‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 73 sur 137 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LùMi» II ntp^ QMUre BéaéTent* — Intervtptioii 4a ptpe. — ^Bstrevat de Lmis II et d« Lojiis le Gemuuiiiiue. — Mon di Louis II. — FAebeuae dèlcraùiiaiioa de la diète de Payie. — Charles le Chauve empereur. — De la formule : Roi par la fpràcedeDieu.—ftoson, duc de Milan.— Mort de Louis le Germanique.— Charles attaque les trois fils de ce prince. — Il est vaincu. — Paix avec ses neveux. — ttat de l'Italie. — Jean YIII demande des secours. — Ses menaces. — Départ de Charles pour la péninsule. — Boson enlève et épouse la fille de Louis II. — Mécontentement des Lombards. — Carloman se dirige sur la Lombardie. — Panique des deux armées. — Maladie de Carloman. — Mort de Charles le Chauve. — Ias Germains commencent k convoiter la Lombardie.

Vainqueur des Sarrasins, pacificateur du pays de Naples, Tempe* reur Louis sent le besoin de joindre à cette double gloire le plaisir de la vengeance. Son ambition ne peut-être complètement satisfaite que par le châtiment d'Adelchis. Le serment arraché par la violence et la félonie serait peu fait pour le lier ; et cependant il ne veut rien entreprendre s'il n'a été dégagé de tout scrupule par une décision du souverain pontife et de TËglise. Il convoque une diète générale à Rome et porte plainte à cette assemblée, d'abord contre l'acte de basse perfidie qui l'a rendu captif du duc de Bénévent ; en second lieu, contre de criminelles démarches tentées récemment par Adelchis auprès de la cour du Bosphore ; en effet , l'empereur venait d'apprendre de source certaine, que ce duc félon , effrayé à l'annonce de la marche de l'armée lombarde sur Gapoue, et redoutant la trop juste vengeance de Louis II, avait invoqué l'aide des Grecs, avec la promesse de reconnaître en retour l'empereur Basile pour son souverain. La diète, présidée par Jean YIII, successeur d'Adrien II , dégage Louis du

UVM If k — OIAPITEB V. ai

feroMaait de Bénét ent » et dkkre Addehis rebelle , traître et ennemi du peuple romain.

L'enafMWiir se perte aouilAt atec son armée iflctorieose contre Bénévefit S... Mais Adelcbis était prêt à le recevoir « Basile, dont l'habile administration avaitrelefé Téelat et la puissance de la couronne de GoMtafttinople , Tambitiens; Basile , séduit par l'offre d' Adelchiii qui le mettait eu Toie de reconquérir plus tard les proYinces qu'avait possédées feaspire d'Orient en Italie, s'était hâté d'envoyer une flotte qui é^rqnait à Otraote pendant que Louis s'apprêtait i attaquer Bénévent.

De graves hostilités entre des privées chrétiens étaient près d'ensanglanter de nouveau l'Italie que les Sarrasins, vaincus mais non chassés sans espoir de retour, menaçaient toujours de loin, et que de pareilles coUisîons allaient livrer sans défense à ces avides dévastateurs. Jean VIII part précipitamment de Rome et se rend au camp de Louis II. Sa médiation fait déposer les armes aui deux armées. Un traité de paix est signé entre l'empereur et le duc de Bénévent , qui peat-ètre attendaient avec un égal désir une occasion favorable de terminer, disons mieux» de prévenir cette guerre ^.

La santé de l'empereur s'affaiblissait chaque jour davantage : n'ayant aucun eafant m&le à qui laisser la couronne et l'empire , il jeta le& yeux sur celui de ses deux oncles doi^ les procédés » lors du voyage d'Engiiberge aux cours de France et de Germanie , avaient le moins blessé son orgudl. Il témoigna donc à Louis de Germanie le désir de le voir ; oes deux monarqjues se rendirent à Yérone et y tinrent un congrès dont Jtean YIII fit égalemeftt partie ^.

