CHAPITRE VII
a '• Conséquences de la journée du 9 thermidor. — Elle n'est point une 'Victoire des modérés. — Elle leur profite par la division des terrorisas. — La lutte recommence entre les catholiques et les constitutionx^els. — Les thermidoriens sont fort opposés à la liberté religieuse.
S II. La convention, après avoir étendu à tous les constitutionnels le Secours accordé déjà aux apostats, proclame que la république ne sala- "^e aucun culte. — Elle ratifie ainsi Tabolition de Téglise officielle. — I^^ révolutionnaires comptent encore venir à bout du christianisme par la famine. — Us favorisent les prêtres constitutionnels dans une ^t^taine mesure. — L'argenterie des églises dilapidée par les jacobins. ^ Les thermidoriens cherchent à instituer des fêtes républicaines des- ^'liées à déchristianiser la France. — Progrès du parti modéré.
S m. Rapport de Boissy d'Anglas sur les cultes. — Il conclut à une to- ^^i^Qce étroite et précaire, fondée sur le mépris de tous les cultes. ^ D'après lui, le devoir de TÉtat est de faire triompher la philosophie ®^ d'arriver graduellement à l'anéantissement des religions. — Restrictions très intolérantes à la liberté des cultes. — Loi du 3 ventôse ^^tée d'après ces principes. — Elle ratifie presque toutes les mesures Persécutrices de la Terreur. — En réalité elle n'accorde aucune liberté.
La France ne sut point se débarrasser du régime de la ^erreur : elle fut sauvée seulement par les divisions du P^rti terroriste. Depuis la fête du 20 prairial, Robespierre Médite une nouvelle épuration, il veut se débarrasser de 'fendre, Tallien, Fréron, Thuriot, Vadier, Vouland et plu- ^^^ttrs autres ; Billaud et Gollot eux-mêmes commencent à Craindre pour leurs vies, et engagent contre Robespierre J^ie lutte désespérée. Leur adversaire jouit d'une popularité l^itiense, il dispose en maître absolu de la commune, des jacobins^ de la populace de Paris, et n*a qu'un mot à dire P^iT pulvériser ses ennemis; mais il veut les assassiner ^^ décret, avec des formes légales : le 8 thermidor, il de-
mande à la convention des proscriptions nouvelles, sat désigner encore aucun député. Mais cette fois la mesoi est comble, le désespoir donne de l*audace aux convei tionnels menacés. Robespierre, tout à Theure si arrogao recule, refuse de s'expliquer, et rien n*est décidé. Les moi tagnards épouvantés s'assurent à grand'peine le coucou ou, pour mieux dire, la neutralité de la plaine, et le lend main, Robespierre, de dénonciateur, de proscripteur, e réduit bien vite au rôle d'accusé, et chaque fois que le tyr. déchu réclame la parole pour se défendre, la sonnette < président couvre sa voix : Thuriot le traite comme Hermac traité Danton au tribunal révolutionnaire. Délivré par s partisans, il ne sait point tirer parti des ressources il menses dont il dispose : cet homme, qui a si souvent t preuve contre ses ennemis d'une habileté infernale, moni une irrésolution et une incapacité pitoyables, et se lais misérablement surprendre par les partisans de la convc tion. La France, si cruellement tyrannisée depuis loi temps, salua le supplice de Robespierre et de ses digc amis Saint-Just et Gouthon, par une immense acclamaii de joie, qui surprit et inquiéta vivement leurs vainqueu
Nous n'avons pas à rechercher ici pourquoi Robespier qui, après tout, n'était pas le plus criminel des terrorist est devenu, pour ainsi dire, le bouc émissaire de la révo tion. Ce fait, assez singulier au premier abord, devait produire pour beaucoup de raisons; il y en a deux qui ne semblent particulièrement dignes d'attention. D'abc Robespierre ne s'est pas contenté de faire voter des 1 atroces et de proscrire une masse de citoyens ; il a sys matisé de la matière la plus odieuse le régime de laTerrei il a fait de ses plus horribles procédés autant de dogn politiques ; il a voulu être regardé comme la personnifi tion du gouvernement révolutionnaire; et la France l'a p au mot I et la postérité a ratifié le jugement des conte porains I
Mais cette réprobation effroyable qui pèse sur la n moire de Robespierre est en partie due aux déclamatic des terroristes. Il n'a pas seulement opprimé et déci les prêtres, les royalistes, les girondins : il a été l'insti ment bien involontaire de la justice divine, en terrorisant
LES THEMODOBIENS. ' Î73
terroristes, en envoyant à Téchafaud de grands révolutionnaires; et il n'est tombé que pour avoir essayé de proscrire certains proscripteurs. Aussi les partisans d'Hébert, la qoeae de Danton, ses anciens rivaux des comités, se sont-ils acharnés après sa mémoire! Tandis qu'on s'ingéniait à paOier, à nier même les forfaits les plus honteux de Danton et de tant d'autres, on dévoilait avec horreur ceux de Robespierre^ et Ton mettait sur son compte tous les crimes delà Terreur, afin de diminuer la responsabilité de ceux qoi avaient été si longtemps ses complices. Plus on avait été compromis dans la Terreur, plus on déclamait contre Robespierre au nom de l'humanité I Ses théories religieuses lui avaient en outre, bien plus que ses proscriptions, attiré la haine de nombreux jacobins : les thermidoriens incrédules et matérialistes les poursuivirent longtemps de déclamations haineuses et de sarcasmes amers I
La révolution de thermidor mit fin au régime de la Terfear, empêcha la mise en pratique de la constitution de *793, ralentit la persécution religieuse, et au bout d'un cerf taintenaps ramena les révolutionnaires modérés au pouvoir. Les montagnards ne s'attendaient guère à la voir produire <1b pareils résultats. Mais il en est un peu de même dans tontes les révolutions : très souvent elles vont au delà du bot poursuivi par leurs auteurs ; quelquefois même ceux-ci *o trouvent n'avoir travaillé que pour un autre parti; en général, ils sont obligés tôt ou tard, pour conserver le pouvoir dont ils se sont emparés, de le partager avec de nouveaux venus, ou d'anciens concurrents dont l'alliance leur ^st devenue indispensable. La révolution de thermidor a été faite par des hommes qui ne voulaient aucune des conséquences qu'elle a entraînées. Elle est l'œuvre des pros- ^fjpteurs du 31 mai ; et elle a bien vite abouti à la rentrée Womphale des députés proscrits dans cette fatale journée, '"le est l'œuvre des persécuteurs et des prêtrophobes, et, 'Dalgpé tous leurs efforts, elle a notablement amélioré la 'jtaation religieuse de la France. Elle a obligé des terro- ^^tes émérîtes à dévoiler et flétrir publiquement les turpi- Nes et les crimes de la Terreur, à punir ses agents, et à "éfaire ses lois les plus iniques.
On aurait donc gra^d tort de juger la journée du 9 ther-
S7i CONSTITUTION CIVILE DU CLBIGÉ.
midor par ses conséquences lointaines, et de la < comme une victoire décisive remportée sur les tei parles révolutionnaires modérés. Les membres desc voyant que Robespierre voulait leur faire subir le hébertistes et de Danton, se décidèrent à conspirei lui pour sauver leurs tètes; et la lutte s'engagi point entre terroristes et modérés, mais entre deux de scélérats également souillés de crimes, et aussi les uns que les autres à continuer le régime de la ' De concert avec Robespierre, les montagnards annihilé la convention, ils Tavaient réduite à n'è qu'une machine à contresigner les décrets des comi la montagne elle-même était tombée sous le joug mités, et lorsque ceux-ci se divisèrent, les députés n pour lutter avec quelque chance de succès contre pierre et la commune,, furent obligés d'associer la tion à leur cause, de s'abriter sous ce nom qui encore une grande influence sur les foules, et d< eux-mêmes cette autorité qu'ils avaient si compi annihilée. Et pour y arriver, il leur fallut solliciter ment le secours de ces crapauds du marais, si mé( opprimés par eux, mais qui se trouvaient tout à coi à la division des terroristes, les maîtres de la si Ainsi la victoire des comités sur Robespierre, tout vaut la vie aux députés menacés, affaiblit sensi leur pouvoir, releva la convention si humiliée depi temps, et assura bientôt la prédominance des mode malgré tant d'épurations, étaient encore les plus no
Sans doute, cette majorité n'ose pas s'affirmer ii tement ; les membres des comités, adversaires pe de Robespierre, paraissent d'abord les maîtres de tion, mais ils sont tous les jours obligés de compte tage avec les modérés, auparavant leurs victimes e1 nant leurs soutiens. Du reste, ils se divisent bien vi
Le 9 thermidor, ils ont fait périr Robespierre et S pour sauver leurs têtes ; aucun d'entre eux ne so établir un gouvernement moins atroce. Comme Yarennes et Gollot d'Herbois, ils voulaient tout ment continuer à leur profit le régime de la Terrei Maximilien était devenu pour la France entière la
nificatioD de ce régime ; en apprenant sa mort, elle se livra
inné joie indicible, parce qu'elle croyait que la Terreur ne pouvait lui survivre. Certains thermidoriens reconnurent alors qu'il serait bien téméraire de s'obstiner à soutenir un sjrstème aussi universellement exécré. D'ailleurs, la journée do 9 thermidor avait mis fin au despotisme des comités et tiré la convention de sa torpeur : les Legendre, les Tallien, lesRovère, les Bourdon de l'Oise, bien que violents et sanguinaires, eurent le bon sens de reconnaître qu'ils devaient réagir contre le régime établi par Robespierre. Une fois entrés dans cette voie si nouvelle pour eux, ils furent bientôt entraînés, parla force des choses, beaucoup plus loin qu'ils ne le pensaient tout d'abord. Résolus à rester au pouvoir, ils en vinrent peu à peu à renier leur passé, et, dans le double but de satisfaire des rancunes personnelles et de donner des gages aux modérés, ceux qui s'étaient le plus compromis pendant la Terreur se montrèrent les plus ardents à flétrir les terroristes et les buveurs de sang.
