Histoire de la conquête de Naples
L'établissement d'une dynastie française dans le royaume de Naples est Tun des événemeïits les plus importants du Moyen Age. D Test surtout pour la France. C'est le point de départ de son influence sur l'Italie , ou , en d'autres termes, sur la civilisation elle-même^ dont l'Italie était alors l'expression la plus haute , la plus complète , la plus universellement acceptée. Jusqu'ici , la Conquête de
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l'injure , et les opprimés ont été plus cruels que les oppresseurs. D'ailleurs , ce procès estil suffisamment instruit ? Les faits sont-ils tous appréciés; sont-ils tous connus? Je ne le crois pas. I/es Siciliens eux-mêmes en conviennent. Un de leurs écrivains les plus distingués* a soupçonné le mensonge et a cherché la vérité ; mais il ne l'a fait qu'à un point de vue très-exclusif et par conséquent très-incomplet. Il a aggravé les reproches qui pèsent sur la mémoire des Français du xiii® siècle. J'ai repris à mon tour le débat avec un sentiment national aussi vif mais moins partial, je l'espère, que celui de la plupart des annalistes italiens et allemands. Nos propres historiens ont trop complaisamment suivi leurs traces. Il est temps de s'en séparer et de leur répondre.
A la tête des personnages de ce grand drame,
* M. Aman, Iai Guerra dcl Vespm SiciUrino. Paris, Baudry,
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il en est un plus grand que tous les autres : la Papauté.
Entre les deux écoles historiques dont Tune n'a voulu voir dans les Papes du Moyen Age que les tyrans de la volonté et de la pensée , tandis queTautre applaudit toujours en eux les défenseurs de la liberté humaine ; dont l'une a trop facilement trouvé du sang sur le manteau pontifical , quand l'autre n'y a jamais aperçu un grain de poussière , je me suis frayé une route à la fois respectueuse et libre. J'ai rendu hommage à l'élévation presque constante du but, j'ai déploré parfois le choix moins irréprochable des moyens. Surtout je n'ai jamais perdu de vue le temps dont je racontais les passions et la violence. Ainsi que la monarchie , l'aristocratie et le peuple , la Papauté participa de la rudesse d'une telle époque. Nul ne peut échapper à son siècle ; même en le combattant , on reçoit et on garde son cm-
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preinte. La défense était alors inexorable comme l'attaque. Que pouvait, en effet, la douceur évangélique ? La mansuétude du bon pasteur aurait-elle opposé une digue au torrent des brutalités déchaînées? Ceints du diadème ou de la tiare, couverts de Tétole ou de l'armure , les hommes du xuf siècle étaient ceux qu'a peints Dante , et après lui Michel-Ange. Dans lesténèbres delà Chapelle Sixtine, on découvre au-dessus de l'autel toute une population aux regards féroces, aux attitudes convulsives , et on se demande : Où sont les justes ? où sont les damnés ?
Il ne me reste qu'un mot à ajouter. Je n'ai rien épargné pour donner à cette histoire le degré de certitude et de réalité auquel je m'étais proposé de l'amener. Je n'entrerai pas dans le détail des recherches que j'ai faites, des documents que j'ai recueillis, des archives que j'ai consultées tant en France qu'en Italie et en
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Espagne. Le lecteur s'apercevra peut-être que ce livre n'est point le fruit hâtif d'informations superficielles et récentes, mais le résultat d'un commerce prolongé, assidu et familier avec les temps dont je me suis efforcé de ranimer le
souvenir. Un tel soin n'est qu'un devoir, mais
ce devoir je crois l'avoir accompli.
LIYRE PREMIER