‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 4)Chapitre 37 sur 55 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les catholiques de Paris, en Tertu de Tarrété directorial du 1 1 ayril, louât l'Églisedes Théatins. — Fui'eur des révolutionnaires. — Ignobles plactids.— Fustigations înQigées aux femmes non-conformistes. — Inertie des autoritéi.

— Bonne volonté de Lafayette. — Louis XVI est insulté dans la chapelle dtf Tuileries pendant la messe. — Le club des Cordeliers fait afficher un odiev placard contre lui. — Discussion à T Assemblée sur Tarrété du directoire.-' Les partisans de la constitution civile cherchent à s'en débarrasser. — Tnil" hard insiste pour que le culte non-conformiste soit sévèrement proscrit. — Discours remarquable de Sieyès pour Tarrété. — L'assemblée en autflriie l'exécution provisoire et le renvoie au comité de constitution. — L'éfèqoede Glermont, consulté par le roi, l'invite à s'abstenir de faire ses pàqnes, poil' qu'il ne peut se rétracter publiquement de sa sanction. •— Le roi se souawtlMSblement. — Les rêvolutionuaires veulent à toute force qu'il fasse ses pl^ à l'Église constitutionnelle. — Une émeute suscitée à ce sujet l'empêche deie rendre a Saint-Cloud. — La municipalité le somme de renvoyer ses ana^ niers catholiques , et le département lui envoie une adresse dans le méiBe sens. — Lafayette donne sa démission, et la retire sur de vives instances. — Louis XVI a la faiblesse d'assister publiquement à la messe constitutionnelle.

— Intolérance religieuse dans les départements. — Le Finistère éloigne les cui^ catholiques à quatre lieues. — Lettre de son intrus Ëxpilly à La»' juinais. — Le 7 mai rapport remarquable de Talleyrand sur l'arrêté du ^ rectoire. — Discours de Sieyès. — Lanjuinais le combat obhquemeDU" L'Assemblée approuve l'arrêté , mais en défendant aux non-conformistes (k faire de la controverse avec l'Église conslituiionnelle. — Injustice et intolérance de cette disposition. — Caractère de la loi du 7 mai. — Vexations îb* fligées aux non-conformistes dans l'exercice de leurs droits politiques. — 0» veut les contraindre à participer aux élections schismatiques. — L'Asiemblî' revient à l'intolérance religieuse parle décret du 21 mai contre lescathflli' ques de la Lozère. — Elle refuse de séculariser les actes de Tétat civil , ifc» de forcer les'catholiques à recourir pour les sacrements au clergé constitution' nel. — Nouveaux excès aux Théatins. — Loi incohérente contre ceux qui p blient les actes pontificaux. — Scène violente à l'Assemblée au sujet des enfants de la première communion constitutionnelle. — On demande à TAs* semblée de poursuivre le cardinal de la Rochefoucauld, parce qu'il a continué

ses fonctions épiscopales. — La poursuite est rejetée au moyen d'une fin de non recevoir, mais il résulte de cette discussion et des décrets qui la suivent que l'Assemblée ne permet pas au\ non -conformistes d'avoir des évèques. — Elle ôte ainsi toute importance k la loi du 7 mai et revient i la persécution.