Gomme le pense Giulini, il dut étare question dans cette conférence des prétentions de l'empereyr sur la Lorraine « et des arrangements dwent être pris pour régler cette affaire selon les vœux de Louis II» dans le cas ou sa santé se rétablirait. Les. deux princes firent alliance

* Année a9a.C'e8tàtOFt, selon nous» que quelques hislonens * afflrment^qu'au lieu <ie marcher lui-même contre Adelchis, Louis II chargea l'impératrice de la conduiiu <^e cette expédition. Le motif de cette singulière résolution de la part de l'empereur» aurait été, dit-on, la crainte d'être considéré comme parjure. Ces historiens oublient ou n'ont pas su qu'Adelchis avait exigé le même serment de l'impératrice.

' GiuuNi, lib. 6.

* Gitimi, Itb. 6, ano. 974.

* Entre autres f^nna/ûte «o^ron, tome I«t scriptor. Eccardi;

"^4 PRSMlteS EPOQUE.

contre Charles le Chauve, dans le but de dépouiller ce roi des possessi ODS usurpées par lui au détriment de l'empereur ; enfin tout indique que dans cette entrevue furent arrêtées les bases du testament par lequel l'empereur Loais II * désigna, pour son successeur au royinme d'Italie et à l'empire, son oncle Louis le Germanique.

Les peuples d'Italie voyaient , avec plus d'inquiétude encore que l'empereur lui-même, s'approcher le terme d'une vie glorieuse et toute consacrée au soin de leur défenseet de la prospérité commune.

L'apparition d'une comète, au mois de juin 875, vint fortifier, dit Giulini, ce pressentiment général. L'empereurLoub mourut le 12 aoAt de cette année, à Brescia *. Antoine, cvèque de cette ville» le fit inhumer avec pompe dans l'église de Sanla-Maria.

A cette nouvelle, Ansperto, archevêque de Milan, se hftta d'expédier son archidiacre auprès de l'évêque de Brescia , avec ordre de lui demander la remise des dépouilles mortelles de l'empereur. Sur le refus d'obtempérer à cette injonction , Ansperto écrivit aux évèques de Bergame et de Crémone, de se porter à Brescia avec tout leur clergé, ainsi qu'il allait le faire lui-même à la tête du clergé milanais '. Ce dut être un singulier spectacle que l'apparition aux portes de Brescia de ces trois pieuses troupes, sorties instantanément de Milan, de Crémone et de Bergame , revêtues de chasubles , armées de croix , de cierges et de banderoles sacrées, chantant des cantiques et marchant processionnellement à la conquête pacifique des restes mortels d'un empereur. L'émotion fut grande dans Brescia , à la vue de c^te imposante procession : force fut à l'évêque Antoine d'ouvrir les portes de l'église è l'archevêque métropolitain et à son pieux cortège. On y prit le corps de l'empereur, on l'embauma, onleplaçasurunmagnifique brancard, et il fut transporté avec pompe à Milan.. • Le prêtre historien Andréa , à qui l'on doit ce récit , dit avoir fait partie du cortège, et avoir porté, pendant quelque temps, l'auguste fardeau sur ses épaules.

L'empereur, sept jours après son décès, fut inhumé dans l'église

* PuFFBNDORF, IntToâ, à Vhut. de Vuniv., tome Y, li?. a, chap. % Emp, d'AUem., Louûil, aon. 875.

* Giulini, lib. 7. Et non k Milan, comme l'ont dit Voltaire, leprèaidentHmoufti la plupart des historiens français et Puffendorf.

* Ybuu, tome I«% page 107. — Gicuni, tome I«% Ub. 6, page 3S6.

UVRR IV. — CHAPITRB V. 25

de Saint-Ambroise avee une grande magnificence, et au milieu des marques les pins vives de rafiDiction générale ' .

Ces regrets étaient mérités.

Les précieuses qualités qui distinguaient ce prince, son amour du bien public» sa valeur, sa prudence, son habileté, l'auraient peut-^tre mis en état, comme le dit Puffendorf *, de relever la dignité impériale, s*il n'avait été constamment occupé dans sa guerre contre les Sarrasins. Empereur d'Occident par le nom, mais de fait roi italien, il comprit que le premier de ses devoirs était d'assurer l'indépendance et le repos de l'Italie. Il eut la sagesse de ne pas user, dans la vaine poursuite d'un empire à plus vastes limites, ces forces, cette énergie infatigables qu'il voua si noblement au bien-être de ses peuples et à la défense du sanctuaire de la chrétienté. Sous son règne, la Lombardie, redevenue heureuse, riche et puissante, put utilement prodiguer son or et ses soldats pour le salut de Rome et du reste de la péninsule. Nous avons vu Louis II, dans cette longue guerre marquée souvent par dés victoires, quelquefois par des revers, toujours par la plus héroïque constance, trouver l'occasion d'un dernier et glorieux triomphe.

