‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 4)Chapitre 30 sur 55 · LE SERMENT A L'ASSEMBLÉE £T A PARIS · texte numérisé non relu

LE SERMENT A L'ASSEMBLÉE £T A PARIS

emploi qui étaient venus à Paris chercher des places. Le nombreux clergé du chapitre de Notre-Dame , et la grande majorité des autres chapitres et des religieux de Paris , restèrent fidèles à l'orthodoxie, malgré les obsessions et les menaces qu'ils eurent à subir, bien que non-fonctionnaires.

La Sorbonne refusa énergiquement d'adhérer à la constitution civile; ses docteurs, dans une magnifique protestation, montrèrent qu'elle était^érétique, schismatlque, et visiblement opposée à l'esprit du christianisme, « .... et nous jurerions, disaient-ils , à la face des autels de maintenir cette Ck)nstitution 1 Xoin de nous un tel serment, qui ne serait à nos yeux qu'un affreux parjure, et une véritable apostasie! Nous trouverions dans les annales de cette école , et jusque dans nos leçons même, l'arrêt flétrissant de notre condamnation... » Sur dix-huit cents docteurs une minorité infime prêta serment. Plus de quatre-vingts l>rochures contre la constitution civile étaient déjà sorties de la Sorbonne. La municipalité, furieuse, défendit à lafaculté de tenir ses séances, et lui retira ses revenus. Bientôt elle fut supprimée. Les prêtres de Paris étaient tellement obsédés par les uns , ^menacés par les autres , dans le but de leur arracher un ser- Knent, que plusieurs d'entre eux, dans ce terrible moment, ne Jouirent pas d'une véritable liberté d'esprit. Aussi y eut-il im- Kiaédiatement des rétractations. Un abbé Bouvet, qui se rétracta le 24 janvier, rapporta dans ces termes comment il avait été entraîné à accepter la constitution civile :

• Le serinent était précipité et décisif; la crainte m'a troublé. Je XKie suis vu inondé dans un instant d'une quantité de brochures pour ^t contre qui m'ont tenu indécis jusqu'au dernier moment, où j'ai ^^aochi le pa3 sans savoir trop comment... Une autorité temporelle, quelque étendue qu'on la suppose, et quoi qu'en dise M. Camus^ ne lX«t étendre ni restreindre une juridiction purement spirituelle par ^^ principe évident qu'on ne donne pas ce qu'on n'a pas... J'ai cepen- ^«nt juré sans penser à toutes ces conséquences... C'est aussi ce qui fedt rétracter mon Serment... »

Le 30 janvier on s'occupa d'élire suivant la constitution civile *^s successeurs des curés qui avaient refusé le serment. Le père l^oirée, supérieur de l'Oratoire, vieillard de soixante et onze ans, ^*une grande réputation, mais suspect de jansénisme, fut élu à *^ cure de Saint-Sulpice, et eut la faiblesse d'accepter. Son

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exemple n'entratna point sa communauté, car sur cinquantequatre oratoriens quarante-neuf tinrent bon. Mais ils eurent la douleur de voir leur église souillée par un grand scandale.

Les évéques jureurs ne se montraient pas dbposés à sacrer les collègues que l'élection leur avait donnés. Talleyrand ne manqua point une si belle occasion de se rendre populaire dans le parti de la révolution, et le 24 février, avec l'assistance de Gobelet de Miroudot, il consacra, da^ l'église de l'Oratoire, Expilly et MaroUes , qui venaient d'être élus évoques du Finistère et de l'Aisne. Les oratoriens, forcés de livrer leur église , n'assistèrent pas à la cérémonie. Les deux intrus, revêtus des insignes de l'épiscopat, vinrent aussitôt après à l'Assemblée, où ils furent accueillis par de vifs applaudissements. Trois jours après ils vinrent trouver Louis XVI : Expilly prit la parole , et eut l'audace de parler de la mission qu'il avait reçue de l'Église. Louis XYI, à qui cette visite dut être extrêmement désagréable, le remercia sèchement de sa démarche et des vœux qu'il faisait pour lui , mais se garda bien de lui rien répondre dont il pût s'autoriser pour dire que le roi l'avait traité comme un évêque légitime.

