LEDRU-ROLLIN
Les résultats de la séance du 23 juillet donnèrent lieu dans la presse à des observations qu'il est bon de recueillir.
Le Rappel blâma en ces termes la mise aux voix de la République :
« Lés vérités élémentaires dispensent les assemblées, de les reconnaître. Il n'y a pas besoin d'un vote de majorité pour que le plus court chemin d'un point à un autre soit la ligne droite. »
La Gazette de France s'exprima ainsi : « L'extrême gauche, la gauche et le centre gauche sont venus hier demander aux ruraux de daigner accorder le vote favorable qui seul pouvait constituer une situation légale à la République de septembre. C'est là un fait considérable et qui
donne au scrutin du 23 juillet une portée toute particulière. En sollicitant de l'Assemblée la reconnaissance de la République, les républicains se sont placés dans une situation toute nouvelle et qui les oblige à s'incliner devant les arrêts du tribunal dont ils ont reconnu l'autorité et la compétence. »
La Liberté reprocha aux républicains d'avoir « incliné la majesté du droit populaire devant une assemblée qu'ils seraient désormais malvenus à déclarer impuissante. »
Le Paris-Journal fît remarquer que les républicains de l'extrême gauche n'avaient rien gagné à la répudiation de leur doctrine constante, et qu'ils avaient oublié en pure perte leur§ déclarations, leurs professions de foi antérieures.
L' Union constata que le parti dissolutionniste avait grandi dans l'Assemblée.
Enfin, le journal de M. Gambetta, Ibl République Française yVewini comme il suit à la politique qu'il avait abandonnée et que nous le verrons bientôt abandonner encore : « Cette lutte est finie, pour nous du moins. Nous ne pensons plus qu'au pays ; nous ne voulons plus voir que le pays, La République ne sortira pas des délibérations d'une assemblée qui, se croyant appelée à rétablir la monarchie, a été convaincue de son im-
puissance à y réussir. La République ne peut plus sortir que des urnes populaires. La séance d'hier prouve que ces urnes ne tarderont pas à s'ouvrir. »
Tel était Tétat des choses, lorsque TAssemblée, qui s'était prorogée le 5 août 1874, reprit, le 30 novembre, ses travaux interrompus.
Tout semblait maintenant inviter les trois gauches à s'unir sur le terrain de la dissolution immédiate.
Si l'union s*était accomplie dans ce but ; si elle avait visé à rendre au peuple l'exercice de sa souveraineté, on tenait la victoire. Que fallaitil en effet pour la rendre certaine? Il fallait un déplacement de 15 voix, 'rien que de 15 voix, la dissolution ayant été repoussée, dans la séance du 23 juillet, par 369 voix seulement contre 340. Or, si l'on avait fait pour obtenir ce déplacement la centième partie des efforts qui furent faits
pour revenir au vote des lois constitutionnelles, comment douter qu'on n'eût réussi? Est-ce que l'Assemblée, dans ce cas, ne se trouvait pas réduite à une impuissance absolue? Et qu'auraitelle pu répondre au pays, que le provisoire excédait, lorsqu'il lui aurait crié : Puisque vous ne pouvez rien, retirez-vous?
Malheureusement, trois mois de vacances avaient séparé le vote du 23 juillet de l'ouverture de la session, et les membres du centre gauche étaient revenus à Versailles avec le désir, plus ardent,plus absolu que jamais, défaire voter par l'Assemblée actuelle l'organisation d'une République selon leur cœur, dût la dissolution en être indéfiniment retardée. Ils insistèrent sur la nécessité de reprendre l'œuvre des lois constitutionnelles.
Mais l'Assemblée pouvait-elle, sans violation des principes les plus élémentaires de la science politique, être à la fois législative et constituante? Car enfin, ce que tous les publicistes ont enseigné et ce que le bon sens indique, c'est qu'une constitution n'est pas une loi semblable aux autres; c'est qu'elle a une nature qui lui est propre, un caractère particulier; c'est que les lois constitutionnellesdiffèrent des lois ordinaires en ce que les premières obligent les assemblées et le gouvernement, tandis que les secondes
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obligent les citoyens; c'«9t que, par conséquent, le soin de faire les lois constitutionnelles ne saurait être confié aux hommes nommés pour faire les lois ordinaires parce que, de cette façon, les constitutions se trouveraient précisément à la merci de ceux dont leur but est de limiter Tautorité.
