III I
A Paris, le culte était exercé avec une certaine liberté. Le clergé catholique et le clergé constitutionnel célébraient leurs offices, chacun de son côté. Il y avait eu beaucoup de rétractations, et comme les rétractés étaient extérieurement en règle avec tous les serments, la police, malgré toute sa bonne volonté, n'avait pas de prétexte pour les persécuter. Elle poursuivait rigoureusement ceux qu'elle connaissait bien pour rétractés ; elle surveillait de près et les constitutionnel», et ceux qu'elle croyait rétractés sans en avoir la preuve. Son embarras était d'autant plus grand, qu'à Paris, beaucoup de prêtres déportables avaient considéré comme licite le serment du 7 vendémiaire et l'avaient prêté, les uns
(1) Archives, F, VII, 7187.
(2) Débats et Décrets^ yentôse an IV, p. 255.
(3) lbid,y germinal, p. 344.
grâce à la négligence des autorités, les autres, avec de îausses attestations; elle était donc obligée de les tolérer, jusqu'à ce qu'elle eût établi qu'ils étaient frappés par les lois de persécution, ce qui ne lui était pas toujours facile. En outre, quelques prêtres récemment ordonnés exerçaient le ministère à Paris. Ils n'étaient point frappés par les antiennes lois, ils avaient prêté le serment de vendémiaire : ^n était désarmé contre eux. Ainsi le gouvernement se ^ï'ouvait, bien malgré lui, obligé de tolérer, au moins provisoirement, l'existence à Paris d'un certain nombre de prê- ^^€s catholiques.
Le directoire, peu de temps après son installation, demanda à la police un rapport sur la situation religieuse de ^^ris. Le 28 germinal, Cochon, qui avait été nommé, le 15, Ministre de la police, à la place de Merlin passé à la justice, écrivait au bureau central ;
« n m*est nécessaire citoyens, d'avoir un tableau du nombre ^'édifices publics ou particuliers destinés à l'exercice des cultes, auquel soient annexés les noms, âges, signalements des ministres desdits cultes, qui ont rempli les formalités exigées pour exercer parla loi du 7 vendémiaire an IV, ainsi que leur demeure ; je vous invite à me faire passer ce tableau le plus prompiement, et, s'il est possible, pour le 1®' floréal. >> (Archives, F, VU, 4269.)
Ce tableau fut envoyé le 8 floréal, il mentionne surtout les prêtres qui se sont conformés à la loi de vendémiaire. La police ne savait pas bien au juste si certains prêtres étaient restés constitutionnels, ou s'étaient rétractés; ce tableau ne donne donc point la statistique exacte des deux clergés rivaux, mais il indique approximativement le nombre des ecclésiastiques qui habitaient alors Paris, et fournit Une liste des églises et oratoires où le culte avait été ^établi avec une certaine publicité depuis la Terreur. Mais Cette liste a été évidemment dressée, dans chaque arrondissement, par des agents locaux, qui ne paraissent pas avoir tous compris de la même façon la lettre du ministre :
Dans le premier arrondissement, la police signale l'oratoire des ci-devant capucins, rue Groix-Ghaussée-d'Antin, desservi par dix-neuf prêtres. Douze ecclésiastiques desserrent la chapelle de la Conception, deux celle de la Villel'Évôque ; Tabbé Marduel, curé de Saint-Roch, et quatre au-
462 CONSTITUTION CITILB DU CLB16É.
très ecclésiastiques qu'on dit à la campagne (m^ds qui sans doute se tiennent cachés), n'ont point prêté le dernier serment (1). Dans la section du Roule, quatre prêtres dessersL. a vent Saint-Philippe ; deux sont à Sainte-Périne. Il n'y a v^ — \i prêtre, ni église dans la section des Champs-Elysées.
Dans le deuxième arrondissement, on signale seuleme l'existence de cinquante et un prêtres , sans indiquer s'i ont prêté serment, et sans donner la liste demandée d églises où ils exercent.
Dans le troisième arrondissement, sur la section du GoEcr=:itrat-Social, l'église Saint-Eustache est desservie par treiz-^^ prêtres qui paraissent assermentés. Cinq ont un oratoir^ "^^ dans la maison dite Royaumont, rue du Jour. Dans 1- -*^ section Brutus il existe huit prêtres, qui exercent aussi ru^ -*® du Jour. Dans la section Poissonnière, on signale un asse mente et une chapelle. On ne connaît aucun prêtre ni au cune chapelle dans la section du Mail.
La police annonce que cinquante-cinq prêtres habiten -^•^ le quatrième arrondissement. Cinq sont mariés ! Sept on -^^ quitté l'état ecclésiastique et sont commis dans différente administrations. Neuf exercent à Saint-Germain l'Auxerrois qui paraît être la seule église ouverte dans l'arrondissement ^ un autre est attaché à l'oratoire de la rue du Jour. Le rest^^ n'exerce pas. Il est à croire qu'il se trouvait parmi eux plu- — sieurs réfractaires qui, n'ayant pas voulu prêter le serments du 7 vendémiaire, se faisaient passer pour des prêtres retirés^ et exerçaient le culte très secrètement.
