‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 2)Chapitre 10 sur 71 · FA · texte numérisé non relu

FA

(2) Tome III, chapitre XIV.

(3) Dans un lirre extrêmement intéressant, intitulé Études sur Fouché et le communisme, M. le comte de Martel a fait ressortir le caractère

da procoosolat de Fouché.

« Je sois étonné, citoyens, de votre embarras; il vous manque des farines, prenez-en cliez les riches aristocrates, ils en ont : iJ vous manque des blés, organisez votre armée révolutionnaire, et mettez sur l'échafaud les fermiers et les propriétaires qui seront rebelles aux réquisitions. » (De Martel, p. 179.)

Le 8 octobre, il prend encore à Moulins un arrêté violent et tyrannique entre les riches. Après les avoir accablés d'injures et d'accusations calomnieuses, il décide que tous les riches propriétaires ou fermiers ayant des blés, sont personnellement responsables du défaut d'approvisionnement du marché. Celui qui refusera d'obéir aux réquisitions, et ne portera pas au marché la quantité de blé demandée, sera, le marché suivant, exposé quatre heures sur un échafaud, avec l'écritcau: « Affamcur du peuple, traître à la patrie . » Une armée révolutionnaire, comprenant deux cents fantassins, une compagnie de canonniers et une compagnie de cavaliers, tous habillés, et recevant trois livres par jour, sera chargée d'exécuter cet arrêté. Les comités de surveillance, dans tous les districts, sont autorisés à lever « sur les riches, en proportion de leur fortune, et de leur incivisme », tout ce qui est nécessaire pour les dépenses do cette troupe révolutionnaire, et les indemnités des membres des comités de subsistance et de surveillance. Les fonds seront versés chez les receveurs de district, « ou chez tel autre que les comités proposeront ». Mais généralement les membres des comités se chargèrent d'encaisser eux-mêmes : les indemnités qui leur étaient allouées officiellement, formaient évidemment la plus petite partie de leurs émoluments.

Le 25 vendémiaire, sur la réquisition de Pouché, l'administration départementale de la Nièvre déclare « que les richesses ne sont entre les mains des individus, qu'un dépôt dont la nation a le droit de disposer, quand ses besoins l'exigent », et que la plupart des riches ont méconnu cette vérité, et n'ont montré aucune générosité pour les bons sans-culottes. Cette fois, il ne s'agit plus de s'emparer des récoltes, mais de faire main basse sur l'argenterie et les bijoux. Ceux qui en possèdent sont accusés de vouloir s'en servir contre la liberté et les assignats. <( Ces esclaves de l'or ne l'ont acheté à si haut prix que pour détruire le crédit

d'ooe monnaie fondée sur des biens réels, et plus encore sur la loyauté d*une grande nation. » Enfin, après de nouvelles déclamations contre les riches égoïstes, il est décrété que tous les citoyens qui possèdent de Tor et de l'argent monnayés, ainsi que de Targenlerie, soit en lingots, soit en vaisselle, soit en bijoux « autres que ceux qui servent à la parure des femmes, ou qui n*ont de valeur que par leur forme et le travail, tels que les montres, les pendules », doivent les Hîrer au comité de surveillance, qui leur remettra un reçu payable par le receveur, ou h valoir sur leur imposition révolutionnaire, suivant le prix du marc fixé par la convention. S'ils ne se conforment pas à l'arrêté dans la quinzaine, ils seront suspects. Celui qui cachera de l'or, de l'argent ou de Targenterie, sera puni comme contre-révolutionnaire. L'article 5 fait une exception pour les instruments de chirurgie et de pharmacie, a qui par la nature de leur service ne peuvent être composés d'aucune autre espèce de mé- Uux(l)».

Les possesseurs d*argenterie et de bijoux, qui avaient la prison et la guillotine en perspective, s'exécutèrent bien vite, et cependant l'or et l'argent ne rentraient guère, pour une raison bien simple : les comités de surveillance et l'armée réToluUonnaire, chargés d'exécuter l'arrêté, mettaient une bonne partie des bijoux et de l'argenterie dans leurs poches. De tels arrêtés ne donnaient pas lieu seulement à des vexations, les proconsuls ne s'en souciaient guère, mais aussi à «d'épouvantables concussions. Le 15 brumaire, à Moulins, Pouché recommandait aux autorités réunies d'accélérer l'exécution de l'arrêté du 25 vendémiaire, et de faire rentrer j)Ius vite dans les caisses Tor et l'argent qu'on aurait dû saisir. Il les invitait aussi à interdire le culte, après l'avoir spolié, « à faire disparaître tous les attributs du culte des prêtres, et à substituer à leur Dieu, celui des sans-culottes». Tout en faisant la guerre à ceux qui étaient coupables de posséder quelque chose, Fouché poursuivait avec fureur Tabolition du culte officiel. Les évêques intrus ne lui opposèrent point de résistance. Nous avons déjà mentionné les apostasies honteuses de Torné, intrus du Cher, et de Laurent,