Ce n'était certes point là une doctrine nouvelle ou inconnue aux principaux inspirateurs du centre-gauche. M. Laboulaye, notamment, l'avait professée bien haut. Mais vainement furent-ils adjurés de ne pas donner par leurs actes undémenti à leurs propres enseignements ; vainement furent-ils pressés de ne pas enlever à la nation le droit de disposer de son lendemain, pour le livrer à une assemblée qui, ainsi que l'avait prouvé chaque élection partielle, était en désaccord manifeste avec la nation ; vainement leur futril alors réprésenté que cette assemblée ne tirait ni des termes de son mandat, ni des circonstances de son origine, ni de la nature de ses préoccupations, ni de la manière dont elle était composée, les conditions requises*- pour faire une constitution viable, puisqu'elle n'avait reçu aucun mandat constituant, puisqu'elle était née du triomphe des envahisseurs de la patrie ; puisqu'elle avait été convoquée en vertu d'une convention dont ils
dictèrent les termes; puisqu'elle avait été réduite à la douleur de se réunir sous Toeil de Tennemi victorieux ; puisqu'il lui avait fallu acheter la paix au prix de cinq milliards et de deux provinces ; puisqu'elle tremblait de quitter Versailles et de donner pour siège à la représentation de la France la ville française par excellence: Paris, tant elle croyait peu elle-même à sa force, à sa popularité, à son prestige!
aucune de ces considérations ne l'emporta, dans l'esprit des membres du centre gauche, sur la crainte de voir sortir d'un appel au pays une République qui fût bien véritablement une République.
A cela rien de surprenant, de leur part : ce qui le serait davantage, ce serait la résolution qui fut prise parla gauche et l'extrême gauche d'entrer dans la même voie, si cette résolution ne s'expliquait par des circonstances dont il est équitable de tenir compte et par des motifs qui n'étaient pas sans valeur.
Et d'abord, les menées, de plus en plus actives, du parti bonapartiste ; ses ramifications dans les départements, de plus en plus connues; Taudace croissante de son langage, ses récentes victoires (électorales, faisaient sentir la nécessité de lui opposer une barrière légale assez forte pour le contenir.
La dissolution était chose assurément fort désirable; mais, d'une part, il ne suffisait pas de la désirer pour l'obtenir ; et, d'autre part, était-il bien sûr qu'elle produisît les résultats qu'on avait espérés, si les élections avaient lieu sous la pression d'un régime représenté au ministère de l'intérieur par un bonapartiste : M. de Fourtou? Ne convenait-il pas, dès lors, pour arriver à des élections libres, de pousser à l'avènement d'un ministère centre gauche, lequel n'aurait pas recours, lui, à d'indignes manœuvres électorales ?
Et puis, si l'on refusait de s'allier au centre gauche, n'avait-on pas à craindre qu'il ne s'unît au centre droit pour faire la monarchie ? Ne valait-il pas mieux le rattacher à la République par un nouveau lien, et, en s'associant à lui dans le vote des lois constitutionnelles, fonder un régime dont le caractère définitif coupât court aux complots du bonapartisme et répondît à ce désir de sortir du provisoire qui tourmentait le pays ?
Enfin, le meilleur moyen d'empêcher l'Assemblée de s'éterniser n'était-il pas de faire une Constitution qui lui en ôtât le prétexte ?
Ces considérations, que je crois avoir exposées dans toute leur force, étaient sérieuses, mais combien elles étaient loin d'être décisives !
5â HISTOIRE DE LA CONSTITUTION
A ceux de nos amis qu'effrayaient les progrès du bonapartisme, on pouvait répondre par des faits incontestables ; on pouvait leur rappeler que, depuis le 2 juillet 1871, il y avait eu vingt séries d'élections ; que 191 députés avaient été nommés ; que, sur ce nombre, 155 avaient été élus comme républicains , 21 comme monarchistes de diverses nuances, 4 comme légitimistes purs, et comme bonapartistes 4 seulement.
