‹ Histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 75 sur 109 · RÉSISTANCE DE LA SECTION DO THÉÂTRE -FRANÇAIS · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DE LA SECTION DO THÉÂTRE -FRANÇAIS

proclamé. — « Les factieux ont accueilli la proclamation par des sifflets, des huées et en maltraitant ceux qui en étaient chargés. » — C'était surtout devant le Théâtre-Français * que le scandale avait été le plus désordonné. L'assemblée primaire qui siégeait dans la salle était sortie en foule, avait éteint les flambeaux du cortège et l'avait violemment repoussé au bas des marches du perron.

Les comités venaient aussitôt de donner l'ordre aux représentants chargés de la direction de la force armée de marcher pour s'assurer de la personne des électeurs qui, nonobstant le décret de la Convention, s'étaient réunis dans la salle du Théâtre-Français, où ils siégeaient au milieu de l'assemblée primaire de la section.

Le rapporteur annonça en même temps que les comités, afin de donner plus d'ensemble et d'activité à leur action, avaient choisi dans leur sein une commission de cinq membres spécialement chargée du maintien de l'ordre public. Barras et Colombel du comité de sûreté générale, Daunou, Letourneur et Merlin de Douai du comité de salut public, formaient cette commission.

Ainsi la guerre était déclarée. Les hommes dont la Convention avait accepté et même appelé le secours, « le bataillon sacré des patriotes de 1789, » comme ils s'appelaient, se pressaient depuis quelques jours en foule confuse aux abords de la salle et dans le jardin des Tuileries. Voyant que leur moment était venu, ils demandèrent des armes pour prendre part à l'expédition contre les électeurs. La commission des cinq alla

* Depuis l'Odéon.

les passer en revue sur la terrasse des Feuillants ; là se retrouvèrent tous les vétérans des journées de révolution, les officiers destitués et les Jacobins emprisonnés après le 1 er prairial que la Convention mettait en liberté. Les voir ainsi réunis et prêts à marcher contre les aristocrates et contre les amis de la liberté constitutionnelle était un grand sujet de joie pour les hommes de la commune du 10 août '; ils se croyaient reportés à l'époque où l'insurrection avait inauguré la République , en massacrant les défenseurs de ce château, où siégeait maintenant une autre souveraineté qui les appelait à sa garde.

En se donnant de tels auxiliaires, la Convention allait rendre impossible la soumission du parti réactionnaire :. c'était le confirmer dans la pensée qu'il ne s'agissait de rien moins que de ramener le règne de la Terreur. Une pétition fut envoyée à l'Assemblée, qni ne la reçut point, ou plutôt elle fut imprimée et répandue dans le public ; vingt-six sections l'avaient adoptée.

— « Mandataires du peuple , vous avez été convoqués pour proposer une constitution aux Français; cette constitution est faite; elle a été unanimement accueillie. Vos pouvoirs comme corps constituant se terminent là; vos fonctions se bornent aujourd'hui à l'action du gouvernement. Le mot odieux de conspiration retentit dans Paris, retentit dans vos comités. Le peuple conspire-t-il contre lui-même? Non, sans doute. La Convention conspire-t-elle contre le peuple? Loin de nous cette idée. Vos comités conspi-

Réal.

rent-ils contre le peuple et la Convention? C'est la question que nous venons vous faire, au nom des sections de Paris.

« Des bataillons de troupes de ligne cernent cette commune; des assassins arrêtés par vos décrets sont relâchés par ordre de vos comités. Un nouveau code pénal est proclamé contre les présidents et les secrétaires des assemblées primaires. Des députés 1 journalistes prêchent la guerre civile. Des rapports où tous les faits sont altérés se répètent à votre tribune. Charette, vous dit-on, est à Paris; les Parisiens sont des chouans; cent cinquante mille hommes qui acceptent une constitution républicaine ont des meneurs royalistes.

