T. IT. W
Tcsprit religieux, qu'ils qualifient de fanatisme. Le 19 ventôse, Fouché et Ferry, agents militaires du gouvernement dans les 10® et !!• divisions, écrivent de Toulouse qu'il* ont visité les départements du Gers, des Hautes-Pyrénées et de TAriège, et se plaignent beaucoup du fanatisme, de rinfluence des prêtres et de la tiédeur des populations. Dans le seul département de TAriège, on compte trois mille déserteurs rebelles : ils ont formé des attroupements et fait feu contre la gendarmerie.
Les ecclésiastiques reclus étaient traités avec une grande rigueur. L'administration des Landes avait fait emprisonner beaucoup de prêtres, en exécution de l'arrêté ministériel du 22 ventôse, sur la loi du 3 brumaire. Le 5 prairial, elle fit lio règlement très dur pour la maison où ils étaient détenus. L'article 3 est ainsi conçu :
i< L*entrée de la maison, de la réunion^ sera interdite aux parents des reclus, tous les jours des ci-devant fêtes et dimancheSy et les autres jours ils ne pourront y entrer que Vaprés-midi^ cette faculté leur étant entièrement interdite dans la matinée. Sont exceptés des dispositions ci-dessous, les parents non domiciliés dans la commune de Mont- de-Marsan, porteurs d'une permission de l'agent municipal de ladite commune, qui ne la délivrera que sur des motifs légitimes. » (Archives, F, VII, 7275.)
Pourquoi ces restrictions au détriment des parents des reclus qui habitent Mont-de-Marsan? Pourquoi les excluton les dimanches, et les autres jours pendant la matinée? Pour un motif bien simple de persécution religieuse. On a peur que les jours de fêtes et de dimanches, ils ne viennent converser religion avec les prêtres, et surtout que, pendant leurs visites, ils ne s'associent de cœur à la messe qu'un des détenus, malgré la surveillance des geôliers, célèbre peut-être, sans ornements, sur une table quelconque, dans un coin de la prison. On les exclut toujours le matin, de peur qu'ils ne réussissent à entendre une semblable messe, et à recevoir la communion en cachette. La liberté reli-' gieuse n'est pas pour eux I En fait de christianisme, la république n'admet que le culte constitutionnel, et encore elle ne le tolère qu'à demi !
Coffinhal, commissaire du Cantal, écrit d'Aurillac, le 21 ventôse, que l'esprit public y est très mauvais, mais qu'il
A encore pire dans les départements voisins, oîi les prê- ^ exercent publiquement, et « sont soutenus par des cioyèns qui ojit promis et juré de les défendre, même par a Voie des armes ». Les habitants du Cantal réclament la même liberté.
Dans rOuest, la persécution était par moments aussi violaitegue pendant la Terreur. Lorsqu'on 'espérait faire la jaix avec les Chouans, on usait parfois envers les prêtres ^è ménagements exceptionnels, mais le plus souvent on se venait sur eux et sur dçs catholiques inoifensifs des ^viiges causés par les insurgés. Le 22 brumaire, Tadminis- ^tion de la Mayenne déclarait dans son compte rendu : * que la famine désolait partout le département; 2^ que les bouans étaient maîtres absolus des campagnes ; 3** que les >Idats de la république s'adonnaient à tous les excès, et tème pillaient et violentaient les patriotes ; 4"^ que personne d voulait plus des assignats, tant ils étaient avilis. Le 29 luviôse, le commissaire de. la Mayenne se plaint d'un excès î persécution. A Château-Gontier, on a arrêté et conduit Laval des prêtres sexagénaires qui avaient prêté les serlents de prairial et de vendémiaire. L'administration mit îs prêtres en liberté; mais Merlin, strict observateur de la tgalité persécutrice, maintint le principe que le serment u 7 vendémiaire ne pouvait être utilement prêté par les Mractaires, et les fit remettre en prison.
Merlin chargeait des agents secrets d'espionner les prêtes et de les faire arrêter. Nous avons retrouvé aux archies une instruction adressée par ce ministre, le 7 ventôse, ^ un nommé Martin, qui espionnait pour lui dans les dé- ^rlements de l'Orne et de la Mayenne ;
^ Je recommande [à votre sollicitude la retraite de» prêtres éfractaires... Tâchez de saisir leurs correspondances, épiez et faites '^Veiller les démarches de ceux avec lesquels ils avaient le plus le liabons. Que les personnes dont les opinions religieuses bien Prononcées ont fait et font encore des proséI}^e3 de ces pieux ^fercUs, n'échappent pas surtout à votre surveillance J.. n {Archives, ^^^,7i87.)