Dans le cinquième arrondissement, il y a huit prêtres sur la section Bonne-Nouvelle : trois n'ont pas prêté les derniers serments: on ne dit pas s'ils ont prêté les anciens. La section Bon-Conseil n'a pas d'église; elle est habitée par six prêtres. Cinq n'exercent pas, l'un d'eux est marié ; le sixième, ordonné depuis la révolution, est diacre, » à Médard ». Les sections du faubourg du Nord et de Bondy ont Saint-Lau-
(i) Archives, F,VII, 4269. L'abbé Marduel fut arrêté comme réfractaire> mais le juge de paix de la section des Tuileries interpréta libéralement la législation et le mit en liberté^ comme ayant fait sa soumission d'après la loi de prairial. Mais le directoire bien résolu à ne pas laisser s'implanter une pareille jurisprudence, improuva sa misé en liberté, par arrêté du 22 ventôse-an IV, et ordonna de le traduire au tribunal criminel. (Archives, F, VII, 7320.)
LKS CATHOLIQUES ET LE DIRECTOIBB. 463
rent pour église. Dans la première, on compte dix-huit prêtres, dont cinq mariés, et plusieurs qui ne doivent pas exercer. Dans la seconde, on signale quinze prêtres, dont un marié, deux qui ont tout à fait abandonné leur état : on croît que plusieurs autres n'exercent pas; il y a des octogénaires parmi eux. Une religieuse. Félicité Melon, du couvent des Filles de Dieu de Paris, a loué cette maison et ses dépendances, et y a fondé une école que la police surveille de très près, car les réfractaires doivent y venir. D*après un rapport supplémentaire du 6 prairial, sur quatre instituteurs de récole, trois sont de jeunes prêtres. Le dimanche précédent, vingt-huit à trente jeunes personnes y ont fait leur première communion.
Dans le sixième arrondissement, vingt prêtres, âgés pour la plupart, desservent Saint-Nicolas; on donne leurs noms et leurs âges, mais ou ne dit point s*ils ont prêté un ou plusieurs serments.
Dans le septième arrondissement, sur la section desDroitsde-l'Homme, on signale deux églises, Saint-François et les Blancs-Manteaux, avec vingt-deux prêtres. L'un d'eux est marié. Les églises de la section de la Réunion sont Saint- Meriy, Saint-Nicolas des Champs, et un oratoire, 30 rue du Jour. On y compte vingt-cinq prêtres, dont quatre n'exercent plus, l'un d'eux est marié ; on signale onze prêtres dans la section de l'Homme-Armé : trois d'entre eux n'exercent pas ; on ne sait rien de précis sur un autre ; les fidèles vont à Saint-François et aux Blancs-Manteaux. 11 y a, rue Grenier- Saint-Lazare, n^ 194, une chapelle particulière desservie par deux prêtres. Dans la section des Arcis, il n'y a qu'un oratoire, rue de la Poterie, n* 20. Douze ecclésiastiques habitent ce quartier, trois n'exercent pas; l'un d'eux est un ex-frère laïque des Minimes, marié et bon patriote.
Le huitième arrondissement possède vingt-trois prêtres, ils exercent aux Filles Bleues, rue Culture-Sainte-Catherine, à Sainte-Marguerite et dans des oratoires, rue de Reuilly et rue de Picpus.
On donne plus de détails sur le neuvième. Dans la section de l'Arsenal, l'oratoire Sainte-Marie est desservi par dix-huit prêtres ; deux autres sont aux Annonciades. Dans la section de la Fidélité, dix prêtres exercent à Saint-Gervais ; on
464 CONSTITUTION CIYILE DU CLEBfiÉ.
leur donne, ainsi qu'au curé Chevalier, un certificat de républicanisme. On signale encore quatre prêtres gaine paraissent pas exercer, l*un d'eux est dénoncé comme saspect. La section de la Fraternité a un oratoire; elle est habitée par dix prêtres, cinq sont soupçonnés d'éluder les dispositions de la loi. L'église ci-devant Notre-Dame, dans la section de la Cité, est dessenie par dix-neuf prêtres. Six exercent encore dans l'oratoire, enclos de la Cité, n* 21, un autre à l'ancien presbytère Saint-Landry. Il n'y a aucun ecclésiastique au grand hospice de l'Humanité.
D'après une lettre adressée, le 8 floréal, au bureau par les administrateurs du dixième arrondissement, et signée Limodin, Saint-Thomas d'Aquin est la seule église ouverte dans cette partie de Paris, en vertu de la loi du 41 prairial :
» Indépendainment de cet édifice assigné par la république, fl existe d'autres édifices particuliers, dans lesquels les prêtres exe^ cent publiquement leur cuite, et où une afDuence considérable de citoyens de tout sexe se porte les jours de cérémonies. Parmi ces édifices particuliers, nous citerons le ci-devant bâtiment des Missions étrangères, la ci -devant abbaye Saint-Germain ; déjà nous avons soumis au ministre de la police nos réflexions sur ces rassemblements... ») {Archives^ F,Vn, 4269.)
Ces réflexions tendent tout simplement à les supprimer, parce qu'ils prouvent la force du sentiment catholique, et à interdire toute cérémonie en dehors des bâtiments trop peu nombreux, et trop étroits , qui ont été accordés au culte par la loi du ii prairial.
On signale vingt prêtres dans la section de l'Ouest, quatorze dans celle de l'Unité, dix dans celle de la Fontaine- Grenelle. Pour la section du Gros-Caillou, on ne peut rien préciser ; le comité qui a dû recevoir les déclarations n'en a pas tenu registre.
On annonce, sans aucune autre indication , que dans le onzième arrondissement, cent trente et un prêtres ont fc»* leur déclaration.