Bientôt donc, la guerre fut déclarée entre ces deux groupes de thermidoriens. De nombreuses dénonciations furent lancées contre les Billaud et les Collot. Le procès de Carrier attira l'attention sur la conduite des comités. Leurs crimes furent dévoilés, on se montrait de plus en plus sévère pour la queue de Robespierre, on fermait les jacobins. Les therïûidoriens, qui s'appuyaient sur le parti modéré, durent payer son concours en consentant à la rentrée des soixantetreize députés détenus depuis plus d'un an. Dès ce jour, le parti de la modération fut maître du terrain, et malgré la part (ju'ils avaient prise à la révolution de thermidor, Collot, Mlaud, Barère et Vadier furent bientôt mis en accusation.
A partir de la rentrée des soixante-treize (18 frimaire ^ 111), on assiste à la revanche dans la convention du parti
girondin écrasé et proscrit au 31 mai. Les Legendre, les '^ien, en renversant Robespierre, ne s'attendaient guère i ramener au pouvoir ces girondins qu'ils avaient expulsés ** proscrits. Le 31 mai était devenu, dans la France révolutionnaire, une date consacrée, comme le 14 juillet et le *^août. Le 11 thermidor, dans sa proclamation aux dépar- ^Daents, la convention caractérisait ainsi la journée du 9 : ^ U 31 mai, le peuple fit sa révolution; le 9 thermidor, la
convention a fait la sienne, et la liberté a applaudi également à toutes deux », et les vainqueurs de Robespierre déclaraient que la convention ne reviendrait jamais en arrière, et affectaient d'exalter cette journée du 31 mai, qui, suivant eux, avait sauvé la France et la république. Ils faisaient ensuite mille bravades révolutionnaires, ordonnaient la translation au Panthéon du corps de Marat, et en chassaient celui de Mirabeau : et pourtant, ils cédaient peu à peu aux justes exigences des modérés de la convention. D*abord les thermidoriens sont forcés de reconnaître qu'on a pu blâmer le 31 mai sans être un conspirateur, bientôt ils s'inclinent devant le sentiment public : ceux qui se sont ralliés à la modération cessent de se vanter du 31 mai ; les victimes relèvent la tête et déclarent que la convention a été indignement, opprimée. Le 18 ventôse, les proscrits survivants sont rappelés, et les thermidoriens blâment ouvertement le 31 mai et se défendent d y avoir coopéré ! Gambon le condamne, André Dumont, Merlin de Douai, lui jettent Tanathème I
Si la persécution religieuse devint beaucoup moins violente après le 9 thermidor, il ne faut attribuer ce changement, ni à la convention ni aux progrès de l'esprit public, mais seulement à la division du parti révolutionnaire, et à la guerre acharnée que les traqueurs de prêtres se faisaient entre eux. Beaucoup d'ecclésiastiques qui se tenaient près de la frontière rentrèrent bien vite. Bien que les persécuteurs en fussent arrivés à se dévorer entre eux, les prêtres réfractaires couraient encore les plus grands dangers,.car beaucoup de révolutionnaires modérés étaient aussi animés contre eux que les robespierristes. Cependant ils exercèrent le culte avec bien moins de mystère, et virent accourir à leur messe une foule de personnes qui, pendant le règne de Robespierre, n'avaient pas osé se rendre aux réunions secrètes. Beaucoup d'enfants, que leurs parents n'avaient pu présenter à un prêtre, furent baptisés; de nombreux mariages furent bénis. Bien que la convention n'eût abrogé aucune loi de persécution, bien qne les prêtrophobes fussent à la tête de la plupart des administrations, les catholiques réclamèrent la liberté religieuse, et la prirent même dans certaines localités. Les campagnes,
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bieo moins asservies que les villes au jacobinisme, revendi^nèrent leurs droits avec beaucoup plus d'énergie. Dans certaines communes, très peu de temps après le 9 thermidor, les paysans, sans s'inquiéter de la convention et de ses commissaires, réinstallèrent tout simplement leurs curés dans les églises, et reprirent l'exercice du culte ; des croix abattues furent même replacées sur le bord des chemins, à la grande indignation des prêtrophobes jacobins et thermidoriens. Loin d'encourager ce mouvement religieux, les commissaires envoyés par les thermidoriens^ à la place de ceux qui avaient tyrannisé les départements pendant la Terreur, imi tous leurs efforts pour l'entraver; quelques-uns même prirent des arrêtés de persécution dignes des plus odieux terroristes, mais bientôt ils furent obligés de reconnaître 9^e la convention, en croyant anéantir la religion, s'était f grossièrement trompée, que l'esprit chrétien était plus ^Tant que jamais, et que le gouvernement issu de thermidor devait, dans son propre intérêt, compter avec lui.
Malheureusement le catholicisme n'avait pas à lutter seulement contre la persécution, mais aussi contre le schisme qnela révolution avait fabriqué en 1790. L'église constituticnnelle avait été brisée, comme un instrument inutile. Plusieurs de ses évêques et beaucoup de prêtres s'étaient <^ouverts de honte par des mariages sacrilèges, par d'ignobles apostasies. Quelques-uns de ses membres les plus re- ^^mmandables avaient été mis à mort pendant la Terreur, Comme révolutionnaires modérés. Beaucoup de diocèses constitutionnels étaient privés de leurs chefs, morts ou ^postats. Le gouvernement reniait cette église qu'il avait ^Qvenlée et imposée violemment au pays : il lui refusait ^ut caractère officiel, tout traitement, et comme son organisation était essentiellement politique et dérivait directenient du pouvoir civil, elle ne pouvait tenter de se réorganiser, sans se mettre en contradiction flagrante avec ellen^ême. Beaucoup de prêtres constitutionnels, entraînés dans le schisme par peur, par défaut de lumières, ou par une naïve confiance dans les promesses de la révolution, furent désal^nsés complètement par les persécutions qu'ils avaient ^''Mes, ainsi que par les apostasies d'un grand nombre de confrères, et revinrent à l'orthodoxie. Ces mômes révolu-
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tionnaires, qui avaient si scandaleusement jeté le masque, en bafouant et persécutant Téglise constitutionnelle, se montrèrent tout à fait scandalisés de ces rétractations, et usèrent de tous les moyens pour les arrêter. Cependant ils ne faisaient plus guère d'hypocrisie ; les prêtres constitutionnels, ils le disaient hautement, n'étaient pour eux que des fanatiques, des superstitieux aussi dangereux que méprisables ; quelquefois même ils les déclaraient pires que les réfractaires, parce que leur adhésion à la révolution n'avait été qu'une tartuferie ; mais néanmoins, à voir la fureur que les rétractations excitaient chez les prêtrophobes et les voltairiens, on se serait cru encore au temps où les intrus étaient leurs dociles agents, où la révolution se flattait d'attirer tous les croyants à son église officielle. Cette preuve de la vitalité du catholicisme les exaspérait; puisqu'ils n'avaient pu le détruire, au prix de tant d'efforts, ils s'obstinaient à lui opposer cette église constitutionnelle qu'ils méprisaient, et ils espéraient tout au moins, par le spectacle des dissensions religieuses, discréditer la religion aux yeux du peuple, et arrêter ses progrès.
Il eût été fort heureux, non seulement pour l'église, mais aussi pour la France, que les constitutionnels, désabusés par les excès de la révolution et par les violences qu'ils avaient eux-mêmes subies, fussent tous revenus à l'orthodoxie après thermidor. Mais l'ambition et l'intrigue avaient joué un trop grand rôle dans l'établissement de ce schisme pour qu'il se terminât aussi facilement. Les évêques intrus qui n'avaient pas formellement apostasie, sauf cinq ou six, qui, sans revenir ostensiblement à l'église catholique, ne reprirent point leur épiscopat schismatique, firent au contraire tous leurs efforts pour perpétuer le schisme. Après s'être tant compromis pour avoir la crosse et la mitre, ils ne pouvaient se résigner à rentrer en pénitents dans les derniers rangs du clergé. L'église constitutionnelle, quoique très affaiblie, essaya donc de se réorganiser. Les révolutionnaires étaient à la fois disposés à la protéger et à la persécuter. Après l'avoir abolie avec tant de scandale, ils étaient furieux de ne pouvoir l'empêcher de reparaître, et cependant il leur arrivait souvent de la soutenir, pour combattre les progrès des prêtres réfractaires. Ils éprouvèrent un vif dépit en
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Toyant nombre de prêtres, qui avaient livré leurs lettres de prêtrise et renoncé au sacerdoce, reprendre Texercice da culte, en déclarant publiquement que cette renonciation leur avait été extorquée par la violence. Bien des prèttes de cette catégorie, cruellement désabusés d'une réfolotion qui les avait récompensés de leurs complaisances en les déshonorant, revinrent directement à Téglise catholique. Gomme ils avaient commis une double faute, une pénitence beaucoup plus longue leur était imposée. Ces rétractations exaspéraient à la fois les schismatiques, les jacobins, qui voyaient s'écrouler leur œuvre de déprôtrisation , et les philosophes ennemis des églises : ils réclamaient hautement la persécution, et contre les schismatiques repentants, et contre ceux qui les réconciliaient avec l'orthodoxie. Les schismatiques constitutionnels, revenant à leurs premiers errements, se remirent à déclamer plus que jamais contre les catholiques, à les traiter de conspirateurs, d'ennemis de la révolution. Ils essayèrent sans vergogne d'acheter la tolérance et Tappui de ces révolutionnaires, dont ils connaissaient trop bien la brutale impiété, en se faisant les dénonciateurs, les espions des catholiques.