La chasse aux prêtres fut assez fructueuse. Le 4 ventôse, ® Commissaire du département se plaignait de l'encombre- ^eut des prisons. A Château-Gontier, trente-sept prêtres
453 COHSTITUTION CITILE DU CLB166.
étaient détenus. A Laval, on en comptait un bien plus g, nombre.
Dans la Sarthe, la persécution était aussi violente, i" germinal, Tadministration départementale ordonD chaque président d'une administration cantonale d< convoquer dans les \ingt-quatre heures, et de décli immédiatement au département s'il existait dans son c ton des prêtres déportables, ayant fait des restricti' ou des rétractations, et de fournir des renseignements tous les autres. Ces administrateurs étaient pourtant ao ses de s'être montrés trop tolérants à l'égard des prèti Pour se disculper, ils firent valoir que leur tolérance a^ simplement consisté à permettre à huit prêtres accal d'infirmités et presque moribonds, de rester chez eux s< la suneillance des autorités, sans pouvoir exercer leun nistère (1). De nombreux ecclésiastiques, âgés pour la p part, furent détenus au Mans, dans des prisons où ils m; quaient de tout.
Pendant la première moitié de Tan IV, plusieurs prêt furent mis à mort dans l'Ouest. Ainsi, le 9 ventôse, Pa Gédéon Babec, ancien curé d'Évron, dans la Mayenne, q après avoir été reclus pour ses infirmités à Saint-Brieac à Guingamp, avait obtenu de rentrer à Val-Martel p Broons, voit sa maison envahie par une colonne mobile cinquante hommes. Ils lui demandent d'abord du vin, il 1< en sert sans broncher. Puis ils dévastent sa maison, Yi traînent dehors et s'amusent à le piquer de leurs ba!( nettes en lui disant ironiquement : « Ofi're ceci à ton 1) Dieu. )) Enfin, le chef ordonne à quatre soldats de le fuî 1er; le martyr demande à Dieu de pardonner à ses mei triers et à lui-même, et dit aux soldats : « Vous qui de^ me délivrer de la vie, procurez-moi auparavant la satisfi tion de vous embrasser. Venez, je vous pardonne ma mori L'un des soldats fut tellement ému, qu'il refusa de tir Les trois autres n'eurent pas les mêmes scrupules et firt feu sur lui (2).
Le 3 pluviôse, un ecclésiastique breton, le père Tourna capucin, missionnaire dans les campagnes, est arrêté a^
(1) Dom PiouN, t. m, p. 300. — (2) Ibidem, p. 307.
LES CATnOUQUES ET LE DIRECTOIRE. 453
deux guides par une colonne mobile; les soldats les fouillent, les dévalisent et leur disent ensuite qu'ils peuvent s'en aller; à peine ont-ils fait quelques pas, qu'ils sont tués tous les trois par une décharge générale. Le môme mois, , deux autres prêtres, MM. Goiron, vieillard octogénaire, et • Hasard, de Saint-Malo, furent assassinés par les colonnes ^ mobiles ; elles égorgèrent aussi des laïques accusés de rece< ^ voir les fugitifs.
Le 27 ventôse an IV, Alexandre Girardot, prieur curé de - h Rouardière près Craon, qui était resté toujours dans le pays en exerçant son ministère, fut exécuté à Laval comme ïéfractaire. Le 2 germinal, un autre prêtre, nommé Baptiste Julienne, fut saisi à Bazouges près de Laval par une colonne mobile et tué sans autre forme de procès. Il était âgé ^ de trente-trois ans. Le 10 suivant, M. Héraux, curé de ' Préaux, déporté d'abord à Jersey puis en Espagne et rentré en France depuis un an, fut arrêté près de Château-Gontier; on l'envoya à Laval avec un jeune homme de dix-sept ans qui raccompagnait dans ses pieux voyages. A une demilieue de Ghâteau-Gontier, Tescorte fait halte, les fusille tous deux et laisse sur le chemin leurs cadavres, qui ne forent relevés que le lendemain (1).