Les catholiques de Paris, profitant de la liberté annoncée par Tarrêté du directoire , avaient loué immédiatement l'ancienne église des Théatins. On devait l'ouvrir le dimanche 17 avril. Les révolutionnaires étaient fort irrités ; les non-conformistes allaient donc exercer leur culte , dans des conditions bien humbles sans doute mais librement, en face de l'Église constitutionnelle y c'était la fin de la révolution I c'était le retour de la dîme et des droits féodaux I De grand matin ils attachèrent à la porte une poignée de verges avec un placard ainsi rédigé : a Avis aux dévotes aristocrates , médecine purgative distribuée gratis le dimanche 17 avril. » Puis ils vinrent en foule dans la rue pour exécuter leurs menaces contre les personnes qui voudraient entrer dans l'église. Bailly fitdéchirer cette ignoble affiche, mais elle fut presque aussitôt remise , et les femmes qui se présentèrent à la porte furent fouettées. Le directoire avait accepté cette inscription : a Édifice consacré au culte religieux par une société particulière. — Paix et liberté. » Il fit un arrêté par lequel il déclarait au peuple c[ue cette église était consacrée très-légalement à un culte particulier. L'affiche de cet arrêté fut aussitôt lacérée. Les fouetteurs, pour justifier leur conduite, prétendirent que l'inscription n'avait pas été placée assez tôt, tandis qu'ils n'avaient pas laissé le temps de la poser, et d'ailleurs une légère contravention dans l'exercice d'un droit reconnu a-t-elle jamais autorisé autre chose que le recours aux voies légales contre ses auteurs? Il serait vraiment monstrueux que dans un pays civilisé des individus attroupés pussent ^voir le droit de réprimer tumultueusement ce qu'ils croient être une contravention , et d'infliger à ses auteurs des traitements ignobles et cruels ! La garde nationale avait été convoquée , mais son esprit était fort mauvais: elle était pénétrée de l'idée, alors à la mode, que tout catholique qui ne se ralliait pas à l'Église constitutionnelle était un conspirateur, et bon nombre de ses membres n'étaient pas fâchés au fond de voir lesémeutîers infliger aux non-conformistes des avanies qu'ils auraient eu honte de leur infliger eux-mêmes. Il aurait fallu des ordres très-énergiques et très-précis pour que

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la présence de la garde nationale servit à autre chose qu'à donner aux émeutiers la certitude de leur impunité. Ceux qu'elle reçut étaient tellement ambigus, qu'elle fut parfaitement inutile , et put même paraître destinée à secourir les révolutionnaires, si les non-conformistes faisaient quelque résistance (1). Lafayette ce jour-là montra pour rétablir l'ordre plus de boo vouloir que de capacité. Ces excès l'indignèrent profondément Indifférent en religion, il n'avait aucun enthousiasme pour k constitution civile, et voyait avec inquiétude le fanatisme antireligieux de beaucoup de ses collègues de l'Assemblée descendre dans les classes inférieures, et donner de jour en jour plus d'occupation au chef de la garde nationale, a C'est lorsque le culte non assermenté était le plus impopulaire, a-t-il dit dans ses mémoires, qu'il a trouvé en Lafayette un défenseur dévoué ^ constant de la liberté religieuse. » H est vrai qu'il a tenté de réprimer les fureurs des jacobins, mais il est regrettable que par dédain pour le catholicisme, et par crainte de l'impopularité, il n'ait pas avec certains Constituants combattu la constitution civile lorsqu'elle était en projet; il eût défendu alors bien plus utilement la liberté de conscience qu'en essayant, comme aux Théatins, d'atténuer les conséquences de l'intolérance religieiue proclamée par l'Assemblée. Il aurait désiré pourtant que le culte catholique pût s'exercer librement. Il est de notre devdr d*hiâtorien de reconnaître que Lafayette manifesta les meilleures

(1) On trouve dans le Moniteur du 14 avril un article intitulé Police et signé Peuchet, dont la seule insertion dans ce journal montre que beaucoup de rétoliitionnaircs modérés avaient été vivement impressionnés par les scènes do 9 avril.

« Les derniers désordres contre les maisons religieuses « et les individoi qui les habitent , portent un caractère de grossièreté et d'abrutissement iodigne d^un peuple éclairé.... Les citoyens paisibles et honnêtes qui aiment la révolution pour les lois , et la liberté pour tout le monde , ont jdooc qualité pour demander qu'on réprime les harangueurs publics, dont le nombre s'accroît chaque jour à Paris. Placés sur les ponts, aux coins des rues, Qi attendent les ouvriers, les hommes simples i)our les endoctriner, U les égr renl par des récits menteurs, et des systèmes de persécution et d'intoléraoee politiques... lis corrompent le sens des décrets par des interprétations fanatiques et insensées. Ils exaspèrent le sentiment de la multitude par des calomnies contre les personnes De là ces arrestations des messageries, ces

violations dedomicilef ces entreprises séditieuses^ ou tout au nooins Pextrénie facilité que Ton trouve dans la multitude pour Tentratner à ces délits, a

Hspositions pour la liberté des non-conformistes (1). M"*" de Laayette avait en horreur le schisme constitutionnel et professait lautement l'ancien culte.