Ne dirait-on pas que ce monarque, pour descendre dans la tombe, attendit que le sol d'Italie, souillé par la présence des infidèles, ra«

' yokirépUapbe qui fat gravée sur m tombe :

Hic. gvbat. jtTsufi. blydoticvs cssam. honobis.

iëqylparat. cyits. nylla. thalia. decys.

Nam. ne. prima. I>:S8. rbgno. souo. qys. yacaebt.

HbSPERIO. GENITO. SCEPTRA. RBLIQYIT. AYY8. QYAII. sic. PACtPICOf SIC. RECTO. PBCTORE. RBXIT.

YT. PYBRYll. BRBYITAS. YINCBRBT. ACTA. SEIIBM. iNfiBNIUM. MIRER. NE. FIBBM. GYLTY8. YB. 8ACR0RYM.

AmBIGO. YIRTYTIS. AN. PIETATIS. 0PU8.

Hic. ybi. firva. yirum. myndo. prodyebrat. jbtas.

IMFBRII. NOMBN. 8YBD1TA. ROMA. DEDIT.

Et. 8ARACER0NUM. CREERAS. PRRPESSA. 8ECYRBS.

LlBERB. TRANQYILLAM. YEXIT. YT. ANTE. TOGAM. CJUAR. beat. GOBLO. P0PYLY8. NON. CJE9JLRM, DIONYS.

COMPOSYBRE. BREYI. STAMUfA. FATAé DIE8. ,

NyNC. OBITYM. LYGES. INFELIX. ROMA. PATRONI.

OmNE. 8IMYL. LATIYM. GALUA. TOTA. DEHINC. PaRCITB. NAM. YIYYS. MBRYIT. HiBG. PRiBMU. GAYDBT. SPIRITVS. IN. COBUS. CORPORIS. EXTAT. H0N08.

* imrçd, à Vhiit. génér», tome Y, liv. 5, cb. 2, aimo 875. ^

26 fwigitM iroQOB.]

vagé par lenr eupda férocité^ W dAt m déti? iMce et «m ttptmJ Ce lepos fut court à la vérité» mab Loon H, en moamt, ^t do meins emporter la pensée que l'Italie et rÈglise étaient ycnir iengteiBps dotées de ce grand bienfait tfue a» armeB leur avait lakorienaenient conquis. £t s^il fut court» après tont, ee repos» la cause n'en seraitelle pas dans la mort prématurée #«ri anssi exceUeni prince?

Outre la crainie de se voir désormais sans défense contre les insultes des Sarrasins^ Htalie» dans ee fatal moment , dut entrevoir bien d'autres nalhaars encore* Combien l'avenir ne dut-^il pan se montrer à elle gros d'orages et de misères» à la mort d'un tel roi qui» ne bâssanl pas de postérité maseuUne» la livrait à la rivalité des rois de Fraroe et de Germanie » ou à la turbulente ambition de quelques seigneurs puissants dont l'audace osait déjà convoiter la couronne !

Louis monrat après un règne d'environ vingt ans. « Il faut disttn- » guer» a dît Puffeodorf » « quatre époque différentes dans le règne » dece prince.

1» La piemiàreest de l'an 8ti» quand il fut déelari roi d'Italte fêar » Lotbaîre et enveyé à Borne au si^et de l'élection et de l'ordination » du pape Sergius» faites sans la participation de l'empereur. Sergius » le emuromm akm roi de Lombardie» le 25 de juin» maia non en » qualité dfempenenr.U ne vaulntpas. même qnelea grands de Bone )» lui prêtassent serment, parce qu'il n'était dâ qu'à l'empereur » Lothaire à qui il avait déjà été prêté.

