LES FUSTIGATIONS CONSTITUTIONNELLES ETL'ARRÊTÉ DU DIRECTOIRE
I. Les calomnies révolutionnaires suscitent une petite émeute contre le club monarchique ; on en profite pour lui défendre de se réunir. — Mort de Mirabeau — Grotesque mandement de Gobel en son honneur.
II. Assassinats commis à Douai sous prétexte d'accaparements. — Les comités de r Assemblée veulent en rendre responsables les prêtres réfractaires , et proposent un projet de loi contre eux. — Ce projet ne passe pas, grâce à Robespierre.
^n. Pie VI se prépare à condamner la constitution civile. — Loménie de Brienne cherche à l'abuser. — Le pape lui écrit une lettre sévère, qui est divulguée. — Loménie donne sa démission de cardinal. — Bref du 10 mars.
— Il n'a point fait obstacle à la conciliation; elle était impossible par le lait et la volonté de l'Assemblée. — Il est venu en aide au clergé de France qui ne l'avait pas attendu pour combattre la constitution civile. — Lettre du pape à Louis XVI. — La condamnation définitive de la constitution civile est prononcée, dans le bref du 13 avril. Nombreuses rétractations.
lAT. Situation difficile des catholiques de Paris. Ils se réfugient dans les chapelles des couvents. — Fureur des révolutionnaires contre les religieuses chez qui les réfractaires disent la messe. Elles refusent de recevoir la visite de Gobel. La populace envahit leurs couvents, les maltraite et les flagelle.
— Indigne proclamation de la municipalité. — Douleur de Louis XVI. Sa lettre au directoire du département de Paris, qui prend un arrêté trèsimportant sur l'exercice du culte. — Cet arrêté strictement appliqué derait, en accordant aux catholiques le libre exercice de leur culte , ruiner complètement l'Église constitutionnelle dans uu court délai.
Si TAssemblée constituante n'avait pas osé traiter la liberté ^ 'aller et venir comme la liberté religieuse, et la proscrire par ^^ne loi formelle^ elle la laissait opprimer en fait ainsi que la li- ^^^rté d'association. Les Jacobins étaient décidés à en finir avec le ^^Ivb monarchique; ils étaient sûrs que le faible Bailly (i) ne
(i) Lorsque M. de Clermont-Tonnerre s'était plaint des menaces qui lui ^tàientadrcMées, ainsi qu'à tous les membres du dub mooarchique, par les Ja-
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contrarierait nullement leurs projets. Bien qu'il fût certain que l'autorité au lieu de lui venir en aide ne cherchait qu'un prétexte pour le dissoudre, le club monarchique résolut de tenir encore ses séances. Ses adversaires, pour lancer la populace contre lui, imitèrent les manœuvres des révolutionaires d'Aix, et firent courir le bruit que ses membres arboraient la cocarde blanche. Autour du club, des gens affidés montraient des cocardes blanches, et disaient qu'on venait de les saisir sur les monarchiens. Les journaux révolutionnaires étaient pleins de provocations directes à l'adresse de la populace : les uns l'excitaient ouvertement à la violence ; les autres, sous une forme hypocrite, lançaient contre le club monarchique les dénonciations les plus graves, et tout en protestant qu'il fallait laisser les citoyens libres d'exercer le droit d'association, ils insinuaient que dans la circonstance il ne fallait pas les en laisser jouir, et que ceux qui les troubleraient dans l'exercice de ce droit seraient sûrs de l'impunité. Il y a dans le Moniteur du 31 mars un Ion;; article qui est un chef-d'œuvre dans ce genre, et dont nous croyons devoir citer des extraits, car il trahit complètement les manœuvres perfides et déloyales de ce parti schismatique et révolutionnaire, qui tout en consen-ant certaines apparences de modération, entendait priver ses adversaires de toutes les libertés et faisait appel dans ce but aux violences de la rue.
L'auteur de cet article commence par accuser les membres du club monarchique de porter la cocarde blanche. Ils sont, d'après lui^ décidés à poi*sévérer et à ne pas se laisser écharper. Certainement la police doit leur venir en aide, puisque c'e^t son devoir, et c'est ce qu'il déplore.
«... Quoi i)our les menus plaisirs de quelques hommes toujours opposés au progrès de la Constitution, et fussent-ils môme les meilleurs patriotes qu'importe! pour la fantaisie clubique, ou monarchienne, de quelques individus, il faudra que la police, essentiellement établie pour prévenir les crimes, soit mise dans Timpossibilitc d'empêcher des désastres prévus, et qui peuvent causer le deuil d'une foule de familles Nous convenons que toute garantie
cobins , bailly l'avait brusquement interrompu en disant : n Sachez, monsieur, que je suis moi-même du club des Jacobins, » et son interlocuteur lui avait ré|K)ndu : « Tant pis, monsieur, le chef de la municipalité ne doit Otred'auciio dub. » Bailly n*avait pas profité de la leçon.
