‹ Histoire de la convention nationale (volume 5)Chapitre 29 sur 81 · COMPARUTION DES MAGISTUATS DE LYON · texte numérisé non relu

COMPARUTION DES MAGISTUATS DE LYON

résidence lorsqu'on lui présente l'attestation de neuf citoyens de la commune. »

Plusieurs faits rapportés par Cliénier furent contestés, d'autres expliqués : au total, l'exposé des magistrats ne prouvait pas que le tableau affligeant de la situation de Lyon eût été fort exagéré; mais ils disaient avec vérité que dans l'état de désordre général, dans l'impuissance de toutes les autorités, à commencer par la Convention, il était injuste d'imputer les crimes à la connivence ou à la négligence des fonctionnaires et à l'esprit de la population lyonnaise. Il protesta que l'opinion y était favorable à la République et à la Convention; qu'elle souhaitait le bon ordre, et que, malgré les cruels souvenirs de tant de malheurs , elle aimait et respectait les lois. Pour écarter les calomnies répandues contre les Lyonnais , le maire rapporta un fait qui excita les applaudissements de l'Assemblée :

« Lyon, comme toutes les villes de France, manquait de pain; chaque habitant était réduit à une ration de quatre onces de riz par jour. Un convoi de cinquante mille quintaux, destinés à l'approvisionnement de Paris, traversait la ville ; les voituriers devaient recevoir à Lyon un payement de six cent mille livres ; les caisses publiques étaient vides; les voituriers refusaient de continuer leur route; une souscription fut proposée et remplie aussitôt parmi le commerce, et le convoi continua sa marche. » Dans ce même moment on répandait à Paris le bruit que les Lyonnais faisaient des approvisionnements pour soutenir un nouveau siège.

Ces explications furent accueillies avec bienveillance ; les représentants qui avaient eu récemment des missions à Lyon, attestèrent le zèle et le dévoûment des magistrats, et le bon esprit de la population. Toutefois,

après quelque discussion les honneurs de la séance ne furent pas accordés à la députation lyonnaise. Louvet et Berlier objectèrent que ce serait préjuger le résultat de l'examen que les comités étaient chargés de faire.

Cependant, loin de se calmer, l'agitation des esprits allait croissant : la guerre de la Vendée rallumée, les émigrés descendus à Quiberon , l'état des provinces du Midi avaient suscité l'inquiétude et l'irritation d'un grand nombre de conventionnels; les comités de gouvernement avaient changé de direction, ce n'étaient plus les Jacobins qui leur donnaient l'alarme, mais les royalistes. La surveillance et les rigueurs se portaient maintenant de ce côté ; le gouvernement renonçait à la popularité qu'avait pu lui accorder l'opinion réactionnaire et comprenait que sinon la République, du moins la domination des hommes sortis de la Ré\olution allait être mise en question. La jeunesse parisienne s'animait de jour en jour davantage; les assemblées de section s'échauffaient en voyant que les Terroristes reprenaient courage et influence.

Les agents royalistes ne trouvaient pas dans cette dis])osition des esprits les éléments d'un complot pour la contre-révolution, mais ils se mêlaient au mouvement d'opinion qui se déclarait contre le gouvernement conventionnel.

Une autre cause de désordre jetait du trouble à Paris ; la dépréciation rapide des assignats avait créé un trafic des espèces monnayées qui était tombé aux mains de gens sortis du plus bas étage de la population, des piliers de tripots, des filoux, des vo\)vh de justice; ils tenaient leur bourse d'échange dans les rues et les carrefours, le pins souvent au [)ermn du Palais-Ï^)val, en

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face de la rue Vivienne. Pourchassés par les agents de police , ils se trouvaient parfois assez nombreux pour résister; alors il en résultait des tumultes où les per-^ sonnes et les boutiques étaient mises en danger. Le comité de sûreté générale, qui commençait à voir partout des conspirations , attribuait ce désordre aux manœuvres de l'étranger.

Depuis que le gouvernement avait cessé de poursuivre les Jacobins dénoncés par les sections, les jeunes gens recommençaient à faire du tapage dans les théâtres. Il y avait des luttes au parterre pour faire chanter le Réveil du peuple ou pour interdire la Marseillaise. La CouTontion avait formellement ordonné que cet (c hymne de liberté et de victoire » serait exécuté dans la séance où elle célébrait l'anniversaire du 14 juillet et tous les jours à la garde montante. C'en fut assez pour irriter la jeunesse, qui n'était plus celle de Fréron. — « La Convention veut donc faire revivre la Terreur, disait-on, puisqu'elle veut entendre le chant qui accompagnait à l'échafaud les victimes de Robespierre. »

Un soir où le parterre de l'Opéra était bruyant et tumultueux, la police fit arrêter deux acteurs de l'Opéra- Comique, qui étaient à la tête des crieurs et qui demandaient le Réveil du peuple. Cet acte de rigueur augmenta la fermentation ; le lendemain , une réunion eut lieu au café de Chartres où l'on résolut de se trouver en force à l'Opéra : la dispute s'engagea vivement au sujet de la Marseillaise et du Réveil du peuple; il y eut des sabres tirés et des coups donnés. Les gens sages tentèrent de s'interposer; Merlin de Thionville, afin de calmer les esprits , protesta que la Convention ne pensait pas à rétablir la Terreur. La jeunesse demandait aussi à grands cris In 1il>erté des deux acteurs mis en

arrestation. Le tumulte continua longtemps; un adjudant général fut fort maltraité; un autre officier s'offrit pour aller porter au comité de sûreté générale la demande de délivrer les prisonniers. Lorsqu'il revint, apportant un refus, le vacarme redoubla; un représentant fut reconnu dans une loge et insulté; le spectacle fut interrompu , et la foule des jeunes gens , se recrutant en route, parvint jusqu'à la porte du comité de sûreté générale. Les précaution^ avaient été ])rises, la garde était renforcée; on admit quelques jeunes gens , et ils entendirent un refus formel. Environ soixante tapageurs furent arrêtés , mais la plupart relâchés presque aussitôt après.

Le gouvernement conventionnel n'eut point la pensée d'user de sévérité, mais il reconnut combien cette opinion, qui quelques semaines auparavant faisait sa force, lui était devenue contraire; beaucoup de cris et de menaces contre la Convention furent proférés. Toutefois, le rapporteur, ([ui rendit compte de ce tumulte à l'Assemblée , parla avec indulgence des citoyens trompés par leur jeunesse et leur inexpérience; il attribuait les mauvais desseins et les provocations coupables aux étrangers , aux agioteurs , à des anarchistes désespérés et aux ennemis de la liberté.

Il était impossible de méconnaître la gravité de ces symptômes. Ils ne prouvaient pas que le mal fut déjà profond à Paris, mais à ce moment l'ordre et la paiv étaient loin d'être rétablis dans l'ouest et dans le midi. Le comité de salut public jugea qu'il était indispensable de montrer plus d'énergie et d'annoncer au parti (jui se formait contre la Convention qu'il ne devait compter ui sur la complaisance ni sur la mollesse du gouvernement.

Boissy d'Anglas entretint l'Assemblée de la situation de Paris. — ((Elle est telle, disait-il, que la liberié publique est menacée comme aux jours des plus grands dangers ; mais lienreusement il existe un moyen infaillible de changer cette situation. C'est de la faire connaître aux citoyens même qui s'agitent autour de tous. Pour la plupart, ils sont amis de la liberté ; ils ont combattu glorieusement pour elle , mais ils sont égarés par un petit nombre de scélérats artificieusement coupables, stipendiés par l'étranger. »

L'orateur s'indignait qu'on eut pu supposer et dire que la Convention voulait remettre la Terreur à l'ordre du jour, et que tel était l'avis de ses comités. On allait jusqu'à raconter que ce plan y avait été discuté et adopté. On désignait ceux qui l'avaient appuyé et ceux qui l'avaient combattu.

Ce bruit public, ainsi que cela se passe ordinairement, était l'exagération d'un fonds de vérité. Il y avait réellement dans les comités deux partis : l'un qui était animé des méfiances et des haines démocratiques ; l'autre ami de la liberté, plus ou moins enclin à la République, résolu à se préserver d'une réaction royaliste, mais sans revenir aux movens révolutionnaires. Boissy d'Anglas était de ceux-là.