et II n'a jamais cessé d'être publiquement professé dans la famille e Lafayette, ditM"»« de Lasteyrie; M"* de Lafayette était très-connue ar son attachement courageux aux prêtres non-conformistes... Elle î rendait assiduement dans les églises ^ ensuite dans les oratoires où î réfugiait le clergé persécuté... Elle fit plus encore. Elle ne s'écarta u'une fois de la règle qu'elle s'était prescrite d'accueillir également .en toute espèce de personne : ce fut lorsque l'évêque de Paris, nouîllement installé (Gobel), vint diner chez mon père. Il ne venait pas »mme simple particulier, ainsi que ses confrères, et elle ne voulait is le recevoir en qualité de diocésaine : elle dina hors de chez elle^ iiuique cela fut très-remarque ! »

Quelque optimiste qu'il fût , Lafayette ne pouvait pas ne pas omprendre que la noble conduite de sa femme serait sans doute txploitée par ses ennemis contre sa popularité , qui déclinait léjà, et il eut le mérite d'en affronter les conséquences.

Malheureusement ses talents n'étaient pas à la hauteur de son aractère; il aurait fallu pour rétablir l'ordre à Paris, pour aincre le mauvais vouloir de la municipalité , un commandant [énéral doué de bien plus d'énergie et de capacité; car les atentats du 9 et du 17 avril ne devaient pas être imputés seuleuent à quelques énergumènes, mais à tout le parti révolutionlaire avancé qui les avait soigneusement préparés. Pendant qu'il iolait scandaleusement la liberté de conscience aux Théatins , e parti cherchait aussi à l'opprimer aux Tuileries. Louis XVI enendait la messe d'un prêtre non assermenté ; un grenadier de

(1) « Depuis deux jours, écrivail-il, au sujet de ces troubles, je passe ma ie dans des discussions et des arrangements qui ont rapport au plein et imm<iiat maintien de la liberté religieuse. Les vrais aristucrates ont de Thumeur arce que nous séparons leur religion de leur opposition. Le comité ccrlésiasîque me parlait aujourd'hui de précautions contre les réfructaires. ^J'ai dit ue la garde nationale était un instrument qui jouerait tous les airs i)Ourvu 11*00 n^en changeât pas le clavier qui était h déclaration des droits. » Cette emière phrase porte Tempreintc de celte crédule naïveté dont Lafayette penant sa longue existence n'a jamais compl.'rtement réu>si à se d. -faire. La garde lalionale, malgré la déclaration dès droits, était très-disposée à opprimer la iberté de conscience , et elle devait dans la suite participer à bien d^autres iolation^ de cette fameuse déclaration !

la garde nationale osa l'interrompre et reprocher à haute voix au monarque d'admettre des insermentés à desservir sa chapelle {i ). Le scandale fut grand ; et la messe fut difficilement continuée. Lafayette mit cet énergumène à la porte , mais il alla au club des Cordeliers^ qui fit placarder cet arrêté :

« La société , sur la dénonciation à elle faite que le premier fonctionnaire public de la nation souffre et permet que les prêtres réfractaires se retirent dans sa maison y et y exercent publiquement, au scandale des Français et de la loi y des fonctions publiques qui leur sont interdites par elle ; qu'il a même reçu aujourd'hui la communion pascale y et entendu la messe d'un des prêtres réfractaires , a arrêté, que la vérité de ce fait bien constatée, elle dénonce aux représentants de la nation ce premier fonctionnaire public, ce premier sujet delà loi comme rétractaire aux lois constituantes qu'il a juré de maintenir, et dont les fonctions lui prescrivent d'en assurer l'exécution, et comme autorisant à la désobéissance et à la révolte, préparant ainsi à la nation française des factions que les ennemis des droits de rhomme voudraient exciter contre la constitttion. »

Ainsi, d'après ces furieux, on était un traître quand on ne se ralliait pas à l'Église constitutionnelle! Mais la Constituante jusqu'alors avait-elle dit autre chose? N'avait-elle pas enlevé la parole à Montlosier pour avoir rappelé ce fait incontestable qu'une partie des Français refusait de reconnaître les nouveaux pasteurs? N'avait-elle pas hué FoUeville lorsqu'il avait demandé qu'on pût exercer le culte non-conformiste à l'ombre du foyer domestique? Elle allait, un instant, se souvenir un peu mieux de la déclaration des droits de l'homme, mais pour retomber bientôt dans ses premiers errements et rendre des décrets tout à fait dignes d'être applaudis par le club des Cordeliers I

