‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 2)Chapitre 21 sur 71 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

§ I. Abrogation de Tarticle 10 de la loi du 3 brumaire. — Le directoire soutient que les lois de persécution n*en subsistent pas moins. — Résistances locales à la persécution. — Les cinq cents paraissent disposés à mettre en liberté les prêtres reclus. — Honteuses manœuvres du directoire. — Il réclame dans un message le droit de déporter les prêtres arbitrairement.

§ II. Le directoire n'admet à la déclaration de vendémiaire que les ecclésiastiques qui ont prêté les serments antérieurs. — Vexations infligées par lui aux catholiques. — L'exercice du culte est repris en fait dans une grande partie de la France. — Nouvelles violences des révolutionnaires à Marseille. — Excès des troupes dans TOuest. — Grande perturbation produite en Belgique par l'exigence du serment.

§ III. Lutte entre les catholiques et les constitutionnels. — Nombreuses rétractations. — Les constitutionnels prétendent encore n'avoir jamais été condamnés par le pape. — Leurs manœuvres. — Lecoz prétend que Robespierre a terrorisé dans Tintérêt du catholicisme. — Grégoire et l'abbé Nusse. — Le directoire a l'idée d'exiger du pape la rétractation de ses brefs contre la constitution civile. — Grand émoi des constrtutionnelSf qui se trouveraient ainsi convaincus de mauvaise foi. — Bref du 5 août 1796. — Son authenticité est contestée. — Ce n'est en réalité qu'un projet de bref en vue d'une négociation éventuelle entre le pape et le directoire. — Clément élu évêque de Versailles par les constitutionnels.

La fameuse loi du 3 brumaire, dont rarlicle iO ressuscitait contre les prêtres tonte la législation persécutrice, fut, aux cinq cents, l'objet de longues discussions. Le 16 brumaire an V, ce conseil la modifia profondément : les articles de 7 à 16 furent supprimés. Le 14 frimaire (4 décembre 1796), le conseil des anciens ratifia cette résolution: ainsi, le fameux article 10 était abrogé, mais Ton discuta sur la portée de cette suppression, et la persécution ne fut pas encore arrêtée. Ceux qui soutenaient que les lois contre les prêtres avaient été abrogées par la constitution,

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âécJarèrent aux partisans de cette législation que la disparition de Tarticle 10 de la loi du 3 brumaire ne leur laissait plus Tombre d'un prétexte pour l'appliquer. Ceux- <îi répondirent que la loi du .3 brumaire ordonnait seulenient l'exécution d'anciennes lois, et que son abrogation partielle ne les faisait nullement disparaître. Le directoire continua toujours à exiger qii\?lles fussent appliquées. G^pendant l'abrogation de celte loi de brumaire, qui, suivant l'énergique expression de Dupont de Nemours, avait établi « l'intolérance religieuse et les cachots de Tinquisi- ^^u », leur enlevait un argument assez spécieux, qui avait ^ait clire à certaines personnes : duj*a lex, sed lex; et beaucoup d'administrations inclinèrent davantage vers la tolé- ^auce. Quelques-unes mirent les prêtres reclus en liberté, naalgré le directoire. Ainsi, le 8 nivôse an V, le commissaire près l'administration du département des Landes lui ^^ lïi. réquisition suivante :

. ** BLon devoir m'oblige à vous communiquer une lettre du mi- ^ïst^i^e de la police générale de la république, concernant la con-

^^t.^ que je dois tenir envers les prêtres insermentés. Elle est du - . ^^mairej et par conséquent postérieure à la loi qui rapporte Var-

j — iO de la loi du Z brumairCy et qui a été définitivement arrêtée ^ ^ frimaire. Le visa du directoire exécutif est du lîj, l'intervalle I ^-^^e le visa et la lettre est de trois jours. Le ministre veut que A ^ prêtres insermentés soient arrêtés, il veut que je veille à ce que ^-^'tes les lois contre eux soient ponctuellement exécutées. Il veut ^'^^ je m'oppose à ce qu'ils reprennent l'empire qu'ils avaient fondé ^ ^'^ les préjugés religieux : il est impossible de concilier avec ces ^ ^^res l'élargissement des prêtres insermentés. L'article 193 de la -, ^stitation commande la subordination envers les ministres : on

^^->:chie des pouvoirs. Je demande que l'on suspende de prononcer j^^^^* l'élargissement des prêtres insermentés, jusqu'à ce que le mi- ^^^tre de la police générale ait révoqué les mesures consignées ^^ns sa lettre du 18 frimaire, dont on vient de faire lecture. >> (Ar- ^^ive5,F,Vn, 7275.)

Mais l'administration, se fondant sur l'article 18 de la ^^institution, qui garantit la liberté individuelle, et sur l'abrogation de la loi du 3 brumaire, déclara que la détention ^es prêtres n'était autorisée par aucune loi , ni mandat de Justice, et que par conséquent tous les arrêtés qu'elle avait

pris précédemment en exécution de l'article 10, étaient rapportés, et les prêtres détenus ou en surveillance mis en liberté. D'après un état du 1" brumaire an V, vingt et un prêtres étaient détenus à Mont-de-Marsan, d'autres étaient en surveillance (1).

Les juges répugnaient encore plus que les administrateurs à l'application des lois de la constitution civile '.Vabrogation du fameux article 10 porta le dernier coup àla persécution judiciaire. Le 4 pluviôse, le tribunal de Neveri mettait en liberté quatre^prêtres qui lui étaient déférés, e& se fondant sur l'article 3 de la déclaration des droits, sor la constitution et rabrogation]de la loi de brumaire (2). I^ ministre de la police dénonça avec indignation à son collègue de la justice les magistrats qui avaient rendu ce jugement*

Personne ne croyait plus à la durée de la législation persécutrice. Les pétitions des religieux belges supprimé^ firent hésiter un instant les cinq cents, et, le 9 nivôse ' Mailhe, jadis partisan zélé de la constitution civile, regretta hautement qu'en France la suppression du clergé n'etiu^ pas été graduelle et sans violence, et demanda au consel d'épargner à la Belgique <( les maux que trop de précipita-^ tion fit peser sur la France ».

Le parti de la persécution était très inquiet. Les révolu-* tionnaires avaient entassé mensonge sur mensonge, ca-^ lomnic sur calomnie pour faire voter les lois contre les prêtres ; ils agissaient de même pour empêcher ou tout au moins retarder leur abrogation. Le 20 pluviôse , les cinq cents envoyèrent au directoire des dénonciations contre les prêtres de l'Alsace (3). La discussion sur les ecclésias-

(1) Cette administration, ainsi que beaucoup d'administrations cantonales du département, était dénoncée depuis longtemps, et par les révolutionnaires et par les constitutionnels, comme traitant les prêtres avec trop de douceur. Le 14 et le 19 thermidor an IV, Tévéque constitutionnel Sauriue envoyait au ministre de la police des listes de patriotes destinés à remplacer les administrateurs suspects de protéger les réfractaires. {Archives, F, Vil, 7275.) Aussi, après le coup d'État de fructidor, l'administration centrale fut révoquée, ainsi que beauooup d'agents municipaux.

(2) Archivesj F, VII, 7237.

(3) A la séance du 13 ventôse, Ehrmann démontra, par des pièces, que les faits avancés étaient faux. L'auteur de la dénonciation, nommé Albert, était un ancien . prêtre constitutionnel, qui s'était proclamé lui-même un imposteur.

tiques devait venir le 24 pluviôse : mais Dubruei fut obligé de déclarer que son rapport n'était pas prêt, parce que le ministre de la police venait d'envoyer de nouvelles pièces. C'était de la part du directoire un parti pris de retarder une discussion dont il n'augurait rien de bon. A la fin de la séance, il envoya un message furieux contre les prêtres réfractaires, qui, suivant lui, portaient le trouble dans toute la France : « Le sang des républicains coule, et c'est le fanatisme qui le verse. » Ils portent la dévastation dans plusieurs contrées, ils sont les agents d'une vaste conspiration royaliste. Des mesures de rigueur sont indispensables. « Mais nous devons vous le dire, citoyens représentants, la peine de mort^ édictée contre ceux qui entreprendront d'enfreindre leur ban et de rentrer dans le sein de la république, est précisément ce qui kur assure C impunité par son excessive rigueur, » 11 propose donc de leur donner, comme on l'a déjà fait, un délai pour se retirer, passé lequel ils seront déportés dans les colonies. Cette mesure serait môme appliquée aux départements pacifiés de l'Ouest :

« Mais votre sagesse vous fera sans doute accorder au gouvernement quelque latitude dans l'exécution, en déterminant que la déportation ne pourrait se faire, dans ces départements, qu'individuellement, et 'par arrêté rendu contre l'individu nominativement désigné f sur un rapport préalable du ministre de la police générale. On pourrait donner la même latitude d'exécution relativement aux prêtres sujets à la réclusion ». (Débats et Décrets, ^Iwfiôse anV, p. 423.)

Le directoire renonce cette fois à toute protestation de tolérance, et réclame l'anéantissement du clergé. S'il demande la déportation au lieu de la guillotine, ce n'est point par humanité, il en convient lui-môme. 11 faut renoncer à faire guillotiner ou fusiller par centaines les prôtres rentrés. Ainsi, plus de commissions militaires, plus de pelotons d'exécution ou d'échafauds , tout cela est usé et rappelle beaucoup trop le règne de Robespierre! Mais si l'on entasse les prôtres dans des prisons bien malsaines, pour les envoyer ensuite dans des colonies oîi l'ardeur du climat, les maladies , la misère, en débarrasseront bientôt le gouvernement, on arrivera au résultat désiré ; les prôtres périront au loin par centaines, par milliers, et l'opinion pu*

blique n*cn sera guère émue. Le directoire veut déjà recourir à la guillotine sèche I En effet, ce qu'il demande n'est, en somme, que le fameux article 24 do la loi du 19 fructidor, qu'il fit voter immédiatement après le coup d'État. Ce message du 24 pluviôse est très important, car il prouve que l'affreux système de déportation en Guyane, sur un ordre arbitraire du directoire, ne fut pas inventé par les auteurs du coup d'État de fructidor, dans un moment d'exaltation révolutionnaire et dans l'enivrement du succès, mais qu'il était bien prémédité depuis longtemps, et publiquement préconisé par le directoire , môme avant l'arrivée du nouveau tiers.

c< Le sang coule 1 » disait le directoire avec une feinte horreur! «Le sang coule,» répétaient en chœur tous ces révolutionnaires qui avaient fait couler tant de sang, et voulaient en faire couler encore I et ces tartufes répéteront que le sang coule, jusqu'au coup d'État de fructidor. Sans doute, certains actes de vengeance avaient effrayé toute la horde révolutionnaire. Après thermidor, quelques grands criminels avaient été punis, mais, suivant l'expression de Doulcet, la convention avait distillé sa justice goutte à goutte, et beaucoup de scélérats jouissaient de la plus scandaleuse impunité. Aussi, des scènes terribles de lynchage avaient eu lieu, en l'an III, dans plusieurs communes! Quelques terroristes avaient été assassinés, et la justice, fort mal organisée par les lois révolutionnaires, n'avait pas toujours réussi à découvrir les meurtriers. Les témoins étaient introuvables ; c'était à qui ne parlerait pas, les uns, par peur, les autres, par haine pour la victime. Le parti révolutionnaire jetait les hauts cris; tous ces petits Robespierre , tous ces petits CoUot d'Herbois de village ne voyaient plus que des Cécile Renault, et des Ladmiral , et accusaient là justice de complicité avec les meurtriers. Elle aurait dû procéder dans ces affaires comme le tribunal révolutionnaire contre les prétendus assassins de Léonard Bourdon, contre Cécile Renault et ses parents : frapper à tort et à travers sur toutes les personnes suspectes de religion, de royalisme ou de girondinisme , comme au beau temps de la Terreur. Le directoire, voyant que les conseils étaient disposés à adoucir les lois de proscription, attribuait systémati-