Vis-à-vis des fidèles, ils se sentirent d'une autre tactique : ils eurent l'impudence de s'ériger en victimes, en persécutés, et de parler des souffrances qu'ils prétendaient avoir endurées pour la foi, En même temps, ils lançaient contre les prêtres réfractaires les plus absurdes accusations. Les constitutionnels avaient été les complices, et trop souvent les promoteurs de la persécution épouvantable qu'ils subissaient depuis plusieurs années : ces schismatiques eurent l'impudence denier cette persécution ; en dehors des assermentés, il n'y avait pas eu de persécutés et de martyrs ; la persécotion avait commencé seulement en octobre 1793, lorsque les jacobins s'étaient mis à dépouiller les églises. Aux révolutionnaires, ils vantaient leur républicanisme, les services qu'ils leur avaient rendus contre les orthodoxes, et se déclaraient décidés à combattre ces derniers comme par le passé. Aux laïques qui se méfiaient d'eux, ils disaient absolument le contraire, ils soutenaient qu'il n'y avait plus d'église constitutionnelle, qu'il ne pouvait plus exister aucune différence entre les réfractaires et les constitution-
S80 CONSTITUTION CITILB DU ClKÊBÈ.
nels, et cherchaient à leur faire croire que Tan était faite. Gomme aux premiers temps du schisme, répandaient les bruits les plus absurdes ppur attirer à • les populations, et prétendaient que le pape avait appro leur conduite. L'existence de ce parti, peu nombr à la vérité, mais actif, brouillon, et très compromis daa révolution, encourageait beaucoup les impies qui occupai le pouvoir à continuer la persécution. En voyant les po lations tiraillées par les ministres des deux cultes, ili berçaient de Tespoir de venir à bout du christianisme, se servant d'abord des constitutionnels pour battre les tholiques ; ce serait ensuite le tour de leurs alliés.
La convention, après thermidor, rendit à la liberté milliers de suspects, répara beaucoup d'injustices et re sur plusieurs lois iniques. Mais elle ne fut pas aussi 1 inspirée dans les questions religieuses. Il ne faut pas étonner : les révolutionnaires de tous les degrés, puis les constituants jusqu'aux hébertistes, avaient été sécuteurs ; des hommes plus modérés en politique que vainqueurs de thermidor ne se seraient peut-être montrés à leur place plus tolérants. Après tant de prose tions et de massacres, il était pourtant permis d'esp que de nombreux révolutionnaires seraient un peu guéri leur fanatisme antireligieux. Malheureusement il n'en rien I Les prètrophobes, forcés de reconnaître que la ri lution n'avait pas réussi à détruire le caltholicisme, en c durent seulement que la persécution avait été mal diri: et se flattèrent de faire mieux. Ils s'efforcèrent donc de | pager l'athéisme et l'incrédulité, s'abstinrent d'abrogei lois atroces portées contre les prêtres, et, sous le prêt hypocrite d'assurer la liberté des cultes et de régler exercice, ils décrétèrent des lois qui assuraient aux c stitutionnels de grands avantages sur les catholiques.
Pendant les premiers mois qui suivirent thermidor convention s'occupa fort peu de la question religiei Les prètrophobes enragés qui avaient aboli l'église «
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cielle avec tant de scandale, étaient bien décidés à ne pas la rétablir. Beaucoup de révolutionnaires, relativement modérés, blâmaient les ignobles saturnales, les indignes violences qui avaient accompagné l'abolition du culte, mais ne songeaient aucunement à faire revenir la convention sur une détermination aussi grave. S'ils avaient été les maîtres ils auraient procédé autrement, mais les terroristes avaient tout détruit; ces modérés, revenus au pouvoir, en étaient satisfaits au fond ; ils constataient un fait accompli sans leur participation, et profitaient des violences terroristes, tout en les flétrissant. De nombreux conventionnels se plaisaient à déclamer contre le fanatisme antireligieux des robespierristes ; ils les accusaient même d'avoir préparé d'a?ance les scènes à la fois ridicules et atroces de Taboliiion du culte, avec Tintention d'inspirer au peuple du dégoût et du mépris pour la révolution. En un mot, ils répandaient contre Robespierre et les siens les mêmes accusations ^surdes que ceux-ci avaient lancées contre les hébertistes, et cette belle indignation des thermidoriens ne profitait pas davantage à la liberté religieuse. Heureusement les catholiques purent bénéficier, quant à la liberté et à la sûreté de leurs personnes, de plusieurs décrets nouveaux. Ainsi, le apport du décret du 22 prairial sur le tribunal révolutionnaire (14 thermidor) sauva la vie à beaucoup de prêtres et <le laïques. Celui du 18 mettait en liberté les suspects auxquels la loi du 17 septembre avait été à tort appliquée ; celui du 39, étendant aux ouvriers et laboureurs des petites comniunes le bénéfice de la loi du 21 messidor, rendit la liberté à des milliers de personnes détenues pour leur attacbement à la religion. De même aussi Tarrêté du comité de sûreté générale du 4 fructidor (26 août), supprimant les gardiens des personnes mises en arrestation chez elles, mit fin, pour beaucoup de catholiques, à un espionnage et à des vexations intolérables.
Mais lorsqu'il fut question des prêtres, la convention ne se montra point disposée à modifier les lois atroces qu'elle avait prises contre eux. Pourtant, le 18 thermidor, elle fut informée que depuis plusieurs mois on ne payait plus les pensions faites aux prêtres et aux religieuses, et décréta qu'ils toucheraient immédiatement l'arriéré et que les pen-
sions seraient payées régulièrement. Sans favoriser aucune ineRtla liberté de conscience, la convention commençai donc à se montrer moins inhumaine à Tégard des ecclésias tiques.
Cependant les prêtrophobes prirent bien vite i*alarme A la séance du 5 fructidor, on donna lecture à la conventioi dlune adresse des jacobins de Grenoble qui se plaignaien des progrès du modérantisme. a Dans beaucoup de commu nés, disaientrils,on parle et on agit comme si firissot vivai encore. » Ils déclamaient longuement contre ce parti qu réclame» radoucissement du gouvernement révolutionnaire en attendant sa dissolution, la liberté des cultes conspira teurs, en attendant le rétablissement des autels». On donn; également lecture d*une adresse des jacobins de Grenobl à ceux de Paris. Le 9 thermidor y était exalté pour la forme mais au fond l'adresse était robespierriste ; elle demandai très vivement le maintien du gouvernement révolutionnaire et, en outre, la continuation et même Taggravation de 1 persécution religieuse :
« Il faudrait prescrire, ou du moins indiquer un mode pour céli brer le décadi; surtout dans les villages où Ton chôme le jour coi sacré au Dieu de la Vendée, et où Ton méprise la journée sainte a la république,.. Il faudrait adopter des mesures sévères contre le mauvais prêtres qui restent dans les villages, et encourager ou fac liter leur mariage... (i) »
Les thermidoriens se seraient volontiers livrés à tous le excès contre les prêtres, mais ils tenaient pour suspecte de pareilles demandes, et trouvaient qu'il fallait avant tou se maintenir au pouvoir malgré les robespierristes. Néan moins, ils voulurent donner une satisfaction à ces révolu tionnaires violents et déclamateurs, qui tenaient fortemen au régime et aux habitudes de la Terreur. Le 26 fructidoi sur le rapport de Léonard Bourdon, la convention décid que le dernier jour des sans-culottides, une fête serait celé brée en Thonneur de Marat, dont le corps serait transfér solennellement au Panthéon, à la place de celui de Mira beau, qui devait en être honteusement expulsé. Marat étai devenu le saint, on peut même dire le Dieu des révolution
(1) Débats et Décrets, fructidor, p. 436.
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naires violents. Les thermidoriens,eii célébrant avec tant de solennité la mémoire de ce hideux personnage, semblaient iÉ-| annoncer solennellement au peuple français que la révolution ne rétrograderait jamais entre leurs mains, et qu'ils voaaient de nouveau au parti girondin une haine implacable. Quelques jacobins naïfs le crurent peut-être ; mais les e^l esprits capables d'un peu de réflexion comprirent bien vite *| que cette fêle, si terroriste en apparence, n'était qu'une parade destinée à amuser des badauds en bonnet rouge. U convention venait de détruire le ressort le plus puissant delà Terreur, en supprimant l'allocation de quarante sous, accordée aux ouvriers pour leur présence aux réunions des sections, et n'autorisant ces réunions que le décadi (4 fruc- Wor, 21 août). Elle avait en outre, le 6 fruotidor, sur la proposition de firéard, ordonné aux citoyens, sous peine de six 'ûois de prison et d'une amende, de porter leur vrai nom. ^Ositous ces escrocs, tous ces guillotineurs, qui avaient P'^is les noms de Socrate, Solon, Aristide, Publicola, Brutus, ^Us ces drôles dont le moindre défaut était d'avoir fait de '* révolution un véritable carnaval, furent contraints de 'éprendre leur nom de famille après l'avoir déshonoré.
Ijd 2* jour des sans-culottides, la convention, à l'occa- ^^On des pensions ecclésiastiques, prit sur les cultes une décision de la plus haute importance. Gambon lui rendit ^^mpte, au nom du comité des finances, de difficultés qui * étaient élevées sur l'interprétation du décret du 18 thermidor. Un département s'était permis de cumuler les trai- ^Qents et pensions^ lorsque réunis ils ne s'élevaient pas à I^l^Xis de 1,000 livres; et les évêques et curés constitutionnels 4^i n'avaient pas abdiqué, en avaient argué pour réclamer *^^ traitement afférent à leur fonction. Gambon, dans ce rapf^ort, parla de la religion et des prêtres avec le plus grand ^*^<pris> et déclara que « cette prétention élevée par la cupidité» avait donné lieu à certaines difficultés. Un petit nomt^i'e d'administrations ont accueilli les prétentions des .constitutionnels; la majorité a déclaré que la loi du 18 septembre '^ 793 avait enlevé aux prêtres le caractère de fonctionnai- ^s publics, et qu'on ne pouvait donner aux prêtres hostiles ^ ^& révolution un traitement meilleur qu'aux abdicataires. wUelques-unes ne veulent rien leur donner du tout. Le co-
iU CONSTITUnON CmLB DU CLBEGÉ.
mité trouve ce système trop rigoureox, mais il se refuse payer les prêtres trop largement. Il faut absolument faire disparaître ces difficultés et proclamer d*abord « que la république française ne salarie point les ministres d'aucun culte^ ni quelle ne paie plus les frais qui y sont relatifs » . Cette déclaration arrêtera certains ambitieux.