La section du Jardin-des-Plantes, dans le douzième, renferme quarante prêtres, presque tous soumissionnaires. On signale,en outre,un prêtre qui n'exerce pas ; plusieurs autres sont surveillés comme suspects. Beaucoup de prêtres, bi^^ qu'ayant prêté le serment de vendémiaire, ont cette noi^ •
$ionnaire, mais bon à surveiller. » Les églises sont Dias du Ghardonnet et Saint-Médard. Dans la i Finistère, on signale treize prêtres avec des ob^ \ semblables : elle en contient, en outre , huit qui t pas. U y a trente-trois prêtres dans la section du . Celle de rObser\atoire a trois églises ou chaloir : Saint-Jacques avec quatre prêtres, les Eu- ) des Postes, avec cinq prêtres, le Saint-Esprit avec s.
te de cet essai de statistique, qu'eu floréal an lY, ^ prêtres au moins exerçaient le culte à Paris, issez grand nombre d'églises et d'oratoires bien îs autorités. Mais en outre, beaucoup de prêtres 3s déportables vivaient à Paris sous des déguiseers, et disaient la messe secrètement, tantôt dans m, tantôt dans une autre. Des vicaires généraux Juigné gouvernaient régulièrement le diocèse, rolutionnaires du directoire entendaient bien, urs devanciers, faire jouir les pays annexés des le la philosophie antichrétienne, et leur infliger ition religieuse. Les catholiques de Belgique suies plus odieuses vexations de la part des Français obins locaux. Les temples avaient été spoliés, les dergé et des couvents confisqués , les ecclésiastités et vexés. Mais, heureusement, la guerre n'avait is aux révolutionnaires d'établir en Belgique la )n civile, et les catholiques de ce pays se trou- Ls une situation bien préférable à celle des Frantpendant les prêtrophobes avaient voulu, imposer à religieux, si attaché à ses anciens usages, les odieuitions des lois de ventôse, de prairial et de vendé- >ut culte extérieur fut interdit comme en France, ire ne cessait d'encourager les jacobins, d'étendre T dans la pratique des lois qui apportaient déjà es restrictions à la liberté religieuse. Le clergé
itpes réfractaires de ranciennc France qui se trouvaient en ient proscriu impitoyablement. Le i9 nivôse, Merlin écrivait ration des Deux-Nèthes , que de nombreux prêtres étaient ritoire, et lui ordonnait de les poursuivre et de les livrer te nationale ». Débats et DécretSj pluviôse an ^y, p. 46.
466 COIISTITUTIOS CIYILK DU GISKt.
belge n'était pas, comme le clergé français, frappé en masn par les lois du !26 août 1792 et de vendémiaire an II; 1m révolutionnaires ne pouvaient prendre leur parti d*OM pareille anomalie, et cherchaient par tous les moyens posobles à la réparer. Aussi profiteront-ils du coup d'État de fructidor pour rendre le clergé belge déportable à volonté.
Le gouvernement établi par la constitution de Tan Œ conserva pieusement le nouveau calendrier et les cérémonies de la décade. Les fonctionnaires publics et les ouvrien avaient le décadi pour jour de repos, comme pendant U Terreur; les autorités républicaines vexaient indifféreo* ment les catholiques et les constitutionnels, qui s'obitinaient à célébrer le dimanche. Cependant, le sentiment religieux se réveillait partout : dans un grand nombre de localités, les autorités municipales n'étaient plus disposéei à persécuter, et laissaient dormir la loi, à la grande indignir tion des purs. Néanmoins, le gouvernement directorial che^ cha constamment à contraindre les consciences chrétiennes, et ses instructions, qui heureusement n'étaient pu exécutées partout, tendirent toujours à imposer le repos !> décadi et le travail du dimanche. Mais les révolutionnaires devenaient de plus en plus inquiets, les élections semblaient devoir amener aux conseils des députés disposés k abroger les lois de persécution, et les fanatiques antireligieux n'osaient plus maltraiter trop ouvertement ceux qui obse^ vaient les dimanches. Jusqu'au coup d'État de fructidor, l'application des lois décadaires, sauf quelques vexations locales, fut en somme plus^ônante, plus tracassiëre qo^ persécutrice, pour ceux qui ne dépendaient point de l'étit
Les autorités révolutionnaires ne savaient qu'imaginer pour rendre les fêtes décadaires attrayantes. Ainsi, le S ventôse an IV, l'administration de la Nièvre prenait un arrêté curieux sur la célébration du décadi. Dès la pointe du jour, il devait être annoncé à son de caisse; l'après-midi, on orge* niserait une nouvelle réunion de citoyens « dans le lieu l^ plus commode pour s'y livrer aux jeux innocents qui conviennent à des républicains ». On devait aussi faire del& musique autant que possible ; il était formellement interdit de troubler les républicains qui chômeraient le décadi. P*^ contre, on invitait les citoyens (avec un ton beaucoup moin*
^ratif), à laisser tranquilles ceux qui chômeraient conmément k leur culte. La tolérance avait donc fait dans ce fsrtement un progrès véritable I I, l'article 13 portait :
« Défenses expresses aux instituteurs et institutrices de fermer mn écoles dans les jours consacrés aux cultes particuliers ; seulelent îb auront soin de donner des congés aux jours de quintidi, t de décadi, après avoir conduit leurs élèves à rassemblée généiierénnie pour entendre la lecture des lois. » (Archives^ F,yil,71 14.)