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[uement tous ces meurtres aux prêtres et aux émigrés. Et )Ourtant tout le monde savait que ces actes ne leur étaient ^ imputables. Leurs auteurs véritables étaient presque lous des individus de la classe inférieure. Les révolutionnaires avaient insulté, opprimé, dévalisé une multitude innombrable de paysans, d'ouvriers ; et de toutes leurs victimes, c'étaient bien celles dont le ressentiment était le pins tenace et le plus sauvage, qui tenaient le plus à tirer de leurs affronts une vengeance personnelle. Un ancien membre d'un comité révolutionnaire, qui avait rempli les prisons par ses dénonciations, taxé une foule de gens riches et pauvres, fait guillotiner quelques notables, ^mbait mortellement frappé d'un coup de feu sur le seuil lie sa porte, ou bien était trouvé mort près d'une haie, la ^te fracassée par des coups de gourdin. Ce n'était pas le ?rtlre , ni l'émigré rentré , qui avait commis le meurtre >our venger un père ou un frère guillotiné, c'était un villat^ois que le terroriste avait fait jadis enfermer comme ^pect, qu'il avait spolié de son petit pécule, sous pré- '*te de taxe ou de réquisition, ou en échange de sa liberté ; ^ ITiomme avait dévoré les affronts, s'était vu enlever ses 'OUomies de plusieurs années, en jurant, à part lui, qu'il ' Vengerait; il avait froidement calculé, prémédité sa ven- '^ce, et s'était fait justice, après avoir longtemps épié ^ homme et pris sournoisement toutes ses précautions ^r n'être pas découvert l Les révolutionnaires de province, stimulés par les agents

directoire, envoyaient aux cinq cents une multitude de •^onciations contre les prêtres. Le 25 pluviôse, le direc- **e, si pressé en paroles d'arriver à une solution , envoya ^ eux soixante-six liasses de pièces qui retardèrent encore <iiscussion. Ces dénonciations sont assez curieuses; on -connaît que beaucoup de citoyens sont furieux d'être en ^Hde partie ruinés par les assignats ; que le soldat revient

l'armée très mécontent d'un gouvernement qui le traite ■ïial (l),et pour unique remède à tous ces maux l'on pro-

*) « Il jure qu'il souffrira la mort plutôt que de retourner à son poste. *■ manqué de subsistances, de vêtements, de souliers et de tout ce ^^ U avait besoin : il déteste la république et ceux qui la gouvernent. » l^Port du ministre de la police. Débats et Décrets, pluviôse an V,p. 466.

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pose de donner la chasse aux prêtres ! Qu'on les fuse (Siparaître, et les populations ne s*aperceTront plusquel'ai' signât ne vaut rien, et cesseront de se scandaliser d« Tagiotage, et le soldat ne sentira plus ses privations!!* fausseté de certaines dénonciations fut établie (1). Le directoire et ses agents recouraient aux plus honteuses manœuvres pour agir sur les conseils et sur l'opinion publique Philippe Delville les démasqua publiquement :

« Comme inciiibrc de la commission, je dois déclarer que pamni les nombreuses liasses transmises par le directoire , il n'en est p*^ une qui ne cuiifienne quelque imposture sur chaque département. Je ne crois pas que le gouvernement ait Tintention d'influencer 1* commission pour lui arracher quelques mesures révolutionnaires, mais s*il eût eu celte intention, en vérité, il n'aurait pu mienis y prendre qu'il n'a fait. » (Débats et Décrets, 22 ventôse an V, p. 35 1 -)

La mauvaise foi du directoire devenait tous les jours plus évidente; il parvint sans doute à retarder la discussioD mais comme le nouveau tiers allait bientôt arriver, les partisans de la liberté religieuse prirent le parti d'attendre l« résultat des élections ; ainsi la discussion sur les prêtre* « tant de fois annoncée, no put être entamée qu'après le rc nouvellement. On verra plus loin comment la nouvelle m*^ jorité des conseils traita la question religieuse, et par qu©** moyens le parti persécuteur, légalement battu, reprit pos-* session du pouvoir.

Après avoir étudié les actes du directoire et des conseils f nous allons maintenant jeter un coup d'œil sur la situation religieuse de la France depuis la fin de Tan IV jusqu'avi renouvellement des conseils.

Le directoire continue à appliquer la loi du 7 vendémiaire, comme si elle exigeait la prestation antérieure da

(i) Une pétition contre les prêtres, signée d'un agent municipal (Tufl* commune des Landes, produisit une assez vive émotion. Le 22 ventôse, Darracq déclara que la commission avait vérifié que les faits dénoncés étaient faux, que la lettre était signée d'un faux nom, et que son autour avait usurpé le titre d'agent municipal. Débats et Décrets, ventôse an V,

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Berment de la constitution civile ou de celui de liberté et égalité. Il aurait bien voulu exclure le petit nombre de prêtres catholiques qui avaient prêté ce serment non condamné, nuiis c'était impossible, parce qu'il aurait trop franchement ftvorisé les constitutionnels, et exclu en même temps quelqoes-uns de leurs adhérents. Le 8 ventôse an IV, il avait fait fermer Téglise Saint- André des Arcs à Paris , comme wr?ant à un ressemblement illégal et contraire à la tran- ?ûillilé publique. En brumaire an V, un prêtre catholique, '*abbé Lhermitte, demanda à s'en rendre adjudicataire; ^i^ on exigea de lui non seulement le serment de vendé- Dïiaire, mais encore la preuve qu'il avait prêté les serments ^^ la constitution civile. Il soutint qu'on ne pouvait lui demander que le serment de vendémiaire. Le ministre de '^ police lui répondit :

*•.. Les intentions du directoire à cet égard sont formelles.

* Vous êtes dans Terreur, citoyen, quand vous prétendez que la senle obligation à laquelle soient tenus, aujourd'hui, les minis- "^ da culte catholique, est la soumission ordonnée par la loi du ' ^«ndémiaire an IV. La loi du 3 brumaire n'est pas rapportée, 1 article 10 ordonne formellement l'exécution des lois des 26 no- ▼cnil)re et 26 août déjà citées, à l'égard de tous prêtres salariés alors pj^j. le gouvernement, et jusqu'à ce qu'une loi nouvelle ait •'^^nlé ces dispositions, elles doivent recevoir leur exécution. »

C*est la loi du 3 brumaire qui, pour le moment, sert de *^^€ au système de persécution. Le ministre écrit en même

^ps au bureau de police que le directoire exige avant

^^ de l'abbé Lhermitte qu'il justifie des serments do 1790 ^, *t792, ainsi que les trois prêtres qui veulent desservir

Rlîse avec lui ; il termine ainsi ;

** î^ans cet état de choses, je vous charge de prendre les me* , ®s convenables pour vous assurer si Lhermitte, Suleau, Rolland, '^^"^er, ministres du culte catholique, ont prêté les serments r^^^rits par les lois du 26 décembre 1790 et du 26 août 1792,

^^ le cas où ils auraient été alors prêtres salariés par le gouvei> , ^.'^^nt, afin de pi'endre à leur égard les mesures ordonnées par les ^^* 4e désire, citoyens, que vous vous occupiez sérieusement et ^^^ptement, et que vous rendiez compte du résultat, afin que, de ^r^^ côté» je puisse en donner connaissance au directoire exécu-* *^* >» (Arc/iives, F, Vil, 7192.)

^ti voit que le ministre tenait à faire tout au moins dé^

porter ces quatre ecclésiastiques. Le directoire et ses principaux agents étaient exclusivement dominés par le fanatisme antireligieux, et voulaient à tout prix empêcher les catholiques d'avoir cette église; aucune considération politique ne pouvait expliquer leur acharnement, puisque le commissaire près Tadministration municipale avait dit, dans son rapport, que ces quatre ministres du culte, « au nombre desquels Lhermitte, sont des hommes paisibles, qui ne s'ingèrent en aucune manière dans le régime politique, et qui jouissent de Testime et de la confiance publique ». Il ajoutait que la réouverture de Téglisc Saint-André des Arcs n'aurait aucun inconvénient pour la tranquillité publique, et que les citoyens du quartier la désiraient vivement.

A Paris, tous les ecclésiastiques catholiques ou constitutionnels étaient surveillés de très près. La police cherchait à connaître les rétractations. Des notes de l'an V dénoncent Roussineau, ex-curé de Saint-Genais, Girard, curé de Saint- Landry, et les prêtres de Saint-Eustache comme soupçonnés de s'être rétractés. Le bureau central, dans un rapport du 1" pluviôse an V, constate que, le 23 frimaire, on lui a rendu compte de la rétractation de quatre prêtres de Saint- Gervais, entre les mains de MM. de Dampierre, de Damas et de Malaret, vicaires généraux de M»' de Juigné, et il est question de les poursuivre.

Le directoire, qui conservait précieusement les lois de la constitution civile, avait fait un crime aux constitutionnels de Versailles de s'être conformés à cette même constitution civile en écrivant au pape : il devait naturellement persécuter les catholiques à cause de leurs rapports avec le saint-siège. En nivôse an V, l'abbé Salomon, ancien conseiller clerc, fut traduit devant la justice comme coupable de correspondance avec la cour de Rome. Le jury déclara qu'il avait eu des intelligences avec une personne étrangère, mais non ennemie de la France, et sans mauvaise intention. Le directoire fut très mécontent de cet acquittement.

Malgré ces vexations, le culte catholique était exercé à Paris dans un grand nombre d'églises et de chapelles. Le jour de la Toussaint de 1796, M»' de Barrai, évêque de Troyes, officia solennellement aux Minimes et confirma plus de trois

CATHOUQUES ET CONSTITUTIONNELS. 517

cents personnes. L*évêque de Saint-Papoul officiait publiquement dans réglise de rinstruction-Chrétienne, qui servait alors de chef-lieu à la paroisse Saint-Sulpice. Il fit à Noël une ordination nombreuse (i). Les schismatiques et les révolutionnaires étaient fort mécontents de Taffluence des fidèles dans les églises catholiques ; un jourûal du temps tAmi de la Patrie, déblatérait, en février 1797, contre Tabbé Dubois, prédicateurcatholique qui, touslesdimanchesetfôtes, réunissait aux Minimes plus de deux mille personnes autour de sa chaire. Ce journal constatait avec rage qu'on y venait des quatre coins de Paris et même de la campagne, et qu'il Se trouvait dans cet auditoire beaucoup de ci-devant parlementaires et privilégiés ;

« Tandis que le respectable député Grégoire officie dans l'église de Saint-Paul, rue Saint-Anloine, avec toute la décence et la sim- {^Ucité possibles, que ses discours respirent l'amour de la patrie «t le plus pur républicanisme : aussi l'église est déserte, et l'audi- 'loire ne monte pas à plus de cinq cents personnes. »

L'infériorité de l'église constitutionnelle était évidente, kien qu'elle offrît beaucoup plus de sécurité à ses fidèles. Xic même journaliste dénonce un abus terrible dans les églises catholiques : « On y fait la quête comme sous l'ancien régime. » Les quêtes étaient un des cauchemars des prôtrophobes. La constitution et la loi de vendémiaire interdisaient toute subvention ou dotation aux églises; cette dernière loi édictait des peines contre ceux qui, par injures ou violences, voudraient forcer les citoyens à contribuer aux frais du culte. Les révolutionnaires appliquaient ces dispositions légales avec leur mauvaise foi habituelle. Déçus dans

(1) On trouve daus les Amiales religieuses rénumération des principales églises ou chapelles où le culte catholique était célébré à cette époque; c'étaient rinstruction-Chrétienne, la Conception, chef-lieu de Saint-Roch, dont l'église fut rendue au culte après le renouvellement des conseils; aux Minimes, chef-lieu de la paroisse de Saint-Paul; à Saint- Eustache, à Saint-Nicolas du Chardonnet, Saint-Jacques du Haut-Pas, Tabbaye Saint-Oermain, Saint-Thomas d'A^uin, Saint-Nicolas des Champs, Saint-Benoit, Saint- Louis, les Missions-Etrangères, Saint-Leu, la Sainte- Chapelle, l'Abbaye au Bois, les Blancs-Manteaux, les Filles-Bleues, Bonne-Nouvelle, les Capucins de la Chaussée-d'Antin, la Madeleine, les Eudistes, le Saint-Esprit, les Dames de la Croix, les Orphelines, la Visitation, Saint-Chaumont, le Gros-Caillou, et un grand nombre de petits oratoires très-fréquentés, et servant de succursales.

