à l'empire ; il voulut qu'on célébrât les noces avec la phis grande pompe , et que les époux reçussent la bénédiction nuptiale des mains du souverain pontife ; enfin il ajouta au titre de duc de Lomhardie dont il avait déjà doté son beau-frère , le titre non moias beao de duo de Provence ^

En approuvant le rapt de la fille de Louis II , en accordant dr nouvelles digiiités à son séducteur que le cri publie aocusait d'un horrible attentat , Charles le Chaude comblait la notesure de l'irritatioD des Lombards et servait la cause de ses rivaux de Germanie^

Carloman entretenait depuis quelque temps de secrètes intelligences avec la Lombardie ; il connaissait tout le méconimiement qu> avait soulevé l'administration de» agents de son oncle. Eatrsvoyant d'utiles auxiliaires dana la honte qu'avait fait rejaillir, aor Charls le Chauve , sa récente défaite à Andenare , et dans les noaveaus. embarras qu'(dlaient> suseiter à Tempereur lea entreprises de» Mores; jugeant ce moment propice- pour enlever la Lombardie k odoi qui avait voulu lui ravir ViiAriliigo de son pèect, CarlooMii rénnit ooe

à se * desponsatam de eodemLYdoico«u6Ciperet, et ilU-io conjugio^uiicopiilandain ducerct. Sed quùdam occasione displicuit Lvdoico dare fiiiam suam patricto. »

' Quelques historiens d'Italie croient que Charles, à cette oceasioD, le prodamt loi de Provence; c'est une erreur. Ce ne fut, comme nous le verrons, qu'en 8^79 qu'un concile de Mantes en Dauphiné, donna le royaume d'Arles ou de Provence à ce dnr adroit et ambitieux qui , par ses intrigues, parvint à gagner le pape ette daîgê, ft k s'approprier cette riche dépouille de la maisim de Ghaaienuigaa ***•

* 'Anattase établit quVIe était Ûuncêt non i Basile, mais i un fib de cet empereur. ** Abbé Miaor, ttût. yénét.^ 2» ^VV^ elw]). 8.

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armée nombreuse et se porta à marches forcées vers ces riches provinces. Fils de Louis le Germanique , il venait rappeler et revendiquer tes imis de cet héritier à la fois naUird et testamentaire de Louis IL

Charles arrivait à peine à Pavie quand il reçut ralarroante nouvelle de rapproche de son neveu. Peu en mesure de lui résister 9 il quitte à la hftte cette capitale dont le froid accveil lui a fait pressentir les dispositious peu sympathiques de ses sujets lombards , et se rend à Tortone ou 9 croyant ajouter un titre de plus aux droits qu'on vient lui contester» il fait couronner l'impératrice Richilde par lepape; mssà peine cet acte est-il accompli , qu'effrayé par le progrès de Fagression de Carlomao « l'empereur envoie Richilde dans les défilés des A^pes avec ses trésors. Charles^ à la premièreannooce du péril , avait invoqué l'assistance de tous les seigneurs et souverains d'Italie ; aucun d'eux ne s'était rendu à son appel ; Boson luirmème était resté sourd à ses ordres comme à ses menaces ^ Cependant l'armée de Carloaaan s'avance toujours ; une terreur panique s'empare des faibles troupes de l'empereur ; tout s'enfuit sur tes pas de Richilde , avec d'autant plus de honte que l'armée de Garloman se met à fuir sur le bruit fauswmeit répandu que Charles marche contre elle avec dea forces supérieures en nombre ' .

Par une étrange coïncidence des événements, les deux princes furent presqu'en même temps frappés de maladie. Garloman contracta » dans cette expédition , le germe d'un mal qui devait le conduire au tombeau trois ans après ; de son côté , Charles le Chauve « surpris dans sa fuite par une fièvre violente, fut contraint de s'arrêter à Brios, village du montCenis. On assure qu'un juif, nommé Sédécias , médecin de l'empereur et qui avait toute sa confiance , hâta sa mort par le poison ; mais , comme l'observe le président Hénault , aucun historien ne fait connattre quels furent les instigateurs de ce crime qu'il est permis de révoquer en doute. Ne serait-il pas plus simple de n'attribuer , avec Giulini , la mort de Charles le Chauve qu'à un accès de rage et de honte qu'auraient occasionné à ce monarque ses revers multipliés? Voltaire dit avec quelque raison : a Que pouvait gagner » Sédécias en empoisonnant son mattre? Auprès de qui eût-il trouvé » une plus belle fortune? Aucun auteur ne parle du supplice de ce

' GlCLINl.

' Ânm, BBRTiNiANiy ano. 977. — Muratori, ihid,, — Giulini, ihid.

36 PREMIÈRE ÉPOQUB.

» médecin. Il faut donc douter de l'empoisonnement, et faire ré- » flexion seulement que l'Europe chrétienne était si ignorante que » les rois étaient obligés de chercher pour leurs médecins desjoifs et » des Arabes. »>

L'empereur mourut le 13 octobre 877, sur ce mont élevé qui sépare les deux royaumes dont la double possession avait été le rêve fatal de sa vie, et que ses fautes, aussi bien que son incapacité, laissaient en proie à l'ambition désordonnée des grands, aux dévastations des barbares et à la convoitise de la Germanie. Sa naissance avait suscité les premiers orages qui grondèrent sur la jeune monarchie fondée par Pépin ; son règne, qui donna tant de puissance et d'audace à la féodalité , précipita la chute des Carlovingiens en France. Si son audace suspendit un moment l'effet des dispositions testamentaires de Louis II , qui , en instituant pour son héritier l'atné de ses oncles, se trouvait faire passer l'empire et la Lombardie aux mains de la branche germanique , ses fautes ne tardèrent pas à venir en aide à ce testament , en appelant la désaffectation et le mépris sur la domination française qu'avaient tant fait aimer ses prédécesseurs : sous ce règne fatal fut déplacée pour jamais , malgré quelques semblants de retour, l'influence qui , depuis Cbarlemagne , avait constamment présidé aux destinées de l'Italie.

Skmnime €p0ipte.

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