Ainsi la conscience des parents était blessée dans celle le leurs enfants. L'autorité faisait tout son possible pour les MDpècher d'aller à la messe, et les contraignait d'assister m culte officiel des décades, qu'elle s'efforçait de rendre pompeux et amusant, pour faire oublier les anciens dimanidies, car on n'osait plus les proscrire aussi brutalement, la loi des suspects n'étant plus en vigueur.
U était également interdit de rappeler l'ancien calendrier Mies fêtes qu'il mentionnait. On ne pouvait le réimprimer M le publier sans être poursuivi. La surveillance du direcioiie s'étendait sur les almanachs, qui devaient être absolu- Daent conformes au calendrier nouveau (1).
Le repos forcé du décadi était tellement contraire aux lubitudes, et occasionnait tant de vexations, que les fonc- Monnaires eux-mêmes s'y résignaient difficilement. Les i^s du Haut-Rhin eurent la hardiesse de demander à prendre leur repos le dimanche et à siéger le décadi. Cette proposition fit bondir de colère le ministre de la justice, ^nissieux : le 3 pluviôse, il écrivit une lettre indignée au ^mmissaire du pouvoir exécutif près les tribunaux du dé-
(i) Ainsi les jacobins de Wissembourg signalèrent au ministre de la police on almanach qui mentionnait les fêtes de Noël, de Pâques, les ^^^'^ de l'ancien calendrier (en supprimant toutefois la qualification de *^t), les deux ères, ancienne et républicaine, les poids et mesures an- ^i*iu. Ut le dénoncèrent violemment comme fanatique et antirépublicain, ^ *« plaignirent de l'accusateur public de Strasbourg, qu'ils trouvaient ^P mou. Le ministre lui communiqua cette dénonciation, qu'il avait P^ très au sérieux. L'accusateur public et le juge de paix du Heu lui '^^Poadirent (311 germinal an IV), que ce serait s'engager dans une voie ''*« difficile , qu'il faudrait alors poursuivre bien du monde, et l'afiaire ^ i^ta là, grâce à l'inertie calculée de certains fonctionnaires, mais ce ^* fut pas la faute du gouvernement. {Archives, F, VII, 7117.)
parlement. 11 a vu cette demande « avec surprise, surtoil avec douleur »> , et elle lui a été présentée comme « une déférence que les juges ont eue pour V opinion bien prononcée dup&t pic en faveur du dimanche ». LUndignation le transporte, i déclame sur « les deux monstres du royalisme et du fanitisme... L'intolérance est là, elle n'attend qu'un signal poar persécuter et fanatiser ». Il exige que le tribunal se repoti le décadi, et siège « les prétendus dimanches et fêtes »,flt prononce défaut « irrémissiblement contre les parties ooki défenseurs qui affecleraieut de ne pas s'y présenter ». Ainsi plaideurs et avocats devront opter le dimanche entre h, messe et Taudience! Raison de plus pour que Génissiem fasse bien vite la protestation de tolérance à laquelle tooi bon révolutionnaire qui vient de \1oler la liberté de cottscience se croit obligé : « Cette exécution de la loi n arien* commun avec la liberté indéfinie de tous les cultes. ))0h!(^ \ tainemcnt ! et il ne croit pas si bien dire! « Elle n'empècke pas le juif de célébrer son sabbat, l'Asiatique son vendredi, un autre sa férié {{). » Gomme cette dernière expression est bien trouvée! La plume de ce grossier prôtrophobe scre* . fuse à tracer les mots de chrétien et de dimanche I
Le directoire suscitait beaucoup de tracasseries à Téglis^ : constitutionnelle, mais la détestait moins que l'église catholique. 11 voyait avec plaisir les dissensions religieuscSi et Tanimosité des constitutionnels contre les réfractairesî il utilisait parfois les schismatiques, comme dénonciateors et comme espions, mais, cependant, il ne leur pardonna^* pas de former une église chrétienne, qui prétendait conU' nucr l'ancienne, au point de vue spirituel, et, en cette qu*' lité, bénir les mariages et solenniser les dimanches et 1^ anciennes fôtes. Les révolutionnaires, à l'exception de qud' ques jansénistes, perdus dans leurs rangs, regrettaient toO* que la religion chrétienne eût survécu à la Terreur. Les pb*' losophes, comme les jacobins, s'étaient crus débarrassés ^
(1) Débatx et Décrets, ventôse an IV, p. 47.
•ont jamais des dimanches et des fêtes, des baptêmes, des nittriages à Téglise, des mandements épiscopaux, etc., etc. cltleur déception était grande. Les plus modérés commenigùent à s*y résigner, mais la majorité des révolutionnaires M flattait toujours de venir à bout du christianisme par la "Violence et la ruse.
L'article 354 de la constitution de Tan III défendait de : salarier aucun culte : cette disposition avait été faite contre ^^ les constitutionnels, si bien salariés par la constitution de L- Si ; à la différence des catholiques, ils ne récoltaient que -. fort peu d'argent, et leur situation était extrêmement diffi- H cîle. Néanmoins, les évêques réunis poursuivirent leurs prok jets de réorganisation, et répandirent en France une [ ««conde lettre, du 13 décembre 1795, qu'ils appelèrent encore encyclique, afin de tracer à leurs adhérents certaii&es règles à suivre en attendant un concile. Gomme dans la f première lettre, ils se déclarent les seuls représentants de l'église de France.
t « On ne sera pas pea surpris de voir en la disgrâce du père ■ commun des fidèles, une église qui a soufi*ert une des plus horril ^les persécutions dont les annales saintes aient conservé mémoire.»
