ILLUSIONS DES ROYALISTES
conduite du roi et des émigrés; ils se plaignent que les émigrés jouent aux dés la tète de leurs parents et de leurs amis; qu'ils ne se forment aucune idée de ce qu'est devenue la France.
<c Les monarchistes se défendent contre la Convention pour échapper à la tyrannie beaucoup plus que pour refaire la royauté. On la désire sans dévouementy et Ton fait au dehors tout ce qu'il faut pour en éteindre les semences. Le duc d'Orléans gagne des partisans y mais le roi perd chaque jour des siens ou de ceux qui le seraient devenus. »
Dans le même temps, M. de Puisaye, qui avait des relations avec les monarchistes libéraux , conventionnels ou autres, recevait l'assurance que nul accord ne serait possible avec les chefs de la guerre civile à moins que ce ne fût pour porter au trône le duc d'Orléans. Ce n'était pas une proposition à faire aux Vendéens et aux chouans. Quant à M. de Puisaye, il était à peu près résigné. — « 11 deviendra roi, malgré nous, disait-il. D'ailleurs tôt ou tard il est probable que nous nous trouverons forcés de servir la royauté plus que le roi. »
Un correspondant moins important par sa position, moins distingué par son esprit, écrivait : — « En général les esprits sont mécontents du gouvernement; mais on se tromperait en concluant que tous voulussent y substituer l'ancien ordre des choses. Mettant à part la classe, malheureusement peu nombreuse, des honnète3 gens qui ne séparent pas leur rpi de leur Dieu et une poignée d'artisans laborieux et bien pensants, le reste n'aspire qu'à uu changement qui lui procure plus d'aisance, mais qui lui laisse sa licence, sa chimérique égalité, son irréligion :
telle est la façon de penser des sept dixièmes de Paris. »
Ainsi les déclamations contre les royalistes et leurs complots, contre les prêtres et leurs fanatiques prédications portaient à faux; on aurait pu dire qu'elles étaient de mauvaise foi, si les passions révolutionnaires n'avaient pas une invariable facilité à s'alarmer et à s'effrayer de leurs propres exagérations. D'ailleurs, pour tout le parti républicain, pour les inférieurs comme pour les chefs, perdre la possession du pouvoir, c'était la contre-révolution.
La composition des comités de sections , les noms de leurs orateurs, étaient une preuve manifeste qu'il ne s'agissait ni d'émigrés, ni de chouans. La jeunesse dorée était restée à peu près la même que lorsqu'elle brisait le buste de Marat, faisait du tapage dans les théâtres , et accourait au secours de la Convention menacée par les Jacobins des fauboui^s. Les chefs du mouvement étaient encore des journalistes, des hommes de lettres et quelques jeunes hommes appartenant à des familles riches ou aristocratiques. Plusieurs noms sont restés connus : Delalot , Cadet de Gassicourt, Salverte, Quatremère de Quincy, Dureau de La Malle, Fiévée, Lacretelle, Richer Serizy, Souriguières. Aucun des membres de la Convention ne prenait part à la conduite ni aux projets des agitateurs des sections. Le seul nom qui eût figuré sur la liste des assemblées nationales était Vaublanc; il avait appartenu au côté droit de la Législative, comme royaliste constitutionnel.
Ainsi cette faction nouvelle n'avait aucune intelligence, ni dans le gouvernement, ni dans l'armée.
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Elle n'en était pas moins hardie et animée; elle l'était môme d'autant plus que son courage était une témérité aveugle. Elle savait par expérience qu'un coup de main pouvait suffire pour se rendre maître de la Convention ; on espérait l'intimider et obtenir la révocation des deux décrets. A cela^ pour le moment, se bornaient les exigences. Les assemblées primaires de Paris paraissaient décidées à les repousser par leurs votes.