L'arrêté du directoire fut examiné le 18 avril par l'Assemblée. Les excès tout récents des révolutionnaires avaient fait réfléchir un grand nombre de députés ; les fanatiques de l'extrême gauche et les auteurs delà constitution civile étaient dans un assez grand embarras. Attaquer en face l'arrêté du directoire, c'était faire cause commune avec les fouetteurs de femmes;

(1) L'auteur de cette algarade s'appelait Aadoin, « soldat volootsire ao bitaillon des Mathurins ». Après le voyage de Varennes il écrivit oootre k roi au comité des rapports une diatribe violente, dans laquelle il se vantait d'i« voir ainsi apostrophé Louis XVI, et troublé le service divin.

d'ailleurs on ne pouvait plus douter de Téchec éprouvé par la constitution, civile; TÉglise non-conformiste s'imposait comme un fait, il ne suffisait plus de répondre par des rires et des huées lorsqu'on demandait pour elle un peu de liberté ; et certains députés paraissaient croire qu'il fallait compter avec elle. Les anticatholiques entamèrent donc contre l'arrêté du 11 avril une guerre de chicanes, dans le but de l'enterrer par un renvoi aux comités. Plusieurs dispositions de cet arrêté étaient conçues dans un esprit assez étroit, et on pouvait les critiquer comme trop restrictives de la liberté : ils se gardèrent bien de les attaquer; l'arrêté était beaucoup trop libéral pour eux : ils adoptèrent pour système d'éviter tout débat sur le fond, c'està-dire sur la liberté religieuse , et de déblatérer contre le directoire en prétendant qu'il avait excédé ses pouvoirs. Biauzat le critiqua et demanda le renvoi aux comités ecclésiastique et de constitution réunis. Dandré combattit le renvoi, et fit un éloge très-vif de l'arrêté. Goupil de Préfeki l'approuva en principe, mais prétendit que le directoire avait empiété sur le pouvoir législatif; l'Assemblée devait voter une loi qui contiendrait les mêmes dispositions, a La passion religieuse, dit-il, c'est un volcan au-dessous de votre constitution, il faut lui ouvrir une issue. » Jessé établit que l'arrêté n'était qu'une loi de police parfaitement en rapport avec la déclaration des droits: a on ne pouvait casser l'arrêté du directoire sans arracher la plus belle page de la constitution d .

Jusqu'alors on n'avait fait, pour ainsi dire , qu'escarmoucher ; mais les rédacteurs de la constitution civile, fort inquiets de leur œuvre, vinrent se mettre de la partie. Treilhard, dans un curieux discours qui mérite d'être conservé , vint rappeler à l'Assemblée le caractère exclusif de la constitution civile , et la supplia de ne point l'altérer en permettant aux non-conformistes d'élever autel contre autel. L'arrêté du directoire dans sa première partie semblait éloigner les prêtres catholiques des églises constitutionnelles ; c'était selon lui une maladresse : a Jamais les simples ecclésiastiques n'ont été privés de faire des fonctions ecclésiastiques, excepté celles attachées à un titre dont ils n'étaient pas pourvus » ; et il insista sur ce point non contesté , que l'Assemblée n'avait pas entendu interdire a sacris les réfractaires. Puis, passant à la seconde partie de l'arrêté, il déclara carrément qu'il fallait refuser toute liberté aux non-confor-

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mistes : « Je déclare hautement que la liberté des cultes est nécessaire, qu'elle est une conséquence de vos décrets. » Après ce début familier à tous les proscripteurs , il invita l'Assemblée à proclamer que cette liberté ne s'étendait pas aux catholiques.

« Je ne connais, dit-il, qu'un culte dans l'Église catholique, i^KMtolique et romaine; il ne peut en exister deux; je ne peux voir une ligne de démarcation làoù il n'y en a pas. (Les applaudi^mentsredoublent dit le Moniteur. ) La seule différence qu'il y ait entre un prêtre assermenté et un prêtre qui n'a pas prêté serment, c'est que l'un est fono> tionnaire public et que l'autre ne l'est pas. (Nouveaux applaudissements). 11 résulterait de cet arrêté que contre le vœu de la nation elle serait schismatique, ce qu'elle n'a pas voulu, ce qu'elle ne veut pas être. Alorb les prêtres qui ont accepté des offices et qui ne sont pat schismatiques auraient des inquiétudes; la conscience serait troublée. Supposons queîe d'devant€archeoéque de Parisvienne aux ThétUins foin des fànctions pubNques , ordonner des prêtres (1], vous aurez étahHuR» scission, vous la perpétuerez , les prêtres vivraient d'oblations. Vous n^a»rez àla vérité qu'un seul culte payé par îanation mais Uy aurait un autn culte, et en établissant la schisme vous auriez établi la mendicité (3). Je déclare que je r^arde la liberté des cultes comme nécessaire, comme décrétée mais je ne peux voir deux cultes là où il n'en existe qu'un seuL »