La prépondérance du parti républicain dans le pays était donc incontestable, et elle s'était affirmée, même sous le régime du 24 Mai, même sous l'administration des maires bonapartistes substitués par M. de Broglie aux maires républicains ; car si, depuis la loi des maires, le bonapartisme avait eu la majorité dans 5 départements, 13 s'étaient prononcés avec éclat en faveur de la République.
Le motif tiré de l'avantage qu'il y aurait à porter au pouvoir les principaux membres du centre gauche reposait sur une supposition toute gratuite, et il était chimérique de baser sur cette supposition l'espoir d'un changement de politique. Alors même que les trois gauches, unies, auraient formé la majorité, il est douteux qu'il eût été en leur pouvoir de renverser par un vote le ministère. Il aurait fallu pour cela que les
usages parlementaires fissent loi. Or, que s'était-il passé le lendemain de la séance du 8 juillet 1874? Dans cette séance, TAssemblée, en rejetant un amendement de M. Paris, avait condamné de la manière la plus formelle le ministère, que cet amendement tendait à couvrir, et les ministres sentirent si bien la gravité d'un pareil arrêt qu'ils offrirent sur le champ leur démission. Put-elle acceptée? Nullement. Au vote qui les frappait le chef de TEtat répondit, le 9 juillet, par un message qui notifiait à l'Assemblée qu'en lui donnant les pouvoirs dont il était investi, elle avait « voulu enchaîner elle-même sa souveraineté. » Il était donc tout au moins téméraire de compter, pour un changement de cabinet aboutissant à un changement de politique, sur une victoire parlementaire des trois gauches unies. Mais ce qui rendait, bien plus chimériques encore les espérances fondées sur cette union,c'est qu'elle ne suffisait pas pour donner une majorité. Non, il ne suffisait pas, pour le succès du plan proposé, que l'extrême gauche consentit à ne plus se distinguer de la gauche, et celle-ci du centre gauche: il était indispensable que les trois groupes, confondus, cherchassent, sous peine de rester minorité, des auxiliaires parmi les royalistes du centre droit. Et quoi de plus dangereux ? N'était-il pas
évident que ces auxiliaires, dès qu'on ne pouvait se passer de leur appui, deviendraient les maîtres ? En recourant à eux pour organiser la République, n'allait-on pas se placer dans l'alternative, ou d'avoir à subir leur refus ou d'avoir à subir leurs conditions ? Ne devait-on pas s'attendre à ce qu'ils exigeassent, pour prix de leur concours, s'ils l'accordaient, l'honnenr de rédiger eux-mêmes le programme de la République à fonder ? Et qu'aurions-nous alors ? Une République faite par des royalistes, c'est-èdire une maison construite par ceux qu'elle gênait, et construite en vue de sa démolition future ! Singulier moyen de sortir du provisoire que le définitif ainsi compris I
Quant à la crainte de pousser le centre gauche à se prononcer pour la monarchie, si Ton hésitait à s'unir avec lui inconditionnellement, et coûte que coûte, rien de moins fondé qu*une pareille crainte. Est-ce qu'en fait de restauration monarchique, quelque chose restait encore à tenter ? Quel prétendant pouvait attendre une couronne d'un vote de l'Assemblée ? Le comte de Chambord? il s'était lui-même rendu impossible. Le fils de Napoléon III ? il n'avait dans la Chambre qu'une poignée de partisans avoués. Un prince d'Orléans? c'eût été trop peu de l'alliance des deux centres pour le placer sur
le trône, et il aurait eu contre lui une majorité certaine, formée des deux gauches républicaines, du groupe bonapartiste et de tous les légitimistes dont se composaient Textrôme droite et la droite.
Mais si TAssemblée, réduite à Timpossibilité de constituer, s'éternisait ? Redouter une éventualité semblable, c'était supposer la Chambre versaillaise non-seulement assez folle mais assez forte pour se passer lès plus extraordinaires fantaisies, pour insulter impunément à la raison, pour battre en quelque sorte monnaie avec sa propre impuissance, pour exaspérer Topinion publique, pour condamner indéfiniment lé pays à un provisoire ruineux, et armer de la sorte contre elle le commerce, Tindustrie, le travail, tous les intérêts. Or, si Ton partait de cette hypothèse ; si Ton croyait l'Assemblée déraisonnable et puissante à ce point de vouloir s'imposer à la France coûte que coûte et de le pouvoir, où puiser la certitude que, une fois les lois constitutionnelles votées, elle cesserait d'être animée d'un furieux désir de prolonger son existence ? Après comme avant, ceux que les arrêts prévus du suffrage universel effrayaient n'avaient-ils pas intérêt, ou à éloigner le moment de l'affronter, ou à le détruire? Et qui les empêcherait de faire l'un ou l'autre, si on les sup-
posait capables de tout et en état de tout oser?
