‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 2)Chapitre 7 sur 71 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

9 I. Paganel, Baudot, Chaudron, — Rousseau terrorisent Toulouse. Leurs exactions contre les prétendus riches. — Paganel tourmente les constitutionnels et fête la Raison. — Il fait la chasse aux muscadins. — Dartigoyte abolit complètement le culte. — Il interne tous les constitutionnels, mais accorde la liberté aux prêtres mariés. — II force à ' observer le décadi avec une rigueur impitoyable.

§ IL A Auch, Dartigoyte et. Cavaignac abolissent le culte. — Ignoble conduite de Dartigoyte. — Pinet et Monestier terrorisent Rayonne. — Ils sont obligés, faute de bras, de remettre les laboureurs en liberté. — Leur zèle persécuteur. — Leurs exactions. — Ils déportent les Basques à rintérieur pour les empêcher de fuir en Espagne leur tyrannie. — Nombreux tribunaux révolutionnaires. — Vexations de Pinet contre les suspects. — Zèle de Chaudron-Rousseau pour le culte de la Raison.

— Il impose aussi le décadi avec une extrême rigueur. — Horribles excès des révolutionnaires en Guipuscoa et en Biscaye.

§ III. Tallien et Ysabeau terrorisent Bordeaux. — Une commission révolutionnaire est chargée de faire tomber des têtes^ et surtout de saigner les riches Bordelais. — Elle impose des amendes énormes. — Elle fait guillotiner beaucoup de personnes pour cause de religion. — Le Père Cazaux exécuté avec un homme et onze femmes coupables de Tavoir recelé.

§ IV. Nombreux condamnés royalistes et girondins à Bordeaux. — Exécution de Tancien ministre Duranton. — Fin tragique des députés girondins. — Extorsions de la commission. — La famine à Bordeaux .

— Garnier de Saintes supprime les francs-maçons. — Il fait arrêter Lacombe, président de la commission, aussitôt après la chute de Robespierre. — Ysabeau fait guillotiner Lacombe pour ses exactions et ses prévarications.

Le député Paganel, curé apostat de Noaillac, fut chargé par la convention de terroriser les huit départements de la Haute-Garonne, du Gers, du Tarn, de TAude, du Lot, de Lotet-Garonne, des Hautes et des Basses-Pyrénées. Après avoir appliqué la loi des suspects à Agen, il vint rejoindre, à Tou-

louse, ses collègues Chaudron-Rousseau et Baudot : cette ville fut, pendant plusieurs mois, le centre de ses opérations. Il s'appliqua immédiatement à écraser de contributions les riches, ou prétendus tels (1). Le 8 brumaire, il lance une proclamation dans laquelle il se plaint amèrement des obstacles que rencontre Texécution des décrets sur les subsistances. U se livre à de violentes déclamations contre les riches et les indifférents, et annonce qu*on va les soumettre aux recherches les plus inquisitoriales et sévir impitoyablement contre eux :

« Une armée révolationnaire est déjà sur pied ; et bientôt ses nombreux détachements, précédés de commissaires civils, iront de district en district, de commune en commune, porter la terreur dans

(1) Par arrêté du 4 brumaire, il envoie au comité de surveillance de Saint-Sulpice (district de Rieuz), le tableau des riches du canton qu'il a déjà requis de fournir certains effets d'équipement, et charge ce comité de les contraindre à s'exécuter ; ceux qui refuseront paieront double taxe. Ces prétendus riches sont au nombre de ving^trois ; la somme de leurs menus est de 176,900 livres. Us devront fournir en tout 234 chemises, 436 paires de bas, 42S paires de souliers, 140 manteaux, 145 roupes, S30 paires de guêtres, 282 chapeaux, 161 paires de bottes, 1,374 cols, 155 selles, avec autant de brides et de porte-manteaux.

Le moins riche de ces riches a 1,000 livres de revenu : il est taxé à 3 chemises, 3 paires de bas, 3 paires de souliers, 1 manteau, 1 roupe, 6 paires de guêtres, 3 chapeaux, 1 paire de bottes, 6 cols, 1 selle avec bride et porte-manteau. Le plus riche est censé avoir 35,000 livres de rentes; aussi doit-il 'fournir 24 chemises, 48 paires de bas, autant de paires de souliers, 16 manteaux, 16 ^roupes, 48 paires de guêtres, 24 chapeaux, 16 paires de bottes, 96 cols, 16 selles avec autant de brides et de porte-manteaux. Sur les vingt-trois riches, Tun n'a que 1,000 livres de revenu, sept, moins de 2,000. Les plus riches ont 35,000, 20,000, 16,500, 15,000, et 10,000 ; — les revenus des neuf autres sont entre 2,000 et 10,000. Comme Laplanche, son digne collègue en terrorisme et en apostasie, Paganel est un spoliateur éhonté. Sous prétexte de pourvoir aux besoins de l'armée, il enlève aux habitants de Toulouse 08 qu'ils possèdent de confortable. Ainsi, le 7 brumaire, il met en réquisition pour l'armée a les tapisseries, tapis de pieds et autres objets de luxe », et tous ces objets seront pris « sans indemnité, toutes les fois qu'il sera constaté par une délibération du comité de surveillance et des sociétés populaires, qu'ils appartiennent à des aristocrates ou à des personnes évidemment suspectes ». Pour vexer encore les personnes aisées, il mit aussi en réquisition toutes les voitures de luxe, en déclarant qu'elles étaient nécessaires pour le transport des soldats malades. Les chemins étaient alors dans un tel état, que ces voitures devaient être de bien peu de ressource. Il est probable que les représentants et eors délégués s'en servirent pour leurs courses. ArMves, AF, II, 104.

l'âme des aristocrates, des égoïstes, et de toas ces êtres qu'une apathique neutralité désigne aux patriotes comme de nouveaux ennemis qui éprouveront bientôt la vengeance populaire (i) . »

Il somme les magistrats de faire une chasse active à ces aristocrates, à ces égoïstes : « Pénétrez toutes les retraites obscures, où la cupidité et Tavarice calculent leurs projets plébicides ». S*ils agissent mollement, ils s'en trouveront mal.

Naturellement toutes ces rigueurs , toutes ces extorsions faisaient disparaître le numéraire de la circulation. Au lieu de tenir ses splendides promesses, la révolution apportait la misère à ceux-là mêmes qu'elle ne tyrannisait pas directement. Mais le mot d'ordre était donné d attribuer aux riches toutes les souffrances dont elle était la seule cause. Le 12 brumaire, Paganel faisait afficher une nouvelle proclamation , dans laquelle il affectait une profonde tendresse pour les indigents, et adressait aux riches d'horribles menaces :

« Ah I tremblez, vous qui possédez le numéraire, si, par votre faute, un seul Français souffre la faim ; hâtez-vous de le mettre à la disposition du gouvernement et des représentants du peuple. L'instinct irrésistible des sans-culottes, l'active inquiétude du peuple, percent les secrets de l'avance et comptent ses trésors dans le sein même de la terre qui les recèle. Ces possesseurs de numéraire sont et seront toujours signalés, et leurs noms voués à l'exécration publique, s'ils forcent le représentant du peuple à commander comme un sacrifice nécessaire, un abandon qui peut devenir pour les riches le commencement d'une nouvelle vie (2). »

Tout en persécutant les riches, Paganel donnait la chasse aux réfractaires, faisait fondre les cloches, et travaillait à la suppression de l'église constitutionnelle. Il obtint, par intimidation, la démission de Sermet, évêque intrus de Toulouse, et de plusieurs autres constitutionnels. Mais pour lui c'était trop peu, il aurait voulu les voir suivre l'exemple de Gobel, et apostasier avec scandale. Le 25 brumaire, il prit, avec son collègue Gassanyès, un arrêté qui leur interdisait toutes fonctions, les privait de tout traitement, et les dénonçait aux fureurs populaires :

« Vu les dénonciations qui nous ont été présentées par le comité de surveillance de la société populaire de Toulouse contre les ci-

(1) Archives, AF, II, 104. — (2) Archives, ibid.

tojens Sennet, évèque du département de la Haate-Garonne, Garrigues, caré de Saint-Nicolas, Auriol, curé de Saint-Michel, Manaud, curé de la Dalbade, Bores, ci-devant vicaire épiscopal, Lespinasse^ vicaire de Saint-Nicolas, et Pons, vicaire de Colomiers;

« Considérant qu'il importe au succès de la révolution de réprimer tous les hommes qui tentent d'asservir l'opinion publique à leurs préjugés, et de dominer par eux sur les consciences timorées et sur la raison même ;

f Que les dépositaires de l'autorité doivent être d'autant plus sévères, que ceux contre lesquels ils l'exercent ont plus de moyens de se créer un empire contraire à celui de la loi ;

« Après avoir accepté la démission qu'a faite entre nos mains le citoyen Sermet de l'évôché du département de la Haute-Garonne,

« Déclarons les citoyens ci-dessus nommés, inhabiles à exercer aucunes fonctions tant civiles que religieuses, requérons les administrateurs du district de ne leur délivrer aucun mandat pour être payés en qualité d'évôque, de curés, de vicaires.

« Renvoyons au procureur général syndic du département de la Haute-Garonne, tant pour l'exécution du présent arrêté, que pour remplacer lesdits citoyens, si les paroisses le demandent (i). »

On en était encore à jouer la comédie de Tabandon volontaire du culte par les communes. Pagancl savait très bien que les paroisses n'oseraient pas invoquer cette étrange disposition. Cet arrêté annonçait au clergé constitutionnel que pour obtenir les bonnes grâces du gouvernement révolutionnaire, il lui faudrait faire une apostasie complète, et qu'une démission évidemment donnée à contrecœur ne serait comptée pour rien. Pour donner plus de poids à leurs recommandations , les proconsuls déclarèrent le même jour qu'il était nécessaire de châtier les ennemis de la révolution sans être arrêté par les formes, car a de grands coupables accumulés dans les prisons de Toulouse sont réclamés par la justice nationale ». Pour les punir^le tribunal criminel est érigé en tribunal révolutionnaire à l'instar de celui de Paris. Les constitutionnels, qui ne se souciaient nullement du martyre, s'effacèrent de plus en plus. La fête de la Raison fut célébrée solennellement à Toulouse, le 20 frimaire, dans la cathédrale. Ce jour-là, Paganel, qui appartenait à la classe des persécuteurs hypocrites, pérora doucereusement sur la tolérance, et soutint que

(l) Archives, AF, II, 104.

122 CONSTITUTION CmiB DU CLBBGÉ.

« la nature et la constitution donnent à tout Français le droit de suivre le système religieux qu'il préfère, quelque absurde qu'il puisse être (1)». Mais la Terreur n'y devait rien perdre : il ût la chasse aux réfractaires, et poursuivit la déprètrisation des constitutionnels avec la dernière rigueur.

Une partie du clergé de Toulouse avait bravé toutes les lois révolutionnaires pour rester au milieu des fidèles. L'abbé du Bourg, prêtre rempli de zèle et de courage > dirigeait ces prêtres dévoués. Ils étaient obligés de prendre des déguisements de toute espèce, lorsqu'ils sortaient de leurs cachettes pour entendre les confessions des mourants. L'un d'eux sortait déguisé en officier de la garde nationale , et soutenait parfaitement son rôle : une fois il se trouva en présence d'un peloton qui était chargé de le chercher; sans se troubler un seul instant, il affecta le plus grand zèle, se mit à sa tête, et ût avec lui une perquisition très active. Un capucin, qui connaissait la médecine, entrait sous ce prétexte dans les maisons pour apporter les sacrements. L'un se déguisait en petit-maître du temps, l'autre en portefaix. Les jacobins passaient dans la rue à côté d'un chaudronnier tout noir, et d'un garçon boulanger enfariné, sans reconnaître encore des prêtres réfractaires, et ne soupçonnaient pas davantage le véritable caractère d'un individu qui parcourait les rues en chantant à tue-tête des chansons patriotiques (2).

On a souvent répété que pendant la révolution l'armée avait été une sorte de refuge ; que le soldat échappait du moins à cet espionnage continuel , à cette multitude de vexations que tous les autres citoyens étaient forcés de subir. De nombreux documents établissent, au contraire, que les militaires étrangers au parti terroriste étaient soigneusement surveillés, et couraient les mêmes dangers que les bourgeois. Ainsi, le 24 frimaire, Paganel les dénonçait, sous le nom de muscadins, aux départements qui avaient fourni des bataillons à l'armée des Pyrénées. Il les accusait de chercher dans les camps à désorganiser l'armée, en provoquant des désertions, et à faire naître sur les champs de

(1) Archives, AF, II, 104.