Il parla donc avec une bienveillante indulgence de cette foule « d'hommes qui sentaient cruellement le poids des fers qu'ils avaient portés pendant la Terreur » La calomnie leur a représenté la Convention comme prête à faire revivre cette tyrannie. Ainsi (( des amis de la liberté ont été entraînés à combattre la liberté. »

En les excusant ainsi, Boissy d'Anglas attribuait à la perfidie du gouvernement anglais les manœuvres

qui les égaraient. Le génie machiavélique de la cour de I^ondres avait cherché au sein même de la France un germe de désordre. — » C'est lui qui maintenant fait massacrer des prisonniers dans leMidj; qui vomit sur nos frontières un ramas infâme de traîtres; qui souffle de nouveau la guerre civile dans la Vendée; qui stipendie l'Autriche en exigeant d'elle un dernier effort ; qui négocie dans le Nord pour nous préparer de nouveaux ennemis ; qui répand à Paris ses émissaires et ses guinées pour égarer nos meilleurs citoyens; qui parle de rétablir la royauté et semble s'armer pour cette cause. Si, après avoir été livrée anx vengeances implacables et sanglantes des émigrés, la France pouvait parvenir à être gouvernée par un despotisme paisible, vous verriez l'Angleterre favoriser ceux qui redemanderaient la République.

a Un mot de vous détruira les complots et ramènera sous les drapeaux sacrés de la loi les citoyens qu'on en voudrait détacher. Non , vous ne voulez pas rétablir la Terreur. »

La salle retentit d'applaudissements ; Dubois Crancé s'écria : — « Non nous ne voulons point ramener la Terreur; mais nous ferons toujours la guerre la plus cruelle aux royalistes comme aux Terroristes. » — (( Pas plus de terreur que de roi, ajoutait Legendre; pas plus de roi que de Jacobins. «

Boissy parla encore longtemps sur ce thème et termina en disant: — «Encore ([uelques instants, et la liberté publique sera invariablement fondée. Une constitution sage et ferme assurera le bonheur de tous, ré|)rimera k jamais les factions de toute espèce et établira un iiouverurment observateur de la liberté, pndcctcni" des jH'nju'jélés et des personnes, digne enliu

de guérir les Ijlessures faites par tous les tyrans qui ne sont plus. »

La Convention décréta qu'elle ferait une proclamation, afin d'éclairer les citoyens sur les pièges dont on les environnait et les rappeler à l'obéissance et au respect dus à l'autorité publique.

Cette proclamation était rédigée d'avance par Chénier. C'était en termes plus pompeux une répétition du discours de Boissy. — « Nous n'avons vaincu ni pour des Jacobins, ni pour des rois. Nous avons combattu, nous avons vaincu tous ensemble pour la liberté. Après avoir terrassé les nombreuses armées des rois et la faction colossale des anarchistes révolutionnaires, il suffira d'un coup d'œil pour dissiper ce nuage d'insolents pygmées , qui osent méconnaître l'autorité nationale. »

L'opinion parisienne, qui était si souvent accusée d'être favorable aux royalistes, ne fut pas même assez hardie pour réclamer officiellement contre la sanglante exécution des prisonniers de Quiberon. La prudence politique alla jusqu'au point que plusieurs sections vinrent féliciter l'Assemblée de la victoire que venaient de remporter les braves défenseurs de la patrie sur les émigrés qui avaient osé souiller le territoire de la liberté. — « Le récit de ce triomphe a électrisé nos âmes ; notre énergie en a doublé et nous avons aussitôt juré de faire éprouver le même sort à ceux qui par un autre chemin tendent aussi à l'anéantissement de la République. »

Les pétitionnaires voulaient surtout qu'à cette excessive rigueur contre les émigrés ne vînt pas s'ajouter une indulgence sympathique pour les Terroristes. Nonseulement on ne commençait aucune poursuite contre

AGITATION DES ESPRITS. 2 l'J

ceu\ qui avaient été emprisonnés, mais le comité de sûreté générale en mettait chaque jour quelques-uns en liberté.

La section de TOlt^^ervatoire envoya une .députation à l'Assemblée. Elle avait pris soin de déléguer des hommes d'un âge avancé, afin de ménager les préventions que la jeunesse avait inspirées. •

— « Dans le sein de la Convention, disait l'orateur, on a donné le nom de patriotes opprimés, de victimes d'une nouvelle terreur, à ces patriotes qui, sous le règne de Robespierre, assassinaient l'innocent; dans le même moment on nommait royalistes et partisans des rebelles émigrés, les républicains zélés, qui, obéissant à vos lois, après vous avoir glorieusement défendus, ont signalé, désarmé, mis dans l'impuissance de nuire les partisans atroces de la Terreur.

(( Nous voyons reparaître parmi nous et par vos ordres, les hommes que vos décrets avaient séquestrés de la société. Voulez-vous rendre aux assemblées politiques leurs éternels agitateurs, leurs dominateurs despotiques, les liommes qui sont venus dans votre enceinte égorger un de vos collègues avec les armes que vous leur aviez imprudemment laissées. Se pourraitil que la >Iontagne , s'agitant encore, reprît son influence funeste et sa meurtrière domination.

(f Nous le jurons parle 9 theriuidor, nous le jurons par la liberté, nous répandrons jusqu'à la dernière goutte de notre sang avant que le règne de la Terreur soit rétabli. »

Le pétitionnaire exposa alors le motif spécial de la démarche dont la section l'avait chargé. Depuis quelques jours le comité de législation avait présenté un projet de décret qui était devenu très-nécessaire. F.es

rébellions et les complots des Jacobins, les plaintes portées contre les méfaits des agents de la Terreur avaient motivé un grand nombre d'arrestations qui, au point de vue légal, étaient arbitraires. Hormis l'énorme différence du nombre et la différence plus grande des motifs de cette mesure, on pouvait dire que la Réaction avait une loi des suspects. Cet état de choses ne pouvait se prolonger, et le comité de législation avait proposé un examen général des motifs qui avaient déterminé l'arrestation de chaque détenu ; afm que les uns fussent mis en liberté , s'il n'y avait point de faits à leur charse, et les autres traduits devant les tribunaux ordinaires.

Le projet de décret se rapprochait autant que possible du droit commun. Or un des griefs du parti révolutionnaire était la partialité des juges et des jurés; les uns, disait-on, étaient Girondins ou monarchistes, les autres organes de l'opinion réactionnaire. Le cours légal des procédures était favorable aux accusés modérés ou royalistes, préjudiciable aux accusés jacobins. Aussi le côté gauche s'était opposé au projet et avait proposé de confier à une commission de douze membres élus dans la Convention, l'attribution souveraine de mettre en liberté les détenus ou de les envoyer comme accusés devant les tril)unaux. L'Assemblée, soit à un moment où le parti révolutionnaire avait plus d'influence, soit un jour où il se trouvait ])lus nombreux, venait de décréter en principe la formation de cette commission; le comité de législation devait rédiger le décret sur cette base.

C'était contre cette décision que réclamait la section de l'Observatoire. — u Elle v voit, disait son ora-

tcur , une cumulation de pouvoirs et , par conséquenl , le despotisme. »

On murmurait à gauche ; à droite on s'écriait : — « Les hommes du 31 mai prétendent-ils encore domi-

ner ici: »

— (( Rendez à la justice son libre cours, continua le pétitionnaire. Renvoyez aux tribunaux les pièces nombreuses qui constatent les délits inouïs des anciens oppresseurs de notre section. Nous demandons aussi que vous acheviez d'éloigner de votre sein tous ceux contre lesquels existent des dénonciations graves et

})rouvées. »

Le président, Laréveillère-Lepeaux répondit : — « La Convention abhorre tous les factieux, tous les hommes de sang; elle punira tous les coupables, quel que soit le masque dont ils se couvrent. Les honneurs de la séance vous sont accordés. »

Dubois- Crancé et plusieurs autres députés de la gauche s'étaient approchés de la barre et parlaient vivement aux pétitionnaires. Le président leva la séance, et alors commença une scène scandaleuse. Dubois- Crancé disait : — « Vous êtes dupes des contre-révolutionnaires. Si vous voulez faire juger les hommes que vous appelez Terroristes, envoyez aussi devant la justice les royalistes suspects ([ui ont été mis en liberté après le 9 thermidor. Voulez-vous avoir la guerre à l'intérieur, quand nous avons la paix au dehors? »

Le pétitionnaire s'indigna de cette comparaison des honnêtes gens détenus pendant la Terreur avec des hommes qui pour la plupart avaient assassiné, |iilU'' ou volé. — « Nous demandons seulement, répli(iuat-il, que la Convention soit juste. »

Dubois-Crancé entra en fureur, traita les pétition-

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naires de brigands, en jnrant comme le dernier des crochetèiirs.

— {( Voilà, dit un officier de la garde nationale, une grande preuve de respect pour le droit de pétition. »

Le président remonta au fauteuil, essaya inutilement de calmer le désordre, et la séance se termina au milieu du bruit.