Le comité de sûreté générale où le dernier quart élu par le renouvellement mensuel du 15 fructidor avait placé Barras et quatre autres représentants violents ennemis de la réaction , dénonça à la séance du 7 septembre un arrêté de la section Lepelletier. Cet arrêté déclarait — « qu'avant de voter dans rassemblée primaire sur la constitution et sur le décret qui ordonnait la réélection de cinq cents membres de la Convention et généralement sur toutes les mesures de salut public , tout citoyen avait le droit d'émettre librement son opinion. >
Un long considérant précédait cet article. — « La souveraineté du peuple , dont une longue tyrannie l'a dépouillé et dont il ressaisit les droits , impose a chacun le devoir d'émettre sans crainte son opinion sur les moyens de salut public. Le peuple, lorsqu'il délibère sur ses lois et son gouvernement, ne peut et ne doit être influencé par aucune espèce d'autorité. Les pouvoirs du corps constituant cessent en sa présence. Attaquer un seul citoyen est un attentat à la souveraineté du peuple. Tout droit est dérisoire et mutile s'il n'est garanti par tous envers chacun ; une expérience funeste a trop appris que les tyrans se
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jouent impudemment de la liberté, de l'honneur et de la vie des citoyens. Tous les crimes qui , depuis le 2 septembre 1792» ont ensanglanté le sol français sont dus à la 'mollesse des gouvernés , qui se sont trop légèrement fiés à la vertu des gouvernants, n
Ce considérant n'était assurément pas conforme aux principes royalistes) mais il était logiquement déduit de la souveraineté du peuple et de la mise en question du gouvernement par devant les assemblées primaires. La section Lepelletier en tirait encore pour conséquence l'article suivant: — w Chaque citoyen en particulier et tous les citoyens de Paris en général sont placés sous la sauvegarde spéciale et immédiate de leur assemblée primaire et des quarante-» sept autres assemblées primaires. »
Cet acte semblait si grave au comité qu'il proposait à la Convention de se déclarer en permanence, afin de surveiller les projets des meneurs de cette section, projets qui pouvaient être funestes à la République.
Cette détermination parut grave; elle donnait Tidée d'une grande peur. On proposa de faire une déclaration des principes qui animaient la Convention , en disant qu'elle n'avait jamais pensé à porter atteinte à la liberté des opinions, mais qu'elle ne souffrirait pas que la République tombât dans l'anarchie.
Thibaudeau, qui se montrait très-opposé à la réac<« tion et en précaution méfiante contre les royalistes , n'en restait pas moins un ami sincère de la liberté. Il trouva que ce procès entre la représentation nationale et une section de Paris manquerait de dignité. 11 pro* posa Tordre du jour, en recommandant aux comités de veiller plus que jamais à la sûreté des personnes et des propriétés.
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Tallien avait moins de modération et moins d'amour de la liberté. Il remarqua qu'une assemblée primaire ne pouvait avoir dans ses attributions les mesures de salut public, et qu'en droit la souveraineté du peuple ne pouvait être exercée par une très-petite fraction du peuple. En 'même temps il se montra trop alarmé des périls de la Convention et de la République. Quoi qu'il en dît, tout se passait avec une complète tranquillité dans les assemblées des sections. Il termina en demandant, non pas la permanence de T Assemblée, mais une séance du soir.
Dans cette séance, Daunou, au nom des comités de gouvernement , donna connaissance à la Convention d*un nouvel acte de' la section Lepelletier. Elle avait délibéré que la proposition serait faite aux quarantesept autres sections de nommer chacune un délégué , afin, de former un comité central chargé de rédiger une déclaration authentique des sentiments des citoyens de Paris.
Les comités voyaient dans cet arrêté de la section une coupable et monstrueuse usurpation. — « Un co' mité central , disait le rapporteur, n'est propre qu'à préparer des journées affreuses, telles que le 2 septembre ou le 31 mai. » — Toutefois il attribuait la conduite de la section Lepelletier à l'égarement d'un sentiment pur. — « I^'amour de la liberté peut avoir ses erreurs. » — «Les comités proposaient un décret qui fut adopté sur-le-champ. La formation d'un comité central composé de commissaires nommés par plusieurs assemblées primaires était déclarée un attentat contre la souveraineté du peuple et la sûreté intérieure de la République. Le ministère public était chargé d'en poursuivre la punition devant les tribunaux. Les ci-