« Le Catilina moderne n*avait pas négligé cette mesure; déjà, après avoir fait adopter un décret qu'on croyait sans but et sans objet, ses sectaires s'étaient rab en possession des ci-devant églises, ils avaient gravé en lettres d'or sur les portes, les paroles de leur maître ; et votre comité des finances a déjà reçu certaines pétitions, afin que la convention déterminât les traitements des ministres desservant les temples dits de la Raison, de la philosopbie, ou qu'on dédiait à l'Être suprême. » [Débats et Décrets, fructidor, p. 537.)
Après avoir proclamé « que les intrigants se servent du nom du peuple pour se procurer des salaires et pour Tasservir»^Gambon propose à la convention, au nom du comité, d'accorder à tous les prêtres, sans s*inquiéter s*ils ont ab* diqué ou non, les secours donnés aux apostats par la loi du â frimaire > et de voter le principe que la république ne salarie aucun culte. Ceux qui auraient reçu davantage depuis la loi du 18 thermidor seront tenus à restitution. Ceux qui seraient en prison ne recevraient pas de pensions, mais seraient nourris aux frais de la république, à raison de quarante sous par jour pendant leur captivité. Ces propositions furent votées.
Ainsi la convention, en partie délivrée de Toppression des terroristes, ratifiait leur œuvre de destruction religieuse. L'abolition du culte, abstraction faite des horreurs qui raccompagnèrent, fut certainement un des actes les plus graves de la convention. Les thermidoriens sentirent la nécessité de revenir sur un grand nombre de décrets rendus pendant la Terreur, mais leur fanatisme antireligieux se révolta devant l'idée de rétablir la constitution civile, dont ils avaient du reste constaté Timpuissance. Tout culte, chrétien ou non, leur était odieux; celui que Robespierre avait créé était pour eux un objet de risée et de mépris. Les modérés regrettaient peu Tancienne église officielle ; seulement, comme transaction, ils exigèrent que la loi du 2 frimaire fût applicable aux prêtres qui n'avaient pas abdiqué :
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le fameux principe, que Tétat ne salarie aucun culte, fut dooc proclamé! Depuis 1794, son application a été fréquemment réclamée, par un très petit nombre d'esprits sincères, et un très grand nombre de prètrophobes et de matérialistes parfaitement dignes de s'entendre avec les thermido- ' riens. On a exalté, comme un principe de la révolution, une déclaration qui contredisait formellement tout ce que la ré?olution avait proclamé jusqu'alors à l'égard des cultes, sauf dans la dernière période de la Terreur. On s'est plu à la célébrer comme consacrant la liberté de conscience : en réalité, elle consacra l'abolition de l'église constitutionnelle, sans rendre la liberté de conscience à ceux qui avaient repoussé cette église , et ne fut inspirée par aucune grande idée, mais simplement par le fanatisme et la cupidité : le rapport de Gambon ne laisse aucun doute à cet égard.
Les révolutionnaires n'osaient plus persécuter avec la même violence, mais, toujours préoccupés de la fameuse maxime de d'Alembert : » hoc genus dxmoniorum non ejicitur fwijejunio, » ils espéraient de nouveau se débarrasser du christianisme par la famine. La détresse dans laquelle se trouvaient tous les Français, et les partisans de la religion plus que les autres, leur avait rendu confiance dans l'efficacité de ce genre de persécution. Ils espéraient que les populations , appauvries , écrasées par le maximum , les '^^uisitions, les extorsions des terroristes, très anxieuses de leur pain quotidien , ne se résoudraient pas à faire les sacrifices nécessaires pour la réorganisation du culte. Jaoiais, en apparence, les chances n'avaient été plus grandes de venir à bout du christianisme par la famine. Tel est le véritable sens de la déclaration de la 2^ sans-culottide de l'an II.
Le même jour, sur la demande de Borie, la convention enjoignit par décret, au comité de législation, de veiller à l'exécution des lois sur la déportation des prêtres. On voit par là que la fameuse déclaration n'avait d'importance qu'au point de vue financier, et ne signifiait nullement que la convention fût disposée le moins du monde à se relâcher de son intolérance religieuse. Elle parut même pendant quelque temps très préoccupée de rassurer les iconoclastes et les persécuteurs. Le 12 vendémiaire an III, les thermi-
dorions pressent la convention de faire justice des complices de Robespierre ; Merlin de Douai déclare que le comité de salut public, dont il est membre, est informé pai sa correspondance et par les papiers étrangers, « que Ici puissances coalisées, et surtout k Pape^ ont été très scan dalisés de la chute de Robespierre » (l). Le 9 brumaire les profanateurs de la Belgique vinrent offrir à la conven tion un' grand nombre de saints d*or et d*argent. On serait cru au beau temps de Thébertisme.
Trois jours après ^ les dilapidations honteuses des spolia teurs des églises furent dénoncées et flétries, au sein de 1 convention, par un montagnard prêtrophobe et persécu-^ teur acharné, mais d'une intégrité incontestée. Gambon. proposa, le 12 brumaire, au nom du comité des finances, ua projet de décret sur les comptes à rendre par les hôtels des monnaies, au sujet des vases sacrés, des statues d*or et d'argent provenant de la spoliation des églises. Ces objets précieux avaient été portés en grande partie à ces hôtels : nous disons en grande partie, car il résulte des déclarations non suspectes de Gambon, que les spoliateurs s'étaient largement payés de leurs peines. U rappela qu'à trois époques de la révolution on s'était emparé de l'argenterie des églises , et que jamais on n'avait pu obtenir les comptes de ces dépôts; et déclara nettement que dans les derniers temps , lorsqu'on venait, de tous les coins de la France , offrir à la convention des vases sacrés et des ornements d'église, de grands détournements avaient été commis. En effet, ces démonstrations, ces offrandes patriotiques, se faisaient sans aucun contrôle. Personne lie surveillait les opérations de ces jacobins zélés, ni lorsqu'ils enlevaient
(1) Débats et Décrets, vendémiaire an III, p. 196. On verra plus tard que cette grotesque accusation fut sérieusement exploitée contre les catholiques, non seulement par les terroristes, mais par les modérés et les prêtres constitutionnels. Les vainqueurs de thermidor, pour rainer rinfluence des amis de Robespierre, ne savaient qu'imaginer. Dans le rapport qu*il présenta le 10 thermidor, au nom des comités réunis, Barère accusa FLobespierre et Saint-Just d'avoir voulu remettre Louis XVII sor le trône : « Peut-être, vous ne le croirez pas, sur le bureau de la maison commune où se tenait la séance contre-révolutionnaire, était un sceau neuf n'ayant pour empreinte qu'une fleur de lys, et déjà, dans la nuit, deui individus s*étaient présentés au Temple pour en demander les habitants. » Dél^ats et Décrets, thermidor, p. 203.
Faiyenterie des églises, ni lorsqu'ils la présentaient à la convention, ni lorsqu'ils l'apportaient à l'hôtel des monnaies, et les voleurs avaient beaujeal D'après Gambon, ces diiapidateurs avaient un triple but. D'abord, ils voulaient sWichir par le pillage, ceci est incontestable; mais ils Toolaient encore « armer contre la convention le fanatisme et les préjugés ». Ceci est parfaitement faux; Gambon renvoie aux robespierristes les accusations absurdes qu'ils ont lancées contre les hébertistes. Enfin, Gambon les accuse d'avoir répandu le bruit que l'argenterie des églises valait deux ou trois milliards, au lieu^l'une trentaine de millions, sa valeur véritable, afin de faire passer les membres de la convention pour des diiapidateurs , et de les perdre ainsi dans l'opinion publique. Il est à croire que Gambon leur prêtait bien à tort ce plan machiavélique. Pour exciter la cupidité et justifier la spoliation des églises , les révolutionnaires de toute catégorie avaient toujours eu soin d'exagérer follement les ressources que cette spoliation procurerait au trésor public. Mais Gambon avait raison, en fait, de soutenir que le dépouillement complet des paroisses ne produirait pas plus de trente millions , et il soutint son dire par des calculs et des évaluations très raisonnables : Des milliers de paroisses ne possédaient qu'un calice, un ciboire et un ostensoir : toutes ces paroisses, l'une dans l'autre, n'avaient guère que cinq à six marcs d'argenterie. En outre, on avait singulièrement exagéré les richesses de certaines églises célèbres. Les cloches des églises avaient été 4>ndues : Gambon reconnut que cette opération avait été onéreuse au trésor public. Un autre membre du comité des finances, Thibaut, déclara que cette fonte des cloches , bien loin d'être d'aucune utilité, avait, contre l'attente générale,^ fait disparaître la petite monnaie, et il insista sur la nécessité d'adopter les propositions du comité, afin de découvrir et de punir ces diiapidateurs , membres ou agents des comités révolutionnaires qui envoyaient des hommes armés s'emparer de l'argenterie des églises, et se gardaient bien d'en rendre aucun compte. La convention décida qu'il serait fait un compte exact des matières d'or et d'argent, portées aux hôtels des monnaies depuis le 14 juillet 1789, et ordonna aux municipalités d'envoyer immédiatement
288 GONSTITUTION CIVILB DU CLERGÉ.
au comité des finances le procès-verbal contenant le poidae des matières d*or, d*argent, de fer, de cuivre, etc., qui auk.— raient été prises dans les églises, ou qui provenaient de don ^ patriotiques, avec les noms des personnes à qui elles avaieimé été remises. Ce décret inquiéta sérieusement une foule d ^ jacobins dont la conscience n'était pas bien nette , et les &^ déblatérer plus que jamais contre le royalisme des thermmdoriens.
Le parti modéré devenait tous les jours plus fort dans 1 ^ convention : les révolutionnaires, qui avaient soutenu jadS ^ réglise constitutionnelle, cherchaient à adoucir le sort d ^ ses ministres, mais, par compensation, déclamaient contr*^* les prêtres catholiques comme de vrais jacobins. Ainsi, I ^ 23 brumaire, Ghâteauneuf-Randon demandait la mise e^^ liberté d'un prêtre constitutionnel qui était encore détemir -s bien qu'à l'entendre il eût rendu de grands services à l liberté. Aussitôt Durand-Maillane , l'un des auteurs de \^ constitution civile, soutint qu'au point vue des mises erm liberté, il fallait faire une grande différence entre les prêtres constitutionnels, qui, d'après lui, avaient tant fait et souffert pour la révolution , et les insermentés. La convention enjoignit au comité de sûreté générale, qui statuait sur les mises en liberté, de prendre cette différence en grande considération.