Trois jours après, Dubois-Crancé s'excusa de sa vivacité déplacée. — w Né et élevé dans les forêts des Ardennes, j'y ai sucé avec le lait une sorte d'àpreté que l'amour de la liberté peut encore exalter. »

Par suite de cette âpreté, il fit un discours d'une extrême violence contre la Réaction et le royalisme.

— f( Citoyens, disait-il, ne prenez point le change. Jl est une classe d'hommes en France pour qui vous êtes tous des Terroristes ; car tous vous avez déclaré le roi coupable de haute trahison et voté la République ; aux yeux de ces hommes, ce grand acte de justice est un crime ineffaçable. »

Cette parole de Dubois-Crancé expliquait mieux qu'aucune autre le vrai de la situation. Le 21 janvier était le mot de ralliement pour la majorité des conventionels.

Un autre aveu lui échappait aussi : Il se plaignait que le comité de législation n'eût pas encore proposé rétablissement de sur la commission des douze, destinée à mettre les détenus en liberté. Il voulait que la loi fût rendue avant les élections, afin que les réactionnaires n'eussent pas le champ libre dans les assemblées primaires.

Il demandait encore que le comité rendît enfin compte de l'examen qu'il avait dû faire des dénonciations portées contre plusieurs représentants. — « N'a-

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t-on pas eu assez de temps pour comijiner les attaques et accumuler les témoiguages ? N'êtes-vous point las d'être renvoyés sans cesse à un plus ample informé et d'être ainsi le point de mire de tous les malveillants? N'est-il pas temps de dire aux Français que ce (jui reste de leurs représentants a été é])uré au creuset de toutes les passions, et mérite la confiance des bons citoyens en même temps que la haine des aristocrates ? »

Les excuses de l'orateur avaient été écoutées avec bienveillance ; le reste de son discours avait excité de fréquents murmures. La gauche demanda l'impression, la droite se récria, et la séance devint tumultueuse. L'ordre du jour fut mis aux voix et rejeté à une faible majorité. Des deux côtés on s'était levé, et récij»roquement on se disait des paroles injurieuses. — « Messieurs de la ci-devant Montagne, vous n'êtes pas encore les maîtres! » disait Bailly. — « Non, non. jamais ! » lui répondaient tous les modérés; et les tribunes retentissaient d'applaudissements.

L'Assemblée décréta d'abord l'impression des excuses que Dubois-Crancé avait présentées. Puis la discussion recommença, avec la même vivacité, sur le reste du discours.

On demandait l'ordre du jour , Henry Lari\ ière s'élança à la tribune. — « Je demande la question préalable : l'ordre du jour ne sufQrait point à marquer notre improbation. »

Depuis que les Thermidoriens la combattaient, après l'avoir excitée , Henry Larivière était devenu l'orateur le plus animé de la Réaction; il répéta une phrase où Dubois-Crancé avait paru assimiler les proscrits du 31 mai aux représentants poursuivis ou décrétés d'accusation, après les journées de germinal et de prai-

rial : c'était le passage qui avait excité le plus d'irritation dans l'Assemblée.

— « Quelle direction veut-on donner à l'opinion publique ? Quoi ! parce que le peuple français est dégoûté de voir couler le sang ; parce que vous vous êtes montrés généreux et liumains ; parce que vous avez voulu pardonner, on veut en profiter pour faire tourner contre vous votre propre indulgence ; on veut recouvrer une autorité meurtrière pour égorger de nouveau la nation. Mais, mallieureux, que faites-vous? Quel est votre égarement? On était sur le point de vous pardonner; on vous ou])liait du moins, et vous ne pouvez rester un moment dans cette obscurité salutaire ! » — Les applaudissements des tribunes soutenaient et encourageaient l'orateur. — « Nous n'avons pas besoin de pardon! s'écriait la jMontagne, nous voulons la justice. »

— «Depuis un mois, les hommes que je viens de désigner, non-seulement cherchent à s'échapper à travers les événements, mais encore à les tourner contre vous. Si vous n'arrêtez pas cette autre réaction, beaucoup plus funeste que celle dont on parle tant, vous reverrez ces hommes revenir sur vous , armés de leur énergie furibonde, de leur patriotisme meurtrier.

« Ce qui les met sur des charbons ardents , c'est la victoire ; c'est la paix; c'est le grand jour de la justice, qui repousse la domination dont ils sont avides.

« Nous ne voulons ni demi-liberté , ni demi-probité , ni demi-justice. Malheur à celui à qui cet ordre de choses ne conviendra point ! celui qui a fait périr l'innocent, périra; celui qui a volé, restituera; celui qui a nagé entre deux eaux, vivra dans la honte et le mépris.

AGITATIU.N DES KSI'l'. ITS. "2'2r>

K Tartuffes en morale comme en polit i(jne, écoutezmoi. Vous n'avez plus qu'un moyen de vous sauver : c'est de faire désormais autant de bien que vous avez t'ait de mal. Rappelez à votre mémoire les événements oLi vous a^ez assisté. Qu'ont produit à leurs auteurs les journées du 31 mai , de germinal , de prairial ? l'écliafaud. Il a été rougi du sang de ceux qui l'avaient élevé; mais, ce qui est plus affligeant, c'est que ces grands criminels ont entraîné la punition de beaucoup d'infortunés qui n'auraient jamais été coupables, s'ils avaient eu le bonheur de ne vous jamais connaître.

« Qu'importe à la République la rixe qui s'est élevée entre Dubois-Crancé et un pétitionnaire? Je viens de parcourir beaucoup de départements ; ils vous sont in\iolablenient attachés, mais à condition que vous suivrez la route tracée par le 9 thermidor; et que vous ne mêlerez pas un alliage impur aux mesures de juslice et d'humanité. Je propose la question préalable sur l'impression de la seconde partie du discours de Dubois-Crancé. «

Henri Larivière descendit de la tribune au milieu (les applaudissements de la droite et des spectateurs. Une innnense majorité adopta sa proposition.

Les républicains zélés avaient abusé de l'avantage (ju'ils aN aient obtenu [jcndant un moment. L'Assemblée, dans son désir d'équilibre et de modération , était toujours rejetée du côté opposé aux manifestations |'\(:essi^es. Trois jours après cette séance, Girod Poulol, au nom du comité de législation, présenta le rapport, souvent demandé, sur les plaintes ou dénonciations (pii avaient été j)ortées contie L's re|)rés('ntants e.i missi(tn pendant la Terreui'.

Lequiiiiû eût été difficile ù défendre; il y avait notoriété publique de sa conduite à Rochefort et dans la Vendée. Il s'était trouvé humain et modéré en comparaison du général Turreau et de Carrier ; mais leurs excès, qui avaient suivi les siens, ne pouvaient être une circonstance atténuante. Dans un mémoire justificatif, il disait : — « J"ai pu avoir tort de manger avec l'exécuteur des jugements criminels, mais ce n'est qu'une erreur, que deux de mes collègues ont commise avec moi; car ils étaient à ce repas. J'ai voulu rendre un hommage éclatant à l'égalité et détruire un préjugé funeste.... Je n'ai point, comme le prétendent mes dénonciateurs , forcé des enfants à tremper leurs pieds dans le sang de leur père. Il est vrai qu'un jour de fête publique, mes collègues et moi, nous sommes montés sur l'échafaud pour haranguer le peuple ; mais , ce jour-là , il n'y avait pas eu d'exécution. »

Un représentant, nommé Blutel, qui avait récemment été envoyé en mission à Rochefort, confirma presque tous les faits rapportés dans la dénonciation. Lesage d'Eure-et-Loire ajouta : — « Lequinio est q^ussi accusé de vol. La Convention doit faire constater le fait; c'est une précaution dont l'exemple d'Esnue- Lavallée a prouvé la sagesse. Lorsque les scellés ont été apposés chez lui , on a trouvé des calices , des ciboires , de riches ostensoirs. Je ne pense pas que l'Assemblée veuille renvoyer devant les tribunaux ceux de ses membres dont elle décrète l'arrestation ; mais notre devoir est de vérifier les faits qui motivent cette mesure, et de bien savoir la vérité. Or la municipalité de Vannes a dressé procès-verbal de l'envoi de deux barriques d'argenterie, envoyées par mer, de Rochefort, au frère de Lequinio. » L'arrestation fut prononcée.

RAPPORT SLR LES REl'RÉSEiMAM S EN MISSION- 227

Lanot, député delà Corrèze , était accusé par la ville de Brives de s'y être fait précéder par la guillotine et par deux bourreaux; de s'être entouré de tous les hommes tarés du pays; d'avoir mis la société populaire sous le joug d'une poignée de délateurs ; d'avoir provoqué et exécuté beaucoup de dévastations; d'avoir exercé son influence sur le tribunal criminel ; d'avoir ordonné que le cadavre d'un vieillard, père de onze enfants , resterait exposé pendant vingt-quatre heures après son exécution.