Les colonnes mobiles tuèrent ainsi les prêtres jusqu'au concordat I Le directoire savait que l'exécution judiciaire et publique des réfractaires ne servait qu'à exciter les esprits contre lui; elle rappelait aux plus indifférents l'horrible période de la Terreur, et éveillait chez eux des sympathies pour une religion si atrocement persécutée. D'ailleurs, l'opinion s'accréditait de plus en plus, que cette législation sanguinaire était abrogée par la constitution de l'an III. Les prêlrophobes trouvaient plus prudent d'assouvir leur rage fin laissant leurs sbires égorger les prêtres aussitôt après leur arrestation ; on trouvait le réfractaire dans une grange, ^«'ns un bois, on le fusillait ou on le lardait de coups de lïaîonnettes, et on en était débarrassé tout de suite! Cette niélhode expéditive présentait une foule d'avantages. D'a- ^Pd les soldats n'avaient pas la peine de faire, avec leur prisonnier, un trajet plus ou moins long, pendant lequel ils
(1) Dom PiouN, t. III, p. 413.
pouvaient être attaqués par les paysans. Ensuite, bienqn^ la procédure se réduisit à peu près à une constatetfaH d'identité, il aurait fallu garder le prisonnier au moiQ5 deux ou trois jours dans la ville ; la nouvelle de son arri^ véc et sa comparution devant les juges auraient produit une grande émetion. On n'osait plus guère refuser aa prêtre un défenseur; celui-ci aurait protesté contre les lois de sang qui le proscrivaient; demandé devant toute la ville ce que signifiait la liberté de conscience inscrite dans la constitution, et soutenu hautement que ces lois de persécution étaient abrogées, et que le tribunal, en les appliquant, commettrait un assassinat politique. Les juges inspiraient aussi des inquiétudes; très souvent ils se montraient embarrassés et honteux de leur rôle, et leur attitude contrastait singulièrement avec le calme et la fermeté da condamné. L'exécution du prêtre indignait les citoyens, sans les terrifier : catholiques et indifférents se disaient qu'ils assistaient aux derniers excès de la Terreur et que lahonte deiait en retomber sur le directoire. Il était donc bien plus simple de faire assassiner les prêtres par les colonnes mobiles. Toutes les catégories de révolutionnaires y trouvaient leur avantage. Les gouvernants assouvissaient ainsi leur prètrophobie avec moins de risques, etlesassassins subalternes pouvaient se donner 1q. plaisir de faire subir à leurs victimes des tortures et des raffinements de cruauté, qu'il n'était pas possible de leur infliger dans une exécution judiciaire.
Mais les attentats des colonnes mobiles entraînaient des représailles terribles de la part des Chouans. Traqués comme des bêtes fauves, ils répondaient au meurtre par le meurtre. Les procédés chevaleresques des La Rochejacquelein et des Lescure n'étaient plus de mise; la guerre civile» en se prolongeant, en devenant une guerre d'escarmouches et d'embuscades, avait pris un caractère atroce. I^ devise des Chouans était : « Œil pour œil et dent pour dent* >* Si quelque personne suspecte de l^ur donner asile ou de leur fournir des renseignements était assassinée par 1^^ colonnes mobiles, elle était bien vite vengée [par le meurtre d'un patriote ! Un prêtre était-il égorgé ou conduit en prison, on apprenait bientôt qu'un curé constitutionnel
avait payé pour lui I Ainsi, le département des C6tes-du- Nord écrivait, en germinal, que depuis ventôse trois curés constitutionnels et plusieurs patriotes étaient tombés victimes des Chouans. La persécution religieuse avait été la véritable cause de la guerre civile; aussi, les insurgés de rOuest étaient-ils animés contre les constitutionnels d'une haine d'autant plus terrible, que de nombreux intrus avaient pris une part très active à la persécution. Qeaucoup de réfractaires n'avaient été saisis et exécutés, que parce qu'ils étaient tombés dans des pièges préparés soigneusement par les schismatiques ; aussi les Chouans et les intrus étaient-ils des ennemis absolument irréconciliables.