» La seconde époque est de l'an 849» lorsqu'il ftet asseoie à l'em- )» pire par Lothaire.

» La troisième est de l'an 850» lorsqu'il fut sacré par Léon IV » le 2 décembre.

a Enfin la quatrième est de l'an 855»' lorsqu'il succédé à son père.

» On n'a pas assez distingué ces époques» » dit Puffendorf» a et on n confond surtout lasaconde et la troisième *• »

Mous rappellerons que Louis II» déclaré roi d'Italie par Lothaire en 844» avait dès sa naissance reçu ce titre de son aieuI» Louis le Débonnaire, ce qui motiva et ce qui explique l'épitapbe gravée à Milan sur le tombeau de ce prince» et d'après laquelle Louis II n'au-r ait pets vécu un sbcl jour sans être roi.

* PuFFENDORF, toRie V, Hv. 5, chsp. 3, BDD. 875» Cet historien cite VArl d9 tféri fier les dates, par des bénédictins.

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EaSn mom 4»«teit>w, pwr faite appn6der toute i'amertiiffie des regntodoBBés par la Lombardie à cette gmode perte, que soa roi» quand ilkiifut ravi, n'était Agé que de cînquante-ti'oifl ans !

Une diète fut réuBie à Pavie en septembre, mois qui suivit la mort de LottisU : Timpérairioe, veuve Augilberge, y assista. Là, fut prise, dit Giulim, la désastreuse détermination d'offrir simultanément le rojaumede Lombardieà Cbarles le €hauve et à Louis le Germanique. Ces dem: prlnees, ignorant ce qui se passait à Pavie, s'étaient mis en afisure, cfencun de son côté, pour s'assurer la possession de ce nouvel héritage.

Le roi de France traverse kn Alpes en toute hâte, à la tète d'une année neoihrenfle. De son oété Louis fait passer en Italie avec un ccMps de trovpes, son fils Cbarles, appelé CarleUo ^ par les Italiens, sans donte pour le distinguer de Cbarles le Cbauve, son oncle. Béren* ger, dne de Frioul, 4ui va devenir si célèbre, réunit ses troupes à celles du jeune prince; mais Cbarles le Chauve avait pris les devants, s'ébttt euftié de Pavie et y agissait en mattoe.

A cette mowéOid , l'année de Genoanie se livre aux plus graves désordres dans ki environs de Bergame. La voix, les menaces des chefs ne penveat rmener à l'ordre ces fuiieux gorgés de sang et de pillage : les habitania des contrées dévastées abandonnent leurs foyers et se retirent dans les montagnes.. Cbarles le Cbauve, voyant son neveu et son allié débordés par l'indiscipline et le désordre toujours croissants de leur armée, marche droit sur la Bavière.

Louis envoie à sa rencontre un autre de ses fils avec de nouvelles troupes; ks^ux princes, au moment d'en venir aux mains, concluent une trêve de trois mois. Les Germains reprennent le chemin de la Bavière et Cbarles le Chauve retourne en Italie ^.

Louis avait incontestablement plus de droits que son frère à la couronne impériale et au royaun^e de Lombaidie. Il était l'atné de Charles le Cbauve, et le testament du défunt empereur l'instituait son héritier. Jean VIII, mieux que personne, avait dû eonnattre dans les conférences de Vérone les intentions de Louis II ; sans doute il les avait approuvées; mais la politique de Charles le Chauve s'était aisément rendu favorable l'esprit fougueux du pontife. Aux droits qu'e4t pu faire valoir Louis de Germanie, le roi de France opposa

' GiuLnn. P§iU CtarlM. Plus tird on Fappda Chari9$ le Groê, ^ GiuuMi, lib. 6.

28 PBBMIÈRB ÉPOQUE.

de ces raisons d'État devant lesquelles le droit trop souvent fléchit.

Louis de Germanie, dit Charles, est menacé d'une mort prochune ; ses trois fils vont affaiblir son royaume en le partageant entre eux ; tandis que moi, je n'ai qu'un fils, toute ma puissance passera à cet héritier ; et, avec ma puissance, je lui léguerai mon amour et mon dévouement pour le saint-siége dont il sera le plus ferme appui.