Lanot s'était excusé en disant qu'il avait dû réprimer une révolte où la statue de la liberté avait été brisée et le drapeau tricolore déchiré. Brival prit la défense de son collègue, qui n'était pas présent ; il produisit en sa faveur la justification qu'on pouvait alléguer pour tous les représentants en mission : les ordres du comité de salut public. Ils étaient constatés par une lettre signée de CoUot, Billaud et Barère.

Le rapporteur insista et fit connaître de nouveaux faits : Lanot se promenait , de cabaret en cabaret, avec une bande de gens ivres comme lui. Un jour qu'il était pris de vin, il ordonna la démolition d'une maison où il croyait voir des créneaux; une poutre tomba sur une femme et la tua; on vint instruire Lanot de ce malheur, il répondit : — « Bah ! ce n'est rien; il faut que le peuple s'amuse. » On ne laissa pas achever le rapport , et le décret d'arrestation fut voté.

Lefiot, député de la Nièvre, était accusé d'avoir envoyé à l'échafaud le maire de Montargis et trois autres fonctionnaiies, pour avoir signé une adresse au roi après le 20 juin, où ils témoignaient leur indignation conti'e les attentats de cette journée.

Il allégua aussi les ordres du comité de salut public

228 RAPPORT t>LR LES RliPRÉSENTANTS EN MISSIOX.

et ajouta qu'il les avait exécutés avec si peu de zèle ([ue, dès le lendemain, il avait été rappelé. — « Je devais obéir à mes instructions, puisque j'avais accepté cette mission.

— Il fallait avoir le courage de la refuser ! s'écria Dulaure.

— Il fallait , répliqua l'accusé , que tous les membres de la Convention eussent le courage de mourir plutôt que de voter de semblables lois, m

Lanthenas attesta que Lefiot avait toujours eu des opinions modérées , et gémissait de la tyrannie de Robespierre. Beaucoup de députés avaient été plus gra- ^ement inculpés, sans que l'arrestation fût prononcée; mais, à ce moment, la Convention avait le dessein d'expulser autant de députés montagnards qu'il serait possible. Les républicains influents ne voulaient pas être compromis vis-à-vis de l'opinion publique en prenant la défense des accusés. Lefiot fut décrété d'arrestation.

Dupin avait fait le rapport contre les fermiers généraux. Cette œuvre de mensonge et de calomnie qui les avait conduits à 1 echafaud, lui avait donné une infâme notoriété. Personne ne prit sa défense; les accusations pouvaient encourir quelques reproches d'exagération et d'inexactitude, mais il n'en était pas moins constant que Dupin avait attaché son nom à un des crimes les plus remarqués du régime de la Terreur. Le décret fut voté.

Bô de l'Aveyron était inculpé d'une longue série d'horreurs et d'infamies. 11 avait dit à la société populaire de Reims qu'en révolution on ne devait connaître ni parents ni amis; que le fils pouvait égorger son père, s'il n'était pas à la hautenr des circonstances.

Dans le département du Lot, il avait déclaré le canton de Figeac en état de rébellion; il y avait envoyé une armée révolutionnaire, imposé une taxe énorme, établi une guillotine, institué le tribunal criminel en tribunal révolutionnaire jugeant à huis-clo.s sans défenseur, sans jury. L'homme le plus respecté du canton, un vieillard de quatre-vingt-dix ans, avait été exécuté. Bô avait ré|5ondu à la nièce d'un détenu qui sollicitait sa grâce : — « Je prendrai la tête, je te laisserai le corps, w

Il avait créé dans le Cantal une commission révolutionnaire qui menaçait les citoyens riches de fabriquer des pièces pour prouver leur correspondance avec des émigrés, et de les envoyer à l'échafaud, s'ils ne se rachetaient en payant de fortes sommes.

A Cahors, il avait répondu aux inquiétudes qui étaient manifestées sur les subsistances : — « Rassurez-vous , la France sera assez peuplée avec douze millions d'habitants. On tuera le reste, et les vivres ne manqueront pas. »

Les témoignages s'accumulèrent contre Bô ; il fut dit néanmoins en atténuation qu'il avait cli à l'armée des Pyrénées occidentales une conduite honorable, et l'on rappela qu'il avait destitué et fait ein|)risoimer le comité révolutionnaire de Nantes ; son arrestation fut prononcée.

Il n'y eut ni discussion ni diiTiculté pour ajouter à cette liste Piorry , député de la Vienne. Le rapporteur eut seulement à donner lecture d'une lettre entremêlée de jurements, qu'il avait adressée à la société populaire de Poitiers : — « Vigoureux sans-culottes, je vous ai obtenu le patriote Ingrand pour aller dans vos murs. Songez qu'avec ce brave Alontagnard vous pou-

vez tout faire, tout }»riser, tout renverser, tout incendier, tout déporter, tout enfermer, tout guillotiner, tout régénérer. Ne lui laissez point une minute de patience; que par lui tout tremble et tout croule, n

Massieu de l'Oise était accusé d'avoir participé à toutes les mesures tyranniques et sanguinaires qui avaient porté la désolation dans le département des Ardennes, lorsqu'il y était en mission avec Levasseur, Hentz et Bô. Il n'avait montré ni moins de zèle ni moins de cruauté que ses collègues. C'était lui qui , d'accord avec eux, avait envoyé à l'échafaud trentedeux fonctionnaires, qu'une amnistie avait mis à couvert de toute poursuite relative à leur complicité avec le général Lafayette,

Le rapporteur remarquait qu'aucun fait ne se rapportait spécialement à Massieu. Boissy d'Anglas pensait qu'une dénonciation collective n'était pas Un iriotif suffisant pour ordonner l'arrestation.

Une lettre à la charge de l'inculpé avait été écrite par Baudin des Ardennes; puis il avait retiré sa lettre, qui ne se trouvait plus parmi les pièces. 11 expliqua comment, ayant appris que Massieu avait dit de lui qu'il aurait dû monter sur l'échafaud avec les Girondins, son témoignage aurait pu être attribué à un sentiment de vengeance. La Convention ordonna que la lettre serait lue. Elle imputait des faits personnels à Massieu, dont l'arrestation fut votée.

Chaudron -Rousseau, député de la Haute-Marne, avait été en mission dans les départements de l'Aude, de l'Ariége et des Pyrénées orientales. Escales, un des hommes les plus estimés de son département, était à Paris pendant le 31 mai. Il envoya une relation de cL^te journée à un de ses amis. Chaudron-Rousseau 1§

fit, quelques mois après, traduire devant un tribunal militaire. Il assista au procès, et comme l'accusé représentait qu'on pouvait tout au plus l'accuser d'erreur, il l'interrompit en disant : — « Ta défense est inutile; tu vas voir si, en révolution, l'erreur est excusable. »

Un représentant ajouta : — « 11 a porté le fer et le feu dans mon département. Il a entassé d'innombrables victimes dans les cachots. Il ordonnait, sous peine de mort, aux femmes et aux enfants d'assister au brûlement des ornements et des tableaux d'église. » — Chaudron-Rousseau fut avissi envoyé en arrestation.

Les autorités constituées du département de la Nièvre et de la ville de Nevers accusaient Goyre Laplanche, Noël Pointe et Fouché.

Le premier était un prêtre marié. On lui imputait des arrestations arbitraires, des contributions révolutionnaires dont il n'avait pas rendu compte; à la société populaire il avait invité les filles au libertinage, disant : — « La République a besoin qu'on fasse des enfants. »

La discussion relative à Fouché avait plus d'importance; il n'avait jamais recherché ni acquis une renommée d'orateur, mais ses missions à Nevers, à Lyon avaient eu assez de retentissement.

L'influence que ses amitiés et ses conversations lui donnaient dans la Convention , la part qu'il avait prise au 1) thermidor le j)laçaient fort au-dessus des sujjaiternes proconsuls, dont le nom était ignoré partout ailleurs que dans les départements où ils avaient exercé leurs cruelles missions.

Fouché avait présenté au comité de législation un

'i3"2 RAPPORT SUR LF.S REPRÉSRNTANTS EN MISFFON-

mémoire justificatif où il s'étonnait qu'ayant été persécuté sous la Terreur comme ennemi du tvran, il fût maintenant accusé pendant le règne de la justice. Il se défendait d'avoir été l'ami de Chaumette. S'il avait forcé les citoyens de venir échanger leur or contre des assignats, c'était pour se conformer aux décrets de la Convention. D'ailleurs, en exigeant des sacrifices pécuniaires des suspects, au lieu de les embastiller et de les envoyer à l'échafaud, il avait fait preuve de modération et d'humanité ; il défiait qu'on produisît un mandat d'arrêt qu'il eût signé.