518 CONSTITUTION CITILE DU CLBMÉ.

leurs prévisions par la générosité des fidèles, ils Toulaie] Tentravcr à tout prix. La quête dans les églises était i moyen bien simple et bien volontaire de subvenir ai besoins du culte ; néanmoins, les prètrophobes déclamaie sottement contre elle et la déclaraient un abus de Tancû régime. DanS les campagnes, on faisait de son mieux : 1 uns donnaient en nature, les autres en argent, les pi aisés, ou les plus zélés, prenaient la plus grande partie d frais à leur charge : les paysans, qui avaient été si obéi pendant la Terreur, avaient parfois beaucoup de mal à su venir aux besoins les plus urgents, mais cependant le cul se maintenait partout. Les prètrophobes en étaient furie pour deux motifs : d'abord, parce que leurs espérances trouvaient déçues ; ensuite parce quejles paysans, toujov sensibles à la moindre aggravation de leurs charges, toi naient naturellement leur mauvaise humeur contre ces i volutionnaires qui les forçaient à subvenir aux frais de le culte, après avoir déclaré si solennellement que TÉtat s* chargeait pour toujours. Sur ce sujet, catholiques etcons tutionnels étaient parfaitement d'accord. Les révolutio naires, voyant que le régime des cultes non salariés ne de nait pas les résultats qu'ils avaient espérés, recouraient divers moyens d'intimidation, pour empêcher les chi tiens de donner leurs offrandes. Les cotisations les pi volontaires étaient impudemment qualifiées de taxes^ et 1 personnes qui les percevaient soumises à une multitude vexations. Si Ton disait aux ignorants qu'il fallait absol ment subvenir aux frais du culte par des dons volontaire qu'il était de leur dignité et de leur devoir, comme chi tiens, d'y contribuer suivant leur fortune, on était accusé vouloir forcer par menaces les citoyens à contribuer culte, et menacé soi-même de poursuites judiciaires. ] directoire recourut aux plus honteux moyens pour e£fray les fidèles, et leur faire croire qu'ils s'exposaient à des da gers sérieux en recueillant, ou même en donnant de Ta gent pour les frais du culte.

Certains administrateurs s'étudiaient à torturer la I du 7 vendémiaire, pour interdire les quêtes. Ainsi, le 22 fru tidor an IV, l'administration d'Indre-et-Loire , après ave constaté qu'il se faisait des quêtes en nature au profit d

ministres du culte, déclara que les citoyens pouvaient être influencés par les sollicitations des quêteurs et la crainte de passer pour ridicules, et que, par conséquent, la loi du 7 vendémiaire, interdisant toute taxe, était violée; elle arrêta « que défenses sont faites à tout citoyen de faire aucunes quêtes, sous quelque dénomination que ce soit, pour les dépenses d*un culte ou pour le paiement du ministre (1) ». Beaucoup d^administrations et de fonctionnaires cherchaient ainsi à prendre la religion par la famine. C'était une violation impudente et de la constitution et de la loi du 7 vendémiaire. On avait établi en principe que les citoyens exerceraient leur culte à leurs frais, mais dans la pratique, le gouvernemont employait toute sorte de manœuvres, et même de menaces, pour les empêcher de donner leur argent.

Il cherchait aussi dans les lois sur Tétat civil des prétextes de persécution. Il s'obstinait à défendre aux prêtres de prendre note des baptêmes et des mariages. Certains révolutionnaires osaient même prétendre que le prêtre catholique, ou constitutionnel, ne pouvait conférer le baptême à un enfant avant que sa naissance eût été déclarée à la municipalité. Le gouvernement fut obligé de s'expliquer sur cette

(1) Annales religieuses, t. III, p. 587. La question des frais du culte donnait lieu à de graves difficultés. Des associations avaient loué des locaux pour l'exercice du culte : Pouvaient-elles refuser d'y admettre ceux qui ne contribuaient d'aucune manière à la dépense? La loi du 11 prairial an III avait mis certaines églises à la disposition des fidèles, sans exiger aucun loyer, mais u à la charge de les entretenir et réparer ainsi qu'ils verront, sans aucune contribution forcée ». Fallait-il entendre cette dernière disposition comme interdisant seulement toute contribution imposée par la commune , ou comme enjoignant de ne rien demander à toute personne qui se présenterait dans l'église, pas même le prix de sa chaise? Les révolutionnaires soutenaient ce dernier système, qui favorisait leur espionnage et rendait l'organisation du culte plus difâcile. Le 15 floréal an V, sur une question faite par la commune de Rabastens (Tarn), le ministre de là police répondit que les citoyens qui ont loué ou acquis une ci-devant église, peuvent y faire exercer le culte par tel ministre qu'il leur plaît, pourvu qu'il ait fait la déclaration, et n*y admettre que tels ou tels citoyens, sans que personne puisse élever la prétention de partager avec eux un local qui est devenu une propriété privée, et que le nombre des individus admis ne pouvait être restreint jusqu'à dix (art. 16 de la loi du 7 vendémiaire). Ainsi donc, dans les églises louées, on pouvait n'admettre que ceux qui contribuaient aux frais. Mais pour les églises ouvertes en vertu de la loi du 11 prairial? Le ministre évitait de trancher la question. Archives^ F, VII, 7237.

question (1). Le baptême importait peu aux chefs du parti révolutionnaire : ils tournaient tous leurs efforts contre le mariage religieux; aussi cette étrange prétention ne fut pis appuyée en haut lieu.

Depuis le rejet de la résolution du 17 floréal par les anciens, les agents du directoire dans les départements constatent que les chrétiens sont pleins d*espoir et se montrent encore plus audacieux. L*administration du Gard prend inutilement des mesures de persécution; le S9 frimaire, Rabaut jeune, son commissaire, écrit au ministre que les prêtres officient publiquement au son des cloches, et que « la discussion au sujet de la loi du 3 brumaire a fait rentrer par Marseille les prêtres jpar centaines : ils inondent notre département, et ceux de TArdèche et de la Lozère ». Le !27 nivôse, les députés du Gard disent la même chose : les autorités sont sans force ; « les colonnes mobiles ne sont rien moins qu*utiles. » Le 1" ventôse, le commissaire du canton de Saint-Léon, dans la Dordogne, annonce que dans un grand nombre de communes les prêtres sont rentrés, qu'ils revalident les mariages des constitutionnels, rebaptisent les enfants, et que les autorités les laissent faire ou les favorisent. « Déjà les élections sont prépof'ées par cet cannibales (î2). »

Le 25 vendémiaire Tadministration de la Drôme ^ril qu*elle a pris inutilement les arrêtés les plus rigoureux contre les i)rôtres, contre les signes extérieurs du culte, que les agents municipaux les favorisent. Le llî brumaire, le commissaire près le canton de Bort (Gorrèze) écrit au ministre '.

« L'esprit public est toujours le môme, et la prévention cùntrt k régime actuel est au-dessus de V expression. Nous avons une multitude de prêtres déportés et revenus, pour lesquels le peuple est leplw incliné,les recèle et protège singulièrement. » (Archives^ F, VII, 720^.)

Il se plaint aussi de la rentrée des émigrés et constate

(1) Le commissaire près le canton de Charost (Nièvre), avait fait ttM circulaire, dans laquelle il déclarait qu^il n'était permis de baptiser qu'après l'acte civil. Un prêtre écrivit au ministre de Tintérieur pour lui demander s'il approuvait une pareille exigence; il lui répondit, le 11 vendémiaire an V, qu'on pouvait parfaitement baptiser soit avant, soi après l'acte civil. Archives, F, VII, 7192.

(2) Archives, F, VII, 7237.

CATHOUQUES ET GOHSTITUTIONIfBLS. 521

que la fête de la république a été célébrée avec bien peu d'eothoasiasme.

A Marseille, les révolutionnaires recommençaient les violences de floréal an IV. Le général Willot, qui commandait alors la force armée à Marseille, en rendit compte dans une lettre du 29 frimaire an V. Les citoyens s'étaient rassemblés dans réglise Saint-Laurent, après avoir fait au bureau central toutes les déclarations requises : mais Micoulin, commissaire de la municipalité du Nord et zélé partisan du directoire, prétendit que les déclarations auraient dû être faites devant lui; et, bien qu'elles eussent été acceptées par l'autorité supérieure, il envoya dans Téglisc un commissaire de police.

M Le commissaire, nommé ?***, anarchiste prononcé, Tun des hommes les plus immoraux qui existent dans cette commune, se présente avec quatre satellites de sa trempe. Ils entrent dans l'église le chapeau sur la tête, le sabre nu à la main, interrompent le prêtre dans Texercicc de ses fonctions sous prétexte d'examiner ses papiers, et répandent partout le scandale et Tépouvante. Les citoyens, revenus de leur première terreur, veulent représenter et défendre leurs droits; malgré l'insolence des commissaires, ils continrent leur indignation, et fléchirent sous Tappareil des lois. Les commissaires firent fermer l'église, et d'après leur exposition, le citoyen Micoulin dressa sur-le-champ un procès-verbal, dont sans doute copie vous a été adressée, et dans lequel il n'aura pas manqué de dénaturer la vérité, en donnant à cet événement les couleurs les plus insidieuses. Il est faux qu'il y ait eu aucune résistance, aucun attroupement armé. » {ArchiveSy F, Vil, 7024.)

Il déclare que, depuis ce temps, les autorités ont tout mis en usage pour éluder les déclarations et empêcher les citoyens d'exercer leur culte, et elles y ont réussi. A Aix et aux environs de Marseille, le culte est libre. « Cette exception prouve, ainsi que tant d'autres, que ces prétendus patriotes exclusifs ne veulent qu'une république et une constitution pour eux seuls. » Le rapport du commissaire Fabre, du bureau central, s'accorde parfaitement avec le récit de Willot : et il s'agissait de prêtres qui avaient satisfait à la loi du 7 vendémiaire !

Le 13 brumaire, Royer, évoque constitutionnel de l'Ain et député, écrit que le pays se fanatise, et exalte l'utilité à la république du clergé constitutionnel. Grâce sans doute à

522 coirsTiTunoH cnni.G du cLOfiÉ.

ses réclamations aaprès des autorités, on recommença à poursuivre les réfractaires (1).

A Troyes, catholiques et constitutionnels étaient en présence et possédaient plusieurs temples; Téglise Saint- Pierre leur était commune, mais ce rapprochement forcé des deux partis, amenait des disputes, parfois même des rixes. Les anciens chanoines, depuis 1795, s*étaient réinstallés à la cathédrale ; Tun d'eux, Tabbé Maydieu, administrait le diocèse au nom de M^ de Barrai. Les agents du directoire ne pouvaient s'empêcher de rendre hommage à ses talents. Le !25 ventôse, le commissaire près l'administration municipale de Troyes s'exprimait ainsi sur son compte , en envoyant au ministre de la police une lettre qu'il prétendait avoir été perdue par le destinataire, et ramassée décachetée, mais qui devait avoir été volée par un bon patriote :

'i Cotte lettre vous donnera la preuve qu'il existe encore dans la république, et notamment dans le département de TAube, une corporation sacerdotale^ dont le chef est M. Tabbé Maydieu. Il parait que cet homme, qui n'était que chanoine, sous le prédécesseur de l'évoque constitutionnel, a mérité d*ôtre élevé à un grade supérieur, puisqu'il s'intitule V. g. (vicaire général). Il est aujourd'hui promoteur aux cures du diocèse de Troyes, il reçoit à la pénitence les prêtres assermentés; H en est peu, même parmi ces derniers ^qt^il ne ramène au gijvn de l'église catholique y apostolique et romaine. Il jouit d'ailleurs d'une haute considération pour ses talents et ses connaissances dans la science théologique. » {Archives, F, VU, 7237.)

Dans le département voisin de l'Yonne, la majorité du clergé avait eu la faiblesse d'accepter la constitution civile au début de la révolution. Mais après la Terreur, beaucoup d'ecclésiastiques se rétractèrent et se mirent en règle avec la loi du 7 vendémiaire. Gomme leurs rétractations n'avaient pas été publiques, les autorités ne pouvaient invoquer aucun motif légal pour les tourmenter. 11 existe aux archives un rapport très long et très détaillé, fait par le commissaire près les tribunaux de l'Yonne, sur la police des cultes dans ce département. Ce rapport contient de précieux renseignements sir la situation religieuse de cette contrée vers le milieu de l'an V. Le ministre de la police

(!) Archives, F, VII, 7204.