Le vénérable archevêque de Paris avait été forcé de se réfugier à l'étranger ; on ne put, aux termes de la loi , procéder à l'élection d'un intrus qu'au bout de deux mois. Beaucoup d'hommes influents du parti révolutionnaire pensèrent à Sieyès, mais il refusa de se laisser élire (1). Il se dit effrayé de l'importance d*une telle place, a ... Mon goût personnel me porte impérieusement à préférer les fonctions législatives et administratives aux fonctions épiscopales... D Si Talleyrand l'avait désiré il aurait été aisément nommé à l'évêché de Paris; il avait attaché son nom à la confiscation des biens du clergé ; c'était le plus révolutionnaire et le plus illustre des quatre évéques jureurs; on n'avait personne à lui opposer. Mais Tévêque d'Autun, qui voulait abandonner l'état ecclésiastique, n'avait garde de se mettre sur les rangs. Loménie de Brienne s'était acquis pendant son court ministère une telle impopularité, que son élection était impossible. Les évéques d'Orléans et de Viviers étaient complètement inconnus des Parisiens, et comme évéques, et comme hommes politiques. Les électeurs se rabattirent donc

(1) Sa lettre, datée da 12 man, parut dans le Moniteur du 14.

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sur Gobel, qui avait donné à l'Assemblée des preuves suffisantes de servilité. Sur 664 électeurs, il obtint 500 voix. Il avait été élu dans deux autres départements, le Haut-Rhin et la Haute- Marne ; il opta naturellement pour Paris. Le soir même de son élection , il alla au club des Jacobins, qui avait beaucoup contribué à le faire nommer, et dit à ces fervents chrétiens qu'il Tenait puiser au milieu d'eux des leçons de sagesse^ de modération et de civisme.

Loménie et Jarente refusèrent de donner l'institution canonique à Gobel. Le premier allégua sa parenté avec M'' de Juigné, le second ses obligations personnelles envers lui. Ils avaient prêté serment pour garder tranquillement leurs évêchés, mais ils ne se souciaient nullement de prêter un concours actif k l'établissement de l'Église constitutionnelle hors de leurs diocèses. On leur avait attribué ce propos : a Je jure^ mais je ne sacre pas. » Gobel interjeta appel comme d'abus devant le tribunal du district, qui le mit en possession de son temporel, et le renvoya devant Talleyrand pour se faire instituer.

L'installation de Gobel eut lieu avec beaucoup de fracas. L'Assemblée et le corps municipal, envoyèrent des députa tions à Notre- Dame; on déploya un grand appareil militaire; l'Église fut remplie de grenadiers, 'et le nouvel évêque fut salué par des salves d'artillerie. Cette cérémonie eut avant tout un caractère civil et politique. Il était impossible du reste qu'il en fût autrement. Le véritable archevêque protesta; 'et Gobel' déféra sa lettre au procureur général syndic pour qu'il intentât des poursuites.

Le 3 avril i791, l'intrus procéda à l'installation des nouveaux curés. Elle ne se passa point sans violence. Le vrai curé de Saint- Sulpice s'occupait tranquillement de son déménagement, lorsqu'il se vit 'tout à coup assailli par la populace, qui l'accusait d'emporter ce qui ne lui appartenait pas. Les administrateurs firent une descente dans la communauté au moment où elle finissait son repas , et s'emparèrent de tout son linge, même du Kuge de table.

Gobel se montra bien vite tel qu'il était. Plat comme style, ^n premier mandement révélait encore une plus grande platitude de caractère, a Prêchons à notre troupeau , disait-il , ^'après la loi divine rien n'est plus sacré que la loi de l'État, ^e c'est manquer à la première que de ne pas obéir à la se- ^Qde ; » et il avait professé par sa conduite qu'il appartenait à

la seconde d'interpréter et d'établir le sens de la première. On fut tout de suite fixé sur son compte, et l'on s'attendit à le voir faire toutes les bassesses imaginables.

Une grande partie du peuple de Paris avait conservé des sentiments religieux^ mais les lumières lui manquaient : l'esprit révolutionnaire avait acquis une très-grande force dans la capitale, et on avait eu recours à tous les moyens pour exciter le peuple contre les prêtres fidèles. Dans les quartiers aisés les églises constitutionnelles furent désertées par les fidèles , mais dans les faubourgs beaucoup de gens du peuple ne comprirent pas les dangers de la constitution civile, et vinrent comme d'habitude aux églises envahies par les intrus. Tout ce qui était croyant dans la bourgeoisie et la noblesse rompit ouvertement avec les prêtres constitutionnels , et alla entendre la messe des prêtres fidèles dans les chapelles des couvents. Cette scission ne faisait 'pas le compte des révolutionnaires. Nous raconterons dans un autre chapitre les indignes excès auxquels les zélateurs de l'Église constitutionnelle se livrèrent contre les catholiques.

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