‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 4)Chapitre 11 sur 55 · SITUATION IRTÉRIEDRE DE LA FRANGE EN · texte numérisé non relu

SITUATION IRTÉRIEDRE DE LA FRANGE EN

I. Eut des esprits i la fin de Tannée 1700. — Grande confiance de la plupart des révolutionnaires dans le succès de la constitution civile. — On veut dans certaines localités que les curés soient nommés par les habitants et non par les électeurs de district.

II. Audace des municipalités; leur insubordination envers les autorités supé* rieures. — Excès commb par la garde nationale. ^- Les verts et. les bUas de Saint*Chinian. — - Les Jacobins de Cambrai. — Excès commis le jour de la Fédération. — Les municipalités et le secret des lettres. — La municipalité de Saint-Aubin s*empare des papiers de deux ambassadeurs. — Ar^ restations arbitraires. — Le sieur Richard et la municipalité d*Exoudun. — Le directoire du Calvados et le comité des rapports. — Troubles et jnllages dans les campagnes. — Lettre curieuse sur Tétat de la province adressée de Niort au député Alquier. — Meurti-e i Sainl-Êtienne. — Inertie de la garde nationale. — Incendies de châteaux.

III. Discours de Tavocat Pascalis à Aix, lors de la suppression du parlemeoC. *- Fureur des révolutionnaires. *- De concert avec les autorités, ils Taecnsent de conspiration. — Fondation à Aix d*un cercle modéré. — IrrilatioA des Jacobins. — Les autorités agissent comme si elles croyaient k unecon^ piration . — Le cercle attaqué par les clubistes. — Résistance des offidets de Lyonnais. — M. de Guiraman blessé. — Pascalis est arrêté sans ordra légal. — On fait venir des gardes nationaux de Marseille. — Une foule de brigands armés vient à leur suite. — Les autorités les accueillent. — Les brigands ainsi que la populace demandent la tète de Pascalis. — Trois ma* nicipatix signent Tordre de le livrer aux assassins. — Il est mis à mort avee M. de la Roquette. — M. de Guiraman et égorgé ensuite. — Les massacres d'Aix excitent une horreur universelle. — Les autorités cherchent à atténuer Todieux de leur conduite, et à faire croire que leurs victimes onl provoqué la populace. — Persécutions éprouvées par Lieutaud à MarseiUe* Granet à Toulon comme complices de la prétendue conspiration de Pascalis. — Longues souffrances des accusés. — Impunité des assassins. — Sur le rapport du comité des recherches TAssembIce met eu liberté tous cens qui sont accusés d*étre complices de Pascalis. — Ce décret est exv-culé aTee beaucoup de peine.

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Le pays venait de suivre avec une grande attention les discussions de l'Assemblée sur la constitution civile. Les croyants en avaient été navrés, les philosophes ravis. Quelques esprits vraiment politiques voyaient avec inquiétude la révolution entre* prendre une tâche aussi difficile et n'en auguraient rien de bon ; mais leur très-petit nombre, et la peur d'être accusés d'aristocratie , les portaient à renfermer soigneusement en eux-mêmes leur désapprobation. Les discussions de l'Assemblée leur avaient prouvé jusqu'à la dernière évidence que le raisonnement était impuissant contre les passions qui enflammaient les auteurs et les défenseurs de la constitution civile, et que la vue seule des désastres qu'elle devait causer pourrait les déterminer i revenir en arrière. Ils attendaient donc les événements, en l'abstenant également de louer et de blâmer.

