PROCLAMATION DE LA CONSTITUTION
pie, tel a été notre but. Le vœu libre du peuple pour l'affermissement de la République, tel a été Tunique moyen que nous avons employé. »
Son rapport, qui était fort loijg, n'avait rien de passionné , rien qui fût coloré par l'esprit de parti. Il parla des prétentions exagérées de l'opinion parisienne ; de tout ce que la Convention avait fait pour la capitale; des établissements publics qu'on y avait accumulés ; de la part glorieuse qu elle avait prise à la Révolution; et surtout des vengeances cruelles que, selon lui , un roi ne pourrait se dispenser d'exercer contre une ville dont la rébellion avait outragé l'orgueil du diadème.
— « Ainsi, en donnant à la constitution la stabilité que lui promettait le décret de réélection; en préservant la République des dangers que lui ferait courir une majorité inexpérimentée , c'était Paris surtout qu'on garantissait contre les malheurs d'une restauration. »
Le décret fixait au 20 vendémiaire ' la réunion des assemblées électorales. Déjà les assemblées primaires avaient, pour la plupart, nommé leurs électeurs immédiatement après, avoir voté la constitution. Le dernier jour de la Convention et ta réunion du Corps législatif nouveau étaient indiqués au 15 brumaire.
Le nombre de neuf cent mille suffrages; cette majorité de soixante et douze mille , dont triomphait la Convention, ne ressemblaient pas aux millions de votants qu'on a vus depuis composer la souveraineté du peuple. En ce temps-là, on n'avait pas poussé au
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scrutin \i docile indifférence des habitants des campagnes ni des classes laborieuses et sans instruction ; on ne les avait pas introduites dans la région politique où , livrées à elles-mêmes , elles n'ont aueun empressement à entrer. Les meneurs politiques d'alors ne voyaient pas un grand avantage i multiplier indéfiniment des suffrages qui ne signifiaient ni opinion , hi conviction , ni affection. Les listes des assemblées primaires étaient loin de renfermer tous les citoyens qui auraient eu droit à y être inscrite. D'ailleurs; lé mécanisme administratif était moins perfectionné ; il n'avait point la même unité; il n'atteignait pas les intérêts privés par autant de points de contact. Leé fonctionnaires > même lorsqu'ils n'étaient pas électifs, conservaient le caractère de délégués locaux. Ils servaient souvent avec partialité l'opinion à laquelle ilà appartenaient; mais n'étaient point passés à l'état de Serviteurs du pouvoir.
La constitution acceptée ainsi que les décréta, et le calme qui venait de régner dans presque toutes les assemblées primaires , avaient dissipé les alarmes et les méfiances des républicains de bonne foi, tels que Baudin ou Daunou; mais les anciens Jacobins devenus hommes de gouvernement dans les comités ^ mais les thermidoriens toujours animés de jalousie et d'ambition n'étaient point apaisés ; il ne leur convenait point que la nouvelle constitution fût inaugurée par la portion modérée de l'Assemblée; ils voulaient que l'opinion révolutionnaire régnât et gou-> vernât. D'ailleurs , ils s'étaient résolus à déchaîner, pour les rallier à eux, les hommes que récemment encore ils emprisonnaient et persécutaient; ils en fai-
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saiént leurs clients et s'annonçaient comme leurs protecteurs qui les préserveraient de la contre-révolution et les défendraient contré la réaction. Ayant ainsi rameuté le parti qui avait été le leur et qu'ils avaient ensuite quitté et combattu, ils en recevaient l'influence.
De toutes parts les hommes delà Terreur, les Jacobins séditieux mis en détention à l'époque du 1 er prairial, étaient rendus à la liberté; la loi, qui avait ordonné de commencer contre eux des procédures selon les formes légales , était interprétée de manière à les affranchir dé toute poursuite. En effet, la plupart étaient enfermés sans être prévenus de délits légalement caractérisés et par mesure de police. Sortis de prison, ils se rendaient aux assemblées primaires pour voter; à Paris et dans quelques départements, ils en étaient repoussés; et leurs plaintes étaient portées devant la Convention où elles avaient l'appui des Montagnards.
Les choses en étaient venues au point que les comités, cherchant encore à tenir la balance égale et à ne pas se montrer entièrement favorables aux Jacobins, rendirent compte des grands* abus auxquels donnait lieu l'exécution de la loi du 1 2 fructidor.
Le château de Ham renfermait un assez grahd nombre de détenus d'origine diverse: chouans, massacreurs de Marseille , terroristes , généraux de 1'artfiéë de TurreaUj décrétés d'arrestation par la Convention ou par le comité de sûreté générale. Le Commandant du château avait traduit les prisonniers devant le tribunal de police correctionnelle qui, n'étant saisi d'aucune pièce; d'aucun commencement d'instruction judiciaire, avait mis en liberté toUs les détenus. Déjà