I Us avouent la disgrâce : c'est encore un progrès ! 11 est l difficile de pousser Taudace aussi loin. Sans doute, ils ont Été maltraités vers la fin de la Terreur; mais ce qu'ils ont sobi est bien peu de chose, à côté de la persécution endurée depuis si longtemps par le clergé catholique !
« Depuis les mai-tyrs de Lyon, jusqu'aux victimes de septembre ^t de la Loire, quelle nuée de témoins de la foi de Jésus-Christ dans l<is Gaules ! »
On a beau être habitué à l'impudence révolutionnaire, élevant de pareilles choses, on ne peut s'empêcher, au prêter moment, de se demander si on a bien lu I L'église institutionnelle revendique pour elle les martyrs de sep- ^mbre, qu'elle a longtemps dénoncés comme des conspira- ^ïirs, dans toutes ses chaires, et qui ont été emprisonnés, *8orgés, pour lui avoir refusé leur adhésion, tandis qu'elle Palpait ses traitements, et que ses dignitaires briguaient les
suffrages des électeurs pour se faire nommer à la convention!
Les évèques réunis se montrent un peu plus réservés qn d'habitude sur les brefs du pape : ils parlent du troabi que causent des « bulles vraies ou prétendues », puis s*j dressant au pape lui-même :
« Faat-il que l'église soit tourmentée en votre nom par des prédicateurs de la révolte et de Tanarchie, par des menaces et des écrits qu'on vous attribue, tandis qu'un mot, un seul mot de votre part eût pu réunir les esprits dans un môme sentiment? »
Ce mot ou plutôt cette petite phrase : « Tenez les bref: pour faux », qu'ils demandaient avec tant d'instance, n*airî vait jamais : et les indifférents se disaient que si les bref étaient réellement supposés, le pape l'aurait déclaré depoi longtemps, dans son propre intérêt; et les constitutionnel voyaient avec rage que leur déloyal stratagème était peic à jour.
Après avoir proclamé, comme dans la première lettre, 1 primauté d'honneur et de juridiction du pape, les évftquc réunis font des déclarations de principes et tracent quelque règles à leur église :
« Regardent et condamnent comme une astuce employée p^ tous les hérésiarques, le langage et la conduite de ceux qui, saH égard à la différence des temps et des lieux, et sans respect povi la décision des pères, des papes, et des conciles, affectent de 0< reconnaître comme sage et légitime que ce qui a eu lieu dans 1^ premiers âges. » (Règle 43.)
Et voilà les hommes qui, en 1791 et 179S, étaient si pro* digues de dissertations sur la nécessité de reprendre l6S usages des premiers temps, et d'invocations ampoulées à b primitive église ! Mais maintenant, certains prêtres constitutionnels prétendent que dans la primitive église, le rôle des évêques était tout à fait insignifiant; et les évèques intntf ne veulent plus qu'on reparle des anciens usages. Aussi condamnent-ils énergiquement le presbytérianisme I Ils foui en outre, contre le divorce et le mariage des prêtres, des protestations qui les honorent.
Ils se mettent à réformer la constitution civile au profi des évêques : il ne doit plus y avoir de vicaires épiscopaul ils trouvent que c'est « une institution mal assortie ». Us tracent aussi des règles pour l'élection des évêques. î^^
toutes les paroisses, le curé, ainsi que tout citoyen âgé de
^û0 et un ans, connu comme catholique, aura droit de
^ote. Le métropolitain est juge canonique, le concile juge
d'appel. Le nouvel élu écrira au pape comme il était prescrit
par la constitution civile.
Les évèques réunis font en outre deux déclarations très
f importantes. Ils protestent contre la suppression de leurs
f traitements. La nation, disent-ils, a enlevé au clergé ses
^ biens, en prenant à sa charge les frais du culte, et ellen*a
t V^ tenu sa promesse I Ils déclarent que la bonne foi a été
fonlée aux pieds.
Hs s'adressent ensuite aux catholiques, font les grands cœurs, les désintéressés, se déclarent très éloignés du -• schisme et tout disposés à céder leurs évèchés, « que les besoins extraordinaires de l'église nous ont forcés d'accepter ». C'est leur habitude, de faire les généreux, de se déclarer prêts à remettre leurs diocèses aux légitimes titulaires, s'ils reviennent, lorsqu'ils sont bien sûrs que le gouvernement ne les laissera pas revenir. D'ailleurs, ils supplient secrètement le directoire de ne pas les laisser ren- *fer;puis, en public, ils disent hypocritement aux fidèles, pour justifier leur intrusion persistante : « Mais quand nous ïïous retirerions, nous ne ferions pas revenir les anciens Salaires I »
L'abbé de Boulogne réfuta leurs impudentes assertions ^vec beaucoup d'énergie :
« De quel front parlez-vous d'une persécution dont vous
^Tez été les premiers instruments, dont vous avez retiré les premiers avantages, qui n'a été commencée que par vous et pour vous ; ^ni sans vous n'eût peut-être pas existé, sans laquelle certainement Vous n'existeriez pas vous-mêmes, et que peut-être même il ne tient pas à vous de ressusciter encore ?