Les troupes républicaines éternisaient la guerre civile par leurs cruautés et faisaient le désespoir des patriotes et des autorités. Ainsi, le 4 ventôse. Dénouai, commissaire du directoire près la municipalité de Dinan, écrivait que les Chouans gagnaient du terrain. : après avoir rendu justice ^ la discipline et au courage de certains corps, il se déclaf^t obligé de signaler les excès des autres troupes :
« Mais aussi d*autres s'avilissent par des actes abominables ; parmi ceux-ci on remarque une colonne mobile du 2® bataillon de l'Aisne commandée par le citoyen B.... Cette colonne est un torrent de dévastation ; elle pille et massacre indistinctement, elle sert les vengeances particulières. Un grand nombre de dénoncia-
fions existent à [rétat-major, on tarde trop à y faire droit Les
jours derniers une de nos concitoyennes ramenait de la campagne,
*amère dans cette ville; elle fut rencontrée par le citoyen B... et
** colonne ; on lui prit le cheval qu'elle montait, et qui lui avait
^té prêté par le quartier-maître du 32®, deux autres chevaux, tous
les bagages, on conunit envers elle (la citoyenne H...) des indigni-
^dont V honnêteté défend le récit. Le citoyen B... croit se justifier
^ disant qu'on est Chottan (souligné dans Toriginal). B... est
signalé conune un homme profondément inunoral, s' enrichissant
^li s'étant déjà enrichi par une continuité de pillages affreux. B...,
Por sa conduite, a fait et fera plus de Chouans dans ce pays que les
Proclamations de Puisaye et de la Vieuville, )> (Archives, F, VII, 7fI4.)
Et le 29 ventôse, un autre fonctionnaire, Beaugeard, comtHissaire près l'administration centrale, se plaignait vive- Hient au ministre de l'intérieur de l'indiscipline et des excès fies soldats, qui « comprennent indistinctement dans leurs dévastations les patriotes et les citoyens paisibles ». L'auto-
rite des chefs est trop faible pour empêcher ces désordres. Peut-être même en est-il qui les fomentent. Cette conduite (( si atroce< si indigne d'un Français et d'un républicain, exaspère les esprits ».
« Veuillez, citoyen ministre, fixer les regards du directoire sur ces actes licencieux et criminels. En compromettant la dignité du gouvernement, ils produisent dans les campagnes les effets les plus nuisibles, et décuplent le nombre des Chouans, » (Arcfc.,F, VII, 7i H.)
On voit que les colonnes mobiles continuaient soigneusement Tancienne tradition des- armées dé TOuest. Du reste, les soldats se montraient partout indisciplinés et pillards. Le 2 germinal, le commissaire près Tadministration de la Meurthe écrivait au ministre de Tintérieur qu'un vol à main armée venait d'être commis près de Lunéville, par treize brigands armés de sabres, revêtus d'uniformes de cavaliers et de volontaires, et que très probablement ces hommes étaient de véritables soldats. Il attribue la démoralisation des militaires à l'indiscipline qui règne dans les dépôts, à la négligence et à la mollesse des officiers, et à l'insuffisance de la solde, qui est payée irrégulièrement :
(( Le libertinage surtout parmi les militaires, résultant de llnaction des dépôts, de Taffiuence des filles publiques, du défaut de lois répressives de ce fléau destructeur des mœurs, de la santé, de la fortune, continue singulièrement aussi à faire multiplier les délits. Ce dernier objet mérite aussi votre sollicitude. »
Le ministre Bénezech lui adresse. Ile 27 germinal, cette curieuse réponse.
u L'immoralité chez les hommes est encore une suite de leur ancien esclavage : les institutions républicaines, en les rapprochant de la nature, rappelleront le régne des momrs. Nous opérerons cette régénération désirable, si nous réunissons nos efi'orts pour le maintien de la liberté et de la république. » (Arc/itves, F, VII, 7H7.)
Ainsi la république, pourvu, bien entendu, qu'elle soit gouvernée par le directoire et sa séquelle, ramènera à la vertu ceux qui en sont si éloignés! Les bonnes mœurs doivent remonter nécessairement, à l'inverse des assignats! Sans doute, le ministre ne se prenait pas lui-même au sérieux ({uand il écrivait ces sottises ; mais il n'en est pas moins évident que ces déclamations puritaines sur la vertu,
bien qu'on en eût singulièrement abusé, étaient restées à la mode dans le stylo officiel : il est vrai que tout cela n'engageait absolument à rien !
