HISTWRS DE LA CONSTITUTION
Le centre gauche aurait-il fermé Toreille à ce langage? Il np F aurait pu sans mettre contre lui Topinion publique et sans s'annuler comme groupe parlementaire, Tadhésion de VUnion républicaine étant indispensable pour la formation d*une majorité de gauche.
Quoi qu'il en soit, l'Union républicaine aurait dû, selon nous, faire ses conditions, au lieu d'accepter celles qu'on lui faisait ; au lieu d'aller au centre gauche, elle aurait dû attendre que le ceiïtre gauche vint à elle, ou, du moins, qu'il fit la moitié du chemin. Et même en admettant qu'il ne s'y fut pas décidé^ la situation, ainsi qu'on le verra par la suite de cet exposé, eût été infiniment meilleure.
Ce fut le 21 janvier 1875 que les propositions de la commission des Trente, relatives à l'organisation des pouvoirs publics, furent soumises à FAssemblée par M. de Ventavon.
Pour exprimer tout ce qui se peut imaginer de ridicule, un mot fut inventé qui vola de bouche en bouche, au milieu des risées : le ventavonat.
Et pourquoi ? Etait-ce seulement parce que le ventavonat renvoyait au 20 novembre 1880 le moment de « statuer sur les résolutions à prendre », et prolongeait de la sorte notre halte dans le provisoire ? Ah ! Topinion républicaine trouvait à ce projet bien d'autres vices. Où donc voulait-on en venir avec cet article 2 du projet,
qui donnait au maréchal, président de la République, rirresponsabilité ; et avec cet article 4, qui lui conférait le droit de dissoudre l'Assemblée des représentants du peuple ; et avec cet article 5, qui ne reconnaissait qu'à lui le droit de provoquer la révision de la Constitution ? Mais tout cela c'était la monarchie !
Ainsi parlaient les républicains, et M. Emile Lenoël fut vivement applaudi par ses collègues de la gauche et de l'extrême-gauche lorsque, dans la séance dont il s'agit, il prouva :
Que l'irresponsabilité ayant pour unique but d'assurer la stabilité d'une. institution héréditaire, elle constituait, dans une République, un privilège absolument incompréhensible ;
Qu'il en était de même du droit de dissoudre l'Assemblée, livré au chef de l'Etat, droit très concevable dans une monarchie, où le pouvoir du chef de l'Etat est indépendant de celui de l'Assemblée, mais monstrueux dans une République, où c'est tout le contraire ;
Et que, pour ce qui est du droit de révision, il doit appartenir à la nation et non pas à un homme, puisque ce n'est pas dans l'intérêt d'un homme mais dans l'intérêt de la nation que le droit de révision est établi.
Eh bien I qui jamais s'y serait attendu ? le 25 février,moins d'un mois après, ceux qui applau-
di^^saient M. Emile Lenoël, et M. Emile Lenoê lui-même, votaient une Constitution qui confère à un président de la République le privilège de rirresponsabilité, lui attribue le droit de dissoudre la Chambre des députés, sur l'avis conforme du Sénat, et dispose que, pendant la durée des pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon, la révision ne pourra avoir lieu que s'il lui plaît de la proposer I
De fait, si Toni rapproche du texte lu par M. de Ventavon dans la séance du 21 janvier 1875 le texte de la loi d'organisation des pouvoirs publics votée dans la séance du 25 février 1875, on se convaincra que la République, telle que nous la verrons sortir de ce vote, n'est guère autre chose que le ventavonat revêtu d'un caractère définitif.
Comme le ventavonat, la Constitution du 25 février allait admettre la division du pouvoir législatif entre deux Assemblées, une Chambre des députés et un Sénat.
Comme le ventavonat, la Constitution du 25 février allait déclarer le chef de l'Etat responsable dans le cas de haute trahison seulement.
Gomme le ventavonat, la Constitution du 25 février allait investir le pouvoir exécutif du droit