Le 27 brumaire, la convention, qui avait déclaré ne reconnaître aucun culte , affecta les presbytères au logement des instituteurs chargés de diriger les nouvelles écoles primaires et républicaines : il va sans dire que l'enseignement religieux en était soigneusement banni : on devait le remplacer par la déclaration des droits de l'homme, et la constitution de la république française (qu'on était bien décidé à ne pas appliquer), et des « instructions élémentaires sur la morale républicaine », que la loi ne faisait pas connaître. Cette nouvelle spoliation fut très mal accueillie dans les campagnes.
C'est seulement en frimaire que la convention commence à traiter avec des formes moins jacobines les questions où la religion est mêlée. Le 10, Duhem et Boudin demandent qu'on prenne des mesures rigoureuses contre les prêtres ; Lecointre et Guyomard s'y opposent vivement ,
LES THERMIDORIENS. Î8d
et la convention se range de leur avis. Le 18, Barailon, tout en s*excusant de parler en faveur d'un prêtre, réclame la mise en liberté d*un ecclésiastique, de quatre-vingt-deux ans, accablé d'infirmités, que le département de la Gorrèze retenait en prison, bien que le représentant Bô lui eût précédemment permis d'en sortir. Grégoire profita d'une occasion aussi favorable pour protester contre les mauvais traitements dont les prêtres étaient encore victimes, et dénonça Tacharnement avec lequel les révolutionnaires persécutaient tous ceux qui étaient revêtus du caractère sacerdotal , qu'ils fussent assermentés ou non :
« Telle a été la cruauté exercée contre les prêtres que 187, dont plusieurs du département de la Meuse, ayant été injustement transportés à Rochefort, ce nombre est réduit à 60. Les autres sont morts de misère et de mauvais traitements. Si, pour mettre un homme en liberté, l'on demandait s'il est procureur, avocat ou médecin, cette question indignerait, et pour élargir l'individu dont parle Barailon, on demande s'il est prêtre ! Quel que soit un individu, s'il est mauvais citoyen, frappez-le, s'il est bon citoyen, protégez-le! » {Débats et Décrets^ frimaire an III, p. \ 125.)
Mais si la convention se montrait un peu moins prêtrophobe, les constitutionnels seuls en profitaient. Les révolutionnaires modérés péroraient contre les prêtres avec moins de grossièreté que les jacobins, mais ne songeaient pas plus qu'eux à modifier les lois de persécution qu'ils avaient faites en 179:2 et 1793. Lorsqu'ils parlaient de tolérance, c'était uniquement au profit des schismatiques. Les progrès du catholicisme les alarmaient, et bien que l'église constitutionnelle eût cessé d'être officielle, ils prétendaient, comme auparavant, qu'on ne pouvait ni contester son orthodoxie ni l'abandonner sans se rendre gravement coupable envers le pouvoir civil. Dans cette même séance du 18, ils donnèrent une preuve éclatante de leur intolérance. Boissy d'Anglas fit un discours extrêmement violent contre plusieurs prêtres constitutionnels de l'Ardèche , coupables de s'être rétractés et d'avoir publié leur rétractation; et la convention, sur sa demande, décréta qu'ils seraient poursuivis. Et le député qui affichait un zèle si ardent en faveur de l'église constitutionnelle, et réclamait pour elle, comme en 1790', l'appui du bras séculier, n'était pas même un des
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fidèles de cette église, mais un protestant libre penseï très modéré du reste en politique!
Les révolutionnaires avaient déclaré que la républiq ne salariait ni ne protégeait aucun culte; mais ils n cherchaient pas moins à établir un culte révolutionna officiel. Partant de ce principe que la religion n'est boB qu'à amuser les femmes , les enfants , les badauds et ignorants, les jacobins, décidés à rompre avec le christ nisme, avaient créé pour le remplacer un culte sans dogn définis, qui consistait simplement dans des cérémoni comme le paganisme antique. C'est ainsi que fut organ le culte de la Raison, remplacé ensuite par celui del'Ê suprême. Mais le culte inventé par Robespierre était c damné , et celui de la Raison rappelait des souvenirs te ment odieux, que la convention n'osait pas le rétablir; continua donc dans toute la France à célébrer des îè républicaines, réglées par la fantaisie des autorités ci les : en général, ces cérémonies affectèrent un caract moins religieux que du temps de Robespierre , et devinri plus politiques. Seulement, elles ne furent plus suivies q par des révolutionnaires furibonds, et des badauds dont nombre allait toujours en diminuant. Depuis qu'on ne cr gnait plus autant d'être déclaré suspect pour avoir négl de s'y montrer, elles attiraient peu de monde, et les fidè accouraient en foule aux réunions chrétiennes. Les révo tionnaires en furent alarmés, et essayèrent de réorgani ce culte officiel.
Le 1*^ nivôse, Chénier présenta à la convention, au n du comité d'instruction , un curieux rapport sur les fê décadaires. On y cherche vainement l'exposé d'un systè de fêtes républicaines; les philosophes qui composent comité reconnaissent qu'ils n'ont aucun plan arrêté, qu'il sera très difficile de faire une bonne loi sur un pa sujet. Le rapporteur blâme l'organisation actuelle des î( républicaines , et propose de faire pour elles un règlem provisoire. Comme la plupart des discours des thermi riens, ce rapport est rempli de déclamations contre catholiques et les jacobins, qu'il proclame aussi perse teurs les uns que les autres, et de tirades en l'honneui la philosophie. Chénier a même l'impudence de proclai
LES THERMIDORIENS. â9l
go'elle est essentiellement tolérante. On désire opposer les fêtes républicaines aux fêtes religieuses , mais on sait quels tristes souvenirs elles rappellent; aussi le rapporteur déclare hypocritement, pour le public, que la république, en les organisant, ne peut avoir aucune arrière-pensée de persécution. Il laisse simplement deviner à la convention le bat que poursuivent les thermidoriens , en maintenant ce culte officiel :
« Si l'on ne veut perdre la chose publique, il faut bien se garder d'écouter encore ces déclamations d'énergumènes qui, dans leur débauche d*atli6isme, prenant l'ivresse pour de Tenthousiasme, Tondraient égarer la raison du peuple dans le chaos de leurs abstractions délirantes, et qui, trop peu politiques pour savoir attendre^ twppeu penseurs pour savoir douter, dénonceraient Fénelon et Us Casas comme des persécuteurs fanatiques, Jean-Jacques Kousscaa comme un dévot. Voltaire comme un homme à préjugés, Bayle et Montaigne, ces sceptiques célèbres, comme des modérés en plûlosophie. » {Débats et DécretSy nivôse an IH, p. 15.)
Savoir attendre l c'est là le secret de cette modération que Chénier conseille avec tant d'emphase à la convention. 11 De faut pas imiter les jacobins, employer ouvertement la violence contre la religion : il faut procéder contre elle par surprise et par trahison, et, en attendant, prendre ses prêtées par la famine et désoler la patience de ses fidèles !
A la suite de ce rapport, Chénier présente un projet de ïoi en dix articles. Une fête civique sera célébrée, chaque <ïécadi, en plein air lorsque le temps le permettra. L'article ^ institue des prônes civiques : « La fête commencera par ^e instruction morale, mise à la portée de tous les citoyens ; ^lle instruction sera confiée à des pères de famille. » Que ^ra cette morale? Grave question, que le rapport a soin ^fi ne pas traiter î Gomme l'instruction morale sera suivie bêchants et de danses, l'article 10 dit que le comité d'ins- ^ction publique sera autorisé à employer des auteurs et ^cs artistes, '< afin d'accélérer la composition d'instructions Morales, et d'un recueil de chants patriotiques ». Les inspections morales sont tout à fait assimilées aux cantates I ^n membre de la commune lira les décrets de la conven- ^^^n après ce sermon, et avant les chants patriotiques.
^ projet avait seulement le mérite de mettre fin aux
â9â CONSTITUTION GIVaE DU CLEBGÉ.
parades qui avaient jeté tant de ridicule sur les fêtes répablieaines. Le rapport de Ghénier contenait de violentes ia-jures contre le christianisme : Grégoire lui répondit et réclama la liberté des cultes sous la surveillance des autorités constituées. Bien que cette [apologie du christianisme fût faite au point de vue des constitutionnels, elle excita beaucoup de murmures. Legendre, après quelques paroles méprisantes sur la religion, et des déclamations sur la Saint-Barthélémy, demanda Tordre du jour, qui fat immédiatement voté.
La discussion du projet de Ghénier fut constamment retardée. Le 9 nivôse, Clauzel parla contre « le monstre du fanatisme » , et rappela à la convention qu'elle avait détruit les dimanches, sans rien mettre à leur place. Eschassériaux, Lequinio et d'autres députés réclamèrent la discussion sur les fêtes décadaires, et déclarèrent qu'ils avaient des discours tout prêts; la convention les autorisa à 1^^ faire imprimer. Le 21, Glauzel réclama encore la discussion» parce que les prêtres mettaient tous les moments à proW pour égarer le peuple. Le i27 nivôse, une commission fut cb^^ gée de rédiger un projet définitif, et, le 17 pluviôse, Esch^^ sériaux présenta un rapport au nom de cette commit' sion et du comité d'instruction publique. Ce rapport coU^' mence par des phrases sur la philosophie , sur les fêtes à^ la Grèce et de Rome , sur l'antiquité appréciée d'après iBS tableaux de David. Vient ensuite une longue et fade pastorale sur les fêtes civiques qui seront célébrées en France, et sur leur bienfaisante influence. Gomme Ghénier, Eschassériaux veut qu'elles aient lieu en plein air : « L'intérieur obscur de nos temples, la forme de leur architecture, rappellent trop encore la terreur et la sombre impression des idées religieuses, pour y concentrer toujours les citoyens : que les temples soient seulement consacrés à l'instruction durant les saisons rigoureuses. » Mais à la fin de ce rapport si fade et si insignifiant , il laisse entrevoir le but poursuivi par les thermidoriens. Ges fêtes sont destinées, dans leur pensée, à déchristianiser la France :
« C'est là le culte pur digne de lui (rÈtre suprême) et de Thomme libre. C'est dans les fêtes civiques, que les hommes de tous les cultes viendront se réunir pour le célébrer. C'est là qu'ils viendront en-
tendre k douce morale de la patrie, et oublier bientôt les illusions dangereoses par lesquelles le fanatisme avait surpris leur crédulité trompée. >> (Débats et Décrets, pluviôse an III, p. 227.)