Rien ne nécessitait donc l'adoption de la politique inaugurée par le centre gauche ; et les motifs qui portèrent plusieurs de nos amis de l'Union républicaine à s'y associer étaient, selon moi, aussi peu concluants que leurs intentions furent respectables et pures.
Du reste, il faut bien le dire : il s'était formé, sous l'Empire, un parti républicain nouveau qu'avait séduit la politique des expédients et des compromis. Pendant que Victor Hugo, Edgar Quinet, Barbes, Ledru-RoUin, Madier de Montjau, Schœlcher, Gharras, Louis Blanc, préféraient faire pacte avec l'exil qu'avec le Deux-Décembre, convaincus que nul CLCte ne surpasse la portée de celui qui consiste à imprimer la flétrissure d'une protestation inflexible à la violation du droit et à enfoncer de la sorte dans les esprits ridée de ce qu'il a d'inviolable, on avait entendu des républicains,hommes très honorables d'ailleurs et très sincères, dire que pour agir il fallait avoir la main dans les affaires publiques et ne pas se montrer dès lors trop difficile sur les conditions ; qu'il valait mieux plier que rompre ; qu'un serment prêté à l'Empire avec une arrièrepensée connue de tout le monde, était une formalité vaine ; qu'avoir l'air de se soumettre à la ty-
rannie pouvait oonduire à la déjouer. Gomme si c'était un bon moyen de déjouer la tyrannie que de lui rendre hommage, fût^e un hommage simulé ! Gomme si Ton ne sexposait pas, au contraire, à Tentourer d'un fatal prestige par l'aveu des subterfuges auxquels il lui est donné de réduire les gens de cœur qui la détestent ! Mais c'est le propre du pouvoir absolu, quand il dure, de transformer insensiblement le caractère de la résistance qu'on lui oppose. Dans les heures troubles qu'il amène^ la vive perception du vrai s'émousse ; les meilleurs esprits, les âmes les plus droites s'efforcent de croire qu'être flexible c'est être pratique ; on se persuade qu'on luttera mieux contre le mal, si l'on a l'air de traiter avec lui, et l'on ne s'aperçoit pas que cette façon de le combattre le fortifie»
Sous ce rapport comme sous tant d'autres, l'influence de l'Empire lui avait survécu. La politique des compromis fit naturellement suite à la politique des assermentés. Les voix qu'on écouta le plus furent celles qui insistaient le plus sur la nécessité de faire de la tactique. Peu à peu on en vint à envisager les questions au point de vue des victoires à remporter dans les batailles du scrutin plutôt qu'au poiat de vue de l'efl'et moral à produire sur l'opinion publique et de la direction à lui imprimer. La crainte
d'être en trop petite minorité et de le paraître empêcha plus d'une fois la dénonciation d*abu8 dont on s'indignait ou la revendication de droits manifestement violés. La stratégie parlementaire acquit une importance que, jusqu'alors, elle n'avait jamais eue, et, comme toute stratégie a besoin, pour réussir, d'un mot d'ordre auquel on obéisse ponctuellement et avec ensemble, le mot discipline passa du vocabulaire des armées dans celui des mandataires du peuple ; les votes dans l'Assemblée furent de plus en plus soumis au joug d'une consigne ; de plus en plus la conduite des députés fut asservie à un plan convenu ; la politique, avant de se montrer à la tribune, dut ramper dans l'ombre des couloirs ; et le respect de la discipline fut prêché avec autant d'ardeur que l'avaient été autrefois le respect de la vérité, le respect de la justice. Il résulta de là que la puissance de l'initiative individuelle se trouva considérablement diminuée et mise hors d'état de lutter contre l'autorité des décisions prises en commun par les bureaux des différents groupes.