(2) Salyan, Église de Toulouse, t. IV, p. 542,

bataille de désastreuses paniques. Rejetant impudemment sur eux quelques échecs dus à Tindicipline et à I*inexpé- [ lience des troupes, il osa les accuser d*avoir obtenu dans 1 exécution de ce plan antipatriotique, « de déplorables succès». Pour prévenir de semblables trahisons, chaque municipalité devra lui envoyer le tableau des muscadins de son territoire partis pour Tarmée. Ce tableau sera envoyé au représentant du peuple et aux généraux : alors on les rendra responsables des désordres qu'ils seront censés occasionner : <€ Ces muscadins, placés (m premier rang, se trouveront entre leur devoir et la mort (!)• »

Paganel vint, pendant le mois de pluviôse, tyranniser Alby (3). Il put s'assurer pendant ce voyage de l'attachement des populations à leur religion. Aussi, de retour à Toulouse, il adressa, le 20 pluviôse, dans le temple de la Raison, de terribles menaces aux prêtres qui, après avoir abdiqué, paraissaient disposés à reprendre leurs fonctions :

ce Mon objet n'est pas de dire comment il faut attaquer ce nouveau genre de conspiration Carnée dans les campagnes, par des hommes qui ont affecté le pa^otisme, et dont la plupart n'avaient abjuré leurs erreurs et dévoilé les secrets de la superstition, que pour mieux trahir la cause du peuple par un retour précipité A

(1) Le département du Lot accneiUit avec transport rarrété de Paganel et, le 28 frimaire, il en assura rezécution : « Considérant que de tous les hommes, ces muscadins sont les moins propres au service de nos armées ; qrae leur éducation molle et efféminée et leur égolsme, leur font craindre les fatigues de la guerre et redouter Tempire de Tégalité; que par quelques talents extérieurs, ils parviennent quelquefois à tromper et à séduire les bons sans-culottes, qui n'ont jamais étudié fart de se contrefaire; qu'il est par conséquent essentiel de les connaître », il ordonne aux commissaires de dresser les listes de leurs muscadins d'après Tarrété de Paganel; c ils y joindront (art. 2), Tàge, le degré de civisme ou d'incivisme, et la fortune du désigné, et de ses père et mère 8*il vit avec eux, et dans ce cas, quel est le nombre des enfants ». L'art. 3 donne la définition du muscadin : a On doit entendre par muscadins, tous ces hommes aisés et fainéants qui, voyant les dangers de la patrie, se sont toujours refusés à partir pour la défendre, ont trouvé les moyens de se soustraire aux réquisitions, qui insultent, par leur luxe et leur ton de fatuité, à tous les sans-culottes des villes et des campagnes. » Ces états doivent être dressés dans les huit jours. Archives, AF, II, 107.

(2) Il prit à Alby, le 11 pluviôse, un arrêté ordonnant de détruire les tours et toureUes des châteaux, parce que « conserver encore plus longtemps le piédestal, après avoir brisé Tidole, ce serait laisser quelque espoir de réinatallation. » Archives, AF, II, 104.

l'exercice de leurs ridicules fonctions. U me sufQt d'ayoir indiqué le mal. » (Archives, ibid»)

Les constitutionnels qui n*avaient pas encore abdiqué subirent de nouvelles persécutions. Le 10 ventôse, Paganel, après avoir bien déclamé contre le fanatisme, destitua tous ceux qui avaient été investis de fonctions publiques.

Dartigoyte,qui le rejoignit à Toulouse dans le courant de pluviôse, se montra peut-être encore plus tyrannique et persécuteur. Il travailla aussitôt à augmenter encore le nombre des suspects. Plus difficile encore que Paganel, il épura un grand nombre d*administrations, en déclarant qu*elles étaient peuplées de faux patriotes, « de messieurs plâtrés d'un prétendu civisme, depuis que la guillotine a fait justice des ennemis du peuple (i) ». Il travailla avec la plus grande activité à la profanation des églises : le 30 pluviôse, il écrivait à la convention que la Raison tripmphait dans le district de Grenade, que les citoyens de ce district venaient de lui envoyer Targenterie de leurs églises, et 635 livres de cuivre. Malgré les efforts réunis de Paganel et de Dartigoyte, les prêtres réfractaires soutenaient le courage des fidèles au risque de leur vie ; beaucoup de constitutionnels qui avaient abdiqué reprenaient timidement leurs fonctions ; on disait même que certains d'entre eux faisaient des démarches secrètes pour se réunir aux orthodoxes. Dartigoyte résolut de contraindre les ecclésiastiques défectionnaires à tenir les promesses qui leur avaient été extorquées, et d'abolir complètement le culte en mettant les prêtres les plus courageux dans l'impossibilité matérielle de l'exercer. Il prit donc, le 8 germinal, un arrêté qui, pour priver complètement les populations de l'exercice de leur religion, assignait un domicile forcé aux prêtres constitutionnels de toute catégorie.

(1) Ces épurations furent marquées par un incident assez plaisant. Dartigoyte venait de réorganiser le district de Saint-Gaudens, devenu Mont-Unité, lorsqu'il découvrit que le président et Tun des membres qull venait de proclamer le matin môme, s'étaient compromis avec les girondins ; il prit aussitôt un arrêté, par lequel il déclara : « Art. I. Le baiser Maternel donné ce matin à B,.,^ président du district, lui est retiré pour cause de fédéralisme. » Les deux administrateurs sont destitués et emprisonnés, et le proconsul adresse de terribles menaces aux girondins. '^Archives, kF, II, 104.)

Do prêtre, nommé Gros, ex-prieur de bénédictins, curé de Saint-Sever, avait été arrêté à Toulouse par le comité de sorreillance : il était coupable d*ayoir publié quelques écrits contre le calendrier républicain et les innovations religieuses de la révolution, et il avait, parait-il, engagé les prêtres des deux églises à se réunir. Dartigoyte le déclara un conspirateur, et après avoir énuméré «tous ses forfaits (1)», prit contre lui et contre les prêtres de son espèce, Tarrêté soiyant :

« Art. !•'. Le prêtre Gros est renvoyé devant le tribunal révolutionnaire séant à Toalouse, en conséquence toutes les pièces seront incessamment adressées à l'accusateur public près ce tribunal.

« Aat. 2. Tous les prêtres qui se trouvent aujourd'hui sans fonctions, parce que leurs églises ont été abandonnées ou fermées d'après le vœu du pettpUj seront tenus de se rendre au chef-lieu de leurs districts respectifs, et ce quand bien même ils se seraient déprétrisés postérieurement à l'abandon ou à la fermeture de leur église.

«c Aat. 3. 11 en sera de même pour tous les prêtres qui ont repris leurs fonctions précédemment abdiquées. »

Les municipalités qui exécuteront mal , seront suspectes et emprisonnées : les receleurs des prêtres seront traduits au tribunal révolutionnaire.

«Art. 6. S*il y a eu des troubles dans les communes où les prêtres ont repris leurs fonctions après l'abdication , lesdits prêtres seront traduits pour raison de ce fait devant le tribunal révolutionnaire.

«c Art. 7. En cas de trouble, de résistance aux lois ou aux arrêtés des corps administratifs, dans les communes 'dans lesquelles les prêtres exercent encore leur culte, Us en sont déclarés les auteurs ^ et comme tels on les traduira devant le tribunal révolutionnaire. »

On devra dresser des listes des prêtres de toute catégorie.

(1) « Considérant que ce qui achève de caractériser le prêtre Gros, c'est la démarche par loi faite auprès des prêtres réfractaires, en leur écrirant de se réunir aux prêtres constitutionnels, de mettre à profit la confiance qu'ils avaient inspirée, seul moyen de se procurer la liberté, parce qu'alors les chrétiens seront assez nombreux pour qu'on les entende; qiie ces forfaits paraissent médités et combinés de longue main, puisque le prêtre Gros s'est permis de violer les lois prohibitives du costume, qull eut même Taudace de se présenter à Saint-Sever au mois d'octobre dernier (vieux style), affublé d'une partie de ce costume, devant notre collègue Monestier du Puy-de-Dôme, qui lui fit une rude réprimande, et que postérieurement, il fut dénoncé par la société populaire de Saint-Sever pour avoir prêché contre le divorce» » {Archives, AF, II, i04.)

126 CONSTITUTIOR CIVILB DU CLBBGÉ.

C'est tout à fait le système d*Albitte ! Si Dartigoyte, comme son collègue, n'a pas la franchise de déclarer qu'il abolit le culte, il le rend impossible : i* en internant les prêtres dans des communes où les jacobins ont aboli le culte; 2* en internant aussi ceux qui exercent leur ministère, sous prétexte de troubles survenus, ou que les jacobins sauront faire survenir. De plus, les articles 6 et 7 les menacent très nettement de réchafaud.

Outre la persécution religieuse, les populations étaient cruellement éprouvées par la disette : et quelquefois elles se soulevaient contre l'exécution de certains arrêtés vexatoires sur les subsistances. Il y avait eu des troubles dans deux communes, à l'occasion du recensement des grains : le proconsul les. menaça tout simplement de les anéantir par la force :

<( Si, trois heures après la réception et publication du présent dans les communes de Saint-Sulpice et de Montpezin, les citoyens ne se présentent pas àla municipalité, pour y abjurer leurs erreurs, signaler les moteurs, et demander Texécution de l'arrêté du comité de salut public du 13 ventôse, lesdites communes de Saint-Sulpice et de Montpezin seront déclarées en état de révolte, le représentant du peuple s'y transportera avec la force armée et le tribunal révolutionnaire. Lesdites communes de SaintrSulpice et de Montpezin seront alors traitées comme LyoUj Toulon et les autres communes rebelles. » {Archives, AF, II, 104.)

Bien qu'il eût épuré une multitude d'administrations et même de sociétés populaires, Dartigoyte voyait partout des conspirateurs déguisés, royalistes ou feuillants; il prétendait qu'on avait vu « les ci-devant nobles, les aristocrates, s'affubler du bonnet rouge, s'introduire dans les sociétés populaires, afficher le plus grand civisme ».

Pour les démasquer, il annule, le 14 germinal, tous les certificats de civisme donnés jusqu'alors, enferme tous les ex-nobles; et leur impose de rendre compte de toute leur vie politique, avec preuves à l'appui (1).

(i) Les nobles étant soumis à une foule de vexations, les jacobins voulurent faire passer certains bourgeois pour nobles, afin de les mieux tourmenter ; ceux-ci soutinrent naturellement qu'ils n'étaient pas nobles. D'un atitre c6té, certaines personnes, qui, à tort ou à raison, se disaient nobles avant la révolution, voulurent répudier cette qualité qui leur atti-

LA TBREEUR DAHS UB aiDI. iS7

Pendant ce temps-là, son collègue Bô, à qui le département du Tarn, jadis dans le domaine de Paganel, avait été abandonné, prenait contre les ex-nobles des mesures identiques, et se montrait plus rigoureux encore contre les prêtres. U les avait incarcérés à peu près tous sans distinction : le 30 germinal, il prit à Castres un arrêté qui les mettait en demeure de choisir entre leur liberté et un mariage sacrilège :

« Voulant mettre dans les mesares révolutionnaires que les circonstances exigent, autant de justice que de fermeté;

• Considérant que tous les soi-disant prêtres n'ont pas également manifesté leur adhésion pour la révolution, que quelques-uns ont même prouvé leur attachement aux principes républicains, en susimilant entièrement à la classe des citoyens,

« Art. 1*'. Tous les soi-disant prêtres qui sont mariés jouiront de leur liberté comme tout bon citoyen.