Et il invita l'Assemblée à décréter que les prêtres non assermentés peuvent a exercer toutes les fonctions qui ne sont pas

(1) On a quelquefois essayé d^équivoquer sur la portée de ces eipressiom « fooclionnaires » el «ronctlons publiques » en 1790 et 1791. Ici Treilbanl montre parfaitement quel sens on leur donnait dans son parU. L'administration des sacrements , chose éminemment spirituelle , consUtuait selon loi qq ensemble de fonctions publiques qui devaient être exercées par les seuls constitutionnels. On n^est pas fonctionnaire public, parce qu'on est payé par TÉtat, mais parce qu*on administre les sacrements. C'est ce que Mirabeau a toujo«in soutenu.

(2; On Yoit avec quel mépris Treilhard traitait le système de TÉglise libre dans TÉtat libre , tant préconisé de nos jouta par des hommes qui se proclament les libéraux par excellence. Une Église vivant d'oblations volontaires n^est pas pour lui l'Église idéale. , tant s^eu faut ; il la regarde comme ridicule , et dangereuse pour rÉtat, comme la mendicité organisée. Au reste, constituants, girondins , jacobins, à bien peu d*exceplions près, étaient sur ce point de Tavis de Treilhard. Si les hommes de 89 revenaient parmi nous , ils seraient bien surpris des théories sur la séparation de TÊglise et de l'État professées par ceux qui se vantent d'être leurs continuateurs.

attachées à un titre » et même confesser avec la permission de Vévêque {\)\ qu'il serait interdit aux communautés de recevoir le public dans leurs chapelles. L'Assemblée au surplus devait renvoyer l'arrêté au comité de constitution.

Le discours de Treilhard n'a pas besoin de commentaires. C'est la répétition des doctrines contenues dans l'instruction du 21 janvier, et professées^ jusqu'alors par l'Assemblée; c'est une nouvelle affirmation de son prétendu droit de réformer et de repétrir le catholicisme à son gré. Il avait même repris l'idée favorite de Mirabeau , en proposant d'assujettir les confesseurs au serment ; car exiger d'eux l'approbation de l'évêque constitutionnel c'était absolument la même chose. Tout cela n'était pas nouveau pour l'Assemblée, et lorsque Buzot s'écria : « Il me semble qu'on vient, avec de bonnes intentions sans doute, de prêcher l'intolérance religieuse. » On enlen:lit seulement quelques applaudissements, et beaucoup de murmures. Lanjuinais voulait parler, mais Buzot reprit : a Je ne puis concevoir que celui qui veut la liberté pour lui ne la veuille pas pour les autres... d ; et il soutint la cause de la liberté religieuse avec une vigueur qui finit par arracher à l'Assemblée de nombreux applaudissements. Les auteurs et les champions de la constitution civile étaient fort mécontents delà tournure que prenait la discussion, et Lanjuinais laissa percer ses inquiétudes... a Je veux être libre aussi, et c'est parce que je veux être libre que je ne peux consentir que par provision la constitution soit violée, et que l'acte qui la viole ait une exécution provisoire, » Les jansénistes et les prêtrophobes de l'Assemblée applaudirent avec transport : il persista à soutenir avec beaucoup de vivacité que le directoire a avait usurpé sur le corps législatif, commis le plus grand des délits, un crime de lèse-nation au premier chef». Quand on l'invita à préciser, il prétendit que l'arrêté violait un décret précédemment rendu, et portant que rien ne serait innové relativement aux fabriques et aux églises jusqu'à ce que l'Assemblée eût statué. C'était tout simplement une misérable chicane. Ce quel'ar-

(1) Constitutionnel, sVntend. Les prêtres insermeniîis ne pouvaient en outre, l'après TreiUiard, niroarier^ ni donner l'extrême onction : il ne demandait pas lutre chose que rapplication stricte de la constilulion civile , cVst-à-dire l'oppression complète des catholiques.