Il se justifiait de la profanation des églises et des célébrations du culte de la nature, en assurant qu'il avait protégé les prêtres et avait même préservé de la persécution des prêtres réfractaires.

S'il avait créé une armée révolutionnaire, c'est qu'il y en avait dans tous les départements. Si elle avait exercé des brigandages et pillé les églises, ce n'est pas lui qui devait être responsable des désordres de soldats sans discipline.

Il ne pouvait guère s'excuser de sa mission de Lyon autrement que les autres commissaires de la Convention. Il rejetait tout sur les décrets, et avait toujours été , disait-il , moins rigoureux que leur texte. En définitive, le meilleur argument de son apologie, c'était d'avoir puissamment contribué à la chute de Robespierre.

Le rapporteur citait en sa faveur une des querelles qu'il avait eues avec Robespierre : un ami de Chàliei', membre de la commission populaire, avait dénoncé, jugé et condamné sept citovens, puis s'était approprié leur fortune. Fouché l'avait destitué; cet homme était un des protégés de Robespierre, qui s'emporta avec

colère, en disant: — «Apprends que les patriotes ne volent pas, et que tout leur appartient. »

Legendre et Tallien défendirent leur ami, en rappelant tout le secours qu'il avait apporté aux Thermidoriens, lorsqu'ils osèrent cons])irer contre Robespierre. — «Ce fut lui qui l'attaqua le premier aux Jacobins. Chaque jour il venait nous rendre compte de ce qui se passait au comité de salut public. Le 7 thermidor, il vint nous dire : « La division est déclarée entre eux; « le moment de frapper est venu. » Il avait écrit une lettre à sa sœur, où il disait : «Robespierre n'a plus « que quelques jours à régner. » Elle fut interceptée portée au tyran, »

Fouché avait quelques autres amis dans la Convention; ils tentèrent de le sauver, et portèrent des témoignages en sa faveur. Un d'eux alla jusqu'à dire que les dénonciations venues de Nevers avaient été mendiées et payées : elles portaient sur des faits si connus, que ce moyen de défense causa quelque irritation.

— «Ce que viennent de dire Legendre et Tallien, dit Lesage, me touche fort peu. Fouché a concouru au 9 thermidor parce que sa tète était menacée. Quand les tyrans se sont servis d'un instrument, ils le brisent. Robespierre voulut le briser, il ne réussit pas. »

Lesage ajouta quelques })aroles qui expliquaient la véritable cause de ce renouvellement de ])oursuites contre une série de représentants.

— «Vous ne devez faire grâce à aucun des brigands de l'aneienne Montagne. 11 faut (Mupècher qu'ils ne puissent entrer diiiis le Corps législatif qui nous succédera. »

C'est ainsi que toute l'altentiou des couveutioiuK^ls se portait vers les élections prochaines. Ils pi'évo\aieut

que la faveur piil)liqiie ne se porterait pas sur eux, s'ils conservaient dans leurs rangs des hommes odieux, dont les départements demandaient qu'il fût fait justice. D'ailleurs , en rendant inéligibles les représentants sur qui se porteraient les suffrages des Jacobins, leurs Aoix seraient acquises aux républicains raisonnables. Fouclié fut décrété d'arrestation à une grande majorité.

Les rapporteurs du comité de législation avaient terminé leur travail sans faire mention des pièces qui leur avaient été remises par plusieurs représentants des départements de l'Ouest, relativement à la mission de Francastel et de Hentz, ces deux acolytes de Turreau. Les administrations et les sociétés populaires d'Angers et de Niort demandaient justice depuis longtemps des horreurs commises dans leur malheureux pays. Lofficial, député des Deux-Sèvres, se plaignit vivement de cette omission. Il donna lecture d'une des réclamations qu'il avait déposées au comité de législation.

— i< La marche tenue à Nantes par Carrier a été suivie à Angers par Hentz et Francastel. Peut-on, sans horreur, reporter les yeux sur cette innombrable multitude de victimes conduites à la boucherie au son d'une musique militaire, sous les fenêtres d'un représentant, du peuple. Des hommes barbares ont immolé l'enfant et la mère; vous pourriez appeler en témoignage contre leurs bourreaux des enfants qui portent encore les cicatrices des coups de sabres et de baïonnettes, dont ils ont été frappés. Pourquoi le comité de législation ne vous a-t-il pas rendu compte de ces pièces, ajoutait Lofficial, les lui aurait-on soustraites? Vous y verriez qui a rallumé la guerre de la Vendée;

VOUS sauriez que tel général, maintenant détenu et qu'on ne veut pas faire juger, affirme que s'il a fait égorger les femmes , les enfants et les vieillards, c'est qu'il en avait l'ordre signé de Hentz et Francastel; vous sauriez qu'ils ont fait massacrer deux- mille sept cents hommes, qui avaient mis bas les armes sur la foi d'nne amnistie. »

Hentz avait été envoyé en arrestation après le 12 germinal, il s'agissait seulement de Francastel qui apparemment avait des amis au comité de législation. LolTicial demanda que le rapport fût fait sous trois jours. Ce délai parut insuffisant à quelques représentants : on proposa huit jours.

La majorité de l'Assemblée se lassait enfin de cette enquête si souvent reprise, si longtemps prolongée; elle comprenait que si une telle concession était nécessaire pour satisfaire l'opinion publique, il en résultait en même temps une sorte de flétrissure pour la Convention entière. — « Il est temps, disait-on, que nous terminions cette tâche pénible et que nous fermions la porte atout esprit de haine et de vengeance; décidons que le comité de législation n'examinera plus aucune dénonciation, après vous, avoir fait son rapport sur Francastel et Noël Pointe.

— « L'épuration de cette Assemblée est encore loin d'être complète, » répliquait-on d'un autre côté.

^- « Vous voulez en expulser les républicains après en avoir chassé les scélérats, » disait la gauche.

Tel était le dialogue qui s'établissait entre les deu\ partis qui , à ce moment , divisaient la Convention ; ceux qui s'associaient à l'esprit de réaction étaient de beaucoup les moins nond)renx; non-seulement les républicains ])olitiqnes, mais l("s hommes sages du

t23G DISCUSSION SLR LES TEP.HOIt ISTES DÉTENUS.

côté droit ne voulaient pas pousser plus loin cette honteuse enquête. Boissy d'Anglas mit fin à la discussion. L'examen des dénonciations portées contre Francastel et Noël Pointe fut renvoyé au comité de léiiislation, sans fixer aucun délai, pour qu'il fît son rapport. Les circonstances amenèrent d'autres préoccupations , et le rapport fut oublié.

Tous les décrets d'arrestation, dans la pensée de ceux qui les votaient et de ceux même qui les provoquaient, n'étaient qu'une sorte d'ostracisme, personne ne songeait à les faire suivre de nouvelles rigueurs, ni de poursuites judiciaires.

C'était aussi en vue des élections qu'avait été proposée la commission destinée à prononcer sur le sort des détenus , et à mettre en liberté les patriotes arbitrairement arrêtés; mais la réclamation des sections de Paris, mais la scène de Dubois-Crancé avaient changé le cours des opinions; le comité de législation, sans s'arrêter au vote qu'avait adopté en principe la commission, présenta un projet conçu dans un autre esprit. Henri Larivière était rapporteur : ce lui fut une occasion de renouveler, dans le langage le plus hyperbolique, ses attaques contre le parti révolutionnaire ; il aurait pu dire plus simplement que l'oubli du droit commun, le mépris des lois, les tribunaux d'exception, les jugements par commission étaient des habitudes propres à la Révolution. Ce fut le thème de son discours; le projet était conçu avec un respect scrupuleux des formes légales.

Mais c'était une affaire de parti, la gauche demanda la question préalable. — « Yeut-on faire entendre, disaient la Montagne et les représentants qui commen-

DISCUSSION SUR LES TKKKOUISTES DÉTliMS. "2^7

çaieiit à s'y rallier, que les commissaires de la Convention en prononçant des mises en liberté, ont arrêté le cours de la justice? L'Assemblée arrêterait- elle le cours de la justice, en instituant une commission pour décider du sort des détenus? N'est-il pas juste de saisir tous les moyens pour rendre la liberté aux patriotes opprimés. » — Les défenseurs du nouveau projet étaient écoutés avec beaucoup plus de faveur que les Montagnards. Ceux-ci tiraient leurs arguments des massacres de Lyon et de Marseille, des prévenus égorgés après avoir été acquittés par les tribunaux. Ils disaient, avec vérité, que si le cours de la justice était interrompu, c'était par ces hommes qui couraient les rues avec une ganse blanche à leur chapeau, un gros bâton à la main pour assommer les républicains; mais ils étaient exagérés et injurieux, de sorte qu'ils excitaient de continuels murmures.