Quant aux révolutionnaires, qu'ils fussent modérés ou violents, Gmstituants ou Jacobins, sauf ce très-petit groupe qui n'osait pas élever la voix, tous vivaient dans une parfaite confiance et se croyaient assurésdu succès. Pendantl'année 1790 ilss'étaient imaginé que la constitution civile serait appliquée sans résistance. L'ttlitude de l'épiscopat et du clergé les avait un peu détrompés ; lion ils avaient édicté la loi du serment , et s'étaient persuadé ieoi-mémes que le clergé non convaincu, mais intimidé, cé- \ denit partout : que l'amour des places, des commodités de la vie, et la crainte de la persécution feraient taire les scrupules de la conscience. Il était officiellement convenu parmi eux que la constitution civile était une œuvre admirable. Si un prêtre ou UD laïque disait que l'Assemblée ne pouvait pas modifier les "^diocèses à sa guise , on lui répondait qu'il regrettait évidemment les droits féodaux. Se plaignait-on du nouveau système "^'élections aux dignités ecclésiastiques , on était violemment accusé de regretter les lettres de cachet, la dlme , la corvée , ^tqui sait, le droit du seigneur peut-être !

Déjà pourtant vers la fin de 4790, cette constitution civile ^)ue la grande majorité du clergé et des fidèles repoussait ^2<Mnme attentatoire à la liberté de TÉglise , ne paraissait plus as- ^ezradicale à certains révolutionnaires. Puisqu'il fallait renoncer ^ endormir les consciences, et en venir aux moyens de rigueur, Saurait bien mieux valu, disaient-ils entre eux, que la constitution civile fût plus radicale. Ils regrettaient qu'on n'eût pas officiellement proclamé, comme l'avait fait Henri VIII, la rup-

ture avec Rome , et de plus décrété le divorce et le mariage des prêtres, taillé, rogné dans le dogme et la discipline. Mais la faute était commise, il fallait attendre un peu pour la réparer, et dans toutes les occasions solennelles les futurs iconoclastes de 93 et de 9i protestaient de leur amour pour la religion de leurs pères, et affectaient une noble iixlignation lorsqu'on les accusait de vouloir lui porter la moindre atteinte.

Cependant la constitution civile dans quelques localités éprouva une résistance très-imprévue de la part de certains ultra-constitutionnels.

Nous avons plus haut fait remarquer l'impudence avec laquelle les novateurs avaient assuré qu'ils rétablissaient l'ancien mode d'élections de la primitive Église. Ils n'avaient cessé de jouer audacieusement sur ce mot « élections » afin de faire des dupes. Il fallait sans doute beaucoup d'aplomb pour assimiler aux élections de la primitive Église celles qui seraient faites par le collège électOk*al, et surfout pour trouver le peuple chrétien dans les quatre-vingts ou cent électeurs du district chargés de nommer à toutes les cures du ressort; mais beaucoup de personnes ignoraient complètement ce qu'étaient les élections dans la primitive Église, et croyaient l'Assemblée sur parole. Les révolutionnaires exécutèrent strictement tous ceux de ses décrets qui flattaient leur fanatisme antireligieux, sans se demander s'ils étaient coaformes à ce qu'elle avait annoncé; ils comprirent très-bien que pour faire passer des décrets injustifiables le mensonge était nécessaire. Mais quelques révolutionnaires naïfs prirent au sérieux leurs tirades sur la primitive Église, et sur le droit imprescriptible d'élire leurs pasteurs, qui allait être rendu aux populations. Puisque les fidèles devaient élire les curés, ils trouvaient singulier qu'après avoir proclamé ce principe avec tant de fracas on l'appliquât d'une façon dérisoire. Une réunion d'électeurs où le village ne comptait qu'un ou deux représentants, peut-être aucun, allait leur envoyer un curé qu'ils se* raient forcés d'accepter, qui se prétondrait choisi par les fidèles, et en réalité ne serait pas plus élu par eux que son prédécesseur nommé directement par l'évéquc ou par un chapitre. L'Assemblée, disaient ces révolutionnaires candides, a toujours soutenu que le peuple devait nommer ses pasteurs ; mais le peuple c'est la population du village, c'est nous! Que chaque

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paroisse nomme son curé aussi bien que son maire et ses oKciers municipaux ! Ces braves gens n'entendaient rien aux roueries des philosophes et des jansénistes qui dirigeaient le mouvement.