Dans TEst, le culte se réorganisait malgré les efforts du directoire. Le 4 germinal, le commissaire du département de la Meuse écrit au ministre de l'intérieur que certains prêtres s'agitent dans ce département. Ainsi, un curé reçoit ses paroissiens et les confesse : ce fonctionnaire voit là un crime épouvantable. Le ministre le félicite de son zèle et l'invite à faire la chasse aux prêtres.
Dans le département de l'Aisne, beaucoup de constitutionnels s'étaient rétractés et les prêtrophobes étaient fort en colère. Le commissaire près la municipalité de Laon, qui était un ex-prêtre, ordonna des visites domiciliaires comme au temps de la Terreur, et fit tout son possible pour vexer les catholiques. Cent vingt prêtres étaient reclus à Laon, et l'administration ne savait où les loger. Le 29 ventôse, elle prit un arrêté pour les interner à Château- Thierry. La persécution était très active dans ce département. L'abbé Dantheny, rentré depuis quelques mois, fut arrêté, le 3 nivôse, pendant qu'il disait sa messe, condamné et exécuté (1).
Partout les réfractaires reparaissaient, et parfois les populations des campagnes les soutenaient ouvertement. A chaque instant, dans les villes, des réunions de fidèles étaient dispersées par les agents des persécuteurs, et des prêtres arrêtés. Les moindres démarches des catholiques des villes administrées par des autorités prêtrophobes étaient espionnées, et les sbires^ ne redoutant point une résistance ouverte, étaient beaucoup plus hardis que dans les campagnes : aussi l'exercice du culte y était-il extrêmement précaire. Pour éluder la persécution, on fit exercer dans certaines villes les actes les plus publics du culte par
(i) On lui refusa un avocat au moment de comparaître devant les juges, on lui refusa aussi un confesseur au dernier moment. Le matin de Texéeution, on lui prit sa montre, on lui enleva ses habits et ses souliers , et on lui mit à la place des guenilles et des sabots. Les fidèles trempèrent pieusement des linges dans le sang du martyr; des religieuses exhumèrent sa tète, qu'elles conservèrent comme une relique, et mirent plus tard dans une chapelle. Fleury, Le Clergé de rAisne pendant la Révolution, p. [351.
458 cMisnimua cmui nu CLOftÉ.
des prêtres rétnctés dont U rétractation n'avait pas ^u beaucoup de notoriété. Les administrateurs, qui n*6taiezai pas foncièrement persécuteurs, les laissaient tranquilles, et les prêtrophobes se trouvaient assez embarrassés, parce qu'il ne leur était pas facile de prouver ces rétractations.
En général, la persécution, sous le directoire, resta purement administrative : cependant, on vit à Marseille des troupes de bandits renouveler les scènes de 1791 et 179^9 et les autorités, comme à cette époque, sanctionner les violences commises au milieu d'un mouvement prétendu populaire. Le culte était depuis quelque temps exercé très tranquillemeut à Marseille ; on allait célébrer les fêtes de Piques. Le mercredi saint, des bandes de furieux envahissenties églises; les catholiques ne se laissentj[>as intimider ; à la fin, Tautorité militaire disperse les perturbateurs- Mais se sentant appuyés par les autorités civiles, ils reviexs.' nent à la charge. Le samedi saint, les mêmes bandits er»-' vahirent les églises, y trouvèrent les prêtres occupés à co:s^' fesser pour la f&te du lendemain, et les saisirent. Aussit^^ la municipalité se fit livrer les prêtres par ses complice ^' les interrogea et leur demanda le serment. Quelques-uC^ furent élargis après plusieurs jours de captivité, les autr^^^ expédiés à Aix et emprisonnés avec les malfaiteurs. L^^^ catholiques, privés de prêtres, se rendirent dans les églis^^^ vides pour y prier, mais elles furent encore envahies p^^^ des brigands armés de bâtons et de sabres, qui se jetèrec^^^^^^ sur eux. Dans certaines églises, on se défendit vigoureuses^' ment et les assaillants furent repoussés. Les autorités dé^^' clarèrent alors que Texercice du culte était une cause d ^^ troubles, et fermèrent les églises : le tour était joué!