On verra sans doute cette institution des fêtes » achever de détruire, dans les esprits encore asservis, leurs antiques erreurs ».
Ce rapport ne contient rien de plus que celui de Ghénier : on ne venait pas à bout de rattacher cette organisation à on principe accepté par tous, et cette question, proclamée si importante, n'avait pas fait un pas. La convention, très préoccupée de ses luttes intérieures, ajourna encore la discussion. Il fallut se contenter de célébrer, chaque décadi, des parades républicaines fréquentées seulement par les fonctionnaires, les clubistes et quelques badauds.
La rentrée des soixante-treize n*empêcha point la convention d'accepter encore les dépouilles des églises. Le 12 nivôse, le district d'Évaux (Creuse) lui envoya 679 marcs d'or eld'argent, provenant des églises pour la plus grande partie. Comme aux plus mauvais jours de la Terreur, elle décréta la mention honorable et l'insertion au bulletin.
Néanmoins, le parti de la modération commençait à lutter pour obtenir réparation des excès de la Terreur, lorsque les ^cUmes n'étaient ni des nobles ni des prêtres. Le 28 friniaire, il avait fait décider que le représentant Bar serait envoyé dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, pour recevoir les réclamations des malheureux qui avaient fui devant la tyrannie de Schneider et de Saint-Just, et se trouvaient ainsi sous le coup des lois atroces qui proscrivaient les émigrés. On évaluait à vingt mille, au moins, le nombre des Alsaciens qui, par peur de la fusillade et de la guillotine, avaient passé la frontière. Tous les jours , les thermidoriens déclamaient contre les buveurs de sang; la convention avait pensé qu'elle ne pouvait condamner à mort ceux qui avaient fui devant ces buveurs de sang qu'elle avait elle-même envoyés à l'échafaud, et dont elle ne cessait de flétrir la mémoire. Mais bientôt les thermidoriens envisagèrent avec effroi les conséquences possibles d'un décret réparateur.
Tous les révolutionnaires avaient jusqu'alors proclamé l'émigration un crime irrémissible; c'était pour eux un
S94 CONSTITUTION CrVILE DU CLBEGé.
dogme politique; aucune discussion, aucune ezplicatic n'était admise : celui qui émigrait était un traître, un cria ncl, un parricide. Ceux qui déclaraient n'avoir émigré q pour sauver leurs vies, étaient des misérables qui caloi niaient leur patrie ; et la convention avait reconnu, par décret, qu'on n'était point forcé de rester dans son pa) pour y être fusillé ou guillotiné par un Schneider ou un Sar Just! Mais si Ton admettait cette distinction si naturelle si juste, entre l'émigration déterminée par l'esprit d'op] sition, et l'émigration nécessitée par la tyrannie et crainte trop fondée de la guillotine, il fallait aussi amn tier bien d'autres malheureux, qui pendant la Tern avaient voulu échapper h des tyrans tout aussi cruels ( Schneider et Saint-Just. II fallait, ce qui était bien p grave, examiner aussi les réclamations de ceux qui i taient enfuis à d'autres époques de la révolution, au r ment des massacres de septembre! La logique et la jus' ordonnaient même de remonter jusqu'au 14 juillet, et cesser de proscrire ceux qui avaient pris la fuite pour nN pas brûlés vifs dans leurs châteaux, comme M. de Pale nairel La révolution allait donc s'infliger à elle-même éclatant démenti, car toutes les lois contre les émij repoussaient cette distinction si nécessaire, et proscriva impitoyablement celui qui n'avait pas attendu les é{ geurs. De plus, il était impossible d'enlever leurs biens émigrés reconnus ainsi non coupables. On risquait évid ment, par le décret du 28 frimaire, de faire tomber un étais qui soutenaient cet édifice de violence et de menso appelé le gouvernement révolutionnaire : jacobins et tl niidoriens le comprirent bien vite, et, le 19 nivôse, par 1 gane de Merlin de Douai , ils réclamèrent le rapport d( décret et le vote de lois plus rigoureuses encore ce: les émigrés et les prêtres. Les victimes de Lebon, disai ils, réclamaient déjà la même faveur que les Alsacien faudrait étendre ce décret à une multitude de personnes le crédit de la révolution, qui reposait sur les assig et les biens des émigrés, en serait ébranlé. Peu leur im tait que 20,000 paysans fussent condamnés à mort inju ment : n'avaient-ils pas fondé leur système révolutionn sur l'injustice et la persécution ! Ils insistèrent avec b
coup de violence pour que la convention, en rapportant ce décret, montrât sa ferme intention de maintenir les confiscations faites sur les émigrés sans exception , et môme celles qui avaient été prononcées par les tribunaux révolutioimaires; mais, sur ce dernier point, ils devaient éprouver bientôt une grande déception. La convention se laissa cette fois intimider par leurs déclamations furieuses et, le 22 nivôse, elle rapporta le décret. Néanmoins, elle fit une exception en faveur d'une catégorie d'émigrés qui ne pouvait guère enrichir le trésor public. Elle décida que les ouvriers ou laboureurs, non ex-nobles ou prêtres, et travaillant habituellement de leurs mains, ne seraient pas réputés émigrés, ainsi que leurs femmes et leurs enfants au-dessous de dix-huit ans, s'ils n'étaient sortis du territoire de la république que depuis le 1" mai 1793, et s'ils rentraient avant le 1" germinal prochain, en justifiant de leur profession. La convention décida donc qu'ils avaient pu fuir l'op- Pfession depuis le V mai 1793, mais non avant; et que le devoir des prêtres, des nobles, des bourgeois et des gens ÎQi ne vivaient pas du travail de leurs mains, avait toujours ^^, même depuis le i" mai 1793, de se laisser égorger par ^^ Schneider et les Saint-Justî C'était bien le système révolutionnaire : des privilégiés à rebours ! Les biens non ^^Udus des rentrants leur seraient restitués : s'ils avaient ^^ vendus, le prix en serait rendu, à titre de secours. Vu la f^silion de fortune de ces émigrés, la république ne s'im- ^^sait qu'un bien léger sacrifice. Les fugitifs non compris ^^ns cette catégorie, qui seraient rentrés en France par *^^le d'une confiance anticipée dans le décret du 28 fri- '^^irfr, obtinrent, sur la demande de Bourdon de l'Oise, un ^*lai raisonnable pour repasser la frontière. Pour bien 'Montrer ses intentions, la convention ordonna de poursui- ^^€ sévèrement les émigrés et les prêtres rentrés.
Les révolutionnaires violents paraissaient avoir remporté ^^e victoire, et cependant cette séance devait leur être ^^tale, car la convention avait involontairement porté une ^^teinte très grave au système qui avait été suivi invariablement depuis le commencement de la révolution, au nom ^u salut public : ce système consistait à tenir toujours pour *^oii, pour irrévocable, tout ce qui avait été fait à n'im-
porte quelle époque de la révolution et par n*importe quel espèce de révolutionnaires. La convention avait fait une re triction aux lois sur les émigrés, en considération d*ui certaine époque et de certains individus; la logique 1 imposait d'aller beaucoup plus loin dans cette voie.
Pour affirmer son républicanisme, la convention applai dit vivement à la proposition de Barras demandant ui fête pour le 21 janvier, « jour auquel le tyran a exp surTéchafaud les crimes dont il s'était souillé ». Duhe célébra avec enthousiasme cet odieux anniversaire, et girondin Pénières s'écria que cette fête ne devait pas ôt décrétée pour une seule année, qu'elle devait être « étc nelle comme la république ». Le régicide commis en coi mun était le seul lien qui tint réunis lin grand nombre < députés très hostiles les uns aux autres. La majorité de convention décida que «l'anniversaire de lajuste punition i dernier roi des Français sera célébré le 2 pluviôse prochai correspondant au 21 janvier, par toutes les communes la république, et par les armées de terre et de mer ». Da le langage révolutionnaire, Louis XVI n'était plus le se tyran : depuis thermidor, quand on parlait «du tyran tout le monde comprenait Robespierre. La tyrannie vé table de Maximilien avait détrôné la prétendue tyrannie Louis XVI. On appelait le martyr du 21 janvier « le tyr roi » et Robespierre « le dernier tyran ». Le jour de la fôt Rovère, président de la convention, terroriste converti, môme accusé de réaction, fit un discours très court assez modéré pour la circonstance.