Ils ne furent pas médiocrement surpris lorsqu'ils connurent h^ bizarre système d'élections adopté par l'Assemblée. Ils se soumirent généralement; s'ils avaient fait la moindre observation on les aurait accusés d'aristocratie. Mais dans certaines localités des révolutionnaires têtus, préoccupés avant tout de leurs passions de clocher, maintinrent leur droit à nommer leurs curés. Grâce à leur obstination, le comité ecclésiastique fut obligé de s'occuper de quelques affaires désagréables , et de maintenir les droits des électeurs de district.

Ainsi y les habitants d'Augny, diocèse d'Auxerre , prirent sur eux, en mai 1790, de se nommer directement un curé, et jugèrent à propos d'envoyer à l'Assemblée une adresse emphatique au sujet de cette élection. Le comité dut s'entendre avec l'administration départementale pour réprimer cet empiétement.

Aux environs de Bordeaux , le peuple avait cru tout bonnement que l'Assemblée, conséquente avec elle même, lui laissertit nommer ses pasteurs. Duranthon, procureur-syndic du district de Bordeaux, écrivait en ces termes au comité ecclésiastique fort peu de temps après le vote de la constitution civile.

■... Depuis que le directoire est en activité plusieurs cures ont vaqué dans son territoire. Le peuple qui a lu quelques-uns de vos déntrts, qui sait que les curés comme tous les fonctionnaires publics «iuivent être élus, sans connaître cependant le mode de leur élection, 3Vtait attendu dans chaque paroisse dont la cure était vacante à »ommcr lui-même son pasteur; il s'était lui-même [iréparé pour la domination; il avait appelé, il avait exclu; il a fallu agir, pei*suader, ■luelquerois même employer la menace, et notre situation a étc ^l'alitant plus pénible, que forcés de faire respecter les nominations ^^bitraires de l'ancien régime, nous ne pouvions nous empécluT d'ap- \*laQ(iir secrètement au vœu du peuple, et de rej^retter que la loi de l'élection ne fût pas encore consacrée par la pratique... »

Cette erreur, qui était iipros tout fort excusable, créa de séreuses difficultés il certaines administrations. Le 2G mai 1790, 1^ habitants de Mouchy-la-Gadie, district de Péronne, diocèse

de Noyon , se choisirent un curé. La constitution civile n'étant pas encore exécutoire, le chapitre de Noyon, qui était collateur de ce bénéfice, nomma.un ecclésiastique qui ne put prendre tout de suite possession de sa cure à cause d'une émeute suscitée par certains révolutionnaires. La municipalité envoya une requête à TAssemblée, pour la prier de confirmer son choix. Le comité ecclésiastique lui répondit que cette nomination était illégale, et que la prétention des habitants de ce village était «... d'autant moins fondée que d'après le projet présenté à l'Assemblée nationale par le comité ecclésiastique et non encore décrété, le droit d'élection pour les cures devra être exercé par le district et non par chaque paroisse en particulier... »

D'autres communes affichèrent les mêmes prétentions et voulurent les soutenir. Le comité ecclésiastique dut s'occuper de plus d'une affaire de ce genre.

Des municipalités voulurent aussi appliquer la constitution civile dès qu'elle leur fut connue, sans même vouloir attendre qu'elle fût légalement exécutoire. Le comité dut réprimer ces excès de zèle. Des administrateurs de district , ce qui est plus étonnant, commirent la même faute; le district de Cusset notamment s'attira une réprimande du comité pour avoir voulu faire nommer par les électeurs à une cure vacante , avant que la constitution civile fût exécutoire dans le département. Ces corps étaient très- pressés de l'appliquer et de la rendre plus odieuse encore par leurs procédés arbitraires.

Dès le début de la révolution , les municipalités et les gardes nationales avaientcommis des abus, des excès de toutessortes (1). On devait espérer qu'avec le temps elles se feraient une id^ plus exacte de leurs attributions et de leurs devoirs, et qu'instituées pour faire régner l'ordre et la tranquillité, elles n'abuseraient pas de leur pouvoir pour assouvir des haines particulières et faire peser une lourde oppression sur de nombreux citoyens, tandis que les pillards et les malfaiteurs jouiraient d'une impunité complète. Il n'en fut rien malheureusement.

{\) V. cliapitres II et III.

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