CATHOLIQUES ET CONSTITUTtOHirELS. 5ÎS

iviit prévena le commissaire que la loi de vendémiaire élaitTiolée dans ce département, parce qu*on fermait les temples aux prêtxes mariés et aux citoyens qui ne contribuaient pas aux dépenses du culte. Ni la loi de vendémiaire, ni ancune autre, n'autorisait le ministre à s'immiscer dans les affaires religieuses, pour aucun de ces deux motifs ; mais sous ce régime de séparation absolue de Téglise et de TÉtat, les révolutionnaires restaient toujours fidèles aux pires traditions de la constitution civile I

Le commissaire lui envoya^ canton par canton, le nombre des prêtres qui échappaient à l'application des lois de persécution, soit comme constitutionnels, soit comme anciens constitutionnels, ou contre lesquels on ne pouvait rien prouver. 11 s'élève à près de 350. Les administrations des deux diocèses de Sens et d'Auxerre ont été reconstituées. A Auxerre, le commissaire dénonce l'existence de vingt-neuf prêtres, la plupart anciens chanoines, qui sont censés assermentés et acceptant la loi du 7 vendémiaire. Il est proba- We qu'ils avaient prêté le seul serment de liberté et égalité en 1792. Us se sont emparés de l'église Saint-Étienne grâce i un mouvement populaire ; en ce moment, ils possèdent Saint-Étienne et Saint-Eusèbe , et l'administration municipale autorise l'ouverture de deux autres églises. Bien qu'en '^gle avec la loi, ils ne sont point constitutionnels, car ils ont rétabli la hiérarchie ecclésiastique et fait nommer trois vicaires généraux, agissant au nom de l'évêque catholique, M'' Champion de Gicé; et ces vicaires généraux donnent des pouvoirs aux prêtres seuls qui le reconnaissent pour évoque, et se soumettent à une pénitence, lorsqu'ils ont jadis méconnu sa juridiction en acceptant la constitution civile. Le commissaire déclare qu'instruit de l'existence de « cet établissement monstrueux))^ il s'est empressé de le dénoncer à la police, et de traduire devant la justice le grand-vicaire Viard, comme correspondant avec les émigrés et voulant rétablir la hiérarchie ecclésiastique ! Mais le tribunal correctionnel l'a acquitté sur les deux chefs, et son jugement a été confirmé par le tribunal criminel. Depuis, le commissaire n'a plus voulu s'exposer à un nouvel échec.

A Sens, l'administration archiépiscopale a été également réorganisée par vingt-trois prêtres qui se trouvent dans la

môme situalion légale que ceux d*Auxerre. Le commissain constate, « que presque tous les ecclésiastiques de Tarroiidissement ont aussi rétracté leurs serments entre les mains des ci-devant vicaires généraux, mais qu*il n*y a aucun acte authentique de ces rétractations verbales ». Il déblatère contre celte « juridiction contraire aux principes républicains, rétablissant Tancienne hiérarchie que les noiiTclies lois ont détruite » ! Le commissciire, comme beaucoup de fonctionnaires du directoire, professait hautement que réUblir la hiérarchie catholique, c*était violer les lois. Quelles lois? Impossible d'en citer une seule; mais cette misérable objection n*a jamais arrêté les révolutionnaires ! Seulement, les tribunaux étaient assez peu patriotes pour la trouTer péremptoire, et pour acquitter les prévenus.

En dehors des prôtres soumis à la loi de vendémiaire, des réfractaires parcourent le pays. L'un d'eux vient d'être arrêté à Sens et mis en réclusion ; trois autres sont en fuite i plusieurs citoyens ont été inquiétés pour les avoir aidés, mais le jury vient d'en acquitter deux. Des religieuses annonciades, qui avaient prêté le serment de liberté et égalitéi sont venues, le 29 vendémiaire, déclarer à l'administration municipale qu'elles le rétractaient. Celle-ci, après leur avoir fait inutilement de nombreuses représentations, * refusé de recevoir leur rétractation, parce que « cet acte était dicté par le fanatisme le plus délirant».

Le commissaire passe ensuite les cantons en revue : il QO*' litie beaucoup de prêtres, assermentés en apparence, de fanatiques, parfois même » plus que fanatiques». Dansbean* coup de cantons, il y a eu des troubles à l'occasion de ta vente des presbytères. Il y a eu aussi quelques émeutes au sujet de Tarrestation de prêtres réfractaires; quelques se* ditieux ont été condamnés à des peines légères, les autres acquittés, et le commissaire se plaint de l'indulgence des juges. Dans le canton de l'Ouvaine, il s'est passé une scène caractéristique de l'époque :

« Les ministres de ce canton n'ont pas rétracté, mais ils ont dé claré publiquement, dans les édifices de leur cuite, qu'ils deman daient pardon à Dieu et aux auditeurs, de tout ce qu'ils avaien fait sous le règne de la Terreur. » (ArchiveSj F, VII, 7237.)

Ces prêtres avaient sans doute livré leurs lettres. Dan

laines communes, à Châtel-au-Loir, à Dornat, canton ^riselles, dans trois communes du canton de Saint-Cléml, le peuple, faute de prêtres, fait encore exercer le lie par des laïques. Le commissaire reconnaît :

« Que le peuple est très attaché aux cérémonies de son culte, que cet attachement va, dans certaines communes, jusqu*à la su- STstition.

« Que nonobstant les réquisitoires réitérés des agents municipaux, lies arrêtés des administrations centrales et municipales^ le son w cloches se fait entendre dans toutes les communes pour convoiter aux cérémonies du culte. »

Il se plaint beaucoup des tribunaux. On voit les signes exérieurs du culte dans beaucoup de communes. Il reconnaît iw*il est extrêmement difficile d'appliquer, la loi du 7 ventémiaire : « Il serait peut-être dangereux dans ce moment en requérir Texécution avec trop de rigueur. » Mais il n'en ^tpas moins partisan de la persécution : il désire que les fôtres soient exclus de l'éducation, que l'État se débarrasse w églises et des presbytères, et organise les fêtes décadrés, «non par des représentations ridicules >), mais par des 'ances publiques, des jeux publics.

On peut juger, parce rapport, de la situation religieuse un grand nombre de départements. Les fonctionnaires esieat d'empêcher les actes les plus élémentaires de la lirté religieuse; on est obligé de recourir à des subterfus légaux pour avoir des prêtres, et encore, dans certaines mmunes, on est réduit à faire célébrer des offices de itaisie par le sacristain ou le maître d'école 1 Les populaos réclament énergiquement l'exercice libre de leur te, et les prêtrophobes ne sont entravés dans leur œuvre persécution que par la crainte des soulèvements popu- 'es,et rindépendance des tribunaux.

jB département de la Côte-d'Or avait été l'un des plus rastés parles énergumènes antireligieux. Mais ses popuions, longtemps opprimées par une bande de scélérats, ient restées chrétiennes au fond du cœur, et elles accouent en foule au-devant des missionnaires catholiques. Le floréal, le commissaire du canton de Corgolain écrit au (listre de la police que le fanatisme fait de grands rava- ;. Des missionnaires rétablissent le culte dans les villages,

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Lé-r ::l . i-Z-'f-f ii-::u^«> k1?:«z:ii1î±c:: >< départeoieats de r^I'iws; f-: L^^Lrs:z.L:»*îi: j^^ tc*c^» q^'eBes p»:>uTaîent saisir. A^ji^L. iuLf -i ^Lr-^-f . ji *. • r*rt=i2^ a£ V. \t prêtre cilbobriH 5:«êl iHsriLt^iTs. Ltî « t^at^Hïnatre an?, TÎcaiieà \r'rr-4r:> ^-: i'?^:^ t.l? ff** >:Ici:s. qui d*abordled^ p:c— lij«-; < -.^tz.f^^r-; c* >?* Labiis ^jut ne point i«s rkzâT *î If lirif reci fz ;:-:e s^rur.îê de conps de brfott- -■^t;.^ : Lr> ?\:^ t: '.«è-* rr^juics de* troupes empê- •:iii:-f--. Il :l: = L--fr:^ :* s>iéia-ir>f. Le 19 bramaire. >^ aiii:i-f*n".ccr^ îi-> Cl :-:-î-i>-N'>n: dénonçaient an ministre d-t li p»:lx^ ri -5:Tir$ &fNis5i=.its oMnmi< sur de* Chouans

i* Tc-n* exr^hser les omis*-

qi-ti:** i-: ^i* tr:'^ irri:** : files <« î-r««îten'» d'elle9^niêiBes.Si !e* «IJ::-i=s r*i:r:> ■=: r»ç-* «.."zt fajil]*5 sans jurement, ils ti* m*r:=.- ^:^^1I r>^:. :r::z:-î::^^r. ♦: r^rlr ie* armes à la main... !îoas cr^:-7 :-!:?. à- fzr; . -*. çz* ^^rîAin5 aii.îUin?*. aocoatumès an piUtp pesdâ::; le* tr: w:l<!^. «c».^r:eni impatieemient l'éiat de paix.*

Pendant lor..;cSip>. le clergé belge ne fat pas assujetti formellement aaxlois fran^^aises restrictires de Texercice du

,1 Ar^.hir<f. F. VA, TiSS.

.3 Un rérolotii'i^aire •!« Vire écrit, 1« 8 bmmjLÎre, au ministre de 11 police pour Tiiiviter à renir en aide aax prêtres constîtiitioQB«le : Qt sont duu la misère : ils ont beancoup risqué pour la conttitatioa et eepeadaot • le plu soaTeraia mépris est derena leur partage «. ^rdbtref, F, VU, 7204.

'8; Don Pioux. t, III. p. 389.

ulte. Mais, le 7 pluviôse an V, le directoire prit un arrêté i»sez singulier, qui publiait et déclarait exécutoires en Belgique certaines dispositions de la loi du 7 vendémiaire an IV; Btt outre, un extrait de celle du 3 ventôse et, ce qui est Msez curieux, la loi du 7 juin 1791 contre les brefs du pape. Le culte n'ayant pas été aboli complètement en Belgique comme en France, cette législation paraissait encore ^us vexatoire aux Belges qu'aux Français. Le clergé et les catholiques protestèrent énergiquement, et soutinrent V^eces lois n'étaient pas régulièrement publiées dans leur pays. Le 9 floréal, le clergé de Bruxelles écrivait à Tadministration centrale :

« Nous ne connaissons aucune loi qui ait autorisé le directoire à ^ÏMiisir celles d'entre les lois déjà faites avant la réunion, ou les extraits de quelques-unes d'entre elles, pour en faire l'application ***ns le pays. Nous ne connaissons pas non plus de loi qui Tauto- ™^ à juger l'époque précise à laquelle telle ou telle loi sera ap-

ûes jurisconsultes d'Anvers publièrent une consultation '^s habile sur l'inconstitutionnalité et l'irrégularité de cette •^blication, et démontrèrent que le directoire ne pouvait ^s publier ainsi les lois par parties. Le clergé et les fidèles ^**otestèrent partout. On fut unanime pour se plaindre des Nouvelles exigences du directoire, mais il y eut, comme en 'rance, dissidence sur la question de savoir si le serment lu 7 vendémiaire, tenu par tous pour vexatoire, pouvait ^tre prêté en conscience. Le clergé belge, n'ayant pas été ssujetti aux serments antérieurs, pouvait envisager la uestion autrement que le clergé français. On écrivit, 3mme en France, de nombreuses brochures dans les deux ms. Huleu, archiprôtre de Saint-Rombaut, de Malines, s'atra de vifs reproches en déclarant ce serment licite, dans le brochure écrite en flamand. L'archevêque de Malines censura. Mais Huleu n'était pas partisan en principe de loi du 7 vendémiaire, car, dans une autre brochure adresiC aux cinq cents, il déclara que sa publication était es malheureuse pour la Belgique, et supplia le conseil 5 l'arrêter. Il avait regardé ce serment comme licite, ais s'était abstenu du ministère : pour lui, qui n'avait is de parusse, c'était facile, et il 1'% fait « pour ne pas

s*exposer à la censure du peuple, qui commence à suspecter la religion des ministres qui se prêtent à faire la soumission». Mais il est aisé de prévoir qu*un grand nombre de curés refuseront le serment, et cette suspension du coite exaspérera un peuple si attaché à sa religion, et pourra entraîner les plus grands maux. Il demanda naïvement un sursis à Tapplication de la loi du 7 vendémiaire dans les départements réunis, afin d'avoir une réponse du pape. Le peuple, persuadé avec raison des mauvaises intentions du directoire, était, dans certaines localités, très irrité contre les ecclésiastiques qui prêtaient le serment du 7 vendémiaire, et les assimilait aux constitutionnels. A Gand, le clergé flt Tacte do soumission, mais dans beaucoup de villes il en fut autrement. A Anvers, un prêtre, malgré rindignation générale, fut arraché de Tautel par les gendarmes pendant qu'il célébrait la messe. 11 y eut des troubles très graves à Malines. Le curé de Saint-Jean de Bruxelles fut condamné à 500 livres d'amende et à trois mois de prison pour infraction à la loi du 7 vendémiaire. Il ^^ appela devant le tribunal criminel qui, malgré les efforts de l'accusateur public et du commissaire du gouvernement» l'acquitta aux applaudissements delà foule. Les prêtres s'étaient crus autorisés, par ce jugement, à reprendre leurs fonctions, le jour do la Pentecôte; des commissaires ^^ police avec des agents et des soldats envahirent les églis^^ qui étaient pleines de monde, en mirent seize prêtres arres^ tation et en dénoncèrent beaucoup d'autres.

