NOUVELLE LUTTE DES PARTIS
« Sans doute , on abuse du mot terrorisme, mais il ne faut pas dire qu'il n'ait jamais existé , ce système désastreux pour la République, déshonorant pour la Révolution» Restons dans un juste milieu : Voulez* vous ouvrir les prisons à tout le monde ? — Non , non! cria-t-on de toutes parts. — Eh bien! prenons les moyens de discerner les innocents d'avec •les coquins, »
Thibaudeau , en disant franchement le fond dé la question, força les Montagnards à ne garder nulle dissimulation.
Garrau disait : — * « Ceux qui s'opposent «aujourd'hui à ce que nous proposons auraient dû après le 9 thermidor s'opposer à la mise en liberté de tous les aristocrates.... Il est bien étonnant quand nous venons d'abattre le royalisme qu'on vienne nous parler de terrorisme. Oui, il y avait de la Terreur sous Robespierre. Elle pesait sur les patriotes, mais aussi sur les royalistes. Après thermidor elle n'a pesé que sur les patriotes. »
Colombel ajoutait : ~ « Il est temps que le patriotisme renaisse de ses cendres. J'invite la Convention à reprendre son énergie. Lés comités après le 9 thermidor ont délivré cent mille aristocrates, dont les neuf dixièmes auraient dû rester en prison, et aujourd'hui vous ne voulez pas mettre en liberté des hommes, dont le zèle exaspéré était rendu légitime par les circonstances. »
La proposition fut renvoyée au comité de législation : c'était un moyen sinon de refus, du moins de délai.
Après les détenus on en vint aux conventionnels ou aux autres prévenus, mis en accusation j>ar des décrets de l'Assemblée. Pons de Verdun s'adressant au
HOUVBLLB LUTTE DES PARTf8. 950
parti modéré , lui disait i — « Vous tournes dans un cercle d'idées obscures ou fausses, il faut toujours en revenir au point central où sont les patriotes. »
Ainsi, à la veille de sa fin, la Convention se trouvait encore telle qu'on l'avait vue pendant sa longue session, partagée entre deux factions qui se disputaient le pouvoir; celte qui en avait usé. avant le 9 thermidor, pour exercer une tyrannie atroce le réclamait comme sa propriété.
Merlin de Douai , dans un long récit des circonstances qui avaient précédé et accompagné la rébellion vaineue, sembla se proposer, non pas de ealmer les esprits, mais d'établir que le gouvernement avait dû agir avec énergie contre les sections, et qu T il avait été contraint au eombat. Ainsi il parla des royalistes effrénés, des émigrés rentrés et des prêtres réfractaires qui, par l'audaee de leur scélératesse, avaient acquis un ascendant irrésistible sur les assemblées primaires : ce qui était notoirement faux. Il justifia l'enrôlement des patriotes, cause principale de la prise d'armes des sections et dont le scandale avait été si grand qu'un dés griefs contre le général Menou était d'avoir déclaré : — « Je ne veux ni sous mes ordres, ni dans mon armée ce tas de scélérats et d'assassins que vous appelez des patriotes de 89. »
Merlin s'attacha surtout à prouver que les premiers coups de fusil avaient été tirés par les rebelles; il affirma de nouveau que, sous prétexte de parlementer, on avait traîtreusement attaqué le poste au comité de sûreté générale, tandis qu'à )a connaissance de tous le feu avait commencé dansja rue Saint-JJonoré; il insista beaucoup aussi sur l'humanité dont les soldats de îa liberté avaient fait preuve -dès que la victoire