Encore si, dans ces décisions, la part faite à l'Union républicaine avait été proportionnée au nombre des membres dont elle était composée I Mais non : les républicains les plus anciens, les plus connus, les plus décidés étant ceux qui
pouvaient le moins se faire écouter d'une majorité monarchique, ce fut à eux qu'incomba, suivant les règles de la stratégie parlementaire, le devoir de s'amoindrir, de s'effacer, de se taire, de marcher à la suite. Quiconque, par ses opinions, appartenait à l'avant-garde dut, à cause de cela même, se traîner à l'arrière-garde, sous peine d'être accusé d'avoir enfreint la discipline on d'être réprouvé comme déserteur. ^
Et voilà comment l'extrême gauche alla se perdre dans la gauche, qui alla se perdre dans le centre gauche, qui finit par aller se perdre dans le centre droit.
Mais y avait-il pour l'Union républicaine possibilité d'adopter une politique autre que celle où elle s'engagea?
Pour résoudre la question, il suffit de remarquer que l'Union républicaine ou extrême gauche ne comprenait pas moins de 90 membres et la gauche pas moins de 143 ; que ces deux groupes réunis pesaient par conséquent d'un poids très considérable dans la balance des votes; que le centre gauche ne pouvait rien sans leur concours. Et alors même que l'action de l'Union républicaine aurait dû rester isolée, l'importance de ce groupe ne l'autorisait-elie pas à faire ses conditions et à dire au centre gauche*:
« Vous n'ignorez pas quels sont nos principes.
60 HISTOIRE DS la OONgTîrUTION
Il n'est pour nous qu'un souverain : la nation. A personne nous ne reconnaissons le droit de disposer d'elle, en dehors d'elle et sans elle. Si l'Assemblée réclame le pouvoir constituant, qu'elle montre son mandat ! Mais si aucun mandat de ce genre ne lui a été donné, elle ne saurait prendre sur elle de régler les destinées du peuple sans qu'il y ait confiscation de la souveraineté du peuple. Gela, nous l'avons dit du haut de la tribune, non pas une fois, mais vingt fois, et de façon à être entendus de la terre entière : ne nous demandez pas de l'oublier 1 Vous voulez la République. Nous la voulons. Sur la meilleure manière de l'organiser, nous n'avons pas la prétention de vous imposer nos vues : ne cherchez pas à nous imposer les vôtres. Que la nation juge. Il n'y a qu'une issue aux difficultés qui nous pressent, qu'un remède aux maux qui nous tourmentent, qu'une sauvegarde contre les périls qui nous assaillent, qu'un moyen vraiment efficace d'en finir avec ce provisoire qui met la France' en émoi et la ruine : c'est l'appel au pays. Vous l'avez reconnu, le jour où, de concert avec nous, vous avez voté la dissolution. Continuons à rester unis dans la poursuite de ce but. Voilà un genre d'union qui ne commande aucun aacrifioe de conacience, qui n'implique aucun
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amalgame d'idées inconciliables, qui n'entraîne aucune immolation de principes. II nous mènera rapidement au succès. A quoi tient la dissolution? A un déplacement de quinze voix.
Gomment douter que ce résultat ne soit obtenu, si, au lieu de nous accorder pour faire orgetniser une République par des royalistes, nous unissons nos efforts pour ôter à FAssemblée actuelle toute raison d'être et pour créer dans le pays, sur la nécessité d'en convoquer une nouvelle, une de ces agitations, strictement légales et d'autant plus puissantes, auxquelles l'Angleterre a dû tant de pacifiques victoires ? Une fois placée, comme l'écrivait un journal que vous ne désavouerez pas, entre la dissolution et le néant il faudra bien que la Chambre choisisse. Que si vous préférez à cette politique, celle qui consiste à ne pas plus consulter le pays que s'il n'existait pas, dans la suprême question de la République à fonder, nous vous déclarons qu'il nous est impossible de nous risquer avec vous sur cette pente : d'abord, parce que nos principes, si solennellement et si souvent proclamés, nous le défendent ; et ensuite, parce qu'il nous semble aussi absurde de demander la République à une Assemblée monarchique qu'il le serait de demander des oranges à un poirier. »