Le 26 floréal, le directoire prit, contre le clergé belge» un arrêté dont Merlin était le rédacteur. Quelques-uns de ses membres avaient demandé du temps aûn de consulter le pape: on leur répondait par la loi du 3 juin 1791, qui défendait de faire circuler des brefs du pape. C'était absurde! Cette loi avait été faite au point de vue de la constitution civile, et la loi du 7 vendémiaire avait tranché tout autrement la question religieuse. Le futur courtisan de Bonaparte déclara la souveraineté du peuple une vérité éternelle et imprescriptible. Merlin opposa aussi au clergé l'article 19 de la déclaration des droits. « Nul ne peut, sans une délégation légale, exercer aucune autorité. » Sous une constitution qui proclame la séparation de l'église et de

CATHOUQUES ET CONSTITUTIONNELS. M9

Ut et la liberté des cultes, c*était' faire preuve à la fois ^tUse et de mauvaise foi, car cet article ne concernait idemment que les fonctionnaires publics, et ne pouvait ippliquer à la juridiction spirituelle, dont Tacceptation lit parfaitement libre et volontaire. D*ailleurs, on ne sauit trop le répéter, si ce principe avait été vrai pour le> ipe et pour les évèques, il l'aurait été aussi pour les simes curés, et l'exercice du culte aurait dû leur être interdit. 1 légiste de la force de Merlin ne pouvait pas sMllusionsr un seul instant sur Tabsurdité de ce raisonnement ; tte fois encore, le jurisconsulte éminent s'est effacé comitement derrière le mangeur de prêtres ! En Belgique, beaucoup d'ecclésiastiques furent ainsi rédtsà exercer en secret. Les fidèles, privés de leurs pasteurs, rendaient en foule dans les églises à une heure indiquée, 8*anissaient d'intention à la messe qu'un prêtre disait ns une cachette. Le directoire avait lieu d'être content : > Belges étaient, au point de vue religieux, tout à fait ûtés en vrais Français I

&i Savoie, le commissaire près l'administration du déttement dénonçait avec fureur les progrès des réfractes, qui exerçaient le culte publiquement. Les paysans Soutenaient, des individus armés de bâtons les escor- ^nt pour les défendre. Le culte était rétabli complète- 'Ht dans toute la Tarentaise et le Haut-Faucigny. « Queles agents municipaux mêmes et tout le monde les protè- U(l)», écrivait, le 23 frimaire, le commissaire de Beaufort.

Pendant les années 1796 et 1797, les rétractations furent s nombreuses. Dans plusieurs diocèses, elles se comptèit par centaines. A Marseille, le même jour, dans la ime église, plus de quarante prêtres abandonnèrent le lisme. A Paris, dans le courant de l'an Y, les douze prê- 8 de Saint-Eustache, les constitutionnels qui occupaient paroisses de Saint-Thomas d'Aquin, de la Madeleine, de

l) Archives, F,yU,120i.

T. rv. 34

la Yille-rÉvèque, dn Gros-Caillou, et beaucoup d'auUes revinrent à Torthodoxie : certains ecclésiastiques publiarent des rétractations très étendues et maintenant trèscurieuses à consulter. Dans plusieurs départements, le clergé constitutionnel se trouva réduit à quelques amlntieux déçus.

La meilleure partie de ce clergé revint donc à rorthodoxie pendant la période comprise entre la fin de la Terreur et le 18 fructidor. Ces ecclésiastiques, qui avaient d'abord prêté serment, moitié par peur, moitié par entraînement pour les nouvelles idées politiques, avaient perdu toutes leurs illusions pendant la Terreur; ils s'étaient, du reste, peu compromis; on les accueillait à bras ouverts. D'autres avaient abdiqué ou livré leurs lettres, mais ils étaient vraiment repentants et se soumettaient volontiers à toutes les pénitences qui leur étaient imposées. Malhett* reusement, presque tous les évoques constitutionnels, avec un certain nombre d'intrigants et de sectaires jansénistes» persévéraient dans le schisme et entraînaient à leur snit^ des prêtres crédules et peureux, qui tremblaient continuel^ lement à la pensée que la Terreur pouvait revenir, se trou-^ valent déjà bien malheureux de subir certaines vexations d^ la part des révolutionnaires, et n'avaient garde de s'exposer, en se rétractant, aux dangers bien autrement sérieux qui menaçaient les réfractaires. Avec une telle disposition d'esprit, CCS pauvres gens, peu éclairés d'ailleurs, avalaient aisément toutes les bourdes que les meneurs du parti leur débitaient afin de les faire rester dans leur église.

Abandonnés, comme clergé officiel, par la révolution, regardés uniquement par le directoire comme des instruments de discorde, et souvent tracassés par lui, les constitutionnels se berçaient encore de folles espérances, et mettaient aussi en circulation une multitude de faux bruits, même des impostures honteuses, pour se faire des prosélytes ou tout au moins empêcher leur petit troupeau de les abandonner. Ce nom de constitutionnels, dont ils avaient été si fiers, ils le répudiaient; ils voulaient seulement, pour un double motif, être appelés prêtres soumis. D'abord, ils désiraient faire preuve d'adhésion à la nouvelle constitution et aux lois nouvelles, et échapper à l'impopularité

GATHOUQUES ET CONSTITUTIONNELS. 531

qm, même dans le parti révolutionnaire, était attachée au scATenir de la constitution civile ; mais ils tenaient surtout à être confondus, sous la qualification de soumis, avecles prêtres catholiques qui avaient cru pouvoir faire Tacte de soumission, et cherchaient à faire croire au peuple qu'ils étaient en parfaite communion avec ces derniers. Ils soutenaient, du reste, avec un aplomb admirable, qu'il n'y avait aucune différence entre le serment de la constitution civile et ceux du 11 prairial et du 7 vendémiaire, et qu'on ne pouvait les prêter sans reconnaître par là même la légitimité du serment de 1791 (1). Dans beaucoup de loca- ' lités, ils venaient dire aux ignorants qu'il n'y avait plus de schisme, et que tous les prêtres se présentaient aux fidèles dans les mêmes conditions. A ceux qui leur demandaient s'ils étaient en communion avec le pape, ils répondaient oui, effrontément, comme ils avaient fait du reste au plus fort du schisme. Pour plaire aux révolutionnaires, ils criaient bien haut qu'ils étaient seuls pasteurs, parce que 'es autres avaient émigré et étaient frappés de mort civile ; ^^^ ils tenaient un langage beaucoup moins fier aux catholiques éclairés, qu'ils désiraient amadouer : ils prétendaient n'avoir accepté de dignités ecclésiastiques qu'à cause de la dureté des temps, et se déclaraient prêts à tous '^s sacrifices. Ils soutenaient toujours en public que les brefs du pape condamnant la constitution civile étaient supposés, mais comme ce mensonge était bien usé, ils répandaient en même temps le bruit que Pie VI n'avait condamné la constitution civile que par suite d'une grossière imposture. Les partisans de la cour avaient, pour le tromper, fait imprimer un journal français contenant une fausse constitution civile, et le pape l'avait condamnée sur la lecture de ce texte falsifié (â) ! Et ils allaient répétant cette sottise, et bien d'autres de la même force 1

(i) Grégoire eutrimpudence de soutenir que le serment du 7 vendémiaire coDttitoait un engagement plus grave que celui de la constitution civile.

(2) « Qu*il dise simplement qu'on l'a trompé, comme on l'a fait réeUement, et qu'il retire, comme il le doit, ces torches incendiaires qu'il a, ditron, jetées en France, sous le nom de brefs, pour y dévorer la charité, les vrais principes, la relif^ion elle-même : qu'il lise du moins la constitih tien civile du clergé non altérée. » Annales de la religion,i. IV, p.80, lettre d« Grapin.

S33 CONSTITUTION CIVILB DU CLBAGÉ.

Ils ne négligeaient aucune occasion de se confondre, potf le public, avec les réfractaires, et cherchaient à les entr^ ncr dans des démarches capables de faire croire aux gens suporflciels que la division avait cessé. Ainsi, à la fin de Tan V, le synode constitutionnel d'Évreux choisit des administrateurs du diocèse vacant : il eut soin de nommer, parmi eux, deux vicaires généraux catholiques pour faire croire que ce synode avail eu lieu d*un commun accord. Les vicaires généraux s'empressèrent de protester par uae circulaire. Il y eut beaucoup de faits du même genre. '

En général, les constitutionnels faisaient appel contre les réfractaires aux passions révolutionnaires les plus violentes. Ils leur lançaient, en outre, des accusations assesK curieuses. Le journal les Annales de la religion (tome fl* p. 133) se faisait écrire de Tarbes, le 25 novembre 1795, qu*un prêtre espagnol était venu dans cette ville et avait dit à révèquc intrus Molinier que les prêtres français bannis étaient méprisés, en Espagne, pour leur ignorance et leur inconduite; que les Espagnols admiraient la constitution civile, et que Tinquisition avait prohibé, comme supposés « les deux brefs du pape qui la condamnaient. C'était précisément le contraire qui était vrai : Tinquisition d*Espaga€ avait condamné un ouvrage sur la constitution civile, suivi d'un faux bref qui justiflait le schisme. C'était, du reste, l'habitude constante des constitutionnels, de diffamer les ecclésiastiques qu'ils avaient fait bannir, et, dans leur fureur sectaire, ils allaient jusqu'à déverser l'outrage sur les malheureux prêtres reclus. Furieux des succès des réfractaires, ils répandaient contre eux les bruits les plus calomnieux; ils les taxaient de cupidité et d'avarice, parce quils faisaient des quêtes, comme s'ils n'étaient pas obligés euxmêmes d'y recourir pour subvenir aux frais de leur culte. Prenant à leur compte les calomnies répandues dans certains pays protestants, ils accusaient les réfractaires de prendre de l'argent pour les confessions (i).

Comme les accusations de connivence avec les émigrés et les Vendéens étaient bien rebattues, le directoire avait adopté pour système de répéter continuellement que les

(1) Annales de la religion, t. V, p. 536.

CATHOUOUES ET CONSTITUTIONNELS. 533

iBircbistes, que la queue de Robespierre étaient d'accord avec les royalistes et les prêtres. Les constitutionnels représentaient les réfractaires comme complices de... Robespierre!! On trouve, en effet, dans les Annales de la reli- ^(tome III, p. 247) une lettre très curieuse de Lecoz au ministre de Tintérieur Bénézech, datée de Rennes, 15 prairial an V, qui porte contre eux cette burlesque accusation. Après avoir adressé au ministre des observations très justes sur l'interdiction de sonner les cloches, il lui fait le récit suivant :

« Incarcéré au Mont-Saint-Michel en i793, j'y ai acquis, par un ^f^i^^eux hasard, la certitude que Robespierre n'avait porté ses farouches émissaires à dévaster nos temples et à traiter avec la dernière inhumanité les prêtres assermentés, qu'il entrait dans ses vues de tons immoler, que dans l'intention de mettre à leur place les insermentés, d'imputer à une certaine époque de la convention les Violences atroces exercées contre le culte et ses ministres, et de se contrer enfin aux yeux du peuple comme le restaurateur de la re- ^*^on en France. »

Pourquoi pas ! Les thermidoriens ne Tont-ils pas accusé Savoir voulu aussi restaurer Louis X Vil ? Si Robespierre , ^^ restaurant le culte, avait, comme Bonaparte, donné un ^^chevêché à Lecoz, il en aurait fait un zélé robespierriste Jusqu'à sa chute. On croit vraiment entendre ce même Robespierre accusant les hébertistes de vouloir, en pillant les églises, ramener le règne de la superstition ! Il ne faut pas Oublier que Lecoz ne doit être rangé ni parmi ces énergumènes qui, dans leur frénésie, lancent les accusations les plus insensées contre leurs adversaires, ni parmi ces niais qui avalent avec bonheur les bourdes les plus grossières. C'était un homme très modéré en politique, très fin et très rusé : bien loin d'être une dupe, il était de ceux qui savent duper les autres. Voilà comment agissait le plus éclairé, le plus modéré des évoques constitutionnels ! On ne saurait trop flétrir ces infamies, combinées à l'avance avec le plus grand sang- froid, et adressées à un ministre persécuteur! Ces dénonciations servent, bien mieux que toutes les dissertations possibles, à faire connaître ce que valait le clergé constitutionnel.|[Évidemment de pareilles sottises ne se discutent pas. Pourtant on voudrait bien savoir quel est

cet «heureux hasard » qui a fait apprendre à Lecoz des choses si intéressantes : mais il se garde bien de le dire. Il aggrare encore sa faute en revenant sur cette sotte calomnie, et en affirmant « qu'il ne sérail pas impossible de prouver que ceux qui ont proposé des lois rigoureuses, ne Taient fait dans Tiatention de se poser plus tard en réparateurs». Il prétead même avoir des » données » bien propres à autoriser ce soupçon, mais il a Tétrange discrétion de ne pas les communiquer à Bénézcch, ce qui serait pourtant du devoird'un aussi bon républicain !

