‹ Histoire de la Convention nationale (volume 4)Chapitre 55 sur 121 · BAPPEL DES RÉFUGIÉS DE · texte numérisé non relu

BAPPEL DES RÉFUGIÉS DE

Legendre, que peu de jours auparavant il avait dénoncé AT^ de Staël y qui, disait-il, était revenue de Suisse à Paris afin d'obtenir la rentrée « de Malouet, de Jaucourt et autres de cette espèce. » — « Je dirai plus y je connais des membres estimables du gouvernement qui ont eu la faiblesse d'aller dîner chez cette correspondante des émigrés : resteront-ils sourds aux séductions de cette sirène enchanteresse? Les représentants du peuple doivent dîner en famille ou avec leurs collègues et leurs amis ; mais qu'ils fuient ces banquets où l'on cherche à les corrompre. Moi-même n'ai-je pas reçu des invitations de cette femme dont je me méfie. »

M°'* de Staël était en effet revenue à Paris , où M. de Staël était ambassadeur de Suède. Il était vrai qu'en Suisse elle avait été le centre d'une société d'émigrés et surtout de réfugiés, qui avaient quitté la France après le iO août^ pour échapper aux massacres. Sur cette frontière où, elle aussi, se trouvait en terre étrangère, elle avait vécu dans un triste exil. Chaque jour lui apportait une douleur nouvelle , une perte à déplorer. Tantôt elle apprenait que le roi, dont elle avait voulu assurer le salut en se dévouant pour favoriser sa fuite, périssait sur Téchafaud; puis la reine, dont elle avait écrit une éloquente et inutile défense. Pendant toute une année, elle avait reçu par chaque numéro du journal ces listes de mort, où elle lisait tant de noms qui lui étaient chers, soit par l'amitié, soit par son respect pour la vertu ou son admiration pour le talent. Elle se désolait sur la France, souillée de tant de crimes et si tardive à se délivrer de ses bourreaui .

Maintenant M"* de Staël, heureuse de se relrou-

2G'2 RAPPEL DES RiIrtJOlfS DE 1792.

yet* dans < nte pAtrie qu'elle aimait tant) ne ae faisait pas u&e ii.ée (complète de ce qu'avait été Thorriblr époque qi elle avait déplorée de loin. Son imagination ne pouvait lui représenter ce qu'avait été la Terreur; elle ne se figurait point ce qu'étaient n\\ mois aupa^ ravant ces hommes de la seconde révolution , devenus en si peu de teitips les défenseurs de Thumanité^ et se présentant comme apôtres de la liberté aprèâ avoir exercé ou servi la plus abominable tyrannie. Elle revenait aux illusions »que déjà une fois lui avait don^ néei son etithousiasme pour cette liberté qu'ils avaient déshonoréCi L'établissement de la République ne lui paraissait pas impossible.

 défaut de ses anciens amis^ de cette société brillante où elle avait désiré et obtenu les premiers sucdès de sa jeunesse i elle réunissait autour d'elle les hothmes d'esprit ou de talent, dont le nom était alors répété par la renommée^ qui exerçaient de l'influence iur la Convention , qui travaillaient à conitituer U République* Elle tâchait de voir en eux une aristocratie naissante^ et savait flatter leur amour-propre inquiet et méfiant.

Comme le disait Legendre, si elle cherchait i obtenir quelque crédit ^ c'était pour ramener en France ses amis proscrits ou exilés. Jusqu'à ce moment ce succès avait été difficile à espérer ; mais après Tachévement de la constitution , après avoir rallié les modérée de la Convention, il sembla aux auteurs de la République qu'il y aurait un avantage réel à faire cesser l'exil et la persécution de quelques-uns des hommes ïiotables des premiet*s temps de la Révolution. Peu de semaines auparavant Chénier s^était montré irréconciliable envers les membres de la Constituante et de

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