(1) Archives, AF, II, 128.

202 CONSTITUTION GlVai DU CLERGÉ.

intrus de TAllier. Ce dernier se livra tout de suite à des bouffonneries sacrilèges pour plaire aux terroristes. Le 2 brumaire, un délégué des jacobins de Moulins apportait à la convention des objets précieux enlevés aux églises, en lui annonçant que Tévêque de Moulins officiait avec une pique et un bonnet rouge, au lieu de crosse et de mitre. L*ar* rèté pris parFouché sur les cultes, le 19 vendémiaire, publié le 27, fit grand bruit dans tout« la France, et fût adopté immédiatement par plusieurs de ses collègues :

u Considérant que le peuple français ne peut reconnaître d'autres signes privilégiés que ceux de Ja loi, de la justice et de la liberté, d'autre culte que celui de la morale universelle, d'autre dogme que celui de sa souveraineté et sa toute-puissance ;

« Considérant que si, au moment où la République vient de déclarer solennellement qu'elle accorde une protection égale à l'exercice des cultes de toutes les religions, il était permis à tous les sectaires d'établir sur les places publiques, sur les routes, dans les rues, les enseignes de leurs sectes particulières ^ d'y célébrer leurs cérémonies religieuses, il s'ensuivrait de la confusion et du détordre dans la société ;

« Article i*'. Tous les cultes des diverses religions ne peuvent être exercés que dans leurs temples respectifs.

c( Art. 2. La république ne reconnaissant point de culte dominant ou privilégié, toutes les enseignes religieuses qui se trouvent sur les routes, sur les places et généralement dans tous les lieux publics, seront anéanties.

(c Art. 3. Il est défendu sous peine de réclusion à tous prêtres dç paraître ailleurs que dans leurs temples avec leurs costumes religieux.

(c Art. 4. Dans chaque municipalité, tous les citoyens morts, de quelque secte qu'ils soient, sont conduits vingt-quatre heures après le décès, quarante-huit heures en cas de mort subite, au lieu destiné pour la sépulture commune, couverts d'un voile funèbre sur lequel sera peint le Sommet'/, accompagnés d'un officier public, entourés de leurs amis revêtus de deuil, et d'un détachement de leurs frères d'armes.

« Art. 5. Le lieu commun où leurs cendres reposeront, sera éloigné de toute habitation, planté d'arbres, sous l'ombre desquels s'élèvera une statue représentant le Sommeil. Tous les autres signes seront détruits.

u Art. 6. On lira sur la porte de ce champ consacré, par un respect religieux, aux mânes des morts, cette inscription : « La mort est un sommeil étemel. »

« Art. 7. Tous ceux qui, après leur mort, seront jugés par les

dtojw» de leur commune avoir bien mérité de la patrie, auront sor leur tombe une pierre figurée en couronne de chêne. »

Cet arrêté débute par une tartuferie, et c*est son moindre défaut! Tous les conventionnels ont procédé de la même manière : ils ont déclaré d^abord que la république protégeait tous les cultes ; puis, sous prétexte d'empêcher qu'aucun d'eux ne fût privilégié, et que l'exercice des cultes divers ne devint un sujet de trouble, ils ont interdit brutalement l'exercice de cette liberté tant prônée. En décrétant à cette époque l'enterrement civil obligatoire, Fouché n'a fait que devancer ses collègues : là n'est pas le trait caractéristique de son arrêté. Mais, lorsque Fouché ordonne de mettre dans tous les cimetières cette inscription : « La mort est un sommeil étemel », il proteste par là contre la croyance à l'immortalité de l'âme, et la représente comme réprouvée par cette république au nom de laquelle il commande et proscrit. Cet odieux arrêté fut d'abord accueilli avec enthousiasme par les terroristes grossiers, qui applaudissaient à rabolition du culte des morts, et à la profession de foi matérialiste qu'il contenait : mais les révolutionnaires déistes, que leur croyance ne rendait pourtant ni moins injustes ni moins sanguinaires, en furent très choqués, et s*élevèrent un peu plus tard, avec beaucoup de violence, contre le matérialisme professé si ouvertement par Fouché. If&is ce n'était pas assez de chasser la religion des cérémolûes funèbres, il fallait faire la guerre à toutes les habitudes religieuses. Fouché appliqua et étendit immédiatement le décret du 5 octobre, sur le calendrier républicain, dfila manière la plus vexatoire. D'accord avec le directoire <l6la Nièvre, il institua, le 27 vendémiaire, des fêtes républicaines :