Du reste, Lecoz ne cessa dlnsérer dans ses écrits, dans ses mandements, des calomnies de cette force, jusqu'à ce qu'il eût enfin obtenu ce siège épiscopal si longtemps convoité. On ne s'étonnera point qu'un homme, dont la conscience était si élastique , se soit obstiné à soutenir avec tant d'impudence que les brefs du pape étaient faux, jusqu'au jour où il fut nommé archevêque. Jamais, un seul instant, il n'avait dû concevoir le moindre doute sur leur authenticité, mais on vient de voir que pour un intérêt biea moins pressant, il ne reculait pas devant des mensonges encore plus impudents.

(( Réunissons-nous dans la charité », disait Lecoz, d'union cafard, aux évoques catholiques. Gela voulait dire ; « Par charité, laissez-moi ma crosse et ma mitre; ce directoire, ces républicains, que je flatte tout haut, et que je méprise au fond du cœur, je leur ferai, pour vous récompenser, une guerre acharnée, sans scrupule, comme celle que je vous ai faite. » Il parlait beaucoup de son désintéressement, et se disait prêt à abandonner son siège, pour la paix, parce qu'il savait bien qu'on ne le prendrait jamais au mot (1).

Un homme qui se cramponnait si énergiquement à une dignité volée , devait, naturellement , voir avec stupeur et indignation un do ses collègues répudier Tépiscopat con-

(1) Le bruit avait couru, à Rennes, que Tévéque légitime, Ms' deOirkc, aUait rentrer avec Tautorisation de Hoche, et que Liecoz, en homme désintéressé, allait lui céder la place : Tintrus fit alors paraître dans un journal ami un article dans lequel il rangeait cette nouvelle « parmi lei faussetés les plus propres à alarmer les citoyens ». Sur le retour de M»' de Girac il évitait de se prononcer, et disait hypocritement : i Plùl à Dieu qu'il fût à Rennes , et avec Tintention de faire des sacrifices à la paix, à la république... » et surtout à Lecoz!

GATnOUQUHS ET CONSTITUTIONNELS. 535

stitationnel. Les chefs du schisme apprirent avec consternation la rétractation de Panisset, l'intrus du Mont-Blanc. Ib se souvinrent alors de sa lâcheté et l'accablèrent d'outrages, mais on devinait aisément qu'au fond du cœur ils lui en voulaient bien moins de son apostasie que de sa désertion du schisme. Lecoz eut l'audace d'accuser Panisset d'avoir, en se rétractant fondé des espérances sur le succès des armées ennemies : l'abbé de Boulogne lui adressa cette verte réponse :

« Que De pourra-t-on pas rendre suspect, si de pareilles absurdités peuvent servir de preuves ? Mais que me répondriez-vous, si je disais que vous avez aussi balancé les chances de la guerre dans le parti que vous avez pris ; que si M. Panisset a fondé sa conversion sur les succès des armées ennemies, vous fondez maintenant votre endurcissement sur les succès des armées françaises ; et qu'enfin snsest repenti parce qu'il a cru y gagner quelque chose, vous pensez plus que jamais qu'il n'y a rien à perdre pour vous à resl^rtel que vous êtes? » {Annales religieuses, tome lï, p. 360.)

Depuis que Panisset s'était rétracté, les constitutionnels déclaraient son apostasie impardonnable. Ils avaient cepen- ^*nt accueilli parmi eux des collègues qui ne s'étaient guère '^ieux conduit, et, le 11 février 1796, Grégoire avait écrit à ^^iiisset qu'il blâmait son apostasie, et l'invitait à la fois à ''^ire pénitence et à reprendre ses fonctions.

On voit que la polémique était redevenue très violente ®^lre les catholiques et les constitutionnels. Si ces derniers dénonçaient violemment leurs anciens collègues rétractés, ceux-ci faisaient souvent des révélations piquantes sur les niisères et sur les artifices des constitutionnels, et mettaient les indifférents et les rieurs de leur côté. Grégoire avait pris pour vicaire épiscopal, en 1791, l'abbé Nusse, curé et maire de Chavignon dans l'Aisne, prêtre à la têle chaude, qui s'était laissé entraîner par la révolution. Mais ce vicaire se rétracta après la Terreur, et engagea une polémique très curieuse avec son ancien patron. Il releva d'abord avec beaucoup de vigueur les vanteries de Grégoire sur son propre courage et sur celui de l'épiscopat constitutionnel, qui avait, disait-il, traversé les orages d'une persécution sans exemple :

« Oui, d'une persécution que vous avez commencée, et qui vous

cet «heureux hasard » qui a fait apprendre à Lecoz des choses si intéressantes : mais il se garde bien de le dire. 11 aggnie encore sa faute en revenant sur cette sotte calomnie, et en affirmant « qu'il ne serait pas impossible de prouver que ceux qui ont proposé des lois rigoureuses, ne l'aient fait dans l'intention de se poser plus tard en réparateurs». Il prétend même avoir des « données » bien propres à autoriser ce soupçon, mais il a Tétrange discrétion de ne pas les communiquer à Bénézech, ce qui serait pourtant du devoird'un aussi bon républicain !

Du reste, Lecoz ne cessa d'insérer dans ses écrits, dans ses mandements, des calomnies de cette force, jusqu'à ce qu'il eût enfin obtenu ce siège épiscopal si longtemps convoité. On ne s'étonnera point qu'un homme, dont la conscience était si élastique, se soit obstiné à soutenir avec tant d'impudence que les brefs du pape étaient faux, jusqu'au jour où il fut nommé archevêque. Jamais, un seul instant, il n'avait dû concevoir le moindre doute sur leur authenticité, mais on vient de voir que pour un intérêt bien moins pressant, il ne reculait pas devant des mensonges encore plus impudents.

« Réunissons-nous dans la charité », disait Lecoz, d'un ton cafard, aux évoques catholiques. Gela voulait dire : « Par charité, laissez moi ma crosse et ma mitre; ce directoire, ces républicains, que je flatte tout haut, et que je méprise au fond du cœur, je leur ferai, pour vous récompenser, une guerre acharnée, sans scrupule, comme celle que je vous ai faite. » Il parlait beaucoup de son désintéressement, et se disait prêta abandonner son siège, -pour la paix, parce qu'il savait bien qu'on ne le prendrait jamais au mot (1).

Un homme qui se cramponnait si énergiquement à une dignité volée, devait, naturellement, voir avec stupeur et indignation un de ses collègues répudier Tépiscopat con-

(1) Le bruit avait couru, à Rennes, que Tévôque légitime^ Mt' de Girkc, allait rentrer avec Tautorisation de Hoche, et que Lecoz, en homme jiésintéresgé, allait lui céder la place : Tintrus fit alors paraître dans un journal ami un article dans lequel il rangeait cette nouvelle « parmi les faussetés les plus propres à alarmer les citoyens «>. Sur le retour de M»' de Qirac il évitait de se prononcer, et disait hypocritement : « Plût à Dieu qu'il fût à Rennes, et avec Tintention de faire des sacrifices à la paix, à la république... » et surtout à Lecoz!

CATUOUQUES ET CONSTITUTIONNELS. 535

stitotionnel. Les chefs du schisme apprirent avec consternation la rétractation de Panisset, l'intrus du Mont-Blanc. Ils se souvinrent alors de sa lâcheté et Taccablèrent d'outrages, mais on devinait aisément qu*au fond du cœur ils lui en voulaient bien moins de son apostasie que de sa désertion du schisme. Lecoz eut Taudace d'accuser Panisset d'avoir, en se rétractant fondé des espérances sur le succès des armées ennemies : Tabbé de Boulogne lui adressa celle verte réponse ;

« Que ne pourra-t-on pas rendre suspect, si de pareilles absur-

jlités peuvent servir de preuves? Mais que me répondriez-vous, si

Je disais que vous avez aussi balancé les chances de la guerre dans

*e parti (pie vous avez pris ; que si M. Panisset a fondé sa conver-

^^on sur les succès des armées ennemies, vous fondez maintenant

^otreendurcissementsurles succès des armées françaises; et qu'enfin

^'il s'est repenti parce qu'il a cru y gagner quelque chose, vous

Pensez plus que jamais qu'il n'y a rien à perdre pour vous à res-

W tel que vous êtes? » {Annales religieuses ^ tome lï, p. 360.)

Depuis que Panisset s'était rétracté, les constitutionnels déclaraient son apostasie impardonnable. Ils avaient cependant accueilli parmi eux des collègues qui ne s'étaient guère mieux conduit, et, le 11 février 1796, Grégoire avait écrit à Panisset qu'il blâmait son apostasie, et l'invitait à la fois à faire pénitence et à reprendre ses fonctions.

On voit que la polémique était redevenue très violente entre les catholiques et les constitutionnels. Si ces derniers dénonçaient violemment leurs anciens collègues rétractés, ceux-ci faisaient souvent des révélations piquantes sur les misères et sur les artifices des constitutionnels, et mettaient les indifférents et les rieurs de leur côté. Grégoire avait pris pour vicaire épiscopal, en 1791, l'abbé Nusse, curé et maire de Chavignon dans l'Aisne, prêtre à la tête chaude, qui s^était laissé entraîner par la révolution. Mais ce vicaire se rétracta après la Terreur, et engagea une polémique très curieuse avec son ancien patron. Il releva d'abord avec beaucoup de vigueur les vanteries de Grégoire sur son propre courage et sur celui de l'épiscopat constitutionnel, qui avait, disait-il, traversé les orages d'une persécution sans exemple :

« Oui, d'une persécution que vous avez commencée, et qui vous

^M oûosTiTcnas ciroB ne cismt.

parmtssût fcul don» qnand elle ne tous regardait pas ; mais qui xtf Ton» parait maintenant si féroce, que parce qu'enfin, contre l^ute rc«trf aîiente, toq» en arez reçn des éclaboussures. »

Dans une aatnt lettre adressée à « Henri Grégoire, évèqae de je ne sais où. et de je ne sais qui «, il se moque de ce prèUt dépoté, qui mène de front le métier de chef de secte et celui d'homme politique , et de sa Tie « burlesquement {pontificale >-. 11 lui rappelle qu*il Ta entendu, trois ans auparavant, à Saint-Dié, tenir ce discours aux réToluUoDnaires : «. Courage ! Léopold Tient de mourir, la reine de Portugal est tombée en démence, et Gustare est assassiné. » Ce propos était du reste très naturel dans la bouche de lliomme ! qui voulut avoir les bénéfices du régicide, et plus tard en décliner la responsabilité. L*abbé Nusse, après avoir rappelé ce trait, caractérise ainsi sa conduite :

•i VoQS Tovei donc que tous avez tonjours en la morale da moment, car celle des assassinats était alors en vogae. Cest ainsi qn6 TOUS avei pris tontes les formes, comme vous avez joaé tons les rftles. Aajoard*hni toos faites le patelin, alors vons étiez on éne^ gumène. Aigoard'hoi vous prêchez le pardon, parce qu*il tous est nécessaire ; alors vous pariiez le langage d'un forcené propagandiste. Aujourd'hai, vous singez le zèle des Matathias et des Phinéas, et alors vous placiez la statue de Bnitns à cdté des saintes images, et je vous ai vu célébrer la messe au pied du buste de Mirabean. *

Il déclare ensuite que sou association avec des vicaires

épiscopaux tels que Chabot et plusieurs autres lui a ouvert

les veux :

« Cest la composition de votre sanhédrin qui me faisait hort*^^ C*éLait votre conduite personnelle, ce mélange monstrueui d^ . qu*il y avait de plus saint et de plus profane : cet amalgame ^ tère de religion et de philosophie, qui le matin vous faisait m(^

à l'autel, et le soir vous jetait dans les dubs; qui aujourd'hui ^^ . faisait faire des homélies sur le dimanche, et demain du pa^^ sur les fêtes décadaires. » (Annales religieuses^ L II, p. 481 .)