« ART. 2. Ceux qui se marieront jouiront des mêmes avantages.

f Art. 3. Ceux que leur âge et leurs infirmités mettent hors d*état de demeurer aux chefs-lieux de district, sans des dépenses qui excèdent leurs moyens, pourront se retirer dans leur domicile, en se faisant cautionner par-devant le directoire du district par quatre citoyens munis d'un certificat de civisme, et jouissant entre tous d'nne propriété foncière de valeur de quarante mille livres. »

Mais à cette époque il était fort imprudent de cautionner un prêtre. Bien peu d'ecclésiastiques durent bénéficier de cette dernière disposition 1

Le décadi fournit à Dartigoyte un excellent prétexte de persécution. Afin de contraindre les catholiques à travailler le dimanche, et à chômer le décadi, il prit, le 21 floréal^ un arrêté qui est peutrêtre le chef-d'œuvre du genre :

« Attendu les réclamations d'un grand nombre de sociétés populaires, corps administratifs et municipalités, sur les nouvelles intrigues des malveillants qui persuadent aux ouvriers de quitter

hût dû si cruelles persécutions. Les terroristes en vinrent donc à se constituer Juges de noblesse à Tégard de beaucoup de personnes. Au sujet de son arrêté du 14 germinal, Dartigoyte observe aux comités de surveillance u que beaucoup de gens veulent échapper aux mesures révo* lationnaires en prétendant qu'ils ne sont point nobles ; mais les comités ne doivent avoir aucun égard à ce désir, s*il n'est justifié par Textrait de naissance du pétitionnaire et, par son contrat de mariage, et s'il n'est pas marié, par le testament et le contrat de mariage de son père. « {Archives, AF, II, 104.)

leurs ateliers et boutiques les jours ci-devant dimanches et fêtes, aux cultivateurs d'abandonner leur charrue... »

Il prétend ensuite que les travaux des champs sont négligés, et que les ennemis de la révolution se servent du fanatisme pour exciter les esprits et nuire aux récoltes :

« Instruit par plusieurs adresses des autorités constituées, que quelques prêtres, dans le département de la Haute-Garonne, mais en petit nombre, ayant conservé leurs fonctions, célèbrent un culte public, forment des rassemblements dangereva, fanatisent le peuple (jtoec une indécence difficile à concevoir, et déclament contre les cidevant prêtres qui ont eu le courage de professer les grands principes,»

Après une tirade sur la nécessité du travail pour les mœurs, comme si le calendrier nouveau n'imposait pas trois jours de repos par mois, il arrête :

« Art. i*'. Les citoyens des départements du Gers et delà Haute- Garonne sont en réquisition, chacun pour le travail qu*il pratique ordinairement.

« ART. 2. Il n*y aura de repos que les jours de décadi.

« Art. 3. Les citoyens ou citoyennes qui contreviendront aux articles ci-dessus, ne recevront pas de distribution de pain, grain j ou farine, le jour qu^Us auront passé dans l'oisiveté : ils seront en outre inscrits sur une liste particulière, que Ton transcrira sur les registres de la commune... n

Avec cette liste, révisée le !*' de chaque mois, on formera un tableau comprenant les noms des hommes, femmes ou filles, qui, dans le courant du mois précédent, auraient négligé leurs travaux ordinaires, deux jours seulement (le décadi toujours excepté). D*après Tarticle 5, ce tableau sera intitulé « liste des citoyens fainéants et sujets de la commune » .

Il sera affiché, puis envoyé en double au district; cette administration devra le transmettre au proconsul. Les pères et mères dont les enfants auraient chômé le dimanche, y seront inscrits, ainsi que les chefs d'ateliers dont les ouvriers auraient « déserté deux jours durant le mois», à moins qu'ils ne les aient dénoncés eux-mêmes. L*art. 8 décide que le tableau sera adressé aux comités de surveil- ' lance, « afin qu'ils prononcent la réclusion , ou toute autre mesure de sûreté générale, contre les fainéants qui s'y trouveront inscrits, » Les prêtres seront arrêtés :

« Art. i2. Dans les communes où il se forme de nombreux ras-

semblements sous prétexte de culte, et où les terres sont négligées, les corps administratifs manderont les curés, et autres prêtres exerçants, lesquels pourront être retenus par mesure de sûreté générale an chef-lieu de district, comme auteurs des troubles {i). »

Des menaces terribles étaient en outre adressées aux autorités qui n'exécuteraient pas ces dispositions avec une rigueur impitoyable.

C'est complet I A la brutalité, à la violence, vient s*ajouter une hypocrisie qui donne à cet arrêté le caractère le plus odieux qu'on puisse rêver I Les départements du Gers et do la Haute -Garonne, et beaucoup d'autres départements du Midi, souffraient alors de la disette. Par Tarticle 3, qui supprime les distributions, Dartigoyte privait littéralement de leur pain ceux qui ne voulaient pas se livrer à un travail condamné par leur conscience. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir le régime de délation et de terreur établi par ce misérable : l'arrêté est assez clair par lui-même I

Son application rencontra de sérieuses difficultés. Le 25 floréal, Dartigoyte envoya une circulaire aux agents nationaux des districts, pour leur enjoindre de l'exécuter avec la dernière rigueur. 11 accusa encore une fois les royalistes de préparer la famine, de détruire les moissons, d'abuser de la crédulité des braves cultivateurs, et profita de l'occasion pour faire à ces derniers les plus basses flagorneries. Le 9 prairial, il prit des mesures de rigueur contre la commune de Golomiers,parce qu'elle n'avait pas exécuté son arrêté sur le travail forcé, et que des troubles avaient eu lieu au sein de la société populaire. Cette société fut dissoute, plusieurs fonctionnaires destitués, neuf habitants, dont une femme, mis en arrestation : le proconsul se réservait de prononcer sur leur sort ; l'article 9 est très significatif :

«... Le représentant du peuple déclare que si la commune de Colomiers persiste dans son aristocratie et à ne pas exécuter, soit les lois, soit les arrêtés, il sera pris une mesure générale contre les habitants, même celle de les déporter hors de ladite commune^ en yoppelant de bons sans-culottes, » (Archives, AF, II, 104.)

Voilà ce qu'il en coûtait de répugner au travail du dimanche I Ne venant pas à bout de convertir à la Raison et

(i) Archves, AJP , II, 104.

T. nr. »

130 CONSTlTOTIOlf CiraE DU CLEBGÉ.

au décadi «ces braves cultivateurs », Dartigoyte prenait encore contre eux, le 18 prairial, un arrêté tyrannique, et les mettait en réquisition pour leurs travaux ordinaires, en les déclarant tenus de commencer et de finir leurs journées suivant Tusage, au prix du maximum. Cet arrêté fut très rigoureusement appliqué.

Le tribunal révolutionnaire établi à Toulouse par Dartigoyte et Paganel siégea de nivôse à thermidor, et prononça trente-deux condamnations capitales. Parmi ses victimes on compte cinq prêtres : une seule femme fut exécutée. Si le nombre des guillotinés parait si restreint au premier abord, il ne faut pas en faire honneur aux proconsuls : ils eurent en effet pour système d*envoyer la plupart de eurs victimes au tribunal révolutionnaire de Paris. L'ancien parlement fut ainsi exterminé presque tout entier. Le 1^' floréal et le 26 prairial, plusieurs magistrats furent guillotinés, et, le 5 messidor, le tribunal révolutionnaire en immolait encore vingt et un, avec cinq autres Toulousains.

Avant de terroriser Toulouse^ Dartigoyte avait déjà fait la chasse aux prêtres et aux suspects dans les départements des Landes et du Gers.

Le îé vendémaire, il prit à Mont-de-Marsan, avec ses collègues Pinet, Monestier et Garrau, un arrêté ordonnant, sous les peines les plus graves, d*échanger le numéraire contre des assignats. Il se rendit ensuite à Auch : là, de concert avec Gavaignac, il déclare que le fameux arrêté de Fouché sur Tabolition des cultes « est dans les principes du républicanisme et de la morale universelle», et qu*il sera appli-» cable dans le Gers, les Landes, les Hautes et Basses^Pyré-* nées. On sévira contre les chrétiens obstinés :

« Les comités de surveillance sont spécialement tenus de faire arrêter et reclure jusqu'à la paix, comme gens suspects, $o<t fes mmistres d'un culte quelconque, soit les citoyens ou citoyennes qui, par des propos fanatiques ou contre-révolutionnaires , ou par des voies de] fait| s'opposeraient en manière quelconque à Texécation

des rues sages et philosophiques contenues dans i'arrôlé de notre coliègae Fouchë, le tout sans préjudice des poursuites extraordinaires s'il y a lieu.

« Les représentants du peuple qui ont visité la plupart des sociétés populaires, et qui sont témoins de leur énergie montagnarde, confient à leur zèle éclairé les derniers efforts que le monstre du fanatisme voudra sans doute faire au moment de son agonie (4). »

Cet arrêté contient aussi un long programme des fêtes décadaires. Le 7 nivôse, les représentants envoyés près Tarmée des Pyrénées se partagèrent leur territoire. Dartigoyte garda le Gers et les Landes. Monestier fut chargé de tyranniser les Hautes et Basses-Pyrénées, sauf les districts de Saint-Palais et d'Ustarits, réservés à Pinet et Gavaignac, qui devaient surtout s'occuper de Tarmée. Dartigoyte resta donc seul maître à Auch, mais il ne se contenta point, comme la plupart de ses collègues, de mener une vie dis* soloe, d'incarcérer, rançonner une foule de gens, de forcer les prêtres à se déprêtriser^ d'expédier des victimes à Paris ou de les faire guillotiner sur place ; il donna en outre libre cours à ses honteuses passions, et se montra aussi cynique que cruel. Son ignoble conduite fut dévoilée à la convention, le 13 prairial an III, par Durand-Maillane, qui avait été chargé, par le comité de législation, de faire un rapport sur les dénonciations portées contre lui et plusieurs autres terroristes (2).

(1) Archives, AP, II, 133.

(2) « Dartigoyte, dit le rapporteur^ est accusé tout à la fois d'eflusiou de sang, de dilapi'lations, de dépravations inouïes des mœurs. Cette dénonciation est beaucoup trop justifiée par les pièces, c'est à la convention à témoigner si eUe désire en entendre la lecture. Je la préviens qu'on ne peut rien entendre de plus révoltant et qui soit mieux prouvé : cepen* dant on trouve, parmi les papiers, des témoignages honorables à Darti* goyte de la part des sociétés populaires où on Taccuse d'avoir commis tous ces excès. » La convention exige -la lecture des pièces. « Nous ne ttlirons point notre feuille, dit le journal des Débats et Décrets, par le récit de toutes les obscénités reprochées à ce député ; il se servait conittmment avec les femmes des expressions les plus sales. Un jour, après tvoir apostrophé celles qui étaient au spectacle, dans les termes les plas déshonnétes, et de la plus grossière brutalité, il se montra à nu devant tout le peuple ; il forçait les mères de famille à conduire leurs Ailes à la société populaire , où elles étaient constamment spectatrices (les scènes les plus indécentes, où elles entendaient et voyaient ce qu'on peut imaginer de plus vilain et de plus atroce. » On cite, en outre, de

au décadi «ces braves cultivateurs », Dartigoyte prenait encore contre eux, le 18 prairial^ un arrêté tyrannique, et les mettait en réquisition pour leurs travaux ordinaires, en les déclarant tenus de commencer et de finir leurs journées suivant Tusage, au prix du maximum. Cet arrêté fut très rigoureusement appliqué.

Le tribunal révolutionnaire établi à Toulouse par Dartigoyte et Paganel siégea de nivôse à thermidor, et prononça trente-deijix condamnations capitales. Parmi ses victimes on compte cinq prêtres : une seule femme fut exécutée. Si le nombre des guillotinés paraît si restreint au premier abord, il ne faut pas en faire honneur aux proconsuls : ils eurent en effet pour système d'envoyer la plupart de eurs victimes au tribunal révolutionnaire de Paris. L'ancien parlement fut ainsi exteriplné presque tout entier. Le 1^' floréal et Ijb 26 prairial, plusieurs magistrats furent guillotinés, et, le 5 messidor , le tf*ibunal révolutionnaire en immolait encore vingt et un, avec cinq autres Toulousains.

Avant de terroriser Toulouse^ Dartigoyte avait déjà fait la chasse aux prêtres et aux suspects dans les départements des Landes et du Gers.

Le 2i vendémaire, il prit à Mont-de-Marsan, avec ses collègues Pinet, Monestier et Garrau, un arrêté ordonnant, sous les peines les plus graves, d'échanger le numéraire contre des assignats. Il se rendit ensuite à Auch : là, de concert avec Gavaignac, il déclare que le fameux arrêté de Fouché sur Tabolition des cultes « est dans les principes du républicanisme et de la morale universelle», et qu^il sera applicable dans le Gers, les Landes, les Hautes et Basses^Pyré-* nées. On sévira contre les chrétiens obstinés :

« Les comités de surveillance sont spécialement tenus de faire arrêter et reclure Jusqu'à la paix, comme gens suspects, soit {es ministres d*un culte quelconque, soit les citoyens ou citoyennes qui, par des propos fanatiques ou contre-révolutionnaires , ou par des YOies de) fait^ s'opposeraient en manière quelconque à Texécution

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Dans les clubs, Dartigoytc déclamait comme un véritable énergumène, et lisait le Père Duchêne avec transport. Laissant de côté toute hypocrisie, il prétendait dicter d'avance leurs arrêts aux juges révolutionnaires . Le comte de Barbotan, ex-constituant, et son fermier Nègre, traduits devant le tribunal criminel d'Auch, furent acquittés, et retenus seulement comme suspects ; Dartigoyte entra dans une violente colère, prétendit que les juges avaient manqué à leur devoir, et envoya ses deux victimes au tribunal révolutionnaire de Paris, qui, sans tenir compte de leur acquittement récent, les condamna à mort le 1" germinal. Le 11 ventôse, il dénonça encore à la convention un jugement du même tribunal, qui condamnait seulement à la déportation Saint-Julien, ex-noble, et gendre de Barbotan, « que des crimes bien avérés devaient faire monter sur l'échafaud », et lui demanda de renvoyer aussi au tribunal révolutionnaire (i).