« Le représentant du peuple termine la séance par des réflexions philosophiques sur les fêtes de la liberté, et après avoir fait sentir ^toie nuadére touchante la nécessité de consacrer à son culte certains

i^t de chaque tnois^ il arrête, au milieu des plus vifs applaudissements, que les derniers jours de chaque décade seront désormais kt ieu25 jours de repos et de fête pour tous les citoyens, et que dans ^ jours on s^attachera principalement à honorer la vertu, les m<iBUrs, le mariage, le travail, les arts, les sciences, la valeur, le ^^ge, le malheur, la vieillesse, etc., etc. » {Archives, AF,1I, i28.)

20i CONSTITUTION CIVILE DU CLEBGÉ.

Le décadi devint le seul jour de repos : on fut obligé de le chômer, et de travailler le dimanche.

Si les prêtres qui refusaient de se déshonorer étaient cruellement maltraités, en revanche, les apostats, et surtout ceux qui se mariaient, recevaient du proconsul des éloges et des récompenses solides. Ainsi, le 28 vendémiaire, Fouché accorde au curé de Billy, « marié, chargé de famille », une somme de trois cents livres. Le 29 vendémiaire, il annonce à un curé qui veut se marier, mais qui est en butte pour ce motif à Tanimosité de ses paroissiens, qu'il peut venir à Nevers, « qu*il y sera accueilli avec fraternité, qu'il y jouira d'une existence honnête, avec Cespoir d'avoir deux mille écus pour se meubler et quinze cents livres par an à prendre sur les revenus des fanatiques de sa paroisse (l). » Les prêtres qui se mariaient recevaient une prime !

On sait qu'il ne lui était pas difficile de faire le généreux, et qu'il avait des procédés extrêmement simples pour remplir sa caisse. Pendant tout son proconsulat, il ne cessa de dévaliser les riches, tout en les insultant. Ceux qui possédaient quelque chose étaient pour lui autant d'épongés qu'il faisait presser continuellement par ses agents. Le 8 brumaire, très peu de temps avant son départ pour Lyon, il écrivait au comité de salut public :

« Citoyens, frères et amis, je vous envoie dix-sept malles, remplies d'or et d'argent, et d'argenterie de toute espèce, provenant des églises, des châteaux^ aussi des dous des sans-culottes. L'or et l'argent ont fait plus de mal à la république que le fer et le feu des féroces Autrichiens et des lâches Anglais, Je ne sais par quelle imbécile complaisance, on laisse encore ces métaux entre les mains des hommes suspects. Empressons-nous d'êter tout espoir à la malveillance et à la cupidité, avilissons l'or et l'argent, tf*ainons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer le dieu de la république, et établir le culte des vertus et de la liberté. »

Ici le grotesque l'emporte sur l'odieux! Gomment ne pas éclater de rire en voyant un Fouché traiter l'or et l'argent avec ce mépris! Il a pourtant raison de soutenir qu'ils ont fait le plus grand mal à la république, car elle a été désho-

(1) Archives, AF, II, 128.

FOUGHÉ ET SES ÉHULEs! 205

noréej)arde nombreux républicains, qui n*ont vu, dans la réFolulion, que les moyens d'assouvir une honteuse cupidité ! Il annonce encore de nouveaux envois d'argenterie à la convention, mais lui déclare que ce département, qui lui expédie tant d'or et d'argent, « a grandement besoin de pain», «qu'il peu ta peine s'alimenter la moitié de l'année», et il a l'audace de demander de l'argent pour cet objet. La lettre se termine par deux post-sn^ptum vraiment merveilleux :

« Je vous prie de nommer des commissaires pour assister à la pe- <^(des dix-sept malles d'argenterie); il y a eu des ctreursdans celle qui fe$t faite à Nevers. »

Personne n'en doute 1 D'ailleurs le voyage est dangereux ! Dans le second post-scriptum, Pouché, désireux de parler à ses collègues le langage qu'ils aiment, fait de l'élégie révolutionnaire :

« ie ne vous parle point de l'épuisement de ma santé : le patriote 1^ doit se reposer que dans le tombeau. » {AvchiveSy AF, II, J28.)

