ACCEPTATION DE LA CONSTITUTION
toyens qui , sous le prétexte de missions données par une assemblée primaire, se rendaient d'une corn* mune à une autre ou auprès d'un corps militaire, étaient déclarés coupables du même délit et passibles des mêmes peines.
Déjà la Convention était informée que dans plusieurs départements voisins de Paris, les assemblées primaires acceptaient sans difficulté, non-seulement la constitution, à cet égard il n'y avait nulle inquiétude à concevoir, mais aussi les décrets de réélec* tion.
Il n'en était pas ainsi dans la banlieue où Topinion parisienne avait une grande influeuce; les meneurs des sections ne s'étaient pas épargnés à y faire tous leurs efforts. On apprenait aussi qu'à Orléans et à Versailles, les assemblées primaires venaient de voter contre les décrets..
A Paris, la section de l'Unité' fut la première qui vint annoncer à la Convention le résultat de son vote. — « 11 prouvera que les royalistes ne dominent point parmi nous, disait Torateur, et que nous savons respecter la liberté des opinions et en garantir la manifestation. L'assemblée primaire a d'abord rejeté à l'unanimité les articles du décret qui prescrit la réélection des deux tiers. Les citoyens ont, à leur gré , voté à haute voix ou au scrutin secret. Sur deux mille quatre cent seize votants, deux mille trois cent quatre-vingt-douze ont accepté la constitution; dix-huit l'ont refusée; six ont demandé un roi. Pour prévenir les proscriptions , nous avons brûlé le scru-
' Des Qualre-Nations.
294 ACCEPTATION DE LA C01liTITIITI0M«
tÎD. M — Le président répondit que c^était à la nation entière qu'il appartenait de juger ses représentants.
Thibaudeau pensa qu'il fallait dédaigner cette sorte de bravade , et répondre à toutes les sections qui se présenteraient à la barre : — « Nous respecterons la volonté du peuple et nous la ferons respecter. » — La Convention doit passer à l'ordre du jour, continuer ses travaux et charger ses comités de veiller à la sûreté publique. »
Chaque jour apportait à la Convention la certitude que la constitution et les décrets étaient acceptés par la très-grande majorité des assemblées primaires. Les votes portaient le caractère d'une complète liberté. Les citoyens ou les assemblées primaires qui avaient rejeté les décrets , n'avaient eu besoin d'aucun courage: nulle contrainte y nulle menace n'avait influé sur les suffrages. L'opinion , dans les départements, ne recevait pas comme à Paris l'impulsion d'un parti hostile à la Convention et animé de rancune et de haine contre tous les hommes qui depuis trois ans avaient exercé le pouvoir. Les administrations et les tribunaux I lors même qu'ils avaient été renouvelés depuis le 9 thermidor/ n'étaient généralement pas pris dans la classe des hommes étrangers à la Révolution ou persécutés par elle. Ceux qu'on nommait les honnêtes gens étaient sans autorité » sans crédit f sans point de réunion ; ils se voyaient incapables d'entraîner les suffrages des populations qui , dans leur iusoucianle inertie, acceptaient facilement le pouvoir existant^ elles avaient un attachement réel pour les conquêtes de la Révolution , et même s'alarmaient facilement à l'idée d'en être dépouillées par un retour vers l'ancien régime.
NOUVELLES ADBB8SBS DBS SBGTIONS. 295
Mais lea sections de Paris ne se décourageaient point. Les acceptations qui arrivaient en masse des provinces, les adresses menaçantes de toutes les armées y le langage ferme et animé des orateurs de la Convention i ne les intimidaient pas. Leurs délégués parlaient toujours à la barre, le verbe haut. La section de la place Vendôme s'irritait des précautions que les comités ne cessaient de prendre pour maintenir Tor* dre public.
— ^ cf Nous voyons avec étonnement qu'au moment où le peuple délibère, on prenne des mesures qui génent la liberté. Pourquoi n*est-il plus permis de faire un pas sans les ordres du gouvernement? Paris est-il donc en état de siège? L'ennemi est*il à nos portes? Pourquoi priver les citoyens du droit de circuler, d'aller et de venir? Le peuple ne pourra-t-il donc jamais connaître ses droits et user de sa puissance? Mais qu'importent les eCTorts des ennemis de la liberté? Le flambeau de la raison brille de toutes parts. Des commissaires des départements voisins viennent fraterniser avec les sections de Paris. Rien ne pourra empêcher cette communication. La souveraineté d'un grand peuple est au-dessus du pouvoir des hommes; elle dicte des lois et n'en reçoit jamais. »
On eût cru entendre les orateurs anarcbiques des sections avant le 31 mai. La Convention, déjà rassurée, écoutait, sans s'émouvoir; les délégués de la section étaient même admis aux honneurs de la séance. Un autre jour, la section du Mont-Blanc venait se plaindre du ton injurieux d'une adresse envoyée par l'armée de Sambre-et-Meuse: — « On y impute aux habitants de Paris les fatales journées du 2 septembre et du 31 mai, ces journées tramées dans votre sein par ceux