A Lyon et aux environs, les prêtres catholiques étaien accueillis avec bonheur par les populations. Le 29 ventôse Tadministration départementale ordonna aux administrations cantonales, au nom de la loi du 3 brumaire, de faire chasse aux réfractaires et aux rétractés de toute catégorie, et de les expédier au chef-lieu. Mais il résulte de la corres — pondance des autorités, que les populations protégeaient les^ réfractaires. Ainsi, le 14 germinal, à Saint-Bonnet de Tromy, le maire, qui veut arrêter un prêtre, en est empêché par la foule. Le 28, les habitants de la commune d*Aveize disant
r LES CATHOUQUES BT LE DIRBCTOUB. 459
<f quele culte avait été déclaré-libre, qu'ils ne voulaient pas êtreesclaves dans leur religion » , ont demandé avec violence les clefs de Téglise à Tagent municipal , qui n'a pas osé les leur refuser. Le A floréal, les habitants de Mardore, canton de Thisy, malgré la résistance de Tagent municipal, s'emparent de réglise, la font rebénir par un prêtre, et y célèbrent l'office. Le même jour, à Saint-Symphorien, le commissaire da directoire envahit une maison, y trouve un prêtre qui officie, et l'arrête ; mais un rassemblement se forme à Tins- *ânt, et le prêtre est arraché aux gendarmes, qui ne réussissant pas à le reprendre. Ces persécutions exaspéraient les Paysans; dans certaines communes, on abattait les arbres ^6 la liberté (1). Le 7 prairial, le commissaire près le départaient annonce que des colonnes ont parcouru le pays et ^''tôlé trois prêtres; l'un des prisonniers est fort aimé, et ^^ux communes se sont soulevées pour essayer de le déli- ^^er : il constate que les montagnards du Beaujolais sont *^ut dévoués aux prêtres, et que les agents municipaux, dans ^^ucoup de communes, font semblant d'avoir la main ^Orcée, mais les protè^i^nt en secret.
En effet, un grand ^mbre d'administrations cantonales ^t d'agents municipaux exécutaient les lois de persécution civec une mollesse calculée. Le directoire destituait souvent des fonctionnaires pour ce motif. Ainsi, le 5 ventôse, il confirmait un arrêté de l'administration du HautrRhin, du 19 pluviôse, suspendant les citoyens Riéfel, Bertrand, M eyer et Thomas , membres de l'administration du canton de Saar-Union, à cause de « la négligence de ces quatre fonctionnaires à poursuivre les prêtres sujets à la déportation». Le ministre de la police était chargé, en outre, de présenter un rapport sur les poursuites criminelles qu'il pouvait y avoir lieu d'exercer contre « ces magistrats insouciants et infidèles ». Un arrêté du directoire, du 1®' ventôse, destitue les citoyens Claude > président du canton de Bruyères
(1) C'était, pour les paysans, une manière de montrer leur mécontentement. A cette époque, les autorités déclarent, dans les départements les plus éloignés les uns des autres, que ce délit est commis très souvent. Presque toujours ces sacrilèges contre la république sont signalés dans des pays désolés par un redoublement de persécution. Le 22 germinal, le directoire prit un arrêté ordonnant de punir ces délits comme crimes contre-révolutionnaires.
(Vosges), et Batremey, agent municipal, pour n'avoir pas appliqué Tarticle iO de la loi du 3 brumaire , « au point de laisser le frère du premier d'entre eux, prêtre réfractaire, dans rhôpital de Bruyères, où il reçoit librement les visites de tous ceux qui se présentent pour lui parler (4). »
Les administrations départementales qui ne forçaient pas les agents inférieurs à bien persécuter, étaient également frappées par le directoire. Le 4" ventôse, il destituait cinq administrateurs de la Somme, considérant, « que la loi sur la police des cultes est violée dans beaucoup de communes où les prêtres occupent les presbytères, baptisent, marient, et se vantent même de ne tenir leurs pouvoirs que de r ancien évêque d' Amiens , actuellement émigré » : impossible de dire plus franchement, plus naïvement, que c'est le culte catholique lui-même qui est proscrit! Il accuse aussi ces administrateurs d'avoir éludé, par un arrêté, l'application de la loi du 3 brumaire contre les prêtres sujets à la déportation et à la réclusion (2). Le mois suivant, le directoire destituait encore les administrateurs de l'Yonne, en leur reprochant d'être trop peu révolutionnaires, et d'avoir laissé sonner les cloches à Auxerre (3).