SITUATION INTÉRIEURE DE LA FRANGE EN
effet sur le comité des recherches. Les trois municipaux font ausd appel à la pitié , en parlant de leurs dangers , des angoisses de leurs familles; les femmes de deux d'entre eux étaient alors enceintes. Enfin ils se débattent contre la réprobation universelle qui pèse sur eux (1).^
L'Assemblée fut prévenue des massacres d'Aix par une lettre da président du département, qui lui annonçait que les quinze ou fingt membres du cercle qui se trouvaient alors au café Guyon, s*étaient jetés sans provocation sur sept ou huit cents clubistes et avaient voulu les assassiner. Le âO décembre une discussion très-vive s'engagea sur les troubles d'Aix : Tabbé Maury flétrit énergiquement la conduite des autorités. Mirabeau et Charles Umeth, s'appuyant sur les rapports inexacts du département, plaidèrent les circonstances atténuantes. Charles Lameth osa s'apitoyer sur le peuple « qu'on égarait pour lui donner des torts». Tout cela était arrivé parla faute des aristocrates; encore un peu et Lameth les accusait de faire pendre leurs amis pour calomnier le peuple. Ne prétcndait-on pas qu'ils Usaient brûler leurs châteaux dans ce but I Lameth ne voulait même pas qu'on envoyât des commissaires en Provence, et déclarait «que si l'on regardait les événements qui se sont passés sous leur véritable point de vue, on verrait que ce sont des affaires de poste dans lesquelles les ennemis de la chose publique avaient toujours le dessous ; » mais l'Assemblée, sur la demande de Mirabeau , décréta le contraire (2). Les trois commissaires, Debourges, Gay et Lafisse, partirent immédiatement; ils essayèrent d'apaiser les esprits, et firent dans ce but une proclamation très-sage, pour inviter les patriotes à croire moins facilement aux complots et aux conspirations. Le nouvel ordre de choses, disaient-ils, avait fait éprouver à beaucoup
(1) Aucun rapport émanant des aulorilés d'Aix ne mentionne leur.<i BOOM: on ne les trouTe même pas au bas de ce mémoire. Mais deux d'entre-eux y snnt nommés. Nous avons àéjh tu qu'il y en avait un qui s*apfàaàt Simon, un autre se nommait Miollis. Ils étaient élus depuis peu.
(2) Mirabeau en savait plus qu'il ne voulait le faire paraître. La veille de
ertte séance, le 19 décembre, il écrivait au comte de la Marck. » L'affaire d*Aix
est plus horrible encore qu'on ne le sait, et l'état des deux tiers du royaume
est presque an même point. » A la même séance Foucaud annonça que dans les
d^rtements du Lot et de la Dordogne quinze châteaux et plusieurs maisons
bourgeoises venaient d'être pillés et incendiés
de personnes des pertes très-sensibles; il était impossible d'exiger qu'elles en parussent très-satisfaites, et il ne fallait pas pour ce seul motif les soupçonner légèrement d'affreux complots contre l'État. Des conseils aussi raisonnables devaient être fort mal reçus par les patriotes , qui accusèrent tout de suite les commissaires d'être des suppôts de l'aristocratie, et leur rendirent leur tâche très-difficile.