Tallien appuya le projet du comité et parla sévèrement de l'établissement d'une commission : — « Ce serait, disait-il, avilir la Convention, la livrer à des discordes intestines, exciter l'esprit de parti dans le peuple. »

Louvet ne combattit point le projet, mais fit une sortie violente contre la Réaction. Le retour de la royauté, le rétablissement de l'aacien régime, préoccupaient de plus en plus son imagination ardente.

— « Oui , disait-il, c'étaient des hommes de sang, ceux qui envoyaient l'innocence à l'échafaud ; mais ne sont-ils pas aussi des hommes de sang ces atîreu.v Chouans qui ont arraché les yeux avec un tirebourre, à des soldats prisonniers? Ne sont-ce ])as des hommes de sang ces émigrés qui sont venus d'Angleterre pour s'allier au\ Chouans? I)ussé-je être ;qt{>ele

"238 DISCUSSION SUR LES TElUlOKISrKS DÉTENUS.

Terroriste, je dirai que nulle composition n'est possible avec les émigrés; il n'y a pour eux que la mort : ]e dirai que les agents de Robespierre ne sont pas les seuls ennemis que vous devez surveiller et

frapper Malgré les vains efforts de la calomnie,

j'en jure par la presque unanimité de la Convention, jamais les échafauds de la Terreur ne seront relevés. Mais aussi jamais le nouveau terrorisme ne parviendra à nous rendre la honte et le fardeau de la royauté. »

Le décret qui avait statué qu'une commission serait chargée de prononcer sur les détenus fut rapporté. C'était le frnds de la discussion ; on ajourna les arti<;lps relatif? au mode de procédure; trois semaines a[)rès, Us furent réduits à la simple injonction de suivre à Fégard des détenus la marche prescrite par les lois.

Plusieurs sections de Paris remercièrent la Convention de la décision qu'elle avait prise. Parmi les députations qui parurent à la barre, on remarqua celle de la section du Théâtre -Français. Elle avait pour orateur un journaliste déjà fort connu et qui depuis l'a été davantage ; Fiévée exprima la véritable opinion parisienne ; la Convention , ou pour parler plus exactement, les conventionnels s'en inquiétaient trop dans l'intérêt de la République qu'ils confondaient avec leurs intérêts personnels.

— (( Si l'on en croit certaines gens, les amis des principes sont des brigands; les défenseurs de la Convention sont des royalistes et les Terroristes seuls sont des patriotes. Bientôt Robespierre et ses complices seront des victimes et les assassins de Féraud seront des républicains. Les Jacobins ne vous pardonneront

DÉCKKTS SLil Lt.S KLKCTIO.NS. 230

jamais le 9 thermidor : méfiez-vous de ces rapports exagérés où l'on vous peint la France entière comme peuplée de royalistes et de cannibales.

« Nous ne prétendons pas qu'on doive jeter un voile sur les assassinats; nous abhorrons les assassins; mais nous ne voulons que des lois, et des lois justes; nous voulons que les accusés soient renvoyés devant leurs juges naturels; que la France ne voie pas dans les absous des protégés, et dans leurs juges des protecteurs intéressés; qu'on ne rende pas aux buveurs de sang leur liberté avec la même facilité qu'on met depuis quelque temps à en priver de bons citoyens. Exercez sur vous-mêmes les fonctions que nous avons exercées dans les sections. Au 31 mai, la Montagne se rendit justice, en chassant la vertu de cette enceinte; c'est à vous aujourd'hui à en chasser le crime. »

En même temps que la Convention discutait et votait les lois d'administration et de circonstance; en même temps qu elle prononçait sur ceux de ses membres qui lui étaient dénoncés par les plaintes des départements et par l'opinion des sections de Paris, elle avait continué assidûment l'examen de la Constitution. Le jour même où elle avait été votée, Daunou annonça que le lendemain un des membres de la commission des onze présenterait un rapport sur « les moyens de terminer la Révolution. »

A considérer la situation de la France et de la Convention elle-même, déterminer les moyens d'établir un régime nouveau ; installer un gouvernement après l'avoir créé ; régler la transition entre une assemblée souveraine et de nouveaux i)ouvoirs distincts

•i40 DÉCKIiTS SLR LKS ÉLECTIONS.

et séparés : c'était une tâche plus diiTicile et plus chanceuse que d'écrire un acte constitutionnel. Pour ceux qui l'avaient rédigé ou voté , comme pour le pays à qui il était imposé, la question était bien moins de savoir la valeur intrinsèque de cette loi , que de connaître à qui seraient confiés les pouvoirs qu'elle instituait. C'est surtout pour une loi entièrement nouvelle, sans racine dans le temps, dans la iradilion, dans les habitudes, qu'on peut dire; tant vaut Ihomme, tant vaut la loi.

Véritablement, telle était la principale préoccupation de l'opinion publique et de la Convention. Voilà ce que l'on entendait par « les moyens de terminer la ilcvolution. »

La commission avait choisi pour rapporteur Baudin des Ardennes, un des hommes les plus considérés pai'mi les conventionnels, véritable ami de la liberté et de la justice, républicain sincère, mais rempli de préjugés contre le passé et d'illusions sur l'avenir, H ne pouvait en être autrement : préférer une forme de gouvernement étrangère aux habitudes et à l'esprit de la France, et qui n'y avait jamais existé même secondairement dans les administrations locales, c'était aimer l'inconnu et l'abstrait; c'était s'attacher à une conjecture. Les républicains les plus éclairés et les plus honnêtes n'avaient donc, à vrai dire, qu'une seule certitude, l'aversion de l'ancien régime dont ils avaient étudié et reconnu les inconvénients et les abus; c'est ce que Baudin confessait avec bonne foi.

— (c Le but d'une résolution est la réforme des ahus accumulés au point de ne pouvoir être réformes, sans une secousse violente et universelle. Quand l'éJilice social tombe en ruine et ne peut plus

liÉCItiiTS SIR L!;S ÉLi;CriONS. 241

ùtre ni étayé, ni réparé, sa déniolilion devenue inévitable doit précéder une construction nouvelle. Mais bientôt la précipitation et le désordre accroissent le fracas inséparable de la chute. Longtemps après quelle est finie, on est contraint de rechercher péniblement les anciennes fondations avant qu'on puisse en établir de nouvelles — Chacun a cru la Révolution achevée dès qu'elle était parvenue au degré qu'il avait souhaité et a voulu alors la iixer, avant qu'elle eût parcouru tous ses périodes.

« Chaque année fut signalée par quelque grande crise, mais aucune n'était décisive. Chaque faction y contribua à son tour, croyant s'en approprier le fruit; elles agissaient dans leur intérêt propre; cependant elles ont travaillé à l'avancement de la liberté publique. »

Cette présomptueuse illusion des partis qui successivement s'étaient emparés du pouvoir après s'être intronisés par la violence, Baudin la partageait à son tour. — « Après tant d'efforts inutiles pour arrêter la Révolution, n'est-ce pas, disait-il, une témérité de l'entreprendre aujourd'hui? Non, citoyens, parce que ceux qui l'essayèrent avant vous s'aveuglèrent jusqu'à penser qu'ils trouveraient dans leurs ressources personnulles des moyens ellicaces de compression, ([ui n'existent nulle part ([ue dans la volonté nationale. »

Or la proposition que I3 rapporteur allait présenter , n'était rien autre chose qu'une tentative nouvelle pour terminer la Révolution au moyen d'un parti qui i^arderait le pouvoir entre ses mains.

Il disait à la vérité que la Constitution serait soumise à 1 approbation dfs assemblées pi'imaires et VI. 16

qu'elle deviendrait ainsi une volonté nationale. Mais la Constitution de 1793 avait obtenu cette sorte de sanction. Aussi lui fallait-il expliquer que les suffrages n'avaient pas été libres , que l'assentiment qui avait été donné était une vaine apparence, un véritable outrage fait à la nation.

— « Mais, disait-il, la Constitution votée hier par la Convention a été discutée librement ; elle a subi un examen sérieux; les controverses de la tribune et de la presse ont eu pleine licence. Les avantages et les inconvénients du projet ont été mis en lumièr.e; des amendements de la plus haute importance ont été acceptés; des plans entièrement différents ont été repoussés, mais après un mûr examen. Ainsi l'opinion publique doit être éclairée; les assemblées primaires, son organe lésral et vrai, voteront non-seulement avec liberté, mais avec connaissance. »

Baudin ne réfléchissait pas que l'immense majorité des assemblées primaires se composait des classes de la nation à qui il était impossible de connaître si une constitution est bonne ou mauvaise. Quant à la liberté du vote, à supposer qu'elle n'eût pas à subir la pression exercée par les agents du pouvoir qui proposait la constitution, une contrainte plus forte lui était imposée.