« Tant qu'il n'a été question que de dépouiller, massacrer,
emprisonner les anciens pasteurs, vous avez appelé cette violation de toutes ces lois, justice, châtiment mérité, mesure nécessaire; ce n'est donc que quand cette violence s'est étendue un moment jusqu'à vous, que vous l'appelez fureur, atrocité, intolérance: ainsi Ta voulu la justice du ciel ! Vous avez commencé par être persécuteurs, vous avez fini par être persécutés : installés par des soldats, des soldats vous ont chassés : vous aviez envahi la maison d'autmi : on a fini par vous mettre à la porte ; il fallait vous attendre
à cette triste et humiliante parodie ! Ou a d* abord persécuté les anciens évoques pour anéantir la religion catholique, et on yous a ensuite persécutés pour anéantir toute espèce de religion : od a chassé les anciens pasteurs pour envahir leurs biens, et on a chassé les nouveaux pour profiter de leur salaire. Tout cela n'est-il pas dans Tordre ? Qu'avez- vous à vous plaindre ?
« Il n'y a pas même jusqu'à votre machiavélisme religieux qui ne vous ait été parfaitement rendu. Vous aviez supposé, contre toute évidence, que les évoques légitimes s'étaient démis, et on a supposé ensuite que vous renonciez tous à votre ministère ! Vous aviez supposé que le peuple ne voulait plus de ses anciens pasteurs, et on a supposé ensuite que le peuple n'en voulait plus d'aucune espèce! Vous traitiez de fanatisme leur respect pour les anciennes règles, et l'intérêt que vous aviez d'être attachés aux nouvelles a été traité aussi de fanatisme ! Vous aviez concouru à la profanation des vœux religieux, et on a voulu vous forcer de vous marier ! Vous insultiez à la délicatesse de ceux qui refusaient de prêter le serment, et on a ri des vains scrupules de ceux qui, parmi vous, refusaient de se déprêtriser! Je vous le demande, évêques citoyens, si les impies ont eu une logique si pressante et si rigoureuse, à qui la faute ? » (Annales religieuses, tome II, p. 350.)
L'écrivain catholique leur répondit aussi sur la prétendue inutilité de leur renonciation à Tépiscopat :
« Ce que je sais, c'est que si nous n'avons pas, par l'abandon de vos prétendus sièges, nos légitimes évêques, nous n'avons plus du moins les mauvais, et que privés de ceux que la violence nous a ravis, nous ne serons plus du moins affligés par la vue de ceux que la violence nous a donnés... Ainsi, partez toujours, nous aurons gagné quelque chose... »
Bientôt les constitutionnels montrèrent des velléités d'établir de nouveaux évêques et d'assurer l'existence de leur église : le directoire en fut très irrité, et résolut d'abord de les entraver dans l'exercice de ce droit si bien garanti parla constitution. Il y avait à Versailles un vieil abbé janséniste nommé Clément : il était possesseur d'une assez belle fortune, et avait toujours .convoité l'épiscopat. Il s'était fait constitutionnel, et en 1795 il était devenu président du presbytère constitutionnel de Seine-et-Oise, l'évôché étant vacant, depuis 1793, par la mort d'Avoine. Il se mit dans la tête de réaliser son rêve, et de se faire nommer évêque. L'entreprise était hardie : suivant toute apparence, le gouvernement devait s'y opposer; d'ailleurs, la constitution
rile étant abrogée, son système d*élection était devenu ipraticable, et les constitutionnels ne l'avaient pas encore odifié officiellement. Mais ce vieillard presque octogétire croyait le terrain suffisamment préparé, et voulait se ire élire par ses amis le plus vite possible. Le 15 déceme(24 frimaire), il convoqua une réunion de constitution- Ispour remplacer Avoine, et, le 18 janvier (28 nivôse), il tint dans Téglise Saint-Louis une seconde, qu*il qualifia synode. Clément et ses adhérents, fort peu nombreux reste, se réunirent plusieurs fois, singèrent toutes les émonies des synodes, et prirent plusieurs décisions, afin relever Tégliso constitutionnelle de Seine-et-Oise et de donner un chef. Ils se montrèrent attachés à l'ancienne -ipline, condamnèrent le mariage des prêtres, fiétrirent Onduite des apostats, ordonnèrent des prières pour la )blique\ et écrivirent au pape suivant la pratique de ise constitutionnelle. Enfin, ils décidèrent qu'ils élidt un évoque le 25 février. Les autorités locales en préent le directoire, qui fut extrêmement irrité de leur ace. Il avait espéré que Téglise constitutionnelle, abannée par TÉtat, s'éteindrait bientôt ; il crut que, par un p d'autorité, il se débarrasserait de Clément, et intimilit assez les constitutionnels pour n'avoir plus à redoudans l'avenir aucune tentative de ce genre. Sur son re, les autorités de Versailles arrêtèrent tous les prêtres toliques et constitutionnels, et poursuivirent les organiurs du prétendu synode. Les prêtres mariés furent tés comme les autres, mais ils obtinrent bien vite leur rté, en fournissant la preuve de leur mariage. Bien que catholiques eussent été autant et plus maltraités qu'eux, tonstitutionnels crièrent partout qu'ils étaient les auteurs ;ette persécution. Le jour fixé pour l'élection, les scellés nt mis sur l'église Saint-Louis, et le directoire prit l'arsuivant :
Le directoire exécutif, vu le rapport du ministre de la police irale, sur un écrit imprimé, ayant pour titre : « Actes du synode par les curés du diocèse de Seine-et-Oise, le siège vacant à ailles, dans l'église cathédrale de SaintrLouis, le 18 janvier et s suivant de J.-C. 1796, et le 28 nivôse an IV de la république çaise » ;