Les événements d'Aix eurent leur contre-coup dans toute la Provence. La révolution s'était aisément établie à Marseille^ où il n'y avait presque pas d'aristocratie, mais la démagogie y avait bien vite levé la tôte. Déjà, à la fin de 1790, tout homme coupable de modération, fût-il noble ou négociant, était un odieux aristocrate. Un club, soi-disant patriotique, dont la plupart des officiers municipaux faisaient partie, exerçait à Marseille un despotisme véritable : il faisait complètement la loi aux autorités et avait décidé, entre autres choses, que tout juge de paix serait tenu d'avoir pour greffier un associé du club. Un membre de la bonne bourgeoisie , Lieutaud , avait dès le début rendu dans cette ville de grands services à la révolution modérée comme commandant général de la garde nationale. Il résigna son commandement ; mais après l'assassinat de M. deBeausset, major du fort Saint- Jean (i), le vœu des habitants rappela Lieutaud à la tôte de la garde nationale. Il avait eu déjà le bonheur de sauver M. de la Roque, major de Saint-Nicolas, du sort de M. de Boausset ; il mérita bien vite la haine du club. Il représentait le parti de la révolution modérée, et ce parti était déjà fortement battu en brèche à Marseille. La municipalité lui suscita toutes espèces de désagréments, et par une suite de manœuvres qui avaient pour but d'éluder la loi , elle le destitua de son commandement, et reconstitua la garde nationale de Marseille sur de nouvelles bases, en y admettant les hommes les plus dangereux pour l'ordre public (2). Le détachement qui fut
(1) Le fort Saint-Jean avait été occupé par surprise le l**^ mai 1790; ICarscille s^était donné la satisfaction de prendre une Bistille, mais il lui fallait aussi tuer son Delaunay ! Le major de Beausset, commandant du fort, fut imin6diuteraent accusé d'avoir caché des armes, et lâchement assa.ssiné. Les réyolationnaires commirent sur son cadavre les mutilations les plus abominables. Sa tête et ses parties sexuelles furent coupées et promenées en triomphe au bout d'une pique par toute la ville.
(2) La municipalité et le dub en Toulaient beaucoup à Lieutaud parce
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riiToyé à Aix appartenait à cette nouvelle garde nationale. Aussitôt que les événements d'Aix furent connus^ les démagogues de Marseille résolurent d'englober dans la prétendue conspiration tous ceux dont ils voulaient se débarrasser. Lieutaud était un des chefs du parti modéré , un membre du département, Blanc Gilly, l'avait publiquement traité de vil conspirateur; les jacobins étaient bien capables de lui faire subir le sort de Pascalis. Prévenu qu'on allait envahir sa maison, pendant la nuit, sous prétexte de saisir ses papiers, il comprit tout de suite que s'il restait à Marseille il serait assassiné chez lui ou égorgé par les jacobins pendant qu'on le conduirait à l'hôtel de ville ou à la prison. Il loua une barque, et s'enfuit avec sa femme, le 17 décembre pendant la nuit. Un membre de son andea état-major, nommé Lembarine, qui était également poursuivi par la haine des démagogues, s'enfuit avec eux ; mais le mauvais temps les força de débarquer à Bandol. La garde nationale daliea les arrêta, parce qu'ils n'avaient point de passe-port, et les oondoisit à Toulon, où les autorités les mirent en arrestation provisoire jusqu'à ce qu'elles eussent reçu de Marseille des renseigpements sur les causes de leur départ. Voilà où en étaient lédaits les hommes qui avaient fait la révolution , mais qui la voulaient pure de tout excès. Ils fuyaient leur ville natale pour ttover leurs vies, et la persécution les attendait partout (1). A Toulon, on faisait aussi la chasse aux prétendus complices des conspirateurs d'Aix; un avocat, nommé Gyprien Granet, qui avait écrit une lettre à Pascalis pour le féliciter de son discours au ptriement , venait d'être jeté en prison. Dès qu'elles furent prévenues de l'arrestation d^s fugitifs, les autorités de Marseille n'eurent rien de plus pressé que de violer encore le secret des feUres, sous prétexte de découvrir des preuves du fameux complot (3). Elles réclamèrent les fugitifs comme leur proie ; mais le tribunal engagea un conflit avec elles. Il prétendit, à bon droit,
^pH tfait demandé qae la garde nationale de Marseille eût un aniforme, ^ d'empêcher des brigands armés de se mêler k elle dans certaines cir* ttostsDces.