Après le coup d*Etat de fructidor, Tabbé Nusse faillit envoyé en Guyane, avec bien d*autres rétractés que les c stitutionnels endurcis avaient dénoncés aux persécutent Grégoire, dans un compte rendu de sa visite diocésaine ^ séré dans les Antiales de la religion du 8 décembre 17^ (tome III, p. 193), accusait les rétractés de Loir-et-Gher d*è les ennemis du gouvernement, et se plaisait à attirer ï

CATHOUQUES ET CONSTITUTIONNELS. 537

tention sur leurs noms, on devine aisément dans quel buti Les autorités, en effet voulaient les assimiler aux réfractaires(i)I

Grégoire partageait en fait avec Lecoz la direction de Téglise constitutionnelle. Ce dernier, moins compromis dans la révolution, et plus calme dans sa polémique, déplaisait beaucoup moins aux modérés. Grégoire, au contraire, avait une certaine action sur les révolutionnaires, bien qu'il les traitât avec une violence extraordinaire lorsqu'ils blessaient réglise constitutionnelle sur quelque point (2). Ils allaient toujours répétant, comme en 1791, que les brefs du pape étaient faux; mais une fantaisie imprévue du gouver* nement faillit renverser leur échafaudage de mensonge. Le bruit se répandit tout à coup que le directoire, en traitant

(i) Un ancien vicaire épiscopal de Faochet, nommé Michelet, se rétracta le 24 août 1796 ; il exprima publiquement son regret de son intrusion et d'avoir promis de se marier, mais se félicita de n'avoir pas consommé « cet acte infâme ». Il s'accusa aussi d'avoir accepté diverses fonctions administratives {Arch., F, VII, 7192). Il avait eu Taudace, dans sa rétractation , de faire Téloge de Louis XVI : aussi le ministre de la jostice le fit poursuivre : l» comme réfractaire ; 2» comme royaliste ; mais le triomphe du parti modéré aux élections arrêta momentanément les poursuites dirigées contre les prêtres. Le 12 août 1797, il publia une nouvelle rétractation plus étendue, dans laquelle il déclara que Fauchet, qui avait absolument besoin de se composer un clergé, Tavait ordonné à rage de dix-huit ans. « Je fus promu tout d'un coup au sacerdoce, contre toutes les règles canoniques , six ans avant Vâge requis par les coneiies, n'ayant fait que sept à huit mois de séminaire sous l'ancien régime, sans épreuve , sans interstice , sans dispenses. C'était le règne de la liberté. Il fallait à l'église constitutionnelle de pareils ministres I J'obtins les faveurs de Fauchet, je devins son homme de confiance, son organe, son vicaire, je dirais presque son égal! »

(2) Il faut reconnaître qu'il les attaqua très justement, lorsqu'ils livrèrent les presbytères à leurs instituteurs, a Quels instituteurs, bon Dieu I dit Grégoire. Quelques-uns sans doute peuvent avoir des droits à l'estime, mais la plupart, impies, immoraux, ignorants, ivrognes, sont la lie Ue respèce humaine. Voilà donc l'instituteur installé dans la maison cu- Hale. Sa femme sait à peine épeler les lettres, mais elle n'en sera pas moins l'institutrice, ainsi l'ont voulu les cinq ou six tyrans qui oppriknent la paroisse, et qui, au cabaret, dans les orgies, arrêtent la liste des élèves, au double ou au triple de ce qu'elle est en réalité, parce que c'est la république qui paie. Bientôt le presbytère est détérioré et le jardin «légradé, les arbres négligés ou détruits, mais aussi une trentaine d'enfants, qu'il eût été si doux et si facile de conduire au bien, ont appris à faire le signe de la croix au nom de Marat, Châtier, Lazouski, 9{Annales <ie la religion, t. II, p. 110.)

538 CONSTITUTION CIVILR DU CLBBGÊ.

avec le pape, comme souverain italien, lui demandait la rétractation de ses brefs contre la constitution civile. Cette nouvelle jeta les intrus dans une consternation comique. Tout le monde, en effet, allait dire que le directoire n*anrait pas demandé le retrait do ces brefs, s'il n*avait pas été pe^ ' suadé de leur existence ! En réclamant contre eux, il garantissait leur authenticité à la France entière. Comment allaitelle qualifier la conduite de ces constitutionnels, qui, depuis cinq années, criaient par-dessus les toits que ces brefs étaient faux! Sans doute, au début, les révolutionnaires s'étaient tous associés à leur imposture, mais ils n'en pouvaient tirer aucun profit personnel : les constitutionnels, au contraire, allaient être convaincus d'avoir, pendant cette longue lutte religieuse, soit en chaire, soit dans leurs écrits, entassé systématiquement imposture sur imposture, pour un intérêt d'argent et d'ambition; et ce coup de massue leur était porté par d'anciens alliés, qui, non contents de les avoir abandonnés, allaient, par cette indiscrète demande, démasquer la fausseté de leur conduite et les couvrir de ridicule et de honte ! Leur église déjà si ruinée allait succomber devant la risée et le mépris universels ! On savait bien que le pape ne céderait jamais à une pareille exigence, mais il suffisait qu'il en fdt seulement question , pour faire aux constitutionnels un tort incalculable. Si le directoire formulait officiellement cette condition, et démontrait ainsi l'authenticité des brefs, ces schismatiques imposteurs étaient complètement perdus. Le bruit courut même que le directoire menaçait d'envahir les États pontificaux si le pape lui refusait cette satisfaction:

« Il ne nous manque (disaient alors les Annales de la reUgion) que d'ôtre instruits officiellement, indubitablement de cette triste nouvelle, pour être enfin convaincus que les brefs sont véritablement du pape. Quelle affreuse lumière, si elle ne doit se répandre qu'avec les feux de la discorde et les fureurs de la guerre ! 11 serait donc vrai que ces trop fameux brefs, après avoir donné à la France la Vendée, troublé tous nos départements, aujourd'hui dévasteraient ritalie, attireraient sur Rome tous les Ûéaux, et plongeraient Téglise mère dans les mêmes calamités où gémit depuis longtemps rainée des églises! » (T. IV, p. 548.)

D'habitude, les constitutionnels déclament révolutionnai-

rement contre le pape souverain italien, mais comme Tinvasion de ses Etats peut prouver leur imposture, les voilà qui la proclament une affreuse calamité ! L*auteur de cet article était, comme tous les schismatiques, dans le plus cruel embarras. Le rusé Lecoz lui-même, malgré son aplomb ordinaire, ne savait que dire. 11 fit un mandement sur les victoires de nos armées ; y insinua d'abord, suivant son habitude, que les brefs étaient faux, parut ensuite reconnaître qu'ils étaient vrais, et finit par des déclamations sur les événements qui avaient fait découvrir les trames « des coupables fabricateurs des brefs mensongers ». On n'avait nullement découvert ces prétendus faussaires, et il était constant que le fabricateur des brefs était bien le pape ; ^ussi les catholiques s'amusaient beaucoup à le voir patauger de la sorte, et s'écriaient dans leur journal, ies Annales religieuses : « Quel est cet insensé qui veut à la fois <iue ces brefs existent, et n'existent pas ! »

Le bruit courut que la rétractation exigée du pape par le directoire était ainsi conçue : « Gomme quelques ennemis connus ont surpris à ma religion des brefs qui, par leurs principes et leurs effets, sont contraires aux droits des nations, je les désapprouve, et je les révoque. » Môme en se plaçant au point de vue du directoire et des révolutionnaires, rien n'était plus absurde qu'une pareille demande. Us avaient aboli, foulé aux pieds la constitution civile ; ils Ac reconnaissaient plus ni culte salarié, ni ecclésiastiques 'fonctionnaires: comment pouvaient-ils demander au pape de Ratifier une constitution détruite, dont l'exécution serait Sévèrement punie par les lois; en un mot, de ratifier le ^éant?Quel avantage trouvaient-ils à réclamer la soumission des catholiques aux évoques constitutionnels ? C'était Violer la constitution, et d'ailleurs ils contestaient aux int.rus le droit de s'intituler évoques et d'exercer une autorité Spirituelle I

Le directoire renonça bien vite à formuler cette prétention. Il était sûr d'un refus; et d'ailleurs, quand bien même le pape eût accédé à cette demande, cette rétractation obtenue par force n'aurait peut-être pas anéanti l'opposition catholique en France. On n'aurait pas manqué de dire que le pape n'avait cédé qu'à la force brutale, et que par

conséquent il n'en fallait tenir aucun compte I Le dii pour toutes ces raisons, ne lui demanda rien ; m: singulière prétention fit grand bruit. Les rétractatioi rent de plus en plus nombreuses et, sans le coup d fructidor, qui retint un grand nombre d'ecclési dans le schisme, par la crainte de la déportation, ques constitutionnels étaient abandonnés par grande partie de leur clergé.

Malgré la prètrophobie violente dont il était an directoire paraît avoir compris un moment que V la lutte religieuse ne lui serait point favorable; porte à croire qu'il pensa un instant à traiter pape avant le renouvellement du tiers. Le bref di 1796, dont Tauthenticité a été contestée, et qui, du i fut point publié officiellement par la cour de Rom ble indiquer qu'il y eut entre le souverain ponti directoire un commencement de négociation. Ce tout à coup divulgué par le ministre des relatioi Heures ; on discuta beaucoup et sur son autheni sur sa véritable signification. Voici la traduction qi donnée par les Annaks religieuses,

« A tous les fidèles catholiques résidant en France, qi communion avec le saint-siège apostolique.

» La sollicitude pastorale, chers fils, dont Notre-Seigne Christ, dans Tabondance de sa miséricorde, a remi: pôt en nos faibles mains, nous fait un devoir de cherchei rer tous les fidèles, et particulièrement ceux qui sont exp plus fortes tentations, et à empêcher qu'ils ne se laissée par les fausses lumières d*une sagesse mondaine, car il n dit comme au prophète Isaïe : « Criez, ne cessez ; élevez v comme une trompette; annoncez à mon peuple ses inj C'est pourquoi nous croirions manquer à nous-méme, si saisissions pas avec empressement toutes les occasions de fiorter à la paix, et de vous faire sentir la nécessité d'être so autorités constituées. En effet, c'est un dogme reçu dans h catholique, que l'établissement des gouvernements est 1 do la sagesse divine, pour prévenir l'anarchie et la coni pour empêcher que les peuples ne soient ballottés çà et là les fiots de la mer. Aussi saint Paul en parlant, non d'auci isolément, mais de la chose en elle-même, affirmait-il qu': puissance qui ne vienne de Dieu, et que résister à cette pi c'est résister à Dieu même. Ainsi, nos chers fils, ne von

pas égarer, n'allez pas, par une piété mal entendue, fournir aux noTateurs l'occasion de décrier la religion catholique : votre désol>éissance serait un crime qui serait sévèrement puni, non seulement par les puissances de la terre, mais, qui pis est, par Dieu Oîême, qui menace de la damnation éternelle ceux qui résistent à ^a puissance. Ainsi, nos chers fils, nous vous exhortons, au nom ^ô Notre-Seigneur Jésus-Christ, à vous appliquer de tout votre ^ur, de toutes vos forces, à prouver votre soumission à ceux ?^ vous commandent ; par là, vous rendrez à Dieu Thommage "oJbéissance qui lui est dû, et vous convaincrez vos gouverûaots que la vraie religion n'est nullement faite pour renver- ^i* les lois civiles ; votre conduite les convaincra tous les jours de P'tis en plus de cette vérité; elle les portera à chérir et à protéger ^^t»e culte, en laissant observer les préceptes de l'évangile et les '^S'Ies de la discipline ecclésiastique. — Enfin, nous vous avertis- *^»^s de ne pas ajouter foi à quiconque avancerait une autre doo- ^**^:3e que celle-ci comme la véritable doctrine du saint-siège apos- ^ ^ ique, et nous vous donnons, avec une tendresse vraiment pa- ^^'^Tielle, notre apostolique bénédiction. »

bref n'avait pas été adressé aux évoques, qui, pour la *^^Xipart, ignoraient son existence; et il avait été communi-

^^-^é à quelques personnes par le gouvernement ; aussi

-. ^^aucoup de gens crurent qu'il avait été tout simplement »^^T)riqué par le directoire. L*abbé Sicard, dans son journal J^^-^ Annales religieuses y en soutint l'authenticité, après avoir

it de nombreuses démarches pour l'établir. On lui certi-

51 au ministère des relations extérieures que ce bref venait

e Rome. Gomme Ton continuait à nier son authenticité ,

^i fit encore une démarche au ministère, et sur sa demande,

^n écrivit à Gacault, agent diplomatique de la république à

^ome : celui-ci envoya un autre exemplaire conforme, sur

lequel il avait certifié de sa main qu'il était parfaitement

authentique, et provenait de l'imprimerie de la chambre

apostolique, ainsi que plusieurs autres exemplaires qui

avaient été remis par M. d'Azara, ambassadeur d'Espagne

et médiateur de l'armistice. Il déclara aussi que M. Pierac-

chi, envoyé du pape, en avait apporté plusieurs exemplaires

à Paris ; mais cet envoyé, qui aurait pu éclaircir l'affaire,

avait reçu l'ordre, à peine arrivé, de quitter Paris dans les

vingt-quatre heures !