Ce dernier trait est impayable, et Fouché dut bien rire aux dépens du comité en fermant sa lettre! L'épuisement <le la santé de ce grand patriote ne l'empôcha point de se rendre à Lyon pour y verser le sang à grands flots. Jusqu'à son départ, il continua ses persécutions et ses extorsions. ^ 13 brumaire, il annonçait au comité de nouvelles vicloires sur les prêtres :

" Qnelques-uns de ces imposteurs s'avisent encore de jouer leurs ^^naédies religieuses, mais les sans-culottes les surveillent, renversent tons leurs théâtres, et plantent, sur leurs débris, l'arbre immortel de la liberté. »

Après Pouché (l), Lefiot tyrannisa le département de la

(1) Malgré le départ de Fouché, ses odieux arrêtés sur les subsistances *J contre les prétendus riches furent strictement exécutés dans la ^'**^Te et VAllier. Le 23 frimaire, le comité de surveillance de Moulins ®^uii à Paris que quatre riches, qui n'avaient pas payé la contribuyon dont ils étaient grevés, avaient été exposés quatre heures sur l'écha- **J»d, puig compris dans un envoi de trentenleux prisonniers à la com- J'^'wion de Commune- A /franchie, et le comité exprimait l'espoir : « que ^^^ cols ne résisteront pas au tranchant du rasoir national. » Ce vœu *^^iûaire fut exaucé. Plusieurs membres de la commission de Lyon

Nièvre, ainsi que ceux du Cher et du Loiret. Il a présentéi un peu avant la chute de Robespierre, un rapport curieux lur sa mission. Il insiste beaucoup, dans ce rapport, sur Ténergie dont il a fait preuve, en poursuivant rabolition du culte dans ces trois départements ; il constate que les populations du centre, moins zélées pourtant que celles de certaines provinces, ne s'y sont point résignées. Ainsi, vers la fin de frimaire, entre Bourges et La Charité, les paysans formaient des rassemblements en armes (il est probable que ce dernier détail est de son invention), « dont le cri de ralliement était la religion ». II y eut des troubles à Bourges et aux environs : à Dun-sur-Avron, il voulut haranguer le peuple le jour de la foire. Les uns se mirent à crier ; « Vive la religion ! » les autres : « Vive la république I vive la Montagne! » et il y eut un tumulte effroyable. Pour déchristianiser davantage les campagnes, il prit, le 7 nivôse, i l'exemple d^AIbitte et de nombreux proconsuls, un arrêté ordonnant à tous ceux qui, avant le 14 juillet 1789, habitaient une ville et depuis s*étaient retirés à la campagne, de revenir bien vite dans leur ancien domicile, sous peine d'être déclarés suspects. Cet arrêté s'appliquait même aux anciens fonctionnaires qui ne vivaient, jadis, dans les villes, qu*à cause de leurs offices, supprimés par la révolution. Mais, sous la convention, on n'était libre, ni de s'établir, ni de rester établi où Ton voulait, bien heureux quand oa n'était pas emprisonné. Lefiot parcourait les campagnes avec une suite nombreuse, et leur prêchait l'athéisme en vomissant d*horribles injures contre les prêtres :

c< Je songeai surtout à détacher de la religion des prêtres les cultivateurs... Nous disions comment Dieu doit préférer Thommage direct d'un cœur pur à celui qui est présenté par la médiation d'un prêtre presque toujours hypocrite et intéressé, et souvent dissolu; que toutes les cérémonies religieuses sont le produit de la yanité des ministres du culte, etc., etc. » (Archives, AF, II, 128.)

Il prétend avoir converti, par de pareils discours, des paysans qui venaient lui demander un curé et la messe, et

étaient du reste des jacobins de l'Allier, que Fouché avait jugés dignes de cet emploi, pour les avoir vus à l'œuvre pendant son proconsulat dans le centre de la France. V. Db Martbl, p. 223.