(11 La Provence était troublée à ce point que Mirabeau écriyait au comte de fa Marck, le 22 décembre : « Marseille est sur le moment d'être perdu pour la France, et de se déclarer en république. »
C*) En une seule journée, dit le directeur de la poste, elles saisirent àê /orceS5 lettres.
qu'il lui appartenait exclusivement de lancer des'décretsde prise decorps , et la nuit du 27 au 28 décembre il déclara nuls les décrets de la municipalité, en lança lui-même contre Lieutaud et Lembarine et les envoya à Toulon. Le directoire du Var avait refusé de les livrer à la municipalité de Marseille; sur un décret régulier, il les mit à la disposition du tribunal ; Lieutaud fut conduit enchaîné à Marseille, où Ton commença à instruire son procès de la manière la plus inique. Les jacobins avaient soin d'exciter la populace en le lui dépeignant comme un horrible conspirateur. Les prisonniers d'Aix, de Marseille et de Toulon, impliqués dans le prétendu complot de Pascalis, étaient traités si inhumainement que l'Assemblée dut rendre, le 21 janvier, un décret en leur faveur. Leur perte semblait presque aussi assurée que celle de Pascalis.
Heureusement le comité des recherches se fit envoyer la procédure de Marseille, et celle qui avait été faite à Aix contre les assassinés et leurs amis. On n'en avait fait aucune contre les assassins. Les officiers du régiment de Lyonnais mirent leurs adversaires au défi de rien prouver contre eux malgré les recherches inquisitoriales qu'ils avaient faites. Les autorités et les sociétés jacobines de Provence expédièrent] au comité une masse de délibérations , de procès- verbaux , de lettres saisies chez les victimes et leurs amis, afin de prouver que Pascalis, Guiraman , Lieutaud, Lembarine , les officiers du régiment de Lyonnais , étaient à la tête d'une vaste conspiration qui devait introduire en France une armée étrangère et faire une Saint- Barthélémy de patriotes. Le comité vit tout cela, et malgré les objurgations des révolutionnaires il* acquit la conviction qu'il n'y avait jamais eu de conspiration, et que la conduite de toutes ces autorités était une honte pour la révolution. Mais comment accueillerait-on une pareille déclaration? 11 crut faire assez pour la justice en proclamant Tinnocence de ceux qui étaient injustement poursuivis; mais, en revanche, il prit le parti de jeter de l'odieux sur la mémoire des victimes, et d'atténuer considérablement, pour le public, les torts des autorités, afin de ménager les passions révolutionnaires et l'orgueil de municipalités puissantes, qui se sentiraient assez humiliées et déçues , en voyant acquitter ceux qu'elles dénonçaient depuis plusieurs mois comme des conspirateurs sanguinaires. Cochon de Lapparent fut chargé de rédiger un rapport dans
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ce sens. A l'en croire, Guiraman, a furieux des huées qu'il avait oanon excitées b, aurait été le provocateur. Il osa raconter sa mort en ces termes.
f Guiraman, décrété de prise de corps par le tribunal pour la scène du 42, est aussi arrêté par le peuple furieux, et paye de sa tête les crimes qu'il a provoqués, o
Il suivit en général la version des administrateurs d'Aix, mais pour arriver à des conclusions tout à fait opposées, et il eut le courage de faire une protestation contre la faiblesse des autorités.
c Tous CCS crimes sont restés impunis : la terreur avait enchaîné tous les organes de la loi. Elle fut muette, et celui qui a provoqué ces sanglantes exécutions, celui qui tous les jours égare le peuple, en prêchant le partage des terres et le refus des impôts, cet homme n'est pas poursuivi ! »
Cet homme sanguinaire , que Lapparent n'a pas nommé et dont les administrateurs d'Aix, dans leurs lettres et leurs rapports, n'ont jamais rappelé l'existence, c'est l'abbé Rive. Les autorités d'Aix ont envoyé au comité des recherches unehiterminable procédure contre les assassinés et leurs prétendus complices, mais elles n*ont pas fait la plus légère recherche contre les assassins et surtout contre leur chef. On le comprend aisément, une enquête sérieuse n'aurait pas seulement prouvé que la prétendue conspiration n'avait jamais existé, die aurait été accablante, et pour les révolutionnaires, et poor les autorités qui avait si bien joué leur jeu. Elle aurait AabU jusqu'à quel point certains municipaux avaient été les dopes ou les complices des clubistes et des égorgeurs. On virait pu, grâce à elle , apprécier les risques courus par ceux <|Qi avaient livré Pascalis et voir s'ils pouvaient être excusés, 00 bien, au contraire, s'ils avaient joint le mensonge à la lâcheté. Une telle information eût été compromettante pour tant de personnes, que les commissaires eux-mêmes ne la réclamèrent pas. On crut, à cause des circonstances, ne pas payer trop cher la liberté des vivants, en laissant calomnier les victimes du massacre.
