ARRESTATION DE ROVÈRE ET DE SALADIN
modéré remportât ainsi une victoire complète. En- refusant de s'associer à Tattaque de Tallien contre des hommes entourés«de Testime publique et considérables dans rassemblée^ ils ne profitèrent pas moins de cette occasion pour satisfaire leur aversion et leur rancune contre les représentants qui s'étaient lé plus compromis dans la réaction; il fut question de Rovère , de Saladin , d'Âubry et de quelques autres.
Mais nulle décision ne pouvait être prise contre eux en comité secret. Le lendemain Legendre rapporta en séance publique ce qui s'y était passé. En rendant hommage à Laojuinais et à ses amis, il leur reprocha d'avoir mérité les éloges des factieux; mais il demanda que la conduite de Rovère fût examinée et jugée dans un débat public. Lui-même commença une sorte d'accusation.
Louvet avait préparé une longue dénonciation ; par habitude il donnait toujours à ses soupçons une forme romanesque; il enchaînait tous les événements dans une série de manœuvres secrètes et continues : il n'y avait pas une circonstance qui n'eût été amenée par quelque combinaison coupable des hommes ou du parti qu'il avait pris en haine ou en méfiance. Ce lui fut donc une occasion de recommencer la per pétuelle histoire de la conspiration de l'étranger. Il la reprit depuis Torigine de la Révolution. C'était pour lui la cause première et universelle; il attribuait, entre autres crimes, le 31 mai aux royalistes et au cabinet anglais.
La dénonciation de Louvet n'était pas plus fondée que la dénonciation de Tallien, mais il prononçait des noms moins honorables et plus en butte aux aversions des révolutionnaires.
374 LB8 £LBGTI0N8.
RoTère, qui descendait, dieait-il, d'une branche de Tillustre maiBon du Comtat d'où était sorti le pape Jules II, avait été un des principaux auteurs de la révolution d'Avignon. Défenseur^ sinon complice des massacreurs de la Glacière, partisan fougueux de la Terreur, il s'était mis après le 9 themiidor au premier rang de la Réaction. Membre du comité de sûreté générale, il avait poursuivi sans discernement et à outrance les révolutionnaires et protégé les sanguinaires réacteurs du Midi.
Saladin était aussi compris dans la dénonciation de Louvet. Il avait, comme rapporteur, proposé Taceusation des membres de l'ancien comité du salut public et les Jacobins lui en gardaient rancune; mais ]e principal grief était une brochure publiée contre les décrets des 5 et 1 3 fructidor; elle lui avait valu la faveur hautement proclamée des sections.
Ni l'un ni l'autre ne trouva de défenseurs. Leur arrestation fut décrétée. Thibaudeau remarqua seulement que l'assemblée électorale de Paris venait de nommer Saladin député au corps législatif.
Cette nouvelle preuve de la popularité de Saladin dans l'opinion parisienne était un motif de plus pour le poursuivre avec acharnement. L'exaltation des Montagnards et des thermidoriens , plus modérément ressentie par les républicains honnêtes^ avait pour principale cause les nouvelles qui arrivaient des assemblées électorales. Partout la faveur populaire se portait avec empressement vers les modérés, vers ces représentants que les vainqueurs du 13 vendémiaire voulaient faire passer pour royalistes. Le nouveau tiers allait sans doute être élu dans le même