« Sur quoi repose cet appareil de crimes? Sur l'opinion généralement répandue à Paris que le décret du 5 fructidor n'a pas obtenu le vœu de la majorité des Français. Peu nous importe que quelques ambitieux veuillent se perpétuer dans le pouvoir. L'essentiel pour nous est de rester libres et de vous sauver vousmêmes des menées d'une faction audacieuse. Les assemblées primaires vous demandent la réincarcération des voleurs et des assassins rendus à la liberté sans jugement, et l'examen de la conduite de vos comités de gouvernement. »

Cette pétition, où les meneurs de sections se montraient résignés à subir la réélection des deux tiers pouvait donner l'espoir d'une conciliation. La réunion des électeurs avait choisi pour président le duc de Nivernais, qui était alors le citoyen Mancini. Parvenu à l'âge de quatre-vingts ans, il était universel-

1 Louvet.

lement aimé et respecté ; dans sa première jeunesse il avait servi pendant la guerre' de 1 743 ; puis il avait été successivement ambassadeur à Rome, à Berlin, à Londres, et avait laissé, dans la politique, le renom d'homme sensé et clairvoyant : comme duc et pair, il avait, dans les querelles du Parlement et de la cour, montré un caractère indépendant. À nulle époque de sa vie il n'avait eu d'ambition. Ses opinions avaient été constamment modérées, et dans sa vieillesse il semblait être seulement un homme dé lettres et un académicien; emprisonné pendant la Terreur, il avait été oublié par les comités de la Convention et par le tribunal révolutionnaire.

Ce n'était certes pas un choix factieux, et il fallait toute la grossièreté soupçonneuse des Jacobins pour traiter ce bon et aimable vieillard de vil courtisan des sections, préparant sa paix avec Louis XVIII 1 . Ni le président, ni les électeurs qui l'avaient nommé n'eurent un moment la pensée de résister à la force armée que la Convention envoyait pour dissoudre leur assemblée. Ils étaient moins nombreux qu'ils ne l'avaient espéré et n'avaient aucun moyen de défense. Ils se séparèrent en séjournant au lendemain. Lorsque Barras arriva sur les onze heures du soir, à la tête du bataillon sacré et de quelques troupes, il ne trouva personne dans la salle du Théâtre-Français. Ce fut un mécompte pour les révolutionnaires ; ils auraient voulu que la bataille s'engageât et ils regrettèrent que cette mesure tranchante et décisive eût été prise trop tard par les comités.

Cependant la funeste idée de ce rassemblement de

1 Réai.

vi. 22

Jacobins embrigadés et armés par la Convention produisait l'effet qu'on aurait dû prévoir. La nuit du 1 1 au 1 2 se passa en allées -et venues d'une section à l'autre. Les orateurs appelaient les citoyens à se défendre contre les Terroristes et les buveurs de sang. — « La Convention, disaient-ils, se jette dans leurs bras ; elle va vous remettre sous le pouvoir des bourreaux et des brigands. » — On couvrait les murs d affiches où ces paroles étaient répétées; le tambour était battu dans toutes les rues.

 sa séance du matin, la Convention apprit la soumission de quelques-unes des sections ; mais le plus grand nombre étaient dans la plus vive fermentation.

La portion modérée du gouvernement aurait voulu calmer ce commencement de sédition. Une députation du bataillon des patriotes fut admise pour remercier la Convention de la confiance qu'elle leur témoignait; ils protestèrent de leur haine contre les assassins et promirent de faire respecter les personnes et les propriétés; ils jurèrent que quiconque s'écarterait des principes d'humanité et de tolérance serait avec horreur chassé de leurs rangs.

Baudin, qui présidait, sembla comprendre que la Convention s'était donné de dangereux défenseurs. En accueillant leurs protestations, il indiqua que leurs services étaient acceptés, parce qu'ils se qualifiaient de patriotes de 89. — « Publier que le régime de la Terreur va renaître, c'est vouloir tromperies amis de la liberté. »

Une proclamation adressée aux citoyens de la commune de Paris repoussa plus vivement encore cette imputation.

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