Le rapporteur insista sur les illégalités qui avaient été accumulées dans le procès de Lieutaud. On le conduisit enchatné
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à Marseille ; il demanda qu'on Tinterrogeàt , et quarante-huit jours se passèrent avant qu'on fit droit à sa juste requête. D'après le rapporteur, qui n'est pas suspect, n on prolonge la procédure avec affeetation. — Trente-six témoins sont entendus; il n'existe ni traces ni indices du complot... » Il relève en outre de monstrueuses irrégularités; mais le comité cherche à arranger TafTaire, et il se contente de dire que la conduite de la municipalité et du tribunal de Marseille n'a pas été régulière, a Ces corps n'ont pas été exempts de prévention, » prévarication eût été le mot propre 1 Mais déjà en 1791 on se croyait un héros quand on rendait une demi-justice à ceux qui étaient injustement pei'sécutés. Enfin, vu les circonstances, le civisme des villes d'Aix et de Marseille, a Tépoque des faits assez reculée, » il proposa à l'Assemblée de vouer à l'oubli toutes ces procédures, et de faire poursuivre les assassins du ii décembre. L'Assemblée vota donc, le 21 mai 1791, la mise en liberté de Lieutaud , Lembarine , des officiers du régiment de Lyonnais et de leurs coaccusés, en tout quarante-quatre personnes, dont plusieurs étaient détenues depuis cinq mois.
Il en était du complot Pascalis, du complot Lieutaud, comme du complot du comte de Toulouse Lautrec, du complot Mignot de Bussy, et de plusieurs autres, tous plus affreux les uns que les autres, tous admirablement prouvés au dire des révolutionnaires, et auxquels pourtant l'Assemblée a refusé d'ajouter foi. Sans doute elle y mettait beaucoup d'égards; elle faisait délicatement ressortir le civisme et le zèle des autorités qui lui avaient adressé ces effrayantes et chimériques dénonciations; la France municipale était certainement pavée de bonnes intentions révolutionnaires ; mais il n'en était pas moins évident que tous ces braves administrateurs et officiers de la garde nationale avaient la vue singulièrement trouble , et des paniques fort désagréables , d'abord pour ceux qui en étaient victimes, ensuite pour leur propre parti, qu'ils rendaient ridicule. Les plus honnêtes d'entre tous ces rêveurs de conspirations brûlaient de se signaler par la découverte de quelque trame bien noire pour faire parler d'eux à l'Assemblée et dans les journaux, monter au capitole de leur bicoque natale, et y proclamer devant la garde nationale qu'ils avaient sauvé la patrie. Et les arrestations se succédaient les unes aux autres, et les procédures s'amoncelaient, procédures de comédie d'ancien répertoire, pleines
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de procès-verbaux, informations, enquêtes, contre-enquêtes, dires, déclarations, protestations, proclamations, etc., etc., capable en un mot de remplir non des sacs à procès, mais des sacs à blé. Les semaines , les mois s'écoulaient bien lentement pour les prisonniers et leurs familles , et les dénonciateurs du complot se pavanaient pendant ce temps-là.