Lorsqu'un gouvernement, qui subsiste déjà, à un titre ou à un autre, met en question son existence devant une population paisible et soumise, il ne propose pas à son choix un autre maître que lui , une , autre constitution que celle qu'il vient de rédiger : ainsi le vote est forcé. Si, par impossible, on présentait aux assemblées primaires la possibilité de choisir cnlrc un çrnuvernement el un autre, de préférer une

DÉCHETS SLR LES ÉLEl-TIO>S. 2VS

loi différente de celle qu'on leur propose, le sufîrai>"e universel prendrait peut-être une décision aveugle, mais elle serait libre. Au lieu que demander aux citoyens et aux pères de famille de répondre par oui ou par non : si le lendemain le gouvernement disparaîtra et si l'on se passera de lois , c'est poser une question où la négative ne peut être prononcée que par les bandits d'une émeute.

La Convention , si elle eût posé franchement la question de personnes , pouvait craindre la liberté des suffrages. Les hommes qui gouvernaient et qui voulaient être continués dans le pouvoir n'avaient pas un nom imposant. Ils n'étaient entourés ni de renommée, ni de respect. Leurs continuelles variations ne les recommandaient pas aux préférences du peuple. D'ailleurs l'autorité qu'ils exerçaient avait un caractère provisoire et chancelant; l'ordre public semblait plus compromis en les maintenant qu'en leur donnant des successeurs, et ils n'étaient plus assez puissants pour faire peur.

Ainsi la liberté du vote, peu dangereuse quant à l'acceptation de l'acte constitutionnel, était menaçante quant aux élections. La commission des onze vouhiit donc imposer deHicaces restrictions à cette liberté. L'as&emblée conslituante avait commis une faute énorme et donné une grande leçon. H Cbt au moins douteux qu'en se faisant réélire, elle eût sauvé le roi et la constitution de 17'JI, mais en interdisant la réélection de ses membres, elle appela avec certitude une révolution prochaine.

La Convention ne pouvait tomber dans une pareille erreur; mais il ne lui suflisait pas de déclarer que ses membres seraient rééligibles. L'opinion publique ne

lui était pas favorable; les agents locaux n'étaient ni assez forts, ni assez dévoués pour imposer des listes aux votants : les partis, qu'elle réprimait alternativement et qu'elle poursuivait l'un et l'autre de malédictions et de menaces, étaient actifs. Ainsi les conventionnels couraient presque tous le risque de ne pas être réélus, et alors une majorité réactionnaire aurait dominé le nouveau corps législatif; le danger était plus grand encore , si le directoire exécutif émanait de cette majorité. Alors la constitution ne serait plus, comme on le voulait, une garantie pour les hommes et les intérêts de la Révolution.

Le texte et l'esprit de l'acte constitutionnel indiquaient l'intention de prévenir la crise d'un renouvellement total.

Le corps législatif devait être renouvelé par tiers tous les ans. Ainsi il n'y avait rien de forcé dans l'interprétation qui, selon le projet de la commission, attribuait, à la composition des nouveaux conseils, au moins les deux tiers des membres de la Convention.

Toutefois c'était une détermination grave et forte; l'opinion générale du pays ne s'y attendait point; l'esprit parisien devait y être hostile; la presse était en disposition de l'attaquer vivement; même dans le sein de l'Assemblée une opposition pouvait s'élever.

Mais comment seraient choisis les conventionnels qui devaient former les deux tiers du nouveau corps législatif; c'était une autre décision à prendre et elle devait donner lieu à de vives controverses.

La commission des onze avait rejeté la voie du sort, et donnait pour motif que le sort pourrait conserver des représentants qui, par l'épuisement de

leur santé ou le dépérissement de leurs affaires domestiques , ne pourraient vaquer à leurs fonctions législatives. Ce n'était pas sans doute la véritable raison, mais on ne voulait pas dire franchement qu'il ne convenait pas de s'en rapporter au hasard.

Un scrutin épuratoire n'était pas proposable. — (( Après tant de divisions et de haines, il ne faut pas que la discorde éclaire encore de son flambeau les derniers moments de notre session, pour nous distinguer, par notre fait, en élus et en réprouvés. »

D'ailleurs l'épuration avait été faite. — « Nous avons rejeté de notre sein ceux qui sont ou souillés ou soupçonnés de crimes : aujourd'hui nous ne voyons dans la masse de la Convention que ce qu'y voient trop bien les royalistes et les émigrés, un corps formidable de républicains zélés, ennemis irréconciliables de la monarchie, décidés à périr plutôt que de composer avec elle. Nous sommes tous solidaires envers la nation, dont nous avons voulu la liberté; envers la royauté, qui a juré notre perte commune sans égard pour les nuances qui nous distinguent. »

Quelle que fût la confiance de la commission dans le vote des assemblées primaires, sa déférence pour le suffrage national, et sa persuasion de la foi républicaine, qui unissait ensemble tous les membres de la Convention, elle repoussait la pensée de laisser à l'élection le choix des représentants qui devaient former les deux tiers du corps législatif. — « Ce serait au moment où les passions sont aigries, un levain funeste de division dans les départements. De misérables germes de discorde, au moment où vous les étouffez parmi vous, se répandraient au dehors, réveilleraient les haines, et l'esprit de faction verse-

rait encore sur les hommes et les opinions la défaveur et l'ignominie. »

Il était difficile de manifester plus évidemment la méfiance de l'opinion publique. Le mode employé pour échapper au contrôle qu'elle aurait pu exercer sur les membres de la Convention était compliqué.

(( Il sera nommé au scrutin secret et à la pluralité absolue une commission de dix-huit membres, pris dans le sein de la Convention. Nul ne pourra refuser sa nomination.

(( Cette commission se réduira par le sort au nombre de neuf.

(f Ces neuf membres formeront un jury de confiance.

« Tous les membres de la Convention se présenteront en personne, chacun séparément, devant le jury, sans que, sous aucun prétexte, il puisse en être admis plus d'un à la fois.

(( Chaque député déclarera son nom, son âge, son département, et s'il est ou a été marié.

« Il déclarera ensuite verbalement s'il est dans l'intention de continuer les fonctions législatives. 11 ne sera point fait mention des motifs que les démissionnaires voudraient ('onner. Ces déclarations seront reçues par le jury sans l'assistance d'aucun secrétaire.

« Tout député qui ne se sera point présenté devant le jury deux jours après l'invitation qu'il en aura reçue, sera censé démissionnaire.

« Si le nombre des démissions n'était pas tel que la Convention se Iroiivât réduite au nombre de cinq cents membres, c'est-à-dire aux deux tiers du corps

DÉCRETS bUR LES ÉLECTIONS. 2M

législatif, le surplus de la réduction se fera par la voie du sort.

« Si le nombre des démissions réduisait la Convention à moins de cinq cents membres, le jury est autorisé à supprimer le nombre de démissions nécessaires pour compléter cinq cents.

« Ne sont point compris parmi les députés en activité, ceux qui, depuis le 1^"" germinal dernier, ont été décrétés d'arrestation. »

Les autres articles du projet réglaient la présentation de l'acte constitutionnel aux assemblées primaires.

(( Le droit de suffrage était soumis à la même condition que précédemment : un domicile de six mois dans le canton.

« Les assemblées primaires nommeront leur président et le bureau.

« Dès que le bureau sera formé, il sera donné lecture de l'acte constitutionnel, à moins que l'assemblée déclare qu'elle ne se trouve en état de délibérer.

(( Chaque votant donnera son suffrage de la manière qui lui sera convenable. »

L'acte constitutionnel devait être aussi présenté aux défenseurs de la patrie et voté par l'armée.

D'autres articles déterminaient de quelle manière la Convention déclarerait sa session terminée et serait immédiatement remplacée par le nouveau corps législatif.

Ce décret ne pouvait être accepté facilement et sans discussion. Ce que Baudin avait dit de l'union qui régnait dans l'Assemblée et de la conformité des opinions, confondues dans l'amour de la liberté et de la République, n'était pas complètement vrai, lu cer-

tain nombre de représentants ne souhaitaient pas que le gouvernement nouveau fût une continuation du gouvernement conventionnel. Sans renier la Révolution , ils ne voulaient pas en conserver religieusement toutes les œuvres. Ils regardaient surtout comme juste et sage de ne pas concentrer la vie politique et les fonctions publiques dans le vaste parli qui, depuis le 10 août, s'était emparé de l'universalité des pouvoirs et des emplois, à l'exclusion do tous les citoyens qui avaient servi le pays et aimé la liberté, avant la journée où le trône avait été renversé, avant la date d'une ère de désordre, de tyrannie et de sanguinaire persécution.

