CRIMES DE LA RÉACTION DANS LE MIDI
rivage de la Durance ; il gémissait encore, et ces hommes féroces eurent à l'achever avant de jeter son corps dans la rivière.
A Digne, des citoyens acquittés par les tribunaux furent aussi égorgés. Mais le lieu où s'accomplirent le plus de crimes, ce fut Tarascon. Durand Maillane, représentant de ce district à la Convention, fut tardivement envoyé pour faire cesser ces affreux désordres. Voici en quels termes il les raconte : ce Ces mas* sacres étaient commis dans un pur esprit de vengeance sur ceux qu'on appelait jacobins ou patriotes. Nulle part ils ne furent aussi horribles qu'à Tarascon ; on jetait les victimes du haut de la tour bâtie sur lé roc, au bord du Rhône. Pendant l'été, ce fleuve laisse le rocher à découvert. C'était sur ses pointes aiguës que tombaient tout vivants ces infortunés. J'écrivis aux officiers municipaux pour me plaindre de leur silence et pour leur reprocher le tort beaucoup plus grand d'avoir laissé massacrer les prisonniers dont la loi leur confiait la garde : point de réponse, ou bien la réponse fut un nouveau massacre de vingt-quatre autres prisonniers jetés comme les premiers du haut de la tour sur le rocher 1 .
« Le comité de sûreté générale me chargea d'aller à Tarascon pour y faire cesser ces violences et pour y ramener le calme, si la chose était possible. Il était urgent de se rendre sur les lieux. H me fallut néanmoins attendre, comme membre de la commission des Onze, que le projet de la constitution fût terminé. Je partis pour mon district vers le milieu de juil-
1 Durand Maillane dit trente ou quarante. Les procès-verbaux officiels en nomment vingt-quatre pour le premier massacre, vingt-trois pour lé second.