DÉCLARATION DES SECTIONS
Jacobins embrigadés et armés par la Convention produisait TelTet qu'on aurait dû prévoir. La nuit du 1 1 au 1 2 se passa en allées et venues d'une section à Tautre. Les orateurs appelaient les citoyens à se défendre contre les Terroristes et les buveurs de sang. — « La Convention, disaient-ils , se jette dans leurs bras ; elle va vous remettre sous le pouvoir des bourreaux et des brigands. » — On couvrait les murs d ai&ches où ces paroles étaient répétées; le tambour était battu dans toutes les rues.
A sa séance du matin, la Convention apprit la soumission de quelques-unes des sections ; mais le plus .grand nombre étaient dans la plus vive fermentation.
La portion modérée du gouvernement aurait voulu calmer ce commencement de sédition. Une députation du bataillon des patriotes fut admise pour remercier la Convention de la confiance qu'elle leur témoignait; ils protestèrent de leur haine contre les assassins et promirent de faire respecter les personnes et les propriétés; ils jurèrent que quiconque s'écarterait des principes d'humanité et de tolérance serait avec horreur chassé de leurs rangs.
Baudin, qui présidait, sembla comprendre que la Convention s'était donné de dangereux défenseurs. En accueillant leurs protestations, il indiqua que leurs services étaient acceptés, parce qu'ils se qualifiaient de patriotes de 89. — « Publier que le régime de la Terreur va renaître, c'est vouloir tromper leô amis de la liberté. »
Une proclamation adressée aux citoyens de la commune de Paris repoussa plus vivement encore cette imputation.
— « Dussions-nous périr sous le fer des bourreaux, nous n'invoquerons pas le crime pour foncier le règne de la vertu. Jamais la Convention ne tendra la main au Terrorisme. Cest une affreuse calomnie. Les méchants vous ont trompés. »
La proclamation expliquait et excusait la formation du bataillon des patriotes. « Ce sont des républicains zélés, d'anciens et braves militaires. Chacun est pourvu de sa carte civique attestant sa profession et son domicile. Us ont pris pour devise : « Liberté, égalité, humanité. » Leur commandant sera le brave et sage général Berruyer. Ils ont juré de se dissoudre dès que la Convention n'exigerait plus leurs services. » — Le mot d'ordre que le gouvernement avait adopté terminait cette pièce : « Le royalisme et l'anarchie seront vaincus. »
Ces ménagements pour une opinion exaspérée et méfiante étaient tardifs. L'impulsion que les républicains de la Convention appelaient un complot royaliste était donnée, et les comités n'espéraient plus apaiser le mouvement. Ils avaient, dès le matin du 12, pris des mesures pour réprimer ou combattre l'insurrection. Les troupes étaient campées dans la plaine des Sablons; des détachements furent appelés.
L'ordre avait été donné de cerner l'ancien couvent des Filles Saint-Thomas, où siégeait l'assemblée primaire de la section Lepelletier. C'était là qu'était le point central, le quartier général de la rébellion. Vers huit heures du soir, le général Menou, qui commandait les troupes, dirigea trois colonnes parla rue des Filles-Saint-Thomas, la rue Notre-Dame-des-YictoireA
et la rue Yi vienne ; ce couvent occupait à peu près la place où depuis la Bourse a été construite.
Sept ou huit cents hommes do la garde nationale étaient rangés devant la porte de la section presque en face de la rue Yivienne , dont ils occupaient le débouché. Ils furent sommés de rendre leurs armes. Un jeune honmie de vingt ans, qui depuis, comme écrivain et membre des assemblées représentatives, augmenta la réputation qu'il avait alors acquise par son courage, M. de Lalot se présenta devant le représentant Laporte et le général Menou.
— « Que nous demandez-vous , dit-il ? Nos armes : nous ne les avons jamais employées que pour votre défense. Quels sont vos défenseurs? Ceux qui voulaient vous égorger et que nous avions désarmés par vos ordres. Quels canons amenez-vous contre nous? Les nôtres, que nous avons volontairement rendus. Que nous reprochez-vous? L'exercice légitime de nos droits. Nous avons, au prix de notre sang, maintenu la liberté de vos délibérations et vous violez les nôtres au mépris de toutes les lois. »
Ce discours redoubla Fardeur des gardes natio* naux. Ils croisèrent la baïonnette, attendant l'attaque. Le conventionnel commanda à la troupe de charger.
Les ordres du comité étaient en effet de faire évacuer la section et de désarmer les gardes nationaux qu'on y trouverait. Mais cette expédition devait être faite dans la matinée, à un moment où aucune résistance n^était probable; les hésitations des comités l'avaient retardée. Maintenant les circonstances n'étaient point celles qui avaient été prévues : c'était un combat à engager, du sang à verser. La foule corn-
mencait à s'amasser aux abords de la section et dans la rue Yivienne. Un rassemblement de jeunes gens débouchait par le perron du Palais-Royal. Ainsi la troupe aurait eu à combattre en avant et en arrière. Le général Menou trouva la position mauvaise et ne voulut ni compromettre ses soldats , ni commencer la guerre civile dans les rues de Paris^ avant d'avoir reçu de nouveaux ordres.
11 arrêta le mouvement commandé par Laporte.
— « Je passerai mon sabre ^ dit- il ^ à travers le corps du premier qui sortira des rangs sans mon ordre. »
Puis il s'adressa au bataillon sectionnaire , l'engagea à se retirer et à laisser ses armes , promettant de faire aussi retirer les troupes. Cela sembla convenu et le général fît en effet sa retraite. Mais les hommes de la section Lepelletier auraient, voulu se conformer à cette espèce de traité qu'ilsi ne Tauraient pu. Toutes les rues adjacentes s'étaient successivement remplies de gardes nationaux des autres sections accourus pour défendre leurs camarades. Il y avait peut-être vingt mille baïonnettes pressées autour de la rue Yivienne.
Pendant cette scène, la Convention était en permanence, attendant avec anxiété des nouvelles de ce qui se passait. Des bruits sinistres se répétaient dans les couloirs de la salle. — « Nous sommes trahis, » disaiton. — < Chénier sommait les comitési de rendre compte de l'état de Paris. — « Sachons , disait-il, si les royalistes doivent enfin plier devant la volonté nationale. ))
Delaunay monta à la tribune : — « Vos comités ont pris dans la journée toutes les mesures pour faire exé-