Le 19 germinal, au milieu d'une séance de la société populaire, une brique fut lancée contre Dartigoyte. Il ne manqua pas une si belle occasion de s'ériger en martyr de la liberté. Il déclara immédiatement que des conspirateurs aristocrates avaient voulu le tuer, et renouvela la sanglante comédie que Léonard Bourdon avait précédemment jouée à Orléans. Le tribunal criminel d'Auch était suspect. Pinet et Cavaignac prêtèrent complaisammont à leur collègue leur commission de Bayonne, qui vint s'installer à Auch et, le 26 germinal, condamna onze personnes à mort comme complices de l'attentat commis contre Dartigoyte.

Pinet et Monestier qui étaient censés s'occuper de l'armée, travaillaient surtout à terroriser les départements voisins des Pyrénées. Dans cette contrée les prêtres étaient impitoyablement traqués, et de nombreuses commissions militaires immolaient les victimes que les proconsuls leur désignaient d'avance. Monestier était un prêtre défroqué : U s'était jeté avec ardeur dans le terrorisme, et avait voté la mort de Louis XYI. Lorsque les apostasies furent à la mode

nombreux traits d'abus de pouvoir et de tyrannie. « Dans une vente nationale, Dartigoyte fit transporter chez lui tous les effets précieux à sa convenance, déclarant qu'il ferait guillotiner ceux qui oseraient enchérir sur lui. » Débats et décrets^ prairial an III, p. 610. (1) Débats et Décrets, ventôse an II, p. 258.

U écrivit, le 46 frimaire, à la convention, du camp de Belchèréa :

« dtojens collègues, déjà depuis le mois de décembre i792, parais écrit à la commune de Clermont-Ferrand, chef-lieu du déparlement du Puy-de-Dôme, lieu de mon origine et de mon domicile, qu^elIe ne devait plus compter sur moi pour premier vicaire da culte catholique. En juin i793, je ratifiai purement et simplement cette abdication dans la tribune de la société populaire de cette commune ; depuis j'ai renouvelé vingt fois cette sainte et salvr taire abjuration dans les départements que j*ai parcourus et que j'ai pohflés conjointement avec mes collègues Pinet et Dartigoyte. MoD exemple a amené même Theureux et philosophique mouvement qui se communique à toute ^la France, plusieurs abdications et plusieurs mariages de prêtres, et bien des autodafé de TÎenx saints, et bien des autels à la Raison universelle. Agréez le renouvellement de ma renonciation comme une nouvelle prenve de mon attachement au gouvernement républicain, qui ne saurait compatir avec aucun culte national, et bien moins avec le très intolérant et très ridicule catholicisme. Je me réjouis que cet acte vous soit communiqué par le philosophe et montagnard Homme, mon compatriote et votre président. J'écris à ma commune pour livrer aux flammes ces mauvais papiers; je doute qu'on les trouve; il me semble me souvenir que j'en ai fait justice en septembre 1792, en brûlant des bréviaires tout neufs que je n'avais pas fini de couper. Citoyens collègues, je n'ai qu'un mot à TOUS dire : je ne jouirai des huit cents livres que vous avez la bonté de nous accorder, qu'à l'époque où je ne pourrai plus travailler. Salut et fraternité. » (Archives, AF, II, 104.)

En outre, il jugea nécessaire de renouveler son apostasie dans la ville même où il avait exercé son ancien état : Le 2 pluviôse, il écrivit d'Orthez, aux frères et amis de Clermont, une lettre dans laquelle il insultait grossièrement les dogmes les plus révérés, répétait son abdication pure et simple de la (f vile prêtrise », et chargeait son frère de remettre à la maison commune, a mes paperasses papistiques, mes hochets d université, et mes pamphlets de bénéfice ». Dartigoyte fut enchanté de ces deux lettres , et prescrivit à ses subordonnés de leur donner la plus grande publicité : on leur joignit la lettre de Dartigoyte ; et elles furent toutes trois imprimées et placardées dans plusieurs départements, pouf leur montrer quel grand philosophe ils avaient le bonheur de posséder dans la personne du proconsul Monestier, et aussi pour

134 CONSTITUTIOll CIYILB DU CLBRGÉ.

enjoindre aux constitutionnels attardés, de suivre bien vite un exemple aussi illustre.

Monestieret ses collègues (1) furent aidés dans la persécution religieuse par Féraud. Ce député parait s'être occupé beaucoup plus qu'eux de Tarméo. Cependant nous avons retrouvé de lui un arrêté qui renvoie devant le tribunal révolutionnaire, André Darthès, ex-chanoine, pour avoir rétracté son serment et être resté en France : quelques jours après il était condamné à mort. Le 4 pluviôse, Féraud rendit à la liberté et au travail des cultivateurs emprisonnés précédemment pour n'être pas allés à la messe constitutionnelle :

« Vu que plasieurs laboureurs, excellents pères de famille et bons citoyens, ont été mis en état de réclusion pour cause de fanatisme ; « Vu que Terreur doit toujours être distinguée du crime, « Nous autorisons le comité de surveillance, qui aux termes de la loi, a été formé dans le district de Mauléon, à prononcer la mise en liberté de tous les laboureurs et cultivateurs qui ne seraient détenus pour aucune cause d'incivisme. » (Ibid,)

La même faveur était accordée aux laboureurs détenus depuis plusieurs mois pour des fautes légères relatives aux réquisitions. Pinet avait été également obligé de prononcer des mises en liberté pour les mêmes motifs. Ainsi donc, sur tous les points de la France, la persécution religieuse avait entassé un si grand nombre de laboureurs dans les prisons, que les prêtrophobes les plus enragés se trouvaient dans la nécessité de les remettre en liberté.

Lorsque les proconsuls avaient pris un amusement, un spectacle sous leur protection, on était forcé d'y assister. Us avaient honoré de leur présence une représentation donnée sur le théâtre de Bayonne au bénéfice des volontaires, mais les habitants de la ville étaient restés chez eux. Pinet,

(1) Leur despotisme était à la fois cruel et tracassier. Ainsi, le 4 octobre 1793, ils prennent un arrêté pour contraindre les femmes à porter la cocarde tricolore. « i^ Il sera tenu un registre pour les contraventions ; 2» les femmes qui s*en rendront coupables, seront suspectes et inscrites sur un autre registre ; 3» elles seront mises en état d'arrestation ches elles ou dans la prison pour le temps que le comité de salut public local leur fixera. Elles pourront se raclicler deux fois par une amende proportionnée à leur foHune. Les sentinelles. doivent arrêter les femmes qui n*ont pas de cocarde. » Archives, ÂF, II, 133

indigné, prit, le S7 pluviôse, un arrêté qui est un document très précieux de Tinsolence et de la tyrannie dés proconsuls de la convention :

a Considérant qae ce jour-là, la salle de spectacle était presque vide, et ]ne contenait que quelques militaires, quelques sans-culottes et les représentants du peuple, dans le temps qu'elle avait accoutumé d'è^e remplie de ces hommes et de ces femmes , connus dans Rayonne, autant par leur égolsme, leur goût poiir la frirolité, que par leur esprit mercantile et leur haine pour la ikrté et Tégalité ;

« ... Que les représentants du peuple ne se sont point imposé la loi de refondre de pareils êtres, de changer des Espagnols en Français, de riches Bayonnais en républicains, de faire d'un agioteor, d'un accapareur, un honune généreux et désintéressé, d'un ihpon, un homme probe, etc., etc. ;

« Qu'il est cependant chez ces hommes rongés d'aristocratie, une chose sur laquelle on peut opérer quelque changement, une chose qu'ils aiment beaucoup mieux que leur patrie , une chose qui est l'objet de toutes leurs affections, c'est leur bourse. »

U développe cette idée jacobine, et après beaucoup d*injores, (c la frayeur et la terreur devant être sans cesse à Tordre du jour pour de tels hommes », il attaque directement la bourse de treize citoyens dénommés dans l'arrêté, et leur enjoint de verser dans les cinq jours une somme de i 0,000 livres (1) entre les mains du chef d'état-mâjor, pour tenir lieu de la recette qui a été si faible.

Malgré leurs phrases sur les vertus républicaines, les proconsuls s'installèrent très confortablement à Bayonne, aux dépens des autres. Le 22 pluviôse, Pinet et Gavaignac prenaient un arrêté ordonnant à un membre du district

(1) Deux citoyens sont taxés à 1,500 livres, cinq à 1,000, deux à 500, un à 400, trois à 200. Si la somme n'est pas payée dafis le délai fixé, les retardataires seront mis ep arrestation, « ainsi que leurs femmes, enfants^ pères, méretf frères, sœws, ondes, tantes, neveux^ nièces, et de plus tous leurs biens seront séquestrés ». Pinet donne généreusement 2,000 livres aux comédiens comme récompense. Les 8,000 autres étaient destinées aux parents des soldats et aux blessés. L'article 7 de Tarrété menaçait les Bayonnais de nouvelles extorsions, car il déclarait que les représentants n'avaient pas entendu « délivrer des brevets exclusifs d'aristocratie et d'incivisme » aux personnes taxées, que beaucoup de Bayonnais ne valent pas mieux et « ne tarderont pas à avoir leur tour ». Archives, AF, n, 133.

et à un ofûcier municipal de lever les scellés apposés sur les effets d*une citoyenne émigrée, et de « délivrer au citoyen Martin, leur secrétaire, les effets, meubles et linges, qui seront par lui désignés, pour garnir les appartements de la ci-devant intendance, où les représentants du peuple ont fixé leur domicile et leurs bureaux ». Mais le lendemain, ils prennent un arrêté bien plus exorbitant : ils ne se font plus apporter les meubles des émigrés : ils mettent en réquisition les mobiliers des habitants, et les font enlever à leur nez. Ils envoient leur secrétaire avec un membre du district, un officier municipal et un quatrième jacobin :

c( Pour procéder sor-le-champ à la vente des meubles, linges et autres effets, contenus dans la maison du citoyen Lalanne Montaigut, et dans celle du citoyen Goupène, toutes deux sises an Bourg neuf. Le citoyen Martin désignera ceux de ces meubles qui peuvent être transportés à l'ancienne intendance, et affectés à Tusage des représentants du peuple ; il en dressera un état détaillé qu'il ^signera avec les commissaires susnommés, et dont copie conforme sera remise au propriétaire des objets enlevés, pour lui servir de garantie ; une autre copie sera remise aux représentants du peuple, pour couvrir, s'il y a Ueu, les droits de la nation sur lesdits effets... » (I6td.).

Cette dernière phrase de l'arrêté a dû donner le frisson aux malheureux propriétaires, car elle prévoyait le cas où la nation hériterait d*eux, grâce à la guillotine. Il paraît, du reste, que le train de maison des représentants exigeait beaucoup de linge et de mobilier, car un autre arrêté^ du S ventôse, ordonne au comité de Bayonne de remettre à leur secrétaire « la quantité de linge nécessaire à l'usage de leur maison, et qui se trouve en quantité, dans plusieurs malles découvertes chez Saublette, de Chauvin-Dragon ».

L'installation du culte de la Raison revenait de droit à Monestier en sa qualité de défroqué : le 17 pluviôse, il fit célébrer sa fête dans la principale église de Pau ; le 12 ventôse, il décréta solennellement Tabolition du culte, par une proclamation adressée au maire et au conseil général de la commune de Pau. Elle débute ainsi :

« Après le royalisme, ou à côté de lui, le monstre le plus dangereux contre Tindépendance des peuples, c'est le fanatisme.