La loi du 27 brumaire avait afl'ecté au service des éco! les presbytères non encore vendus. Le U pluviôse, Lecoini demanda à la convention de vendre tous les presbytères toutes les églises. La loi du 25 brumaire an II, rendue moment de l'abolition du culte, avait afl'ecté les presbyl res des paroisses et communes qui avaient renoncé culte, « au soulagement de l'humanité soufl'rante, et à Tii truction publique ». Le 3 fructidor, le comité des financ avait pris un arrêté déclarant que les communes qui n valent pas renoncé au culte public devaient entretenir 1 presbytères, et que celles qui l'avaient aboli en étaîe propriétaires; c'était provoquer les premières à Tapostas
Mais la régie avait prétendu que les jardins et terrains dépendant dès presbytères n'étaient pas abandonnés aux communes. Le 14 pluviôse, Lecointre vint exposer à la convention les inconvénients de cet état de chose : il déclara que les églises dépérissaient, que les plombs, les toiles, les bois, en étaient enlevés tous les jours. Mais Timportant, à son avis, était de s'opposer au fanatisme, c'esti-dire, d'enlever irrévocablement aux catholiques leurs églises. Pour justifier cette proposition, il déclama violemment contre la religion et les prêtres des deux cultes, et lança même contre les constitutionnels les plus graves accusations : a Dans le nombre de ceux qui se sont décorés des livrées du patriotisme, la foule des scélérats est incalculable : de tous les ennemis de la patrie, aucuns ne se sont souillés d'autant de crimes que ces prétendus déserteurs «les autels. » Us cherchent, par la perte de la liberté, à retrouver leurs richesses, «semblables au loup ravissant». Us sont, comme les catholiques, ennemis de la liberté et de l*égalité; (c laisser subsister des églises, les abandonnera U disposition des communes , c'est laisser des espérances au fanatisme (1)». Il en conclut qu'il faut vendre toutes 1^ églises, sans exception, et pour justifier cet attentat^ ialiberté des cultes, qu'il vante naturellement en sa qualité de persécuteur, il a l'impudence de proclamer bien haut ^ que laisser aux communes qui n'ont pas renoncé au culte, leurs églises et leurs presbytères, c'est blesser la justice et légalité ». Il prétend encore que Tégalité serait blessée, si ^Q laissait des églises au culte catholique sans en accorder aux calvinistes et aux luthériens. Pourtant la vraie égalité consiste à laisser à chaque culte la liberté d'acquérir ce qui l^i est nécessaire , et non à le spolier de ce qu'il a déjà ac- ^^is.Mais sa grande raison est celle-ci : Les presbytères et '^s églises appartiennent, comme de droit divin, à l'État : ^onctout ce qu'il n'enlève pas à un culte, il le lui donne, et par conséquent, s'il s'abstient de le dépouiller complètement, Il le favorise et blesse l'égalité. De nos jours, certains poli- ^ues se servent de ce raisonnement avec un aplomb incroyable (2) ! Lecointre voulait l'anéantissement du chris-
(*) Ikbats et Décrets, pluviôse an III, p. 175.
(^J Si une communauté religieuse, si un culte quelconque ne peut posr
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tianisme, et tout argument lui était bon, lorsqu'il aboutissa à une mesure de persécution. La convention, sur sa de mande, chargea les comités de lui rédiger un projet sa la vente des églises et des presbytères dans un délai d( trois mois à partir du décret, mais des discussions très graves Tempôchèrent de s'occuper de cette question.
La réaction contre les terroristes s'accentuait tous les jours davantage. Dans les rues de Paris, les muscadins battaient les jacobins. Le buste de ce même Marat, que les thermidoriens venaient d'envoyer au Panthéon , fut hnsl avec grand scandale par les muscadins au théâtre Feydeau Le comité de sûreté générale, effrayé de tant d'audace donna des ordres pour le faire replacer (13 pluviôse). Mai Marat était regardé, par les modérés, comme la personnift cation la plus hideuse du régime de la Terreur : ses tenant eurent l'imprudence de faire des contre-manifestations, e de porter son buste en triomphe. Alors le comité de suret générale, pour éviter des scènes violentes, le fit retirer de théâtres où il était exposé; puis, voyant le déchaînement d l'opinion publique contre la mémoire de Marat, il propos à la convention, d'accord avec les comités de salut publ et de législation, de rapporter le décret qui avait tram porté Marat au Panthéon , et de décider que, dorénavan elle n'accorderait cet honneur à un citoyen, et ne permc trait d'exposer son buste dans un lieu public, que dix ai après sa mort. La convention vota cette proposition av enthousiasme. L'effet moral de ce décret fut immense.
La convention venait donc de répudier toute solidari avec les héros de la Terreur ; elle avait alors tout intérêt se débarrasser de ses saints comme de ses bourreaux, c
sëder par lui-même des temples et des presbytères, si TEtat en est pi priétaire de plein droit, on consacre un système de spoliation per( tuelle. L'État met la main sur les églises et les presbytères, le culte spo en rebâtit d'autres avec les dons des fidèles : il n'y a pas de raison p( que, plus tard, l'État ne vienne pas le spolier de nouveau, en le laissi bâtir encore à ses frais pour être encore spolié dans la suite.
elle voulait en finir avec la guerre de l'Ouest, et déjà, depuis quelque temps, des négociations étaient entamées avec les chefs des Vendéens et des Bretons. Les modérés s'apprètaient à faire rentrer dans la convention les députés proscrits, qui avaient pris les armes contre les jacobins; ils se sentaient donc beaucoup moins de répugnance h traiter avec les insurgés de TOuest. La persécution religieuse avait été évidemment la seule cause de cette guerre sans cesse renaissante ; ils se résignèrent enfin à promettre aux paysans, pour leur faire déposer les armes, cette liberté de conscience qu'ils leur déniaient obstinément depuis le début de la révolution. Déjà, le 27 pluviôse, la paix était faite avec plusieurs chefs. Mais pour leur donner confiance, il fallait que la liberté religieuse ne parût pas absolument restreinte aux pays qui s'étaient insurgés, et qu'il fût possible de dire que la persécution terroriste était ïnie.
Ils firent donc, en persécuteurs obstinés mais hypocrites, la loi du 3 ventôse. Aucun esprit suî)érieur aux étroits préjugés de la philosophie du xviii* siècle, n'a- ^t compris qu'il y avait là une occasion admirable d'en finir complètement avec l'agitation religieuse. La Terreur, en brisant la constitution civile, avait déblayé le terï^ÎR : cet obstacle à la paix religieuse n'existait plus ; il fallait, en invoquant le principe de la liberté des cultes et Ja nécessité d'en finir avec l'insurrection de l'Ouest , abroger les lois de persécution et établir sincèrement la liberté de ^nscience. Il n'était pas nécessaire de faire alors tout ce 9*^6 fit plus tard le premier consul : la convention pouvait très bien se dispenser de donner des traitements aux ecclé- '*5tiq^g5 ; la seule abrogation des lois de proscription eût . accueillie avec le plus grand enthousiasme. Les jaco- ^^ auraient poussé des cris de rage, mais on était déjà '^Vaé à les entendre traiter de royalistes, des thermido- '^^ comme Legendre, Tallien, Bourdon, et appeler la ^^ntion, un Goblentzl Le gouvernement thermidorien *^^ause montrer intolérant et persécuteur, les jacobins ^rent pas moins les insurrections du 12 germinal et ^ ^' prairial à Paris , et des émeutes très graves en pro- *^. Malheureusement, le grand obstacle à la pacification
reli^euse n^était pas dans rexistence de ce parti violent. Les révolutionnaires modérés étaient, comme au premier jour, hostiles à la liberté des cultes; ils voulaient faire des phrases sur elle, mais, en pratique , la réduire uniquement à la tolérance de quelques exercices religieux, afin d*en imposer aux naïfs.
Le rapport présenté sur les cultes, le 3 ventôse, par Boissy d'Anglas , au nom des comités réunis de salut public, de sûreté générale et de législation, mérite d*ètre sérieusement étudié. La loi du 3 ventôse, en effet, peut être regardée comme la base de la législation religieuse de la révolution jusqu'au concordat ; et les principes sur lesquels elle se fonde sont perpétuellement invoqués de nos jours, avec de simples atténuations de forme. On est étonné, tout d'abord, de trouver tant de déclamations contre le christianisme, dans un rapport rédigé par Tun des chefs du parti modéré. Mais il ne faut pas oublier que ce parti avait longtemps persécuté de concert avec les jacobins : en Tan III, il n-avait renoncé à la persécution que provisoirement, et sous Tempire d'une nécessité trop évidente, et ce rapport en fournit la preuve formelle. Après tant d'épreuves, si tristes et si solennelles, la grande majorité des modérés de la convention était restée profondément hostile, non seulement à la liberté de l'église, mais à la liberté religieuse en général. Elle avait renoncé à la persécution ouverte, pour ne pas ressembler aux jacobins, mais, en revanche, elle était bien décidée à ne pas s'écarter de la marche suivie par tous les révolutionnaires, sans exception, depuis les constituants jusqu'aux iconoclastes. Elle comptait proclamer thét)riquement la liberté religieuse, et la rendre illusoire par des mesures de détail : la battre en brèche en déversant sur elle le mépris , et l'empêchant de faire aucun établissement durable, même avec les souscriptions des fidèles. Pour détourner les populations de courir aux églises, elle allait déclarer bien haut qu'il ne fallait pas voir, dans l'octroi du libre exercice des cultes, la reconnaissance d'un droit du citoyen, mais une marque de compassion pour la crédulité et l'aveuglement d'un grand nombre de Français. Du reste, cette condescendance et cette compassion ne pourraient être de longue durée ; les
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citoyens allaient être prévenus qu'elle comptait sur la philosophie pour venir à bout de la religion , et que le premier devoir de TÉtat était de travailler au triomphe de la philosophie.
Le rapport de Boissy d'Anglas reproduit fidèlement les préoccupations antireligieuses de la convention. Il commence par déclarer qu*un décret spécial sur les cultes est devenu nécessaire à cause de la guerre de la Vendée , et il se livre à des déclamations ampoulées contre le fanatisme qui, d*après lui, a été excité par la cour de Londres, dans le dessein de forcer la république à se déchirer de ses propres mains. Il s'écrie ensuite, avec une indignation comique : « On fait cette injure au xvni* siècle, de croire qu'il puisse être encore souillé par une guerre de religion 1 » Comme s'il ne venait pas de reconnaître que la guerre de Vendée est une guerre de religion ! Il constate que les arrêtés des députés en mission dans TOuest ne sont pas tous conçus dans le même esprit, et que la convention ne peut tarder plus longtemps à leur tracer une règle uniforme sur la police des cultes. « A ces mots, dit-il, le législateur doit s'élever à toute la hauteur de la philosophie » , et il se livre à des efforts, hélas, bien infructeux, pour s'élever à cette hauteur (1)1
Voulant préciser le but de cette loi, il part de ce principe commun aux philosophes^ auteurs de la constitution civile, et aux terroristes, que la religion est en elle-même une erreur, une absurdité, le produit de l'ignorance et de l'abrutissement; «c'est à la philosophie à éclairer l'espèce humaine, et à bannir de dessus la terre les longues erreurs qui l'ont dominée. » Il déclare dédaigneusement qu'il n'a point à examiner s'il faut une religion aux hommes, ce qui, pour lui, revient à se demander s'il n'est pas nécessaire de les tromper. En tout cas, il trouve que « la religion a vendu bien cher aux hommes les consolations qu'ils en ont reçues », et se livre contre elle à des déclamations dignes des bébertistes. Enfin, il aborde la question. La convention a expulsé à jamais la religion de l'organisation politique de la France. « Ce triomphe est, de tous ceux que vous avez rem-
(1) Débats et Décrets ^ ventôse an III, p. 101 et suiv.
portés, celui qui consolide le mieux la démocratie que vous avez jurée. » Cependant, il existe encore de nombreux chrétiens qui réclament vivement Texercice de leur culte : avec quel mépris l'orateur des trois comités traite cette renaissance religieuse I II l'attribue à la crédulité, à la barbarie de quelques idiomes qui maintiennent l'ignorance, et à la persécution des jaxîobins; ces causes « ont paru ranimer en plusieurs lieux la fer\'eur d'un culte qui s'éteint, d'un culte qui n'a pu se soutenir contre la raison, quand celle-ci était persécutée, et qui succombera sous ses efforts quand elle sera secondée et dirigée par le gouvefmement lui-même » .