Enfin arrive un décret qui déclare, après un grand luxe de précautions oratoires, que le fameux complot n'a jamais existé, qu'à X. il n'y a pas eu de Catilina, partant point de Cicéron sauveur et père de la patrie. L'Assemblée a beau rouler délicatement dans le miel cette amère pilule , elle n'en proclame pas moins implicitement que ces braves gens, dont elle vante le dvisme, ont pris des livrées pour des uniformes, un dîner de trois amis pour un grand conciliabule, un dîner de six pour la formation d'un[corps d'armée contre-révolutionnaire, quelques fusils de chasse dans un château pour un grand dépôt d'armes de guerre, en un mot des vessies pour des lanternes. Les oies dnCapitole ont crié à tort et à travers, aucun Gaulois n'escalidait le rocher ; elles ont eu seulement le cauchemar I
Malheureusement ces désaveux arrivaient trop tard. Les bnx bruits, qu'il était toujours dangereux de contredire, s'étûeot si bien accrédités à la fin que l'Assemblée elle-même flc pouvait plus les infirmer complètement. On disait qu'elle snitété trompée, ou qu'elle avait faibli, que d'ailleurs elle neiDissait, et devait céder la place à une nouvelle législature, ^'amnistie 9 quelle proclama à la fin de son existence, pour ^ débarrasser honnêtement de toutes ces procédures, arriva ^^p tard pour apaiser les esprits. On avait de fort loin, quel- ^ï^fms à travers toute la France , conduit avec un imposant appareil de prétendus conspirateurs à Paris ou à Orléans. A chaque étape on avait requis la garde nationale du lieu pour *^ur faire escorte jusqu'à la première ville ; les populations des T'^tis petites localités avaient été dérangées, effrayées ; les accusations chimériques qui avaient amené ces arrestations leur avaient été racontées avec de nombreux embellissements par fe hommes de l'escorte , et la crainte et la terreur se répandaient de plas en plus parmi des populations qui s'étaient déjà montrées si accessibles aux plus incroyables paniques. L'Assemblée relâchait ensuite les accusés par un décret ; bien des gens n'y faisaient pas attention, et d'ailleurs l'effet était pro-
duit, un décret ne pouvait le défaire, d'autant mieux qu'il restait toujours à statuer sur d'autres conspirations du même genre auxquelles la crédulité populaire ajoutait foi.
Nous n'avons pas besoin de dire que, malgré le décret du 21 mai, les assassins d'Aix ne furent pas poursuivis. L'abbé Rive, qui le lendemain du meurtre de Pascalis avait admiré a le beau support qui venait d'être mis à une lanterne (1) », fut un peu inquiété pour la forme , mais il est très-probable qu'il aurait fourni à la Terreur un monstre de plus si une attaque d'apoplexie n'en avait débarrassé sa patrie dans le courant de 1791. Lorsque le décret de l'Assemblée qui rendait la liberté à Lieutaud et à ses coaccusés dut recevoir son exécution, bien que le régiment d'Ernest eût été mis sous les armes pour maintenir l'ordre, la populace, excitée par leurs ennemis , montra une telle fureur, que, pour éviter une collision sanglante, les autorités de Marseille crurent devoir retarder leur élargissement. On a le droit de croire que leurs craintes étaient exagérées. Les commissaires royaux pour ne pas les laisser indéfiniment en prison, ce qui était à la fois illégal et dangereux, firent évader Lieutaud et ses amis pendant la nuit, en les mêlant aux soldats dont ils avaient pris l'uniforme. Pour plus de sûreté, le régiment les escorta jusqu'à Aix. Lieutaud jugea prudent de quitter la Provence et de s'établir à Paris.
Dès qu'il fut connu à Toulon que l'avocat Granet, dont nous avons déjà parlé, allait être élargi , la populace s'ameuta, et la municipalité prit sur elle de ne pas le mettre en liberté. Le département en rendit compte au comité des recherches, et laissa entendre très-clairement qu'il croyait la municipalité de connivence avec les émeuiiers. Le comité des recherches écrivit aux municipaux une lettre d'une faiblesse désespérante. Il ne leur adressa que de doux et timides reproches après beaucoup de louanges, et se contenta de dire modestement : a II faut espérer que le peuple n'aura plus mis d'obstacle à un élargissement ordonné par l'Assemblée nationale... » Il se sentait déjà débordé et impuissant.
Un ami de Lieutaud, procureur-syndic du district de Marseille, Brémond Julien, qui avait pris chaudement sa défense et s'était compromis avec les révolutionnaires, se retira dans une
(1)M. deltibbe.