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mftme les avoir déterminés à faire disparaître les signes de la superstition. Il est foi^ possible qu*il se vante ou qu*il ait été dopé ; car, dans beaucoup de pays, les villageois feignaienty sur le moment, d*6tre convertis par les discours d'an proconsul dont ils voulaient se débarrasser, mais aussitôt qu'il avait tourné le dos à leur localité, ils deman-» daient secrètement à leur curé d'y venir dire la messe. Lefiot parcourut ainsi ses trois départements, en donnant la chasse aux prêtres et remplissant les prisons de suspects. 11 professait hautement cette maxime : « En révolution, ce a'est pas l'excès de sévérité qu'il faut craindre, mais la faiblesse de l'indulgence (1). » Mais LeÛot avait beau faire, il ne venait pas à bout de déchristianiser le pays, et beaucoup de prêtres, après avoir eu la faiblesse d'abdiquer, reprenaient leur ministère. Le district de Moulins-la-République (Houlins-Engilbert) prit, le 14 ventôse, un arrêté très violent pour remédier à un abus aussi scandaleux. Lefiot l'approuva et l'aggrava. Le 91 ventôse, sur la demande du même district, il sévit contre trois prêtres qui, revenant à « un culte proscrit par la philosophie et la raison », s'é* taient rendus « coupables de fanatisme et de malveillance », ei se trouvaient, en attirant par leur messe les habitants des communes où le culte était supprimé, occasionner des nssenablements. Il déclara aussi « qu'il serait très dangereux de laisser propager cet exemple, que d'autres prêtres démissionnaires ne tarderaient peut-être pas à l'imiter». ^ M, Lefiot, après avoir tonné contre les prêtres, et invo^ <IQi hypocritement la nécessité de prévenir des troubles,

(1) On ATait dans le Loiret envoyé des adresses à Louis XVI après 1« ** join. Lefiot donna la chasse aux si^ataires de ces adresses, qui étaient P^^^ifttnt très constitutionnelles. A Montargis, 228 personnes étaient dans ^ c&s; il les déclara provisoirement, et jusqu'à ce qu*une peine plus ^ eût été décrétée, etclues de toutes fonctions publiques. A Oien, f*^ persécution eut un dénouement effroyable : par ari^té du 4 rentôse, ^ *&Yoja quatre signataires de Tadresse, comme instigateurs, au tri- ^^al révolutionnaire, qui les fit guillotiner; trente-deux autres furent*ari^s comme suspects ; soixante, jugés insignifiants, reçurent, le 20 ventôse, ^< censure publique dans le temple de la Raison, et furent mis en surveil- ^*^. L'arrêté fut imprimé à six mille exemplaires aux frais des six cou- P^lss les plus riches. Quelques censurés eurent la hardiesse de s*en 'l^^^tlQer. Le 25 ventôse, Lefiot condamna les uns à une détention correctiomielie de trois mois, et mit les autres en arrestation jusqu'à la paix.

prit un arrêté semblable contre dix-neuf prêtres du district de Ghinon-la-Montagne (Ghàteau-Chinon) :

« Considérant que dans les communes, il se fait des rassemblements dangei'eux et même f^réjudiciabks aux travanx de l'agriculturey par la multiplicité des fêtes dont Fusage se perpétue, et par le déplacement de quelques citoyens égarés, faisojnt quelquefois un trajet de quatre lieues pour se rendre vers un prêtre qui olfre le spectacle de la dégradation de l'esprit bumain, lorsque des bommes, trompés et avilis, ont la faiblesse de se mettre à genoux à ses pieds ;

« Arrête : 1® Roux, qui exerçait le métier de prêtre dans la commune de Gbinon-Ia-Montagne ; 2<^ Renard, dans celle de Cbatin (suivent les noms de dix-sept autres curés), seront tenus de quitter respectivement les communes qui viennent d'être nommées../ » (Archivesy AF, II, 128.)

Ils devront, dans les cinq jours, se retirer au district ou dans leurs familles, pourvu que leur nouveau domicile soit éloigné au moins de six lieues de leur ancienne paroisse : sinon reclus jusqu'à la paix. En outre, quatre prêtres qui, après avoir remis leurs lettres, ont repris depuis leur ministère, sont emprisonnés jusqu'à la paix, « ou jusqu'aux mesures ultérieures qui pourraient être ordonnées par la convention nationale ou adoptées par un ou plusieurs représentants en mission ». Leûot se réserve donc de les expédier au tribunal, avec la même menace contre deux prêtres « soupçonnés l'un et l'autre de pervertir l'esprit public », c'est-à-dire de parler religion. On voit, par les aveux mêmes des proconsuls et des autorités jacobines, quelle était la valeur de ces abdications dont on avait fait si grand bruit, et combien les populations tenaient à leur culte.