Lonqitmiyranf mort sur l'échafavd, laisse (xprès lui un rejeton dans k$ fers, scn plus ferme appui, c'est le sacerdoce. Le despotisme a toujours ea les plus grandes ressources dans le culte romain, l'Irlande est un exemple frappant!!! Il est donc du devoir d'un législateur sage et ferme de livrer une guerre à mort à cet irréconciliable ennemi de l'égalité et de la liberté... »

II fait ensuite une longue tirade contre le fanatisme, puis rend compte de sa tèie du 17 pluviôse :

« La saison avait paru vouloir nous contrarier, la pluie voulait nous retenir en dedans, le Père étemel, contre sa louable coutume, a eui'air de jouer son aristocrate,., »

Après avoir débité une foule de blasphèmes et exalté la nouvelle divinité, il requiert la municipalité de Pau : 1® de dépouiller la ci-devant église Martin, et d'en livrer Targenterie; 2* de constater que, d'après le vœu des républicains, celle église est convertie en temple de la Raison ; 3® d'enlever les cloches; 4** de supprimer le culte public dans les églises Sainte-Ursule, derhôpital,des orphelines, du collège, etdejes dépouiller; 5® de détruire les clochers. D'après l'arlicle 6, un officier municipal en écharpe lira, chaque décadi, les lois et décrets avec une explication brève et claire. C'était vraiment trop demander à des sans-culottes ! En outre, la société populaire enverra un orateur pour instruire le peuplesurun sujet important, qu'elle aura préalablement traité. Pour remplacer le culte, Monestier institue des prônes jacobins.

L'article 7 prescrit, pour les décadis, des danses, des tambours et des cérémonies de toute espèce.

Dès le lendemain, la municipalité appliqua strictement cet arrêté ; elle poussa môme l'horreur des cloches jusqu'à décréter qu'on ne les sonnerait plus, même en l'honneur du décadi: ce grand jour devait être annoncé par des tambours et des trompettes. Le district rivalisa de zèle ; sur les réquisitions de l'agent national, qui lui rappela, avec beaucoup de raison, que les encouragements donnés aux déprêtrisations, les secours accordés aux apostats, montraient clairenient la véritable pensée de la convention, il engagea les municipalités à suivre l'exemple de la ville de Pau, *à dépouiller les églises et à y célébrer les décadis. Monestier

126 CONSTITUTIOll CIVILE DU CLERGÉ.

C'est tout à fait le système d'Albitte 1 Si Dartigoyte, comme son coUëgue, n*a pas la franchise de déclarer qu'il abolit le culte, il le rend impossible : 1* en internant les prêtres dans des communes où les jacobins ont aboli le culte ; S* en internant aussi ceux qui exercent leur ministère, sous prétexte de troubles survenus, ou que les jacobins sauront faire survenir. De plus, les articles 6 et 7 les menacent très nettement de réchafaud.

Outre la persécution religieuse, les populations étaient cruellement éprouvées par la disette : et quelquefois elles se soulevaient contre Texécution de certains arrêtés vexatoires sur les subsistances. Il y avait eu des troubles dans deux communes, à Toccasion du recensement des grains : le proconsul les menaça tout simplement de les anéantir par la force :

u Si, trois heures après la réception et pablication du présent dans les communes de Saint-Sulpice et de Montpezin, les citoyens ne se présentent pas &la municipalité, pour y abjurer leurs erreurs, signaler les moteurs, et demander l'exécution de l'arrêté du comité de salut public du 13 ventôse, lesdites communes de S aint-S ni pice et de Montpezin seront déclarées en état de révolte, le représentant du peuple s'y transportera avec la force armée et le tribunal révolutionnaire. Lesdites communes de SaintrSulpice et de Montpezin seront alors traitées comme Lyon^ TouUm et les autres communes rebelles. » {Archives, AF, II, 104.)

Bien qu'il eût épuré une multitude d'administrations et même de sociétés populaires, Dartigoyte voyait partout des conspirateurs déguisés , royalistes ou feuillants ; il préten^ dait qu'on avait vu « les ci-devant nobles, les aristocrates, s'afTubler du bonnet rouge , s'introduire dans les sociétés populaires, afficher le plus grand civisme ».

Pour les démasquer, il annule, le 14 germinal, tous les certificats de civisme donnés jusqu'alors, enferme tous les ex-nobles^ et leur impose de rendre compte de toute leur vie politique, avec preuves à l'appui (4).

(1) Les nobles étant soumis à une foule de vexations, les jacobins voulurent faire passer certains bourgeois pour nobles, afin de les mieux tourmenter; ceux-ci soutinrent naturellement qu'ils n'étaient pas nobles. D'un autre c6té, certaines personnes, qui, à tort ou à raison, se disaient nobles avant la révolution, voulurent répudier c«tte qualité qui leur atti-

LA TERREUR DANS LB HDI. iî7

Pendant ce temps-là, son collègue Bô, à qui le département du Tarn, jadis dans le domaine de Paganel, avait été abandonné, prenait contre les ex-nobles des mesures identiques, et se montrait plus rigoureux encore contre les prêtres. Il les avait incarcérés à peu près tous sans distinction : le 30 germinal, il prit à Castres un arrêté qui les mettait en demeure de choisir entre leur liberté et un mariage sacrilège :

« Voulant mettre dans les mesures révolutionnaires que les cirée nstances exigent, autant de justice que de fermeté;

« Considérant que tous les soi-disant prêtres n'ont pas également manifesté leur adhésion pour la révolution, que quelques-uns ont même prouvé leur attachement aux principes républicains, en s'assimilant entièrement & la classe des citoyens,

« Art. l*'. Tous les soi-disant prêtres qui sont mariés jouiront de leur liberté comme tout bon citoyen.

M Art. 2. Ceux qui se marieront jouiront des mêmes avantages,

9 Ajit. 3. Ceux que leur âge et leurs infirmités mettent hors d'état de demeurer aux chefs-Ueux de district, sans des dépenses qui excèdent leurs moyens, pourront se retirer dans leur domicile, en se faisant cautionner par-devant le directoire du district par quatre citoyens munis d'un certiGcat de civisme, et jouissant entre tous d'one propriété foncière de valeor de quarante mille livres. »

Mais à cette époque il était fort imprudent de cautionner on prêtre. Bien peu d'ecclésiastiques durent bénéficier de cette dernière disposition I

Le décadi fournit à Dartigoyte un excellent prétexte de persécution. Afin de contraindre les catholiques à travailler le dimanche, et à chômer le décadi, il prit, le Si floréal^ un arrêté qui est peut-être le chef-d'œuvre du genre :

« Attendu les réclamations d'un grand nombre de sociétés populaires, corps administratifs et municipalités, sur les nouvelles intrigues des malveillants qui persuadent aux ouvriers de quitter

rait de si eroeUes persécutions. Les terroristes en vinrent donc à se constituer Juges de noblesse À l'égard de beaucoup de personnes. Au sujet de son arrêté du 14 germinal, Dartigoyte observe aux comités de surveillance « que beaucoup de gens veulent échapper aux mesures révo* lutionnaires en prétendant qu'ils ne sont point nobles ; mais les comités ne doivent avoir aucun égard à ce désir, s'il n'est justifié par Textrait de naissance du pétitionnaire et, par son contrat de mariage, et s'il n est pas mariée par le testament et le contrat de mariage de son père. » (Archives, AF, II, 104.)

leurs ateliers et boutiques les jours ci-devant dimanches et fêtes, aux cultivateurs d'abandonner leur charrue... »

Il prétend ensuite que les travaux des champs sont négligés, et que les ennemis de la révolution se servent du fanatisme pour exciter les esprits et nuire aux récoltes :

u Instruit par plusieurs adresses des autorités constituées, que quelques prêtres, dans le département de la Haute-Garonne, mais en petit nombre, ayant conservé leurs fonctions, célèbrent un culte public, forment des rassemblements dangereva., fanatisent le peuple avec une indécence difficile à concevoir, et déclament contre les cidevant prêtres qui ont eu le courage de professer les grands principes.»

Après une tirade sur la nécessité du travail pour les mœurs, comme si le calendrier nouveau n'imposait pas trois jours do repos par mois, il arrête :

<c Ajlt. i*^'. Les citoyens des départements du Gers et delà Haute- Garonne sont en réquisition, chacun pour le travail qu'il pratique ordinairement.

« Art. 2. Il n*y aura de repos que les jours de décadi.

«c Art. 3. Les citoyens ou citoyennes qui contreviendront aux articles ci-dessus, ne recevront pas de distribution de pain, grain, ou farine, le jour qu'ils auront passé dans l'oisiveté : ils seront en outre inscrits sur une liste particulière, que Ton transcrira sur les registres de la commune... »

Avec cette liste, révisée le i*' de chaque mois, on formera un tableau comprenant les noms des hommes, femmes ou filles, qui, dans le courant du mois précédent, auraient négligé leurs travaux ordinaires, deux jours seulement (le décadi toujours excepté). Diaprés Tarticle 5, ce tableau sera intitulé « liste des citoyens fainéants et suspects de la commune » .

Il sera affiché, puis envoyé en double au district; cette administration devra le transmettre au proconsul. Les pères et mères dont les enfants auraient chômé le dimanche, y seront inscrits, ainsi que les chefs d*ateliers dont les ouvriers auraient « déserté deux jours durant le mois » , à moins qu'ils ne les aient dénoncés eux-mêmes. L*art. 8 décide que le tableau sera adressé aux comités de surveil- ^ lance, « afin qu'ils prononcent la réclusion , ou toute autre mesure de sûreté générale, contre les fainéants qui s y trouveront inscrits. » Les prêtres seront arrêtés :

« Art. 12. Dans les communes où il se forme de nombreux ras-

Là TERREUR DANS LE MIDL 129

semblements sous prétexte de culte, et où les terres sont négligées, les corps administratifs manderont les curés, et autres prêtres exerçants, lesquels pourront être retenus par mesure de sûreté générale au chef-lieu de district, comme auteurs des troubles (i), »

Des menaces terribles étaient en outre adressées aux autorités qui n*exécuteraient pas ces dispositions avec une rigueur impitoyable.

C'est complet 1 A la brutalité, à la violence, vient s'ajouter une hypocrisie qui donne à cet arrêté le caractère le plus odieux qu'on puisse rêver I Les départements du Gers et de la Haute -Garonne, et beaucoup d'autres départements du Midi, soufifraient alors de la disette. Par Tarticle 3, qui supprime les distributions, Dartigoyte privait littéralement de leur pain ceux qui ne voulaient pas se livrer à un travail condamné par leur conscience. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir le régime de délation et de terreur établi par ce misérable : l'arrêté est assez clair par lui-même I

Son application rencontra de sérieuses difficultés. Le 25 floréal, Dartigoyte envoya une circulaire aux agents nationaux des districts, pour leur enjoindre de l'exécuter avec la dernière rigueur. Il accusa encore une fois les royalistes de préparer la famine, de détruire les moissons, d'abuser de la crédulité des braves cultivateurs, et profita de l'occasion pour faire à ces derniers les plus basses flagorneries. Le 9 prairial, il prit des mesures de rigueur contre la commune de Golomiers,parce qu'elle n'avait pas exécuté son arrêté sur le travail forcé, et que des troubles avaient eu lieu au sein de la société populaire. Cette société fut dissoute, plusieurs fonctionnaires destitués, neuf habitants, dont une fenime, mis en arrestation : le proconsul se réservait de prononcer sur leur sort ; l'article 9 est très significatif :

M... Le représentant du peuple déclare que si la commune de Colomiers persiste dans son aristocratie et à ne pas exécuter, soit les lois, soit les arrêtés, il sera pris une mesure générale contre les habitants, même celle de les déporter hors de ladite commune, en y appelant de bons sans-culottes, » (Archives, ÂF, II, 104.)

Voilà ce qu'il en coûtait de répugner au travail du dimanche! Ne venant pas à bout de convertir à la Raison et

(1) ArcMves, Af , II, 104.

au décadi «ces braves cultivateurs », Dartigoyte prenait encore contre eux, le 18 prairial, un arrêté tyrannique, et les mettait en réquisition pour leurs travaux ordinaires, en les déclarant tenus de commencer et de finir leurs journées suivant Tusage, au prix du maximum. Cet arrêté fut très rigoureusement appliqué.

Le tribunal révolutionnaire établi à Toulouse par Dartigoyte et Paganel siégea de nivôse à thermidor, et prononça trente-deux condamnations capitales. Parmi ses victimes on compte cinq prêtres : une seule femme fut exécutée. Si le nombre des guillotinés paraît si restreint au premier abord, il ne faut pas en faire honneur aux proconsuls : ils eurent en effet pour système d'envoyer la plupart de eurs victimes au tribunal révolutionnaire de Paris. L'ancien parlement fut ainsi exteriplné presque tout entier. Le 1^' floréal et le 26 prairial, plusieurs magistrats furent guillotinés, et, le 5 messidor, le tf^ibunal révolutionnaire en immolait encore vingt et un, avec cinq autres Toulousains.

Avant de terroriser Toulouse, Dartigoyte avait déjà fait la chasse aux prêtres et aux suspects dans les départements des Landes et du Gers.

