RÉSISTANCE DE LÀ SECTION DU THÉÂTRE-FRANÇAIS
bles. de tout défaut de mesures qui compromettrait la chose publique. »
Cette proposition I injurieuse aux comités, suscita les murmures de TAssemblée; mais ils étaient étouffés par les applaudissements bruyants des tribunes publiques.
La permanence fut décrétée, mais rien de plus.
Après ce grave débat, la musique recommença. Il fut ensuite donné lecture de la liste des députés victimes du gouvernement de la Terreur. Quarante-sept membres de la Convention avaient péri sur Téchafaud ou par suicide pour la cause de la liberté, disait Torateur. 11 avait compris dans ce nécrologe Camille Desmoulins et Phélipeaux , mais non point Danton , au nom de qui Tallien et ses amis avaient fait le 9 thermidor. Hérault Séchelles, Bazire, Delaunay, Fabre d'Églantine , Lacroix et Chabot n*y avaient pas non plus trouvé place. Manuel, le duc d'Orléans, Simon, Clootz, Osselin n'étaient pas mentionnés. Robespierre, son frère, Saint-Just, Couthon et Lebas ne pouvaient être rappelés , ni Carrier, ni Goujon et ses compagnons du 1^^ prairial. Quelques jours plus tard on aurait pu clore la liste par Joseph Lebon. Ainsi, lorsque la Convention allait terminer sa terrible session, lorsqu'une guerre civile grondait encore à ses portes, elle pouvait compter soixante et dix de ses membres exterminés par les révolutions successives qui s'étaient passées dans son sein. Ce fut la dernière fête qu'elle célébra.
A onze heures et demie du soir, le comité de sûreté générale rendit compte de l'effet du décret voté au commencement de la séance , et qui avait été aussitôt
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proclamé. — • « Les factieux ont accueilli la proclamation par des sifflets, des huées et en maltraitant ceux qui en étaient chargés. » — C'était surtout devant le Théâtre-Français * que le scandale avait été le plus désordonné. L'assemblée primaire qui siégeait dans la salle était sortie en foule, avait éteint les flambeaux du cortège et Tavait violemment repoussé au bas des marches du perron.
Les comités venaient aussitôt de donner Tordre ani représentants chargés de la direction de la force armée de marcher pour s'assurer de la personne des électeurs qui, nonobstant le décret de la Convention, s'étaient réunis dans la salle du Théâtre-Français, où ils siégeaient au milieu de l'assemblée primaire de la section. •
Le rapporteur annonça en même temps que les comités, afin de donner plus d'ensemble et d'activité à leur action, avaient choisi dans leur sein une commission de cinq membres spécialement chargée du maintien de l'ordre public. Barras et Colombel du comité de sûreté générale, Daunou, Letourneur et Merlin de Douai du comité de salut public, formaient cette commission.
Ainsi la guerre était déclarée. Les hommes dont la Convention avait accepté et même appelé le secours, (c le bataillon sacré des patriotes de 1789, comme ils s'appelaient, se pressaient depuis quelques jours en foule confuse aux abords de la salle et dans le jardin des Tuileries. Voyant que leur moment était venu, ils demandèrent des armes pour prendre part à l'expédition contre les électeurs. La commission des cinq alla
* Depnis TOdéon.
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les passer en revue sur la terrasse des Feuillaots ; là se retrouvèrent tous les vétérans des journées de révolution, les officiers destitués et les Jacobins emprisonnés après le 1*' prairial que la Convention mettait en liberté. Les voir ainsi réunis et prêts à marcher contre les aristocrates et contre les amis de la liberté constitutionnelle était un grand sujet de joie pour les hommes de la commune du 10 août '; ils se croyaient reportés à Tépoque où Tinsurrection avait inauguré la République , en massacrant les dé* fenseurs de ce château, où siégeait maintenant une autre souveraineté qui les appelait à sa garde.
En 86 donnant de tels auxiliaires, la Convention allait rendre impossible la soumission du parti réactionnaire : c'était le confirmer dans la pensée qu'il ne s'agissait de rien moins que de ramener le règne de la Terreur. Une pétition fut envoyée à TÀssemblée, qui ne la reçut point , ou plutôt elle (ut imprimée et répandue dans le public ; vingt-six sections l'avaient adoptée.
— (c Mandataires du peuple , vous avez été convoqués pour proposer une constitution aux Français; cette constitution est faite; elle a été unanimement accueillie. Vos pouvoirs comme corps constituant se terminent là; vos fonctions se bornent aujourd'hui à l'action du gouvernement. Le mot odieux de con* spiration retentit dans Paris , retentit dans vos eomités. Le peuple conspire-t-il contre lui-même? Non, sans doute. La Convention conspire-t-elle contre le peuple? Loin de nous cette idée. Vos comités conspi-
* Real.
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rent-ils contre le peuple et la Convention? C'est la question que nous venons vous faire, au nom des sections de Paris.
<c Des bataillons de troupes de ligne cernent cette commune; des assassins arrêtés par vos décrets sont relâchés par ordre de vos comités. Un nouveau code pénal est proclamé contre les présidents et les secrétaires des assemblées primaires. Des députés ^ journalistes prêchent la guerre civile. Des rapports où tons les faits sont altérés se répètent à votre tribune. Charette , vous dit-on , est à Paris ; les Parisiens sont des chouans; cent cinquante mille hommes qui acceptent une constitution républicaine ont des meneurs royalistes.
ce Sur quoi repose cet appareil de crimes ? Sur l'opinion généralement répandue à Paris que le décret du 5 fructidor n a pas obtenu le vœu de la majorité des Français. Peu nous importe que quelques ambitieux veuillent se perpétuer dans le pouvoir. L'essentiel pour nous est de rester libres et de vous sauver vousmêmes des menées d'une faction audacieuse. Les assemblées primaires vous demandent la réincarcération des voleurs et des assassins rendus à la liberté sans jugement, et Texamen de la conduite de vos comités de gouvernement. »
Cette pétition , où les meneurs de sections se montraient résignés à subir la réélection des deux liera pouvait donner Tespoir d'une conciliation. La réunion des électeurs avait choisi pour président le duc de Nivernais, qui était alors le citoyen Mancini. Parvenu à rage de quatre-vingts ans, il était universel-
• Iiouvet.