Ces raisons, ce langage, furent appuyés par la présence d'une armée française ; mais la menace était soperQue : Jean YIII opposa d'autant moins de résistance, que Charles déclara hautement recevoir Tempire comme un présent du pontife ^ . . Le pape le proclama solenndlemeot empereur, le 25 décembre, jour de Noël.

Charles profite de la première disposition des esprits : sans s'Idquiéter d'une invasion de Louis le Germanique en France , et des ravages qu'y commet l'armée de son rival , il songe d'abord à coih solider sa nouvelle puissance en Italie, et à la cimenter le plus solidement possible. Il convoque ', à Pavie, une diète que préside Ansperto, archevêque de Milan, les évèques et abbés du royaume d'Italie, dix-huit vicomtes, dix comtes, et le fameux Boson^ frère de Rickildi^ femme de Charles le Chauve, assistent à cette assemblée.

On voit, dans l'acte rédigé par la diète de Pavie, que le clei^é sut immédiatement constater et mettre à profit les concessions qu'avait faites aux prérogatives des pontifes romains et des évèques, l'impatiente ambition de Charles le Chauve. « Puisque la bonté divine, > est-il ditdans cet acte, û par les mérites des saints apôtres et par leur vt-- » caire, le seigneur Jean, vous a élevé à l'empire, nous tous éusohs » pour notre protecteur et seigneur. » Ces paroles sont significatives; elles énoncent clairement et tendent k établir le double droit, pour Borne, de donner l'empire, et, pour les diètes, d'élire les rois. Pour combattre les conséquences forcées qu'on voulut plus tard en tirer h Rome, les rois de la troisième race ont adopté, dans la suite, cette

* « Les continuateurs d'Eutrope, dit le président Hénault, et non Eutrope, eomme » le prétend le père Baniel, sont les seuls de tous les écrivains qui avancent que es » prince, pour prix de son couronnement, renonça, en faveur du pape, aux droits B qu'il avait sur la partie de Fltalie dépendante de Tcmpirc d'Occident, telle que les » duchés de Bénévent et de Spoletti, ainsi qu'au droit de présidence aux élections » des papes. U est vrai, ^oute le président HénauU, qu'il consentit à ne compter l9 » années de son empire que du jour de son couronnement par les papes.

» Concession dont les papes ont depuis tiré un grand avantage, a

* GitLiNi, février, 876.

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fameuse formule si décriée par notre époque, qui dénature et blAme toutes les choses du passé. Nos monarques se dirent dans leurs ordon* Dances, rois par la grâce de DieUf non-seulement par piété, mais encore, comme le dit le président de Hénault, pour marquer leur indépendance despapes^ qui $' arrogeaient alors le droit de disposer des œuronnes ^ Ainsi, les esprits forts de nos jours n'ont fait qu'un grossier contre-sens dans l'interprétation de cette noble formule. Pépin et Charlemagne ne se disaient-ils pas, eux aussi, rois par la clémence de Dieu 1 Or, on doit se rappeler que, lorsqu'en 813 il associa l'atné de ses fils à l'empire, Charlemagne s'étant agenouillé avec Louis au pied du sanctuaire, et, ayant déposé la couronne impériale sur l'autel, ordonna au jeune prince de la prendre et de se la poser lui-même sur la tète. . . Quel puj; être le but du grand homme, si ce n'est de bien expliquer aux seigneurs de son empire, aux évêques et aux pontifes de Rome, le vrai sens de la pieuse qualification que lui et son glorieux père avaient prise?

Le clergé ne fut pas seul à profiter des fautes de Charles le Chauve. Des seigneurs laïques assistaient également à la diète de Pavie, et le génie féodal qui déjà avait conquis tant de puissance sur les peuples par la protection qu'il leur avait offerte naguère contre les calamiteuses invasions des Sarrasins , vit ses prétentions à dominer en quelque sorte les rois eux-mêmes , sanctionnées par l'empressement de Charles à recevoir la couronne de Lombardie comme un don de la diète. Ansperto , président de l'assemblée en sa qualité de métropolitain de Milan, saisit habilement cette occasion de relever l'éclat de sa dignité. Il proclame ; il couronne de sa main le nouveau roi de Lombardie qui le comble de présents et de faveurs en témoignage de sa reconnaissance ^.