Le 2i vendémaire, il prit à Mont-de-Marsan, avec ses collègues Pinet, Monestier et Garrau, un arrêté ordonnant, sous les peines les plus graves, d'échanger le numéraire contre des assignats. II se rendit ensuite à Auch : là, de concert avec Gavaignac, il déclare que le fameux arrêté de Fouché sur Tabolition des cultes « est dans les principes du républicanisme et de la morale universelle», et qu^il sera appli^ cable dans le Gers, les Landes, les Hautes et Basses^Pyré-* nées. On sévira contre les chrétiens obstinés :

« Les comités de surveillance sont spécialement tenus de faire arrêter et reclure jusqu'à la paix, comme gens suspects, soit tes ministres d*un culte quelconque, soit les citoyens ou citoyennes qui, par des propos fanatiques ou contre-révolutionnaires , ou par des voies de) fait; s'opposeraient en manière quelconque à Texécution

des Toes sages et philosophiques contenues dans rarrêlé do notre collègue Fouché, le tout sans préjndicô des poursuites extraordinaires s'il y a lieu.

n Les représentants du peuple qui ont visité la phi part des sociétés populaires, et qui sont témoins de leur énergie montagnarde, confient à leur zèle éclairé les derniers efforts que le monstre du fanatisme voudra sans doute faire au moment de son agonie (4). »

Cet arrêté contient aussi un long programme des fêtes décadaires. Le 7 nivôse, les représentants envoyés près Tarmée des Pyrénées se partagèrent leur territoire. Dartigoyte garda le Gers et les Landes. Monestier fut chargé de tyranniser les Hautes et Basses-Pyrénées, sauf les districts de Saint-Palais et d'Ustarits, réservés à Pinet et Cavaignac, qui devaient surtout s'occuper de Tarmée. Dartigoyte resta donc seul maître à Auch, mais il ne se contenta point, comme la plupart de ses collègues, de mener une vie dis* solue, d'incarcérer, rançonner une foule de gens, de forcer les prêtres à se déprêtriser, d'expédier des victimes à Paris ou de les faire guillotiner sur place ; il donna en outre libre cours à ses honteuses passions, et se montra aussi cynique que cruel. Son ignoble conduite fut dévoilée à la convention, le 13 prairial an 111, par Durand-Maillane, qui avait été chargé, par le comité de législation, de faire un rapport sur les dénonciations portées contre lui et plusieurs autres terroristes (2).

(1) Archives^ AP, II, 133.

(2) « Dartigoyte, dit le rapporteur^ est accusé tout à la fois d'effusion de sang, de dilapidations, de dépravations inouïes des mœurs. Cette dénonciation est beaucoup trop justifiée par les pièces, c^est à la convention à témoigner si eUe désire en entendre la lecture. Je la préviens qu'on ne peut rien entendre de plus révoltant et qui soit mieux prouvé : cepen* dant on trouve, parmi les papiers, des témoignages honorables à Darti* goyte de la part des sociétés populaires où on Taccuse d'avoir commis tous ces excès. » La convention exige la lecture des pièces. « Nous ne salirons point notre feuille, dit le journal des Débats et Décrets, par le récit de toutes les obscénités reprochées à ce député ; il se servait constamment avec les femmes des expressions les plus sales. Un jour, après aToir apostrophé celles qui étaient au spectacle, dans les termes les plus déshonnétes, et de la plus grossière brutalité, il se montra à nu devant tout le peuple ; il forçait les mères de famille à conduire leurs fiUes à la société populaire , où elles étaient constamment spectatrices des scènes les plus indécenteS) où elles entendaient et voyaient ce qu'on peut imaginer de plus vUain et de plus atroce, v On cite, en outre, de

Dans les clubs, Dartigoyte déclamait comme un véritable énergumène, et lisait le Phe Duckêne avec transport. Laissant de côté toute hypocrisie, il prétendait dicter d'avance leurs arrêts aux juges révolutionnaires . Le comte de Barbotan, ex-constituant, et son fermier Nègre, traduits devant le tribunal criminel d'Auch, furent acquittés, et retenus seulement comme suspects ; Dartigoyte entra dans une violente colère, prétendit que les juges avaient manqué à leur devoir, et envoya ses deux victimes au tribunal révolutionnaire de Paris, qui, sans tenir compte de leur acquittement récent, les condamna à mort le !•' germinal. Le 11 ventôse, il dénonça encore à la convention un jugement du môme tribunal, qui condamnait seulement à la déportation Saint-Julien, ex-noble, et gendre de Barbotan, «que des crimes bien avérés devaient faire monter sur Téchafaud », et lui demanda de renvoyer aussi au tribunal révolutionnaire (1).

Le 19 germinal, au milieu d'une séance de la société populaire, une brique fut lancée contre Dartigoyte. Il ne manqua pas une si belle occasion de s'ériger en martyr de la liberté. Il déclara immédiatement que des conspirateurs aristocrates avaient voulu le tuer, et renouvela la sanglante comédie que Léonard Bourdon avait précédemment jouée à Orléans. Le tribunal criminel d'Auch était suspect. Pinet et Cavaignac prêtèrent complaisammont à leur collègue leur commission de Bayonne, qui vint s'installer à Auch et, le 26 germinal, condamna onze personnes à mort comme complices de l'attentat commis contre Dartigoyte.

Pinet et Monestier qui étaient censés s'occuper de l'armée, travaillaient surtout à terroriser les départements voisins des Pyrénées. Dans cette contrée les prêtres étaient impitoyablement traqués, et de nombreuses commissions militaires immolaient les victimes que les proconsuls leur désignaient d'avance. Monestier était un prêtre défroqué : il s'était jeté avec ardeur dans le terrorisme, et avait voté la mort de Louis XYI. Lorsque les apostasies furent à la mode

nombreux traits d'abus de pouvoir et de tyrannie. « Dans une vent^ nationale, Dartigoyte fit transporter chez lui tous les effets précieux à sa convenance, déclarant qu'il ferait guillotiner ceux qui oseraient enchérir sur lui. n Débats et décrets^ prairial an III, p. 610. (1) Débats et Décrets, ventôse an II, p. 258.

il écrivit, le 46 frimaire, à la convention, du camp de Belchèréa :

« Citoyens collègues, déjà depuis le mois de décembre 1792, larais écrit à la commune de Glermont-Ferrand, chef-lieu du département du Puy-de-Dôme, lieu de mon origine et de mon domicile, qu'elle ne devait plus compter sur moi pour premier vicaire da culte catholique. En juin 1793, je ratifiai purement et simplement cette abdication dans la tribune de la société populaire de cette commune ; depuis j'ai renouvelé vingt fois cette sainte et scdxir tain abjuration dans les départements que j*ai parcourus et que j'ai puriûés conjointement avec mes collègues Pinet et Dartigoyte. Mon exemple a amené même l'heureux et philosophique mouvement qui se communique à toute [la France, plusieurs abdications et plusieurs mariages de prêtres, et bien des autodafé de Tieox saints, et bien des autels à la Raison universelle. Agréez le renouvellement de ma renonciation comme une nouvelle preave de mon attachement au gouvernement républicain, qui ne saurait compatir avec aucun culte national, et bien moins avec le très intolérant et très ridicule catholicisme. Je me réjouis que cet acte TOUS soit communiqué par le philosophe et montagnard Romme, mon compatriote et votre président. J'écris à ma commune pour livrer aux flammes ces mauvais papiers; je doute qu'on les trouve ; il me semble me souvenir que j'en ai fait justice en septembre 1792, en brûlant des bréviaires tout neufs que je n'avais pas fini de couper. Citoyens collègues, je n*ai qu'un root à TOUS dire : je ne jouirai des huit cents livres que vous avez la bonté de nous accorder, qu'à l'époque où je ne pourrai plus tra- Tailler. Salut et fraternité. » {Archives, AF, II, 104.)

En outre, il jugea nécessaire de renouveler son apostasie dans la ville même où il avait exercé son ancien état : Le â pluviôse, il écrivit d'Orthez, aux frères et amis de Clermont, nne lettre dans laquelle il insultait grossièrement les dogmes les plus révérés, répétait son abdication pure et simple de la a vile prêtrise », et chargeait son frère de remettre à la maison commune, âmes paperasses papistiques, mes hochets d'université, et mes pamphlets de bénéfice ». Dartigoyte fut enchanté de ces deux lettres , et prescrivit à ses subordonnés de leur donner la plus grande publicité : on leur joignit la lettre de Dartigoyte ; et elles furent toutes trois imprimées et placardées dans plusieurs départements, pour leur montrer quel grand philosophe ils avaient le bonheur de posséder dans la personne du proconsul Monestier, et aussi pour

enjoindre aux constitutionnels attardés, de suivre bien vite un exemple aussi illustre.

Monestier et ses collègues (1) furent aidés dans la persécution religieuse par Féraud. Ce député paraît s'être occupé beaucoup plus qu'eux de l'armée. Cependant nous avons retrouvé de lui un arrêté qui renvoie devant le tribunal révolutionnaire, André Darthès, ex-chanoine, pour avoir rétracté son serment et être resté en France : quelques jours après il était condamné à mort. Le 4 pluviôse, Féraud rendit à la liberté et au travail des cultivateurs emprisonnés précédemment pour n'être pas allés à la messe constitutionnelle :

u Vu que plusieurs laboureurs, excellents pères de famille et bons citoyens, ont été mis en état de réclusion pour cause de fanatisme ; « Vu que Terreur doit toujours être distinguée du crime, « Nous autorisons le comité de surveillance, qui aux termes de la loi, a été formé dans le district de Mauléon, à prononcer la mise en liberté de tous les laboureurs et cultivateurs qui ne seraient détenus pour aucune cause d'incivisme. » (Ibid,)

La même faveur était accordée aux laboureurs détenus depuis plusieurs mois pour des fautes légères relatives aux réquisitions. Pinet avait été également obligé de prononcer des mises en liberté pour les mêmes motifs. Ainsi donc, sur tous les points de la France, la persécution religieuse avait entassé un si grand nombre de laboureurs dans les prisons, que les prêtrophobes les plus enragés se trouvaient dans la nécessité de les remettre en liberté.

Lorsque les proconsuls avaient pris un amusement, un spectacle sous leur protection, on était forcé d'y assister. Ils avaient honoré de leur présence une représentation donnée sur le théâtre de Bayonne au bénéfice des volontaires, mais les habitants de la ville étaient restés chez eux. Pinet,

(1) Leur despotisme était à la fois cruel et tracassier. Ainsi, le 4 octobre 1793, ils prennent un arrêté pour contraindre les femmes à porter la cocarde tricolore. « !<> Il sera tenu un registre pour les contraventions ; 2° les femmes qui s'en rendront coupables, seront suspectes et inscrites sur un autre registre ; 3» elles seront mises en état d'arrestation chez elles ou dans la prison pour le temps que le comité de salut public local leur fixera. Elles pourront se rachcler deux fois par une amende proportionnée à leur fortune. Les sentinelles. doivent arrêter les femmes qui n'ont pas de cocarde. » Archives, AF, II, 133

indigné, prit, le 27 pluviôse, un arrêté qui est un document très précieux de l'insolence et de la tyrannie dès proconsuls de la convention :

« Considérant que ce jour-là, la salle de spectacle était presque vide, et |ne contenait que quelques militaires, quelques sans-culottes et les représentants du peuple, dans le temps qu'elle avait accoutomé d'ôbre remplie de ces hommes et de ces femmes , connus dans Bayonne, autant par leur égolsme^ leur goût pour la frivolité, que par leur esprit mercantile et leur haine pour la iberté et Tégalité ;

« ... Que les représentants du peuple ne se sont point imposé la loi de refondre de pareils êtres, de changer des Espagnols en Français, de riches Bayonnais en républicains, de faire d'un agioteur, d*un accapareur, un honmie généreux et désintéressé, d'un fripon, un homme probe, etc., etc. ;

« Qu*il est cependant chez ces hommes rongés d'aristocratie, nne chose sur laquelle on peut opérer quelque changement, une chose qu'ils aiment beaucoup mieux que leur patrie , une chose qui est l'objet de toutes leurs affections, c'est leur bourse. »

Il développe cette idée jacobine, et après beaucoup d*injures, « la frayeur et la terreur devant être sans cesse à Tor^ dre du jour pour de tels hommes », il attaque directement la bourse de treize citoyens dénommés dans l'arrêté, et leur enjoint de verser dans les cinq jours une somme de 10,000 livres (1) entre les mains du chef d'état-major, pour tenir lieu de la recette qui a été si faible.