Des évèques français, très étonnés que ce bref ne leur eût pas été communiqué, demandèrent au nonce aposto««

54â CONSTITUTION CiriLB DU CLEIGÉ.

li({UO de Lucerne s*il était authentique. Celui-ci leur ré' pondit que. si Sa Sainteté avait voulu le publier, elle Taurai^ envoyé aux évoques , et fait connaître aux fidèles. On élaî^ donc fondé à croire que le bref était vrai, mais que le pap^ civait des raisons sérieuses de ne pas le publier.

Probablement ce bref, ou plutôt ce projet de bref, fui' préparé pour faciliter une négociation commencée entre te directoire et le pape. Le directoire, quelque aveuglé qu'il fût par sa prétrophobie, ne pouvait pas ne pas comprendre qu*en assurant la liberté du culte, et prouvant ainsi que la persécution religieuse n'était pas essentiellement liée au gouvernement républicain, il enlèverait à une multitude de personnes leur principal grief contre lui. Il devait aussi sentir par moments la nécessité d'en finir avec la chouannerie, par le rétablissement de la paix religieuse, non seulement dans TOuest, mais dans toute la France : il était presque certain d'être battu aux élections; la nouvelle majorité modérée des conseils, tout en se déclarant pour Tabrogation des lois de persécution , pourrait lui tenir compte d'avoir suivi cette politique d'apaisement. Il dut sans doute, dans un moment de raison, entamer une négociation avec le pape. Pour relever l'église de France de ses ruines, Pie VI était tout disposé à traiter avec les gouvernants, s'ils paraissaient montrer un peu de bonne volonté et de loyauté. Malheureusement, les esprits en France étaient très exaspérés contre le directoire : les chefs du parti révolutionnaire n'étaient pas seulement détestés comme persécuteurs , mais profondément méprisés comme individus. Les prêtres et les fidèles les regardaient commodes fourbes, des persécuteurs incorrigibles, avec lesquels aucune transaction n'était possible : les infâmes procédés du directoire et l'impuissance des révolutionnaires modérés, avaient confirmé un très grand nombre de chrétiens dans ridée qu'une restauration royaliste pouvait seule leur apporter la liberté de conscience. Ce mépris universel pour le directoire, ce respect pour les droits du légitime souverain , professé par beaucoi^ d'évêques et de prêtres comme un devoir du chrétien, faisaient obstacle à l'apaisement; il était donc opportun que le pape, pour ménager les chances, qu'on lui faisait entrevoir, d'une pacification reU-

CATnOLIQUBS ET CONSTITUTIONNELS. 543

gieuse, engageât les catholiques à ne point faire, sur le terrain de la politique, une guerre de principes au directoire qui, après tout, était un gouvernement de fait; d'ailleurs, par le fonctionnement légal de la constitution, il pouvait bientôt tomber en des mains plus dignes. Le pape voulait aussi prouyer que les accusations, si souvent portées contre lui, d'exciter la guerre civile au profit de l'ancien régime, étaient fausses, et qu'il était prôt à traiter «ivec tout gouvernement qui s'engagerait à respecter la liberté religieuse. Le bref du 5 août rappelle aux chrétiens les principes de l'église sur la soumission au pouvoir en général, et non à tel ou tel gouvernement. Pour bien constater ses intentions pacifiques, le pape fit remettre d'abord *^ directoire ce projet de bref, par lequel il engageait les français à le reconnaître pour un gouvernement bégulier. ^^ réalité, il invitait les catholiques à se soumettre au di- '^^toire, comme plus tard Pie VII, pour arriver à la paix ï'elîgigygg^ les invita à se soumettre au premier consul.

CI n voit aisément, en étudiant ce bref, que le pape a voulu J'^Pondre aux attaques des révolutionnaires qui accusaient ^^ catholiques et le saint-siège de satisfaire leurs haiiies I^^lîtiques, sous prétexte de religion. Il dit aux catholiques ^^^ la liberté religieuse pourrait bien leur être accordée ^^ échange de leur soumission passive aux gouvernants. *^ Ï311e les portera à chérir et à protéger votre culte, en ^^sant observer les préceptes de l'évangile, et les règles ^ la discipline ecclésiastique. » Il fallait la perspective ^ ^n changement radical, pour déterminer les catholiques ^xipporter de pareils gouvernants ! Quand Pie YI déclare ^isir les occasions « d'exhorter à la paix » et d'ôtre soumis, on peut croire qu'il ne s'agit pas ici de la paix en gé- ^ral, mais que le pape invite les insurgés de l'Ouest a ne *^^s continuer la guerre. Il faut remarquer que ce bref est ^^iquement destiné à adoucir les esprits, et à les préparer un changement important, car il se borne à rappeler " ^s principes généraux très connus , et ne touche , même ^f3 loin, à aucune des questions si scabreuses qui passionnaient alors les Français. C'est une pierre d'attente 1 Malheureusement, le directoire n'eut qu'un éclair de raison, et 'Vit repris bien vite de sa monomanie persécutrice.

Ce bref, ou plutôt ce projet, parait donc émaner réellement du souverain pontife. Sans doute, les directeurs étaient très capables de fabriquer un faux bref, à Texemple des constitutionnels. L'abbé Sicard s*est déclaré tout à fait convaincu par les preuves qui lui ont été fournies. On pourrait h la rigueur les contester, et dire que Tattestation de GacauU était fausse, ou contrefaite, etc. Mais il nous semble que le caractère vague de ce projet prouve mieux son authenticité que toutes ces attestations. Un bref fabriqué eût certainement été plus explicite !

Les royalistes ardents furent natui*ellement peu satisfaits de cette reconnaissance du gouvernement directorial. Les membres du clergé, qui croyaient pouvoir faire lacté do soumission, invoquèrent aussitôt le bref du 5 aoûl. Sans doute, disaient-ils t ce bref n*a pas été publié; mais s*il n autorise, ni n'interdit Tacte de soumission, il prouve du moins que le pape ne lui est pas hostile. Us insistaient d'autant plus sur ce bref, que certains adversaires de Tacte de soumission en étaient venus à traiter comme des constitutionnels ceux qui l'avaient souscrit. Heureusement, la majorité des adversaires de la soumission condamnait cet excès de zèle. Dans le courant de Tan Y, les évèques de Coutances, de Bordeaux, de Digne , de Saint-Pol de Léon, de Tréguier, deTroyes, de Châlons-sur-Marne, etc., défendirent de faire schisme avec les prêtres soumis.

Quelques constitutionnels eurent l'aplomb de trouver dans ce bref une approbation de leur conduite. Cependant les évêques réunis le critiquèrent. Ils furent oiTusqués de l'intitulé : « A tous les fidèles catholiques résidant en France, qui sont en communion avec le saint-siège. »

« Il en est donc qui résident en France, et qui ne sont pas dans cette communion? Or, qui sont-ils? Certainement, le pape n'entend pas faire ici Tcxception des impies, ou des protestants. Cette exception nouvelle a donc un autre objet. »

Évidemment, il s'agit ici des constitutionnels , dont le bref dément encore les affirmations. Si le pape les regardait comme en communion avec lui, il le leur aurait envoyé. Sans doute il ne Ta pas envoyé aux autres évèques , pour ne pas les compromettre, mais les constitutionnels

sont dans une situation bien meilleure, Tenvoi de ce bref eût été pour eux sans danger (i) :

«... S'ils rejettent ce bref parce qu'il ue leur est pas adressé, ils rompent alors de leur propre aveu toute communication avec le saint-siège, puisqu'il est évident que le pape ne leur enverra pas à l'avenir ses autres brefs, pas plus que celui-ci. S'ils l'admettent, que devient alors ce défaut de formes, dont ils font si grand bruit, pour affaiblir l'autorité des brefs du 10 mars et du 13 avril qui les ont foudroyés? — De quelque côté qu'ils se rangent, quelque parti qu'ils embrassent, ils seront pris dans leurs propres pièges, et confondus par leur propre conduite... » (Annales religieuses, t II, p. 41.)

Les constitutionnels, se voyant abandonnés par beaucoup de prêtres, résolurent d'augmenter le nombre de leurs évêques pour donner plus d'apparence à leur église. Nous avons dit plus haut qu'ils avaient déjà établi dans le Haut-Rhin un évêque constitutionnel. Les réunis consentirent enfin à favoriser Tambition du vieux Clément, et de Taider à s'établir évêque de Versailles. Le 13 vendémiaire an V, Clément envoya, comme président du presbytère de Versailles, une lettre circulaire sur l'élection de Tévêque. Les curés devaient voter d'abord , puis communiquer aux fidèles les noms des deux sujets qui auraient obtenu le plus de voix. Le système de la constitution civile était décidément abandonné. Une seconde circulaire, du 16 frimaire, avertit les fidèles du résultat du scrutin des curés. Saurine, évêque constitutionnel et député, et Clément, président du presbytère, avaient obtenu le plus grand nombre de voix ; venaient ensuite : un vicaire épiscopal, trois curés, et le citoyen Saillant, sous-diacre de Téglise de Paris; ce dernier était un officier de santé sexagénaire, récemment ordonné par un évêque intrus. Le président du presbytère, qui était le second sur la liste des candidats^ s'appliqua à faire comprendre aux paroissiens qu*il était impossible de nommer

(1) Ils avaient prétendu que ces brefs, n'étant pas adressés aux autorités constituées, ne pouvaient être tenus pour authentiques. Or, le bref du 5 août n'était adressé à aucune autorité constituée, ni dans TËtat, ni même dans Téglise, mais aux fidèles. Aucune remise officielle n'en avait été faite au directoire : on lui avait donné quelques exemplaires du bref comme à un simple particulier, et il ne l'avait pas publié.

le premier désigné , parce que les lois canoniques étaient contraires aux translations d*évôques, et que d'ailleurs Saurine n'accepterait pas. C'était dire : » Je suis en réalité le premier sur la liste; nommez-moi. '> Mais en homme prudent, il eut soin d'insinuer encore que, pour beaucoup de raisons, il fallait le préférer à ceux qui venaient après lui ; l'épiscopat, disait-il, doit 6tre conféré à des prêtres « dont les lumières, les vertus et l'expérience dans l'exercice du saint ministère, déjà connues, donnent plus de droit à la confiance des fidèles ». Évidemment, le président du presbytère croyait que ce principe une fois reconnu, on devait nécessairement le nommer. Le scrutin devait avoir lieu dans chaque paroisse, le 15 janvier 1797 (26 nivôse an Y). Enfin Clément, après tant de peines, obtint son évèché.

Les constitutionnels résolurent de pourvoir à Tadministration des diocèses dont les titulaires avaient apostasie. Grégoire fut chargé d'administrer celui de Torné ; les catholiques ne manquèrent point de relever la contradiction qui existait entre cette manière de procéder et les principes que les constitutionnels avaient soutenus avec tant d'emphase. Ils prétendaient qu'on ne pouvait les priver, sans procès canonique, des sièges qu'ils avaient usurpés, et cependant ils destituaient et remplaçaient certains de leurs collègues sans aucune procédure I

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