Charles avait prodigué ses trésors à Rome , à Pavie , à Milan ; il avait comme acheté l'empire et la royauté de Lombardie : croyant avoir mieux affermi ses droits par ce double couronnement de Pavie et de Rome, il songe à punir Louis de son invasion dans ses États de France. Avant de repasser les Alpes, et, par mesure de sûreté, il ci^nfie l'administration de la Lombardie à Boson, son beau-frère,

' HiK. ie France, par le président HAnaiilt, tome !•'; 2« race, Qiarles le Chauve.

' GiVLINI.

80 MBHteB ÉPOftOB.

qa'S crée imc ëe Milm, et ii loi posesor le front la couronne éwak : honneur, dit Gînlini ^ 4pi'«ucso seigneur n'flY«H jusqu'alors obtenu.

Louis le GerauiDt^ive » quittant tes terres ée France à rapproche de Charles , loi envoie une ambassade pour tmiler et l'engager è lut céder une partie des domaines du défont empereur.

Charles, selon Poffendorf S se montre disposé à tranâger : les ooeférenoes, pour arriver è une concttiation, étaient entamées lorsque le roi de Germanie rnoomt.

La vaste domination de Charles le Chauve s'étendait sur la plus grande partie des possessions de son aïeul Charlemagne. Courbé sous le fardeau d'une puissance faon de portée avec la médiocrité de son génie, il voulut tenter de i'accrottre encore, et disputer aux trois Gis de Louis te Germanique l'héritage de ce prince.

Carioman avait eu pour sa paît la Bavière , l' Autriche , la Bohême et la Moravie.

Louis, la Saxe, la Lburinge, la Frise, la Franconie, et la partie de la Lorraine que son père, en conséquence du partage fait avec Charles le Chauve, avait acquii après la nuHt de Lothaire, leur neveu.

Charles le Gros n'eut que la Souabe.

Aveuglé, par son insatiable ambition , sur la sitaati^n des peuples soumis à sa puissance ; oubliant que la France est încessammeot dévastée par les Normands ; aoordà Tappel de Jean VIII qui, lui rappelant l'exemple de Louis II, invoque son secours, conraie empereur, contre de nouveaux désastres 4|Qi fondent sur l'Italie , Charles ic Cbauve marche imprudemment à la tète d'une armée contre les fils de son frère.

Louis est le premier en campagne pour repousser cette injuste agression. Les deux armées se rencontrent près de la ville d'^mfenarf ^. Une déroute complète punit Charles le Chauve de sa coupable témérité... Le vainqueur n'a pas le temps de jouir des fruits de son triomphe : la mort vient le surprendre an milieu des joies de la victoire. Les deux frères de Louis, Charles de Souabe et Cartoman, arrivant pour porter le dernier coup è l'armée impériale, si leur oncle ose vouloir prolonger les hostilités. Mais honteux de sa défaite, hors d'état de soutenir le choc des troupes coalisées, pressé d'ailleurs par

■ Introd. à l'hist. de Vuniv,, tome I<% Ht. !«% chap. 2, ann. S76. ' PvFFBND., Emp, d'AUem,, tome Y, liv. 5, chap. 2, ano. 976.

LIYRB IT. <^ CBAnnE V. Si

les oewreUes toBJonn fins désastreuses qui kn yiennent de l'Italie , ébraolé par les menaoes do pi^ie , l'emperen' se hâte de conclure la fdài «fec ses neveim.

La sttaatsoQ de l'Italie était en effet alarmante.