« Considérant que, dès les premières li^es de cet écrit, les auteurs et signataires insultent ayec audace à la ré?olalioD, par les regrets qu'ils manifestent pour l'ancien régime, et qu'ils s'efforcent de faire partager aux habitants de la commune de Versailles, en leur rappelant avec une douleur perfide les faveurs que leur prodiguaient les anciens tyrans ;
« Que par un prétendu statut synodal, rapporté page 47, ils ont ouvert une correspondance officielle avec une puissance étrangère faisant partie de celles actuellement coalisées contre la république ;
« Qu'au mépris de l'article 204 de l'acte constitutionnel, ils ont établi un tribunal, et déjà même exercé le pouvoir judiciaire, par un prétendu jugement rapporté page 23 ;
Que par un autre prétendu statut (page 30), ils défendent d'admettre aux fonctions dont ils sont investis ceux qui se troureraient engagés dans les liens du mariage, qu'ils déclarent également odieux à Dieu et aux hommes (page 27) ;
« Que proscrire l'union conjugale quand il faut régénérer les mœurs et attacher tous les citoyens à la patrie par les liens les plus chers ; la proscrire sous un gouvernement qui l'honore et la récompense, et chez un peuple dont les lois punissent en quelque sorte les célibataires par un surcroît d'imposition, c'est attenter tout à la fois à la morale publique et à l'intérêt social, à la constitution, et qu*une association qui professe ces prtftctjpes subversifs doit être rangée parmi celles que prohibe l'article 360 de l'acte constitutionnel; enfin, que la tranquillité publique est menacée, par la convocation que les signataires desdits actes ont eu l'audace d'adresser a au peuple du diocèse de Seine-et-Oise (page 45), (^est-à-dire à l'universalité des citoyens de l'un des départements les plus populeux de la république, pour qu'ils se rendent en leur église cathédrale de Saint-Louis, le 25 février prochain, sous le prétexte de procéder à l'élection d'un évoque. Que cette convocation est une violation manifeste de la loi du 3 ventôse an troisième, laquelle porte (article 7) : « Aucune proclamation, ni convocation publique, ne peuvent être faites pour y inviter au culte les citoyens », et qu'elles donneraient lieu à un des attroupements proscrits par l'article 366 de la constitution, et dont les provocateurs doivent être punis conformément aux dispositions du code pénal,
Arrête ce qui suit :
« Art. I®'. L'édifice de la ci-devant église de Saint-Louis, à Versailles, servant de lieu de rassemblement au soi-disant synode du diocèse de Seine-et-Oise, sera fermé sur-le-champ.
« Art. 2. L'administration du département de Seine-et-Oise est chargée de prendre les plus promptes mesures pour empêcher le rassemblement convoqué par l'écrit imprimé, ayant pour titre : « Actes du synode tenu par les curés du diocèse de Seine-et-Oise, le
ège vacant k Versailles, dans Téglbe cathédrale de Saint-Louis, i 18 janTier et jours suivants de J. -G., 1796, » imprimé àVer- &ines.
« Art. 3. Le commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal riminei du département de Seine-et-Oise, dénoncera à Taccnsateur (oblic près le même tribunal les auteurs et signataires dudit écrit, omme coupables de contravention : 1® à Tarticle 7 do la loi du I Tcntôse an III, sur Texercice du culte ; 2** aux articles 360 et 366 le Tacte constitutionnel, pour être procédé à leur égard conforméuent aux dispositions des lois précitées.
<c Le ministre de la police générale de la république est chargé le Texécution du présent arrêté. Signé : Letoumeur, président ; ^agarde, secrétaire générai. (Débats et Déa'etSyYent^se an IV, p. 122.)
Cet arrôté est un document très important pour Thisoire religieuse des dernières années de la révolution. Le lirectoire, en voulant frapper le synode constitutionnel de ITersailles, s'est trouvé entraîné à exposer nettement sa nanière de comprendre la liberté religieuse, et à déclarer |ae le parti révolutionnaire, dont il était le représentant, uitendait imposer formellement aux chrétiens des docbrines réprouvées par leur loi religieuse.
Écrire au pape, même une lettre impudente, repousser les prêtres mariés, remplacer un évêque mort, sont autant le crimes aux yeux du directoire !
Fidèle à la tradition révolutionnaire, il joint Thypocrisie L rintolérance, et torture impudemment les textes législaits pour y chercher des restrictions à la liberté de concience. Gomme il veut à toute force imposer le divorce et B mariage des prêtres, irdéclare que repousser des prêtres nariés, c'est « proscrire Tunion conjugale », et débite sur la Qorale des phrases indignées, qui font un effet bien plus idicule encore dans un acte émanant de pareilles gens! iTraiment la pudeur de Barras a été alarmée par le synode ! Lie directoire, avec une insigne mauvaise foi, ose, pour ce motif, invoquer contre les adversaires du mariage des prêtres Tarticle 360 de la constitution sur les sociétés contraires à Tordre public : en outre, pour empêcher la réunion qui doit procéder à l'élection, il a l'aplomb de déclarer qu'elle tombe sous le coup de l'article de la loi du 3 ventôse, défendant toute convocation publique pour le culte, et constitue en outre une provocation à un attroupement prohibé.