Noël Pointe, qui terrorisait, de concert avec LeÛot, plusieurs départements du centre, paraît s'être occupé surtout de l'Indre et du Cher. Le 19 frimaire, il écrivait de Vierzon au comité de salut public, pour le rassurer sur les conséquences de l'abolition du culte dans ce pays, et l'assurer qu'il comptait uniquement recourir à la persuasion, tout en lui annonçant qu'il avait organisé une armée révolu-tionnaire. Mais les populations manifestèrent leur mécontentement, et, le îl frimaire, ce proconsul abolit la liberté des cultes, au nom de cette même liberté, bien entendu.

FOUCHé ET SES ÉMULES. 209

Sous prétexte de veiller à la fois au maintien de Tordre et de la liberté des cultes, tout en déjouant les efforts du fanatisme, il proscrivit tout signe, tout costume religieux, déclara le décadi seuT jour de repos, et ordonna à tous ceux qui avaient fait des rassemblements tumultueux, c'està-dire qui étaient allés dans une autre commune entendre la messe, de rentrer chez eux au plus vite.

« Considérant que les prêtres du culte catholique qui ont eu la philosophie et le courage d'abandonner la superstition, doivent, par une juste conséquence de cette démarche, donner à leur conduite future tous les caractères de la bonne foi qui les a portés à rendre hommage à la raison, et qull est urgent de les soustraire à la haine des fanatiques. » {Archives, AF, II, 90.)

Tout prêtre démissionnaire doit, dans la huitaine, se retirer à six lieues de sa paroisse, à moins qu'il ne s'établisse au chef-lieu du département ou du district. Celui qui reprendra ses fonctions sera suspect. En outre, le proconsul presse l'exécution des lois qui déportent les réfractaires.

Michaud, du Doubs, fut envoyé dans l'Indre et le Cher, en pluviôse. Il adressa aux agents des districts une curieuse circulaire qui leur enjoignait d'empêcher complètement l'exercice du culte, tout en conservant certaines formes hypocrites :

« Dans les communes où les églises sont encore ouvertes, tu ta" cheras de les faire fermer, mais en ne combattant la superstition que par les seules armes de la philosophie et de la raison. »

On sait ce que cela veut dire! Pour les guider dans cette voie, il leur indique une longue suite d'injures et de calomnies à débiter contre les prêtres; il leur recommande de bien dire aux paysans que s'ils gardent les prêtres, ils perdront les bienfaits de la révolution. Mais quand on est aussi déterminé à fermer les églises, on se lasse bien vite de l'hypocrisie, et on recourt aux moyens brutaux. Le 20 germinal, Michaud prit à Indre-Libre (Châteauroux) un arrêté qui obtint le plus grand succès auprès des iconoclastes : il célèbre d'abord la spoliation des églises :

« Considérant que les clochers de la plupart de ces églises sont encore surmontés des signes du despotisme sacerdotal, et que ces signes, en annonçant par leur forme et leur élévation gigantesque,

T. Vf. U

la suprématie dn culte romain, et son intolérance à Vègard des c religions^ contrastent d'une manière révoltante avec le chapitr droits de V homme qui a aboli tous les privilèges, »

Parmi les innombrables sottises que les conventioi ont débitées, celle^i mérite certainement d'être re quée! Néanmoins la haine de Michaud pour les clochei lui fait pas oublier la persécution des curés : Gonsidér.

« Que plusieurs des ci-devant curés et vicaires n'ont quitté regret l'exercice de leur minisiérey que leurs murmures et leurs pos fanatiques rendent leur présence très dangereuse dans le droits où Ds remplissaient des fonctions ecclésiastiques, tant e lentissant les élans sublimes du peuple vers la philosophie, i y excitant des troubles. »

Il interne au chef-lieu du district, ou à six lieues prêtres qui ne sont ni mariés, ni fonctionnaires. Dans b lai de six semaines « les flèches et dômes de tous les chers » seront démolis aux frais des communes.

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