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légale est due aux citoyens attaqués dans leur liberté^ etc. etc.. Mais pour de simples fantaisies, pour protéger les folies de quelques individus faut-ilnsquer le salut public? Far exemple, si quelqu'un aitachait son bonheur à s'exposer dans la rue ou tout nu ou dans une posture grotesque aux risées et aux insultes 'des passants^ et s'il demandait dans ce cas la garantie de toutes les forces publiques^ serions-nous obligés de tenir sur pied nuit et jour une armée de trente mille hommes pour le défendre de la boue que sa folie pourrait lui attirer... »
Le journaliste développe cette heureuse comparaison, et finit ainsi :
« Il semble donc qu'il doit y avoir une ligne de démarcation à tracer entre la véritable liberté, la véritable propriété, et de pures fùntaisies qui naissent dans des cerveaux mal timbrés, et pour lesquelles sans doute Tordre public ne doit pas être compromis... Il est à souhaiter sans doute que ces idées en fassent naître de meilleures et surtout de plus précises, mais telles que Paris ne soit pas exposé aux plus grandes calamités par respect pour Tobstination des membres du club monarchique. »
Qui n'admirerait la méthode suivie par ce Basile constitutionnel I II commence par répéter contre les membres du club monarchique les absurdes accusations lancées contre eux par le parti jacobin , et bien qu'il sache la fausseté de ce fait, il insinue qu'ils se réunissent armés. Le résultat de cette dernière dénonciation pouvait élre d'attirer autour du club, non point quelques centaines de braillards, mais des milliers d'hommes armés déterminés à l'attaquer et à en faire le siège, comme cela s'était vu à Aix. Après avoir lancé les brigands contre le club, il fallait pour être complet inviter la force publique à rester dans l'inertie, c'est à quoi le reste de l'article est consacré. Les membres du club monarchique veulent user d'un droit garanti par la constitution, on le reconnaît en principe, mais une troupe de furieux ne veut pas qu'ils l'exercent ; conclusion : il faut qu'ils se retirent devant ces furieux, autrement ils sont responsables des conséquences ; quant aux furieux , il ne faut pas songer à les réprimer. C'est bien le système si souvent employé dans notre histoire, et qui consiste à exciter sous main des émeutes contre ceux qui veulent user d'un droit incontestable, puis à les accuser
d'être une cause de désordre, et sous ce prétexte confisquer audacieusement leur liberté I Les oppressions diverses s'appellent réciproquement. Le parti constituant avait commencé par opprimer la liberté des catholiques avec des raisonnements et des distinctions semblables; après la liberté religieuse^ le droit d'aller et venir, le droit de réunion devaient naturellement être entamés. Quand bien même par une pente naturelle l'Assemblée n'aurait pas été conduite à les violer, comme on pouvait s'en servir pour résister à ses attentats contre la liberté religieuse et réveiller les consciences endormies, elle était fatalement amenée à les restreindre d'abord, puis aies abolir complètement.
M. de Clermont- Tonnerre envoya aussitôt (3 avril) au Moniteur une lettre très-digne dans laquelle il faisait justice de l'accusation des cocardes blanches, et déclarait hautement que les membres du club se réunissaient toujours sans armes. Pour s'en convaincre, on n'avait qu'à se reporter aux billets de cx>nvocation , qui portaient invitation expresse de ne pas apporter d'armes. Il y eut néanmoins une émeute qui empocha la société de tenir ses séances. Bailly arriva, et blâma les membres du club de leur obstination. Quant aux émeutiers, il fut pour eux tout sucre et tout miel : a Soyez tranquilles, leur disait-il, nous ne voulons pas d'aristocrates, nous ne le souffrirons pas. » Dans de pareilles circonstances, ce langage signifiait : a II vous suffit de faire une émeute pour que je fasse tout ce que vous voudrez. » La municipalité prit un arrêté déclarant que le club monarchique ayant été l'occasion d'une émeute et de scènes sanglantes, ne pouvait plus désormais se réunir, et le tour fut joué. Les sa- ciétés modérées qui s'étaient formées en province furent dis^ soutes de la même manière.
La tyrannie des clubs des jacobins allait donc s'étendre sUJ la nation tout entière, et des hommes qui devaient en être vi^^times travaillaient activement à lui frayer le chemin. Le grar^ agitateur qui s'était cru capable de sauver la monarchie cons^^^ tutionnelle bien plus compromise par ses partisans que par s«^^ ennemis, Mirabeau n'était plus là pour lutter contre cet es^"^""""^ a d'imprudence et d'erreur », qui n'épargne pas plus les semblées que les rois. Le 2 avril, la Constituante et la cour, é; lement atterrées, apprenaient la mort du grand orateur, qui après avoir joué le premier rôle dans la révolution, s'était secrè