Malgré leurs phrases sur les vertus républicaines, les proconsuls s'installèrent très confortablement à Bayonne, aux dépens des autres. Le 22 pluviôse, Pinet et Cavaignac prenaient un arrêté ordonnant à un membre du district'

(1) Deux citoyens sont taxés à 1,500 livres, cinq à 1,000, deux à 500, on à 400, trois à 200. Si la somme n'est pas payée daùs le délai fixé, les retardataires seront mis en arrestation, « ainsi que leurs femmes, enfants^ pères, mères, frères, sœurs, oncles, tantes, neveux, nièces, et de plus tous leurs biens seront séquestrés ». Pinet donne généreusement 2,000 livres ans comédiens comme récompense. Les 8,000 autres étaient destinées aux parents des soldats et aux blessés. L'article 7 de Tarrété menaçait les Bayonnais de nouvelles extorsions, car il déclarait que les représentants n'avaient pas entendu « délivrer des brevets exclusifs d'aristocratie et d'incivisme » aux personnes taxées, que beaucoup de Bayonnais ne raient pas mieux et u ne tarderont pas à avoir leur tour ». Archives, AF, II, 133.

et à un officier municipal de lever les scellés apposés sur les effets d'une citoyenne émigrée, et de « délivrer au citoyen Martin, leur secrétaire, les effets, meubles et linges, qui seront par lui désignés, pour garnir les appartements de la ci-devant intendance, où les représentants du peuple ont fixé leur domicile et leurs bureaux ». Mais le lendemain, ils prennent un arrêté bien plus exorbitant : ils ne se font plus apporter les meubles des émigrés : ils mettent en réquisition les mobiliers des habitants, et les font enlever à leur nez. Ils envoient leur secrétaire avec un membre du district, un officier municipal et un quatrième jacobin :

u Pour procéder snr-le-champ à la vente des meubles, linges et autres effets, contenus dans U maison du citoyen Lalanne Montaigui, et dans celle du citoyen Goupène, toutes deux sises au Bourg neuf. Le citoyen Martin désignera ceux de ces meubles qui peuvent être transportés à Tancienne intendance, et affectés à Tusage des représentants du peuple ; il en dressera un état détaillé qu'il ^signera avec les commissaires susnommés, et dont copie conforme sera remise au propriétaire des objets enlevés, pour lui servir de garantie ; une autre copie sera remise aux représentants du peuple, pour couvrir, s'il y a Heu, les droits de la nation sur lesdits effets... » {IMd.),

Cette dernière phrase de l'arrêté a dû donner le frisson aux malheureux propriétaires, car elle prévoyait le cas où la nation hériterait d'eux, grâce à la guillotine. Il paratt, du reste, que le train de maison des représentants exigeait beaucoup de linge et de mobilier, car un autre arrêté^ du 2 ventôse, ordonne au comité de Bayonne de remettre à leur secrétaire <c la quantité de linge nécessaire à l'usage de leur maison, et qui se trouve en quantité, dans plusieurs malles découvertes chez Saublette, de Chauvin-Dragon ».

L'installation du culte de la Raison revenait de droit à Monestier en sa qualité de défroqué : le 17 pluviôse, il fit célébrer sa fête dans la principale église de Pau ; le 12 ventôse, il décréta solennellement l'abolition du culte, par une proclamation adressée au maire et au conseil général de la commune de Pau. Elle débute ainsi :

« Après le royalisme, ou à côté de lui, le monstre le plus dangereux contre Tindépendance des peuples, c*est le fanatisme.

Lomqii^UHtyran, mort sur Véehafaud, laisse après lui m rejeton dans les fers, son plus ferme appm, c'est le sacerdoce. Le despotisme a toujours ea les plas grandes ressources dans le calte romain, l'Irlande est un exemple frappant!!! II est donc du devoir d'un législateur sage et ferme de livrer une guerre à mort à cet irréconciliable ennemi de Tégalitô et de la liberté... »

II fait ensuite une longue tirade contre le fanatisme, puis rend compte de sa fête du 17 pluviôse :

« La saison avait paru vouloir nous contrarier, la pluie voulait nous retenir en dedans, le Père étemel, contre sa louable coutume, a eufatr de jouer son aristocrate.,, »

Après avoir débité une foule de blasphèmes et exalté la DouTelIe divinité, il requiert la municipalité de Pau : 1® de dépouiller la ci-devant église Martin, et d'en livrer Targenterie; î^ de constater que, d'après le vœu des républicains, celte église est convertie en temple de la Raison; 3° d'enlever les cloches ; 4® de supprimer le culte public dans les églises Sainte-Ursule, del'hôpitaljdes orphelines, du collège, et de, les dépouiller; 5* de détruire les clochers. D'après l'article 6, un officier municipal en écharpelira, chaque décadi, les lois et décrets avec une explication brève et claire. C'était vraiment trop demander à des sans-culottes ! En outre, la société populaire enverra un orateur pour instruire le peuple sur un sujet important, qu'elle aura préalablement traité. Pour remplacer le culte, Monestier institue des prônes jacobins.

L'article 7 prescrit, pour les décadis, des danses, des tambours et des cérémonies de toute espèce.

Dès le lendemain, la municipalité appliqua strictement cet arrêté; elle poussa même l'horreur des cloches jusqu'à décréter qu'on ne les sonnerait plus, même en l'honneur du décadi: ce grand jour devait être annoncé par des tambours et des trompettes. Le district rivalisa de zèle ; sur les réquisitions de l'agent national, qui lui rappela, avec beaucoup de raison, que les encouragements donnés aux déprêtrisalions, les secours accordés aux apostats, montraient clairement la véritable pensée de la convention, il engagea les municipalités à suivre l'exemple de la ville de Pau, 'à dépouiller les églises et à y célébrer les décadis. Monestier

approuva hautement cet arrêté, avec de nouvelles tirades contre le fanatisme (1).

Pinet et Cavaignac travaillaient avec le même zèle à déprêtriser et à établir le culte de la Raison. Ils avaient soin de donner des places aux apostats. Non contents de traquer les prêtres, ils firent aussi une guerre acharnée aux religieuses. Ils les accusèrent de fanatiser, de chercher à troubler la paix (c par Taffreux prétexte de la religion», et mirent, le 5 prairial, en arrestation toutes les religieuses «sans aucune exception y» des districts d'Ustarits et de Mont-Bidouze. Elles furent enfermées dans les forts de Bayonne, d'où elles ne sortirent qu'après la révolution de thermidor et le rappel de Pinet.

Plusieurs prêtres furent exécutés soit à Pau, soit à Dax. Comme en Flandre et en Franche-Comté, des chrétiens courageux passaient la frontière pour se confesser et entendre la messe, bien que leur supplice fût certain s*ils tombaient entre les mains des persécuteurs. Une jeune fille de Sare, MagdeleineLarralde,qui était allée se confesser en Espagne, fut arrêtée à son retour. On lui conseilla de ne pas avouer le motif pour lequel elle avait passé la frontière, et de mériter ainsi Tindulgence des juges, qui répugnaient à prononcer contre elle une condamnation capitale. Rien ne put ébranler sa fermeté. Elle fut déclarée émigrée, traduite, sur Tordre de Pinet, devant la commission militaire de Chauvin- Dragon (Saint- Jean de Luz) et mise à mort (S).

Les proconsuls établirent dans le département desBasses- Pyrénées, cinq tribunaux et commissions révolutionnaires : les magistrats locaux ne jugeaient pas, suivant eux, assez révolutionnairement (3). La tyrannie épouvantable qu'ils faisaient peser sur les populations des Pyrénées avait réduit un grand nombre de Basques à se réfugier en Espagne. Partout le gouvernement révolutionnaire arrivait au même

(1) Archives, AF, II, 133.

(2) DuvoisiN, Histoire du diocèse de Bayonne,

(3) Le 21 nivôse, Pinet, tt considérant que les juges du tribunal du district d*U8taril8 séant à Bayonne ont constamment fisivorisé les aristocrates, les fanatiques et les prêtres réfractaires ; jqu'au lieu de les frap; per du glaive de la loi, les aristocrates ont toujours trouvé en eux des défenseurs^ » etc., etc., destitue le tribunal tout entier. Il accuse ouvertement les magistrats de prévarication. {Archives^ AF, II, 133.)

résultat : en Alsace, il contraignait les paysans à s*enfuir par milliers sur les terres de l'empire; près des Pyrénées, il ne laissait d'autre ressource aux Basques que de passer la frontière et chercher un asile en Espagne. Ses agents ne pouvaient pas faire passer ces petits cultivateurs, ces bergers, pour des membres d'une caste déchue qui regrettaient amèrement d'odieux privilèges ; il était trop clair que ces émigrés voulaient se soustraire à un gouvernement qui les traitait en véritables esclaves, ne leur laissant ni la liberté de leur culte, ni celle de leur travail. Aussi les terroristes étaient-ils remplis de honte, et de rage, en voyant de pa« reilles émigrations I Ils prirent le parti de déporter en masse les paysans des frontières, pour les empêcher de passer en Espagne : le 13 ventôse, Pinet et Cavaignac lancèrent une proclamation remplie d'injures contre ces malheureux Basques, et les accusèrent de pactiser avec les Espagnols. Pour prévenir leurs trahisons, ils prirent un arrêté décidant: i* que les habitants des communes infâmes de Sare, d'Hartsau et d'Ascain seront enlevés à leurs domiciles, et conduits dans l'intérieur de la France, à vingt lieues au moins des frontières : les paysans dont les domiciles ne seront pas situés à plus d'une lieue de la frontière, dans l'intervalle qui sépare les communes d'Ascain et d'Ainhoue, subiront le même sort. Les vrais patriotes seuls seront exceptés, et l'arrêté énumère longuement les qualités qui doivent les faire reconnaître.

2* Tous les habitants des communes d'Espelète et Ainhoue, sur le compte desquels il se sera élevé, ou s'élèvera le plus léger soupçon de haine pour la révolution et d'amour pour les Espagnols, seront, avec leurs familles entières, soumis à la même peine, <c en outre, les biens meubles et immeubles des individus frappés par cet arrêté seront séquestrés. Les hommes seront emprisonnés dans les maisons nationales libres les plus proches de Bayonne et de Jean-Jacques-Rousseau (Saint-Esprit), jusqu'à ce qu'il ait été décidé dans quel lieu tb seront transportés (1). )> Mais ce n'était pas assez de faire

(i) Cet arrêté fut exécuté avec la plus grande rigueur. Le 12 floréal, les proconsuls statuèrent définitivement sur le sort de ces malheureux. Après avoir bien déclamé contre eux, ils durent constater qu'ils étaient entassés « tant hommes que femmes », dans la ci>devant église de Dax.

G*est tout à fait le système d*Albitte ! Si Dartigoyte, comme son collègue, n'a pas la franchise de déclarer qu'il abolit le culte, il le rend impossible : i* en internant les prêtres dans des communes où les jacobins ont aboli le culte ; 2* en internant aussi ceux qui exercent leur ministère, sous prétexte de troubles survenus, ou que les jacobins sauront faire survenir. De plus, les articles 6 et 7 les menacent très nettement de réchafaud.

Outre la persécution religieuse, les populations étaient cruellement éprouvées par la disette : et quelquefois elles se soulevaient contre Toxécution de certains arrêtés vexatoires sur les subsistances. Il y avait eu des troubles dans deux communes, à Toccasion du recensement des grains : le proconsul les menaça tout simplement de les anéantir par la force :

(c Sij trois heures après la réception et publication du présent dans les communes de Saint-Sulpice et de Montpezin, les citoyens ne se présentent pas à la municipalité^ pour y abjurer leurs erreurs, signaler les moteurs, et demander Texécution de l'arrêté du comité de salut public du 13 ventôse, lesdites communes de Saint-S al pice et de Montpezin seront déclarées en état de révolte, le représentant du peuple s'y transportera avec la force armée et le tribunal révolutionnaire. Lesdites communes de SaintrSulpice et de Montpezin seront alors traitées comme Lyon, Totdon et les autres communes rebelles. » {Archives, AP, II, 104.)

Bien qu'il eût épuré une multitude d'administrations et même de sociétés populaires, Dartigoyte voyait partout des conspirateurs déguisés , royalistes ou feuillants ; il préten^ dait qu'on avait vu « les ci-devant nobles, les aristocrates, 8*a£rubler du bonnet rouge, s'introduire dans les sociétés populaires, afficher le plus grand civisme ».

Pour les démasquer, il annule, le 14 germinal, tous les certificats de civisme donnés jusqu'alors , enferme tous les ex-nobles^ et leur impose de rendre compte de toute leur vie politique, avec preuves à l'appui (1).

