ESPRIT GÉNÉRAL
tâche qu'il avait à accomplir, les facultés incomparables qu'il allait consacrer à l'organisation de la société nouvelle, le vœu de la nation lasse d'expériences sanglantes et d'essais infructueux, enfin, l'échec irréparable de tous les systèmes successivement appliqués. Notre organisation départementale était à peine ébauchée : les administrations publiques, qui étendent aujourd'hui sur tout le territoire leur réseau serré, n'existaient pas epcore, et chacune d'elles, avant de devenir un instrument de despotisme, commença par être un bienfait. Si le premier Consul se trouva seul et sans contre-poids en France, c'est que rien de ce qui avait été n'existait plus, rien de c^ qui devait être n'existait encore; plus d'Etats ni d'assemblées de province et pas encore de conseils généraux ; plus do parlements, et pas encore de magistrature inamovible ; plus de clergé, plus de corps enseignant : rien de ce qui emprunte une vitalité propre à la force des intérêts matériels ou à la puissance des idées. Il était destiné pour un long temps à ne
voir autour de lui que des œuvres de son génie.
Tout autre était la situation de la France en 1852. Les quatre années qui séparent le 24 février 1848 du 2 décembre 1851 ne se peu-vent en rien comparer aux dix années douloureuses et terribles gui précédèrent la promulgation de la Constitution de Tan VIII. Un trône s'était écroulé, des ruines individuelles s'étaient accumulées, mais Tédifice social était demeuré intact. Aucune atteinte sérieuse n'avait été portée à notre organisation administrative, judiciaire, financière ; aucun rouage n'avait cessé de fonc txonner.
Ce fut donc une société complètement organisée que la Constitution de 1852 mit entre les mains du président de la République. Celui» ci béritait non seulement de toutes les prérogatives du premier Consul, mais de tout ce que cinquante ans de perfectionnements successifs avaient ajouté à la puissance et à l'énergie de notre centralisation edministralive. Par le cboix des ministres, qui ne