Ainsi, le gouvernement doit faire la guerre à la religion ! Mais le rapporteur concède que ce ne doit pas être une guerre sanglante, « que la raison seule doit triompher de l'erreur ». Le gouvernement donnera des armes à ce qu'il appelle la raison, et lui fournira les moyens de remporter une victoire aussi heureuse pour l'humanité. La guerre à la religion doit être philosophique et non sanglante. Il ne faut pas oublier que les jacobins, tout en versant des flots de sang, faisaient absolument les mômes déclarations!
Il entre ensuite dans l'historique de la question, et reproche à l'assemblée constituante «d'avoir eu, sur plusieurs points très importants, le tort d'augurer trop peu des forces que l'esprit humain avait acquises ». Il trouve qu'elle aurait dû proclamer la liberté pour tous les cultes, après avoir enlevé au clergé tous ses biens et tous ses avantages politiques; et lui reproche très vivement d'avoir décrété cette constitution civile dont il a été lui-même un zélé partisan. « Elle laissa se former un schisme, et elle né sut jamais le réprimer. » Sur ce dernier point, il l'accuse bien à tort, car elle a fait tout ce qui dépendait d'elle pour écraser l'orthodoxie, et Boissy d'Anglas a vu de près ses persécutions. Il parle ensuite avec plus de justesse des maux occasionnés par la constitution civile, « de ces arrêtés départementaux tantôt philosophiques et modérés, tantôt despotiques et barbares, qui sous les yeux du gouvernement formaient un fédéralisme réel ». Il s'élève ensuite contre les violences qui accompagnèrent l'abolition du culte officiel. «Cet établissement sacerdotal qui devait expirer sous les coups d'un gouvernement sage et ferme, fut abattu avec le scandale d'une orgie. »
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Les Gbaumette et les Hébert voulurent, par leurs excès, «f armer contre vous le fanatisme et Tesprit de parti ». Robespierre avait dit à peu près la même chose. On voit que Boissy d'Anglas blâme la manière peu philosophique dont leculte fut supprimé, mais se déclare partisan de cette suppression.
Maintenant, qu*a-t-on fait pour arrêter, et Tintolérance hébertiste, et la réaction religieuse? On a organisé Tinstruclion publique : elle seule peut « en développant la raison, renverser les préjugés et les erreurs », c'est-à-dire la religion, (c L'homme veut des illusions et des chimères sous un gouvernement oppressif... Il lui faut une autorité suprêoie, au-dessus de l'autorité qui le blesse. » L'homme, sous la monarchie, avait donc besoin de religion; elle lui est inutile sous la république. C'est là l'idée fondamentale du rapport et du projet de loi. La religion n'est qu'une absur- ^lé, qu'une chimère : le devoir d'un gouvernement républicain est de travailler à la détruire. Pour l'instant, il faut rtgler l'exercice des cultes, puisque tant d'hommes, abrutis par la monarchie, n'y veulent pas renoncer et que la persécution violente aurait trop d'inconvénients ; mais dans ce fègleoient môme on fournira au gouvernement les moyens <ie combattre la religion.
L'application de ce système ne sera pas difficile. On pourra assimiler, quant à la surveillance de la police, les réunions ayant pour objet Texercice des cultes, aux sociétés qui discutent les intérêts politiques, «Je sais bien, dit le rapporteur, que ces dernières méritentinfinimcnt plus la faveur et l'encouragement du gouvernement. » Mais il ne faut point persécuter, parce que la persécution, comme l'expérieuce vient de le prouver, affermit les superstitieux et les fanatiques dans leur foi ; à ce propos, il lance cette fameuse phrase : «Ilfavt des martyrs à la religion, comme il faut des obstocks à farnour, v Et le pauvre Boissy d'Anglas se trouva ce jour-là aussi profond que spirituel, et se dit modestement à lui-même, comme^osie :
Peste ! où prend mon esprit toutes ces gentillesses ?
Mais son moindre défaut est de faire des phrases ridicules I La prétendue tolérance qu'il prêche consiste uniquement
à ne pas imposer aux chrétiens de célébrer leur culte dw des souterrains, et il invite la convention à leur accorder une, liberté singulièrement restreinte :
« Que toutes cérémonies soient assez libres pour qu^on n'y attache plus aucun prix, pour que votre police surtout en paisse surveiller sans cesse les inconvénients et les excès ; que rien de ceqé constitue la hiérarchie sacerdotale ne puisse renaître au miUeu (k. vous sous quelque forme que ce soit. Mettez au rang des délits publies tout ce qui tendrait à rétablir ces corporations religieuses queîoos avez sagement détruites. Qu'il n'y ait aucun prêtre avoué panni vous, aucun édiflce destiné au culte, aucun temple, aucune dotation ; en un mot, en respectant toutes les opinions^ ne laissez renaiirt aucune secte. Les cultes qucls^qu'ils soient n'auront de vous aucune préférence; vous n'adopterez point celui-ci, pour persécuter celuilà, et ne considérant la religion que comme une opinion privée, vous ignorerez ses dogmes^ vous regarderez en }ntié ses erreurs, mais vous laisserez à chaque citoyen la liberté de se livrer, à son gré, aux pratiques de celle qu'il aura choisie. »
Ainsi, pour toutes les religions, indifférence fondée stti la pitié pour leurs erreurs, c'est-à-dire sur le mépris. CetU manière d'envisager les cultes est tout à fait étrangère ai sens véritable de la liberté religieuse : aussi le programma de Boissy d'Anglas la menace très sérieusement. L'État con Ûsque tout; de plus, il n'accordera aucun temple, aucun dotation, soit! Mais on ne pourra pas constituer une hiérai chie sacerdotale! Travailler à rétablir une corporation rel gieuse sera un délit public! Mais pourtant la hiérarchi est indispensable aux deux églises, catholique et constitt tionnelle : la forme presbytérienne leur est donc mainU nant imposée ! On dira peut-être, en désespoir de cause, qi Boissy d'Anglas entend seulement parler d'une hiérarch reconnue par l'État; mais son rapport est formel ; d'ailleu l'État ne reconnaît rien dans son système. Du reste, c'éta là théorie favorite de nombreux modérés ; elle devint ur règle de gouvernement, et le directoire, qui suivait la loi d 3 ventôse, prétendit plusieurs fois qu'en s'intitulant évèqi on empiétait sur les droits do l'État, et fit même cet odieuse chicane aux évoques constitutionnels : nous Tét blirons bientôt par des documents irrécusables. Que signif également cette phrase : « En respectant toutes les opinion ne laissez renaître aucune secte »? Mais la liberté religieux
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%poDr conséquence nécessaire, la réapparition des sectes, c*est-iHiire des religions catholique, constitutionnelle, luthérienne, calviniste. D'ailleurs une religion ne consiste pas dans une opinion isolée, elle présuppose une organisation quelconque entre personnes ayant la même foi; aussi la liberté des cultes est-elle parfaitement distincte de la iibeKé des opinions. L*État, suivant Boissy d'Anglas, doit ignorer tous les dogmes, en méprisant les erreurs des religions, ce qui est absolument contradictoire ! Gela revient à dire; «Vous ferez semblant d'ignorerles dogmes, pour mieux lesheurler.» Au contraire, le devoir d'un État qui veut pratiquer la liberté religieuse est de connaître les dogmes des religions professées par les citoyens. Il serait trop commode, à celui qui veut persécuter, de faire ce calcul : « Je De suis pas censé connaître les dogmes de telle religion ; je vais donc faire des lois destinées systématiquement à les blesser. » La persécution du décadi, quia duré jusqu'au concordat, a été faite régulièrement d'après ce système. Le gouvernement a imposé le repos du décadi, et ordoniré, sous différents prétextes, de travailler le dimanche ; quand on lui objectait les prescriptions religieuses, il répondait qu'il ne connaissait pas le dimanche. La prétendue indifférence, prèchée par Boissy d'Anglas n'est en réalité qu'une tartufene. Cette logomachie n'aboutit qu'à des insolences à l'a- <ire8se de toutes les religions, et à leur asservissement complet, car le rapporteur, après avoir invité l'État à leur imposer une organisation non hiérarchique, l'engage formellement à réviser leurs catéchismes ;
« Votre police doit s'éteudi'e sur la morale qui sera répandue dans les assemblées destinées aux cérémonies d'un culte particulier. Cette morale ne doit jamais être en opposition avec les lois <le l'État et les principes du gouvernement, »
Et quels sont-ils ces principes! Le rapporteur a déclaré ^^ji que le plus important de tous est de propager la philosophie, qui regarde en pitié les erreurs des cultes! Ceuxci» obligés de prêcher la morale de l'État, devront donc prêcher contre eux-mêmes ! Le mariage est réglé par la loi civile : pourra-t-on prêcher qu'il est indispensable à un chrétien de se marier à Téglise? L'État déniera formellement ce droit jusqu'au concordat, et déportera comme factieux les