(i) Les nobles étant soumis à une foule de vexations, les jacobins voulurent faire passer certains bourgeois pour nobles, afin de les mieux tourmenter; ceux-ci soutinrent naturellement qu*ils n^étaient pas nobles. D'un atitre cÀté, certaines personnes, qui, à tort ou à raison, se disaient nobles avant la révolution, voulurent répudier cette qualité qui lettr attî-

lA TBHREUR IIÂH8 LB BDi. 117

Pendant ce temps-là, son collègue Bô, à qui le département du Tarn, jadis dans le domaine de Paganel, avait été abandonné, prenait contre les ex-nobles des mesures identiques, et se montrait plus rigoureux encore contre les prêtres. Il les avait incarcérés à peu près tous sans distinction : le 30 germinal, il prit à Castres un arrêté qui les mettait en demeure de choisir entre leur liberté et un mariage sacrilège :

« Voulant mettre dans les mesures révolutioanaires que les circonstances exigent, autant de justice que de fermeté;

c Considérant qae tous les soi-disant prêtres n'ont pas également manifesté leur adhésion pour la révolution, qae quelques-uns ont même prouvé leur attachement aux principes républicains, en s'assimilant entièrement à la classe des citoyens,

« Akt. l". Tous les soi-disant prêtres qui sont mariés jouiront de leur liberté comme tout bon citoyen.

« Abt. 2. Ceux qui se marierorU jouiront des mêmes avantages,

9 Abt. 3. Ceux que leur âge et leurs infirmités mettent hors d*état de demeurer aux chefs-lieux de district, sans des dépenses qui excèdent leurs moyens, pourront se retirer dans leur domicile, en se faisant cautionner par-devant le directoire du district par quatre citoyens munis d'un certificat de civisme, et jouissant entre tous d^one propriété foncière de valeur de quarante mille livres. »

Mais à cette époque il était fort imprudent de cautionner un prêtre. Bien peu d'ecclésiastiques durent bénéficier de cette dernière disposition 1

Le décadi fournit à Dartigoyte un excellent prétexte de persécution. Afin de contraindre les catholiques à travailler le dimanche, et à chômer le décadi, il prit,le 21 floréal^ un arrêté qui est peut-être le chef-d'œuvre du genre :

«( Attendu les réclamations d*an grand nombre de sociétés po-* polaires, corps administratifs et municipalités, sur les nouvelles intrigues des malveillants qui persuadent aux ouvriers de quitter

rail dû 8t cnteUes persécutions. Les terroristes en tinrent donc à se constituer Juges de noblesse à Tégard de beaucoup de personnes. Au sujet de son arrêté du 14 germinal, Dartigoyte obserre aux comités de surreiUance « que beaucoup de gens veulent échapper aux mesures réyo* lutionnaires en prétendant qu^ils ne sont point nobles ; mais les comités ne doivent avoir aucun égard à ce désir, s'il n'est justifié par Textrait de naissance du pétitionnaire et, par son contrat de mariage, et sll n*est pas mariéj par le testament et le contrat de mariage de son père. » (Archives, AF, II, 104.)

aliments qui leur sont nécessaires, ou les leur fassent enchérir par une profusion scandaleuse ». Il arrête donc :

« Art. i". — Tous les individus, hommes et femmes, qui sont renfermés dans la maison de réclusion, ou qui le seront à Fayenir, seront fixés à une ration déterminée. Cette ration ne pourra pas excéder une demi-livre de viande, soit hœnf, soit mouton, trois quarts de livre de pain, la livre de seize onces.

« Art. 2. — Toute autre espèce d'objets de consommation, à Texception des légumes nécessaires pour le potage, leur sera sévèrement interdite, et quiconque se permettrait de tenter d'en introduire soit ouvertement, soit d'une manière cachée, le concierge de la maison qui se prêterait à cette introduction, seront sur-le-champ privés de leur liberté, et mis en réclusion. » [Archives, AF, II, 133.)

Des menaces étaient en outre adressées aux contrevenants. On voulait faire souffrir le plus possible tous ces malheureux dont on ne pouvait se défaire d'un seul coup. Quelques écrivains ont eu la naïveté de prendre au sérieux les déclamations des jacobins sur la bonne chère que les prisonniers auraient faite. D'abord, les assertions de ces impudents menteurs, qui ne cessaient, en province comme à Paris, de calomnier leurs victimes, et de prétendre que, du fond de leurs prisons, elles correspondaient avec Tétranger et préparaient regorgement des patriotes, ces assertions, disons-nous, sont indignes d'être prises au sérieux. En' outre, les prisonniers, qui étaient détenus à leurs frais, et très rançonnés par-dessus le marché, avaient bien le droit de se servir de Targent qu'on ne leur avait pas encore pris, pour vivre mieux que les vagabonds et les voleurs ; mais ils ne pouvaient pas faire bonne chère, comme le prétendaient ces Jacobins qui, eux, n'appartenaient pas à la république du brouet noir, mais faisaient très réellement bombance, pour la plupart, aux dépens de l'état et des prisonniers, dont les biens étaient séquestrés et dilapidés par les frères et amis. Du reste, beaucoup de commissaires et d'administrateurs firent comme Pinet, et se complurent à tourmenter les suspects de cette manière.

Monestier institua^ussi, le 12 germinal, un tribunal révolutionnaire à Pau, pour les départements des Hautes et Basses- Pyrénées (1). Le 25 germinal, il ordonna la permanence de

(1) Il déclare, dans son arrêté, que les tribunaux crimineU ordinaires

h goillotine à Tarbes. Déjà, dans le département des Hautes- Pj^rénées, la guillotipe avait fait tomber plusieurs tètes, entre autre celle de Dagos, prébendier du chapitre de Gomminges, qui s'était caché longtemps dans les montagnes, et avait été livré par un traître ; il fut exécuté le 8 pluviôse. MonesUer intervenait ouvertement dans la justice révolutionnaire; le 19 floréal, le tribunal de Tarbes, invité à juger deux accusés, lui soumet des doutes. Il réunit dans la soirée une assemblée populaire à laquelle les juges assistaient, et au milieu de cette réunion, il dicta au greffier un arrêté dénonçant les accusés comme contre-révolutionnaires. Le surlendemain ils furent envoyés àTéchafaud.

Mais la condamnation de Tofficier de marine Lalanne souleva encore plus dTiorreur. Monestier intervint personnellement dans le débat, et fit exécuter ce malheureux le soir même, aux flambeaux. On a assuré que le proconsul était alors complètement ivre, et que le lendemain en se réveillant, il avait perdu tout souvenir de cette horrible scène, et s'était mis à faire de grossières plaisanteries sur TefTlroi que Lalanne avait dd éprouver en s*entendant condamner.

Milhaud, Soubrany, Chaudron-Rousseau, terrorisaient le département de TAriège. Une armée révolutionnaire y fut formé#^ et les églises dévastées. Le 21 frimaire, Glausel lut à la convention une lettre de la société montagnarde de Foix, lui annonçant qu'elle venait de profaner son église et de la consacrer à la Raison: «Tous les préjugés sont détruits, plus d'aliment au fanatisme, les prêtres et leurs cérémonies n'existent plus. » La convention lui accorda la mention honorable. La guillotine fonctionna à Foix et à Saint-Girons, nais ne fit tomber qu'un petit nombre de têtes ; ces proconsuls aimaient mieux expédier leurs victimes au tribunal révolutionnaire de Paris. Milhaud et Soubrany lui envoyèrent Darmaing, ancien m^re de Pamiers, et neuf notables de cette ville; Vadier, qui était l'ennemi particulier de Darmaing, réclama vivement leur condamnation ; ils furent exécutés le 23 prairial. Ghaudron-Rousseau, à la fin de messidor expédia aussi à Paris cinquante-cinq accusés de Pamiers et

•ont « composés en totalité d^homtnes de loi, imbHB presque toujours de ftmnes au lieu de principes; que leur conduite n'atteste que pusillani* mité, pitié fuoeste 6t commisérations absurdes »•

de Mirepoix ; quarante-trois furent sauvés par la révolution do thermidor. Ce proconsul fut un persécuteur aussi acharné que Monestier et Dartigoyte. Il mit, le 24 ventôse, en réclusion un ancien fonctionnaire coupable de n*avoir pas montré à la fête de la déesse Raison une figure assez illuminée par la joie. Il faut reproduire cet arrêté en entier, pour bien montrer à quelle dégradante servitude le peuple français s'était laissé réduire par les prôtrophobes et les terroristes :

« Considérant que Robinet Calzan, ci-devant receveur des tailles, est accusé parla voix publique, non seulement d'indifférence, mais de haine pour la révolution, et que cette haine a plusieurs fois éclaté dans ses discours ;

« Considérant que nous avons eu nous-même une preuve de cette haine à l'inauguration solennelle qui fut faite du temple de la Raison, dans le maintien irrespectuettx, dans l'air sec et plein d'arrogance avec lesquels ledit Robinet Calzan s'est permis d'assister à cette cérémonie ;

« Considérant que pareil homme est au moins suspect et doit être traité comme tel ; qu'il faut en outre le contraindre à l'emprunt forcé d'un milliard, d'une somme proportionnée aux places qu'il a occupées sous le régime despotique qu'il regrette, et à la fortune qu'il y a acquise ;

« Arrête que ledit Robinet Calzan versera dans la prochaine décade, la somme de deux mille Uvres dans les mains du jj^ceveur de district, pour sa contribution dans l'emprunt forcé, et indépendamment de la somme de douze cents livres qu'il y a déjà versée;

« Arrête en outre que ledit Robinet Calzan restera en réclasion chez lui, sous l'inspection du comité de surveillance de la commune, et sans pouvoir sortir, sous peine d'être renfermé dans la maison de réclusion de Pamiers, dans laquelle le représentant du peuple le ferait dès à présent traduire, si, en considération de l'âge avancé et des infirmités dudit Robinet Calzan, il ne consentait k présent pour lui à plus d'indulgence que son incivisme connu n'en mérite. » {Archives, AF, II, 87.)

Ainsi^ ce malheureux vieillard a beau se faire violence, et assister à cette ignoble fête ; le proconsul ne lui en tient aucun compte, mais Tinsulte, le rançonne, et le prive de sa liberté !

Le 20 germinal, Chaudron-Rousseau faisait arrêter et conduire à Toulouse vingt-deux prêtres accusés par lui d'exciter des troubles^ à Toccasion de la suppression du costume religieux, et d'employer des ruses sourdes pour retarder les

progrès de la raison. Leur crime était de ne pas vouloir apostasier. Un pareil homme devait être naturellement rennemi acharné du repos du dimanche. Le 19 messidor, à Tarascon, il prenait un arrêté tout à fait inspiré par celui de Dariigoyte sur le décadi, après avoir fait, comme lui, une tirade hypocrite sur la nécessité du travail :

« Art. 1". Tous les citoyens et citoyennes, dans les départements de l'Aude, TAriège et les Pyrénées-Orientales, sont en réquisition chacun pour le travail qu'il pratique ordinairement.

u Art. 2. Il n*y aura de repos que les jours de décadi et de fêtes instituées par la convention nationale.

« Art. 3. Tous ceux et celles qui contreviendront aux deux articles ci-dessus, seront réputés amis de Tancien régime, partitisans du fanatisme, déclarés suspects et traités comme tels. »

L'article 4 enjoint aux municipalités d'y veiller rigoureusement.

c Art. 5. Toutes les personnes qui seront trouvées ne pas vaquer à

Itur travail ordinaire, les ci-devant dimanches et fêtes, seront arrêtées

parla force publicité, et employées ce jour-là aux ateliers de salpêtre,

ou aux réparations des chemins publics, et ensuite enfermées comme

suspectes, » (Archives, AF, II, 87.)

Tout commentaire serait superflu 1

Les habitants de la province de Guipuscoa n'avaient point montré de haine pour les armées françaises, et ne s'étaient pas enfuis devant elles comme les Catalans. Us en furent récompensés par la profanation de leurs temples, le pillage de leurs propriétés, et par les attentats les plus hideux contre les personnes. La Biscaye ne fut pas mieux traitée. Tous ces excès furent révélés à la convention parTallien, au nom du nouveau comité de salut public, le 28 germinal an III :

u... La capitulation de Saint-Sébastien fut indignement violée, on chassa ses magistrats et on établit à leur place, une commission municipale composée d'hommes dont le moindre vice était leur immoralité. On fit fermer les églises, on mit on arrestation les prêtres ; les religieuses même, arrachées de leurs couvents, furent entassées sur des charrettes, et livrées à un piquet de hussards, qui leur firent ainsi traverser le pays conquis, et les conduisirent à Bayonne, où elles furent incarcérées et traitées de la ma nière la plus barbare... Tous ceux qui avaient les moyens de fuir abandonnèrent leurs foyers, et la France fut menacée, dans le Guipuscoa comme en Catalogne, de n'avoir conquis que des déserts... »

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