rêté réglementait n'était nullement de la compétence des fabriques. Il eut pourtant l'aplomb de s'appuyer sur ce décret pour prétendre que l'arrêté était illégal, et que par conséquent le renvoi devait être prononcé sur le principe même de l'arrêté, les choses restant en état. Il désirait vivement qu'il n'y eût point d'exécution provisoire : la coterie qui avait fabriqué la constitution civile tenait essentiellement à ce que les catholiques ne pussent profiter pendant quelques jours, à titre provisoire, de la liberté religieuse, parce que l'Assemblée, lorsqu'on discuterait sur le renvoi , se déciderait plus difficilement à leur enlever une liberté dont ils auraient déjà commencé à jouir.

Camus demanda également qu'on renvoyât aux comités et que l'exécution provisoire fût interdite. L'arrêté, suivant lui , éloignait les prêtres insermentés des églises constitutionnelles, et les engageait à aller dire la messe dans des maisons particor Hères , et à former une secte à part, ce qu'il voulait éviter à tout prix. Tous ces auteurs ou apologistes de la constitution civile restaient conséquents avec eux-mêmes. Bien décidés à vetuse^ toute liberté aux non-conformistes, ils semblaient ne pas ad--' mettre que la question pût être seulement posée, et ik disci^^ taient à côté, comme si réellement elle n'avait pas été posé^ ^ Dandré vint rétablir le débat sur son véritable terrain.

Sieyès obtint après lui la parole pour défendre l'arrêté du dS- " rectoire. Il n'essaya point do prouver que le système nouveau ? consistant à placer une Église privilégiée, dite constitutionnelle » en face d'une Église non-conformiste, maîtresse de son organis; tion, était contenu dans la constitution civile: c'était impossi ble ! Il aima mieux prendre la question de plus haut, invoque les principes généraux, et la nécessité de mettre un terme au: dissensions religieuses qui désolaient le pays , et qui la veille=^

encore avaient occasionné les scènes les plus honteuses. Le co

mité ecclésiastique et les jansénistes de l'Assemblée étaient se? principaux adversaires ; il n'eut garde de les ménager.

« Vous avez entendu, dit-il, le comité ecclésiastique vous dire qu*i était seul tolérant, et que le directoire ne l'était pas. . . Plaisante tolérance que celle qui ne connaît qu'un culte et qui n'en veut pas d'autres ! »

On avait reproché au directoire d'empiéter sur le corps législatif en créant un officier public dans chaque église, et on avait

voulu profiter de cette accusation pour enterrer bien vite l'arrêté et avec lui la liberté religieuse qu'il inaugurait. Sieyès réfuta très-bien ce grief. Il fut moins heureux en défendant l'article A, qui exigeait de tout prêtre voulant dire la messe dans une église de l'État une autorisation del'évêque constitutionnel. Il déclara que le département n'entendait point par là exiger une adhésion quelconque à l'Église constitutionnelle, mais simplement une attestation de la qualité de prêtre donnée par l'évêque. Cette mesure aurait eu pour résultat certain d'éloigner les prêtres réfractaires ; mais puisqu'on leur permettait de dire la messe dans des chapelles libres, la liberté religieuse n'en souffrirait guère ; d'ailleurs il était urgent de mettre fin à ce mélange des deux clergés qui occasionnait sans cesse dans les églises les scènes les plus violentes et les plus scandaleuses entre leurs partisans. Autrement a il aurait fallu, disait-il sans trop d'exagération, un bataillon dans chaque église depuis le matin jusqu'au soir s. Il établit très-catégoriquement la nécessité d'en finir avec un pareil état de choses.

a Ne croyez pas qu'avec des mesures intolérantes vous empêchiez les réfractaires d'agir. Le lait est qu'ils se retirent dans des réduits obscurs, dans les lieux les plus reculés de leurs demeures pour y exercer leurs fonctions... Le département a dû dire aux réfractaires: Pour votre intérêt même, je ne veux pas que vous exerciez ainsi obsciu*ément les fonctions ecclésiastiques. Car si vous échappiez à la surveillance de la police, vous n'échapperiez pas à la surveillance de cette partie du peuple qui entoure et examine sans cesse les ennemis de sa liberté. Vous venez d'apercevoir les inconvénients majeurs qui résulteraient de ces réunions clandestines que le peuple pourrait prendre pour des clubs aristocratiques qui ne se réuniraient que contre la constitution.. »

Ainsi l'arrêté présentait un double avantage ; il assurait la liberté religieuse à ceux qui devaient en jouir, et grâce à la surveillance exercée sur le culte des réfractaires, il ne permettait plus aux révolutionnaires de soulever les masses par des contes absurdes sur les réunions secrètes des non-conformistes.

