‹ Histoire de la Convention nationale (volume 4)Chapitre 61 sur 121 · ILLUSIONS DES ROYALISTES · texte numérisé non relu

ILLUSIONS DES ROYALISTES

lendemain; en même temps il s'anima; comme TaU lien y Fréron et les autres thermidoriens , il sonna Talarme et appela les rigueurs révolutionnaires contre les royalistes.

— « Soyez terribles aux ennemis de la liberté. On assassine au nom du roi^ on assassine au nom de Dieu. Nous ne pouvons pas nous dissimuler que de toutes parts on s'agite. Que cett« poignée de misérables royalistes, qui salissent le pavé de Paris , qui vous provoquent à toute heure , qu'ils sachent, ces malheureux, que les hommes du 9 thermidor sont ici, et ces hommes, c'est la Convention entière! Qu'ils sachent que les hommes du 1 août sont ici ! Je suis un de ces hommes ! La Convention sera digne du peuple ; elle soutiendra les patriotes contre tous leurs ennemis. » — Puis il ajouta, selon la formule, « que les anarchistes tremblent aussi. Nous ne transigerons pas plus ayec eux qu'avec les royalistes. »

Le décret contre les prêtres et la proposition de Fréron contre les émigrés rentrés furent votés le lendemain, après avoir été peu modifiés.

Les conventionnels, qui dirigeaient le gouvernement et disposaient d'une majorité incontestée, n'éprouvaient point sans doute des alarmes aussi vives qu'ils le disaient; une grande perspicacité n'était pas nécessaire pour reconnaître que la contre-révolution n'avait pas une chance de succès. Les émigrés qui étaient en Angleterre pouvaient se faire des illusions, comme il arrive toujours aux exilés. Les secours que les Anglais étaient prêts à leur donner, le renouvellement de la guerre civile des Vendéens et des chouans; M. le comte d'Artois qui s'embarquait

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pour aller rejoindre Charette et lui amener des auxiliaires et des munitions ; l'encouragement que devait donner la présence d'un prince de la maison royale : c'était plus qu'il n'en fallait pour leur inspirer beaucoup de présomption et de jactance. Ils n'admettaient l'idée d'aucune concession, ni transaction. Leur langage était menaçant; ils se refusaient à accorder les amnisties et les garanties que personne ne songeait à leur demander. Les manifestes du roi Louis XVHI avaient un langage de souveraineté absolue qui dans sa situation n'avait rien d'imposant. Le gouvernement conventionnel pouvait donc être sans alarme. Le seul danger eût été le succès de la descente des Anglais et l'arrivée de Monsieur à l'armée de Charette* Or, le général Hoche ne concevait pas la moindre inquiétude. Il était habile , vaillant, véritablement républicain et en même temps sage et politique. La présence du prince était fort désirée par les Vendéens, mais on savait combien Charette craignait de voir arriver avec lui un entourage d'émigrés. Quant aux conspirations de l'intérieur, il n'y en avait point; il ne pouvait pas y en avoir, du moins dans le véritable sens du mot.

Mallet-Dupan écrivait au roi Louis XVIII : — « Il n'y a à espérer aucune insurrection spontanée à Paris, ni ailleurs en faveur de la monarchie. La Convention maîtrise le peuple; tout ce qui n'est pas peuple frémit à l'idée d'une nouvelle secousse.

a La guerre civile est une chimère du même genre. Les éléments n'en existent pas; il n'y a ni princes, ni grands, ni généraux puissants qui entraînent dans leur parti des provinces ou des armées ; il n'y a point de faction rivale à qui le crédit, la richesse, les res-

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sources personnelles donnent de la consistance et des forces.

« Tout emploi de la force contrarierait les causes lentes qui font rebrousser la Révolution vers la monarchie. Il faudrait repasser par cette fondrière de 1791 pour parvenir a une bonne monarchie. La grande majorité des Français, ayant participé à la Révolution par des actes ou par des opinions, ne se ren* dra jamais à discrétion à Fancienne autorité. La vanité exaltée, froissée et non étouffée par le terrorisme se révolte à la pensée d'un pardon. Les constitutionnels abandonnent volontiers l'acte de 1 791 . Les points fondamentaux de l'opinion générale sont Taffaiblissement des prérogatives données au peuple, le renoncement au fatras des droits de Thomme, la puissance royale augmentée et la représentation réservée aux propriétaires.

« Tel est Tesprit, l'inclination, tels sont les vœux de la bourgeoisie dans toutes les classes. — A beaucoup d'égards et par d'autres motifs les campagnes partagent cette disposition. »

C'est ainsi que les hommes de sens jugeaient en France de l'état de l'opinion. Mais les agents d'intrigues et les correspondants subalternes étaient incapa* blés de ee coup d'oeil général, de cette vue d'ensemble bien plus certaine dans sa perspicacité que les rap-* ports de police ou les informations de commérage. Ils entretenaient les princes et leur entourage d'émigrés des plus vjiines espérances. De là résultait que toutes les démarches étaient fausses^ que le langage des déclarations et des manifestes devenait de plus en plus offensant. Ainsi Mallet-Dupan écrivait : -— a Les royalistes de l'intérieur sont au désespoir de cette

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