LA CONSTITUTION
peine osait-on parler des imperfections de la constitution de 1 793 ; on promettait de la respecter et de la mettre en œuvre; de même qu'on avait juré de maintenir le gouvernement révolutionnaire, peu de temps avant de le maudire. Maintenant les séditions jacobines et la journée du 1" prairial avaient permis de proclamer la nécessité d'une nouvelle constitution. Elle était attendue impatiemment, non pas précisément par le public , qui avait peu de confiance dans la Convention : plein de rancune contre le régime de la Terreur, il ne plaçait point d'espérance dans les hommes qui l'avaient servi ou souffert; mais la Convention elle-même, mais l'opinion républicaine, mais les agents qui, à un degré quelconque, avaient pris une part active à la Révolution, regardaient l'établissement d'une république comme une garantie de bonheur et d'honneur pour la France; surtout comme une sûreté contre la réaction menaçante, contre la contre-révolution et le retour de la royauté avec son cortège d'émigrés ardents à la vengeance, ennemis irréconciliables de la liberté et de l'égalité.
Le projet et la discussion de l'acte constitutionnel étaient donc l'objet d'une inquiète curiosité ; mais il y avait loin de ce sentiment à l'attente grave et solennelle qui avait précédé l'œuvre des états généraux, devenus l'Assemblée constituante. Les illusions n'étaient plus les mêmes ; on avait vu ce que valaient les promesses des législateurs et les espérances des patriotes. La constitution de 1791 avait disparu dans une nouvelle et funeste révolution ; l'œuvre de tant de grands esprits, de tant d'hommes distingués par leurs lumières et leurs intentions n'avait pas reçu la sanction d'un seul jour de respect. L'anarchie et le despotisme