Quelques paroles du discours de Sieyès devaient blesser la droite ; il lui avait bien fallu faire des concessions aux passions de l'Assemblée, qui du reste ne voulut pas en supporter davantage. FoUeville dénonça un arrêté du directoire de l'Ain

238 GONSXITDTION CIVILE DU CLSaGÉ.

qui défendait l'exercice de toutes fonctions aux non-assermentés sous peine d'être perturbateurs du repos public. Les mêmes députés qui, pour en finir avec l'arrêté de Paris, lui reprochaient amèrement d'écarter les prêtres réfractaires des églises constitutionnelles, firent grand bruit; des applaudissements partirent de la gauche lorsque Follcville fit la lecture de cet inique arrêté, et l'Assemblée refusa de l'entendre.

Maury soutint que l'arrêté était insuffisant et qu'il fallait une loi générale; il se plaignit de la conduite du directoire pendant les derniers troubles.

« n est coupable^ dit-il^ de ne pas vous avoir dénoncé les eicès affreux qui ont été commis, ces scandales inouïs qui font rougir toit bon Français. Il a mieux aimé faire fermer les églises que d'arradicr des mains d'un peuple séduit les instruments honteux qui n'attestent que triples persécutions qu'on veut faire essuyer à la religion citbolique.... »

Des cris de colère l'interrompirent. Maury continua, et dédtft que pour prouver ce qu'il avançait il allait lire une lettre deb supérieure des filles de la Charité; elle lui parlait des flagelbtions infligées à ses religieuses et lui annonçait que plusîean d'entre elles étaient mortes à la suite de ces ignobles traitements.

Eh bien, l'Assemblée qui tous les jours entendait des lettres particulières sur des faits bien moins graves, et tout à fait étrangers à ses discussions, prit le parti des fouettcurs de religieuses, et consultée expressément sur le point de savoir si Maury lirait cette lettre, dont elle devinait le contenu, elle décréta qu'il ne la lirait pas ! Le trait est tout simplement ignoble ! La gauche de rAssemblée a confessé ainsi qu'elle sentait exister entre eUe et les fouetteurs de la rue une solidarité véritable. Faire £ûre par des misérables auxquels on garantit l'impunité ce qu'on n'oserait pas faire soi-même par respect humain ou par tactique; étouffer ensuite les cris des victimes et repousser leurs plaintes avec mépris, tel fut toujours le système d'un grand nombre de révolutionnaires qui passent encore pour très-modérés. Pour ei0i des ennemis du clergé, à quelque catégorie qu'ils appartinssent^ ne pouvaient jamais avoir tort ; ils se voyaient à leur grand regret obligés de se relâcher un peu de leur intolérance , mais ils éprouvaient au fond du cœur une sorte de reconnaissance pour ceux qui avaient fait au moins passer un mauvais moment à

ces non-conformistes détestés. D'ailleurs plus Toutrage était ignoble, plus il réjouissait certains philosophes; des religieuses nonseulement maltraitées mais cruellement blessées dans leur pudeur, cela leur paraissait tout à fait piquant, et c'était une charmante occasion de se livrer à d'excellentes plaisanteries entre amateurs de la Pucelk (1) !

' La majorité de l'Assemblée, tout en manifestant à tort et à travers sa mauvaise humeur contre les catholiques et leurs apologistes, fut cependant obligée de reconnaître que l'arrêté du Directoire contenait des dispositions fort opportunes. Elle le renvoya au coniité de constitution, et le laissa exécuter provisoirement. C'était un triomphe pour les partisans de la liberté religieuse; l'Assemblée s'était malgré tout montrée favorable aux idées du directoire, et le comité de constitution, beaucoup mieux intentionné que le comité ecclésiastique, allait sans doute présenter un projet de loi dans le même sens. En attendant, les catholiques à Paris et dans les nombreux départements qui prirent des dispositions analogues pouvaient jouir d'une ombre de liberté.

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