La mort de Louis II et Tabsecioe de son successeur à rempife avtteat enhardi les Sarrasins qtti, se ruant de nouveau sur les côtes de lapéniosule, y reooBUBeoçaientleuxs ravages et saccageaient Corn-

Déjà une première fois, le pape Jean YUI avait écrit à l'empereur : « On r^and k grands flots le sang des clnétiens; ceux qui se dé- » Tobent an fer el aux flammes sont emmenés captifs; les villes, les » villages, Jes bourgades désertés par leurs habitants, ne sont plus que » des monceaux de ruines; les évèques sont en fuite, réduits à » mendier au lieu de répandre le paia de la parole divine. Rome y> est leur uaique asile, mais Rome elle-même languit dans la misère » et n'attesd que le moment de sa destruction. L'année dernière » nous seméraes nos doamps, et nos ennemis recueillirent les fruits » de nos labeurs. Cette année respéraace de la récolte n'est pas même » permise, puisqu'il ne nous est pas possible d'enseoiencer nos terres » et de sortir de nos murs. Et comme si les infidèles ne suffisaient pas )> à BoIre raine, leur impiété trouve des auxiliaires dans plusieurs » cbiétîeas, }e veux dire quelques-uns de ces officiers établis sur nos » froaUèrea, et que vous appelez marquU * . Ils pillent les biens de » saiat Pierre à la vUle et dans les environa; ite nous font mourir non » par le fer, mais plus misérablement encore par la faim, et s'ils n'a< » mènent pas les fidèles en captivité, ils les réduisent en servitude. »

Charles le Chauve, trop occupé par sa guerre contre ses neveux, avait laissé cette lettre sans réponse. Jean YUI lui écrit de nouveau et lui envoie des légats pour le sommer de tenir les promesses qui lui ont ^a l'empire; il l'invite dans sa nouvelle é^tre, à se souvenir de la main qui lui a donné la couronne impériale : « De pmr, ajoute le > pontife, pm «t vems nous tMitex a» déêesp&ir, nauM ne changions » peut-être de êmUment». .. » Langage étrange en vérité, mais justifié parles lèches concessions faites par Charles le Chauve, en échange des couronnes de France et de Lombardie et de la pourpre impériale.

' Quos marchiones solito nuncupatis.

32 PEEHISRB ÉPOQCE.

Et celui à qui s'adressent ces incroyables menaces, celui qui 8*eD in timide, est le même monarque qui naguère écrivait au pape Adrien : « Écrivez-nous comme vos prédécesseurs ont écrit aux rois nos an- » cétres, d'un style qui convienne à votre sainteté et à notre majesté... » Les rois de France ne sont pas les serviteurs des évèques, mais les » mattres de l'Etat. » Et ce roi de France, devenu depuis roi de Lombardie et empereur d'Occident, n'a plus rien à répondre au langage altier du successeur d'Adrien, et ce front chargé de trois couronnes, fléchit devant une semblable menace du Vatican !

Charles le Chauve part en toute hâte pour se rendre à l'aj^pel impérieux de Jean YIII, laissant la France inondée de Normands, que ses échecs récents en Germanie ont rendus plus audacieux.

Déjà ce prince avait une première fois acheté, par une somme de sept mille livres pesant d'argent, une paix que bientét après les barbares avaient rompue; pressé par sa situation toujours plus critique, Charles retombe dans la même faute et pousse l'infamie jusqu'à publier, en partant, un capitulaire pour régler les tributs que ses peuples payeront aux Normands * . Qu'est un pas de plus dans la voie de la honte quand une fois on y est entré?

Ainsi, sous un descendant de Charles Martel, ce foudre de guerre, vainqueur des Arabes; sous un petit-fils de Charlemagne, exterminateur des Saxons et conquérant de la moitié du monde; sous un autre Charles, enfin, la couronne impériale d'Occident se fit l'humble tributaire de quelques hordes de barbares; et un décret souverain détermina la part que chacun devait subir de cette immolation de l'honneur national ! Cette grande honte une fois bien établie et passée à l'état de règlement d'administration publique, Charles le Chauve se porte au delà des Alpes.. .

C'était une tâche difficile que de succéder à Louis II dans le royaume d'Italie. Charles le Chauve avait tout fait pour rencontrer plus de difficultés encore dans cette délicate mission .

Louis, roi de Lombardie, vivait au milieu de ses Lombards; il voyait, il réglait tout par lui-même; et l'on sait que partout où est l'œil du mattre, tout marche dans l'intérêt de tous, du roi comme des

I Ce iribat était d'un sou pour cliaque maison de seigneur, tes hommes Mhins^ étaient taiés k proportion ; les évéques avaient ordre de faire contribacr leur» prêtres.

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