Une lettre de quelques prêtres répandue parmi les fidèles constitue-t-elle une convocation publique? Là est la question, et elle ne peut être douteuse; car si Ton admet le système du directoire, la loi interdit toute convocation, tout avertissement écrit ou verbal pour faire savoir qu'un office a lieu à telle heure, ce qui est tout simplement absurde et contraire à la constitution, qui garantit la liberté du culte. Peut-on davantage soutenir que cette - réunion était contraire à Tordre public d'après Tarticle 360?
Mais les révolutionnaires, dans leur rage contre la religion, torturaient effrontément toutes les lois, pour empêcher l'exercice des droits les plus élémentaires du chrétien. Beaucoup de prêtrophobes avaient Timpudence de soutenir que les mandements constituaient un acte extérieur du culte (1) et que leurs auteurs devaiei^t être poursuivis. Il ne faut pas oublier qu'il s'agissait des évêques constitutionnels et non des réfractaires. Du reste, le directoire, qui qualifiait la convocation synodale de convocation publique, en torturant la loi de ventôse, découvrit bientôt, en torturant aussi la constitution, que son article 360 interdisait à tout Français de se dire évoque, parce qu'il se disait ainsi chef d'une corporation supprimée par la loi, et prétendait exercer une autorité sur les citoyens sans avoir une délégation légale, ce qui était une violation de l'article 19 de cette même constitution !
Le 17 ventôse, les prêtres inculpés comparurent devant le directeur du jury criminel : on les interrogea sur les accusations portées dans l'arrêté du directoire; on leur adressa plusieurs reproches ridicules : ils n'auraient pas dû parler de presbytère, ni se servir du mot curé, mais dire ministre du culte, suivant le jargon révolutionnaire; cependant le jury donna tort au directoire, et prononça qu'il
(i) Dans le numéro du 29 ventôse an IV (t. 11^ p. 188) des Annales delà Religion j Lecoz soutient une vive polémique contre Real, publiciste révolutionnaire, qui déclare les lettres pastorales des actes extérieurs du culte prohibés par la loi, traite Tépiscopat constitutionnel de « magistrature clandestine w, et invoque contre lui, au sujet du mariage des prêtres, les décrets du 17 juillet et du 12 août 1793, condamnant à la déportation les évéques et les prêtres qui l'interdisent. Lecoz lui répond : « Que ne citez-vous les arrêtés de Carrier? » Le système de Real sur les mandements était professé par un grand nombre de révolutionnaires.
n'y avait pas lieu à accusation. L'église Saint-Louis fut rendue au culte en germinal. Il en était presque, en 1796, des constitutionnels avec le directoire, comme des catholiques en 1792 avec les constitutionnels et la législative : on lançait contre eux les plus graves inculpations, on ne parlait que de lois violées, d'actes séditieux, et tout s'évanouissait à l'audience! Aussi, comme en 1792, les tribunaux étaient-ils accusés de faiblesse par les révolutionnaires I
L'église constitutionnelle, sentant la nécessité de nommer des évoques, se fit bientôt des canons à elle-même pour régler les élections. Le directoire, en s'opposant à une entreprise tentée par quelques prêtres isolés, avait éprouvé un échec; lorsque, un peu plus tard, la secte tout entière éleva la même prétention, il n'osa point la combattre ouvertement. Clément réussit alors à se faire élire. Dans le Haut-Rhin, Berdolet, curé de Soultz, fut sacré, le 22 thermidor, sans opposition du gouvernement. Cependant, les révolutionnaires ne reconnaissaient pas aux églises chrétiennes le droit de s'organiser comme elles l'entendaient, et parfois ils le leur déniaient violemment. A peu près à la même époque, les constitutionnels de l'Eure voulurent se réunir pour nommer un successeur à l'apostat Lindet; un arrêté de l'administration le leur interdit, parce que cette réunion aurait pour résultat « d'établir un culte exclusif et dominant..., de ressusciter une prétendue hiérarchie et de prétendus pouvoirs méconnus par les lois ». Quelles lois? et comment le culte serait-il plus exclusif avec un évêque en titre qu'avec des curés? L'administration déclarait, en outre, qu'il était de son devoir de prémunir contre l'hypocrisie de ceux qui, abusant de l'indulgence nationale, ne cessent de prêcher la désobéissance aux autorités légitimes (1). C'était déclarer que ces autorités légitimes ne voulaient pas tolérer les évêques.
Les révolutionnaires auraient dû logiquement interdire aux curés l'exercice du culte I Tout ce qu'ils disaient contre les évêques leur était applicable ! Comme l'évêque, le curé a une autorité spirituelle; elle est bien moins étendue sans doute, mais elle existe, et si la constitution prohibe
(l) Annales de la Religion, t. III, p. 355.
toute autorité spirituelle, elle prohibe aussi celle du curé. Mais les persécuteurs ne se sont jamais souciés de la logique. Ils supportaient les prêtres constitutionnels pour faire concurrence aux réfractaires et se donner un air tolérant, mais un épiscopat quelconque les offusquait. Us voyaient dans les constitutionnels des hommes qui avaient été un moment utiles à la révolution , et consentaient à les laisser exercer à peu près leur métier pour vivre ; mais ceux-ci devaient, pour prix de cette demi-tolérance, se décatholiser de plus en plus, en renonçant complètement à s'organiser, et surtout à se perpétuer.