Le jour même où le projet fut présenté, un symptôme de la division qui s'établissait dans l'assemblée avait été remarqué. Depuis longtemps l'élection du président était à peu près convenue d'avance et non contestée; aussi n'y avait-il aucun empressement pour ce scrutin. Lorsque le nombre des votants n'était pas complet; lorsque la majorité requise n'était pas atteinte, personne ne réclamait et l'élection était acceptée comme si elle eût été régulière.

Soit par hasard, soit par préalable concert, il n'y eut que deux cent trente-sept votants. Chénier obtint cinquante et une voix , Henri Larivière cent six. La majorité absolue était cent dix-neuf. Cambacérès , qui présidait, fit remarquer cette irrégularité. Vainement Lanjuinais et Legendre citèrent les précédents habituels, l'Assemblée ordonna un nouveau scrutin. La gauche s'y rendit eu force et Chénier fut élu.

La discussion sur le projet de la commission des onze fut longue, mais calme. L'intention de continuer la politique et le gouvernement de la Conven-

DÉCRETS sua LES ÉLECTIONS. 24*)

tion sous une forme nouvelle, et de conserver le pouvoir ou l'importance aux hommes qui en jouissaient, était si évidente, qu'on s'attendait généralement à une usurpation plus flagrante. On avait cru que la Convention se répartirait entre les deux conseils; qu'elle élirait le directoire exécutif et ajournerait tout renouvellement et toute élection à six mois. Il est vraisemblable que telle avait été la pensée des meneurs du parti révolutionnaire; mais elle était trop audacieuse pour être proposée à l'Assemblée et n'y aurait pas obtenu la majorité.

Delabaye, qui était suspect de royalisme, parla le premier contre le projet. Le jury de confiance lui semblait une conception malheureuse. — « Je n"y aperçois pas le caractère de franchise lumineuse qui, dans les lois, doit rassurer ceux pour lesquels elles sont faites. Les esprits vulgaires diront : « Il y a là- « dessous quelque chose qu'on n'entend point. » Il ajoutait qu'on ne devait compter sur presque aucune démission.

— « Tout cela est contraire ù la droite raison ; inutile et dangereux; tout cela viole gratuitement et de mauvaise grâce la^souverainelé du peuple. Il n'y a que la nation qui ait le droit, en toute circonstance possible, de statuer sur la durée des fonctions de ses députés et sur le mode de leur renouvellement. Nulle commission ne peut être revêtue de l'énorme pouvoir de les expulser d'une manière directe ou indirecte. »

Quel que fût le respect de l'orateur pour la souveraineté du peuple, il avait sur le mode emp'oyé pour le consulter des idées fort diff'érentes du projet.

— (( Le gouveriieinont représr-ntalif est institué \)t6-

cisément parce que le peuple n'a pas assez de connaissance pour délibérer sur les lois, et qu'on lui suppose des lumières suffisantes pour bien choisir les législateurs. La commission vous propose une marche contraire à ces principes. Elle soumet aux assemblées primaires la plus importante, la plus vaste, la plus difficile à apprécier de toutes les lois, et elle prive le peuple du droit de remplacer ceux de ses représentants qui n'ont plus sa confiance. Elle donne au peuple une attribution dont il s'acquittera vainement, sans réalité ; elle le dépouille de la seule qu'il puisse exercer avec connaissance.

« Si, obéissant à un préjugé, vous voulez offrir l'acte constitutionnel à la sanction du peuple, ayons du moins la sagesse de ne pas la lui demander dans les circonstances actuelles. Laissons-le s'éclairer par l'expérience du mérite de cette loi fondamentale; consultons- le dans six mois, dans un an. Si elle est bonne, si elle produit un gouvernement stable et ferme, si elle rétablit l'ordre social, si elle ramène la paix; et le bonheur, alors la nation aura des motifs certains de l'accepter. Si elle n'a pas eu ces heureux effets, elle aura besoin d'être corrigée, et les assemblées primaires demanderont une révision. »

Delahaye proposait quelques articles déduits des idées qu'il avait exposées; mais il ne contestait pas le droit et la convenance de composer les deux tiers du corps législatif des membres de la Convention. Il réclamait seulement, pour les assemblées électorales, le droit de les choisir.

CharHer, en véritable Montagnard , proposait un moyen de triage assez bizarre, mais qui aurait eu pour résultat assuré de donner la majorité à son

parti. — « La Convention , disait-il, est composée de trois catéofories : des membres de l'assemblée constituante, qui ont proclamé les droits de l'homme; des membres de l'Assemblée législative, qui ont renversé le trône;' et, enfin, de députés appelés à la Convention qui ont concouru à fonder la République. Je pense qu'il appartient aux deux premières classes de donner un glorieux exemple de désintéressement et de laisser ceux qui n'ont siégé qu'à la Convention former le noyau de la législature nouvelle. » — Cet expédient fut accueilli par des murmures.

Le rapporteur prit la défense de son projet. 11 repoussa comme peu raisonnable la mise à l'essai de la Constitution. — « 11 n'y a eu et il n'y aura jamais de gouvernement provisoire; ce sont deux idées qui s'excluent. 11 peut y avoir et il y a eu des tyrannies provisoires; mais le nom de gouvernement ne leur convient pas. » — Baudin ne remarquait pas que tout gouvernement nouveau et qui n'a pas été sanctionné par l'épreuve du temps, commence par être un gouvernement provisoire. La Constitution de 1795 ne larda guère à en donner un exemple de plus.

Baudin maintint avec insistance la proposition de ne point confier aux assemblées électorales la fonction de choisir parmi la Convention les deux tiers qui seraient conservés dans le cor})s législatif.

Le motif des uns pour leur refuser cette attribution était le même qui portait les autres à la leur donner. Dans l'état de l'opinion , soumettre l'assemblée au scrutin épuratoire du suffrage national seml)lait une, épreuve dangereuse pour le parti révolutionnaire.

Il fut proposé de déclarer seulement que les membres de la Convention étaient rééligibles, en laissant

aux assemblées électorales toute liberté dans leurs choix. Ce projet ne pouvait être accueilli dans l'Assemblée aussi favorablement qu'il l'était par l'opinion publique et par les journaux. Une incontestable majorité, composée des représentants de toute opinion, voulait le maintien des deux tiers dans le corps législatif.

La Réveillère-Lépeaux, qui avait acquis une assez grande importance parmi les zélateurs de la République, fit un long discours contre le royalisme; quoi qu'en pussent dire ses amis et lui, la contre-révolution n'était pas en cause dans ce débat. Lui-même peignit avec un fonds de vérité, mais avec des couleurs fausses et des détails inexacts , les divisions qui condamnaient à l'impuissance le parti royaliste et l'émigration ; le peu d'entente qui existait entre Louis XVIII et Monsieur le comte d'Artois; le prince de Condé agissant de son côté sans se concerter avec eux ; l'antipathie des purs royalistes pour les monarchistes constitutionnels ; les chances de la branche d'Orléans, qui, n'ayant point de vengeance à exercer, pouvait avoir de nombreux partisans. Il parlait des difficultés d'une restauration; de l'impossibilité où elle serait de s'établir paisiblement; des exigences de toute sorte dont elle était inséparable. De sorte qu'il en arrivait à dire : '( maintenant la République est le salut de tous; elle seule peut sauver et les royalistes et les républicains. )>

L'article qui prescrivait que les deux tiers du corps législatif seraient pris dans la Convention fut donc adopté presque sans contestation. Comment et par qui seraient choisis ces deux tiers? c'était la grande question. Elle donna lieu à une discussion

DÉCREIS SUK LES ÉLECTIONS. 253

qui se prolongea pendant })lusieurs séances. Elle fut animée, mais plutôt par une diversité d'opinions que par l'esprit de parti. Les républicains politiques attachaient une extrême importance à ne pas soumettre les membres de la Convention à une réélection; mais beaucoup de représentants, qui aimaient sincèrement la République, inclinaient vers la pensée de confier aux assemjjlées électorales le choix des deux tiers.

Le jury de confiance était presque universellement repoussé. On ne comprenait pas pourquoi, destiné seulement à recevoir des démissions , il devait procéder d'une manière compliquée et mystérieuse, entendre les députés un à un, conférer avec chacun d'eux, en leur promettant le secret des paroles qui seraient dites dans cette conversation. On se demandait comment le jury était autorisé par un des articles à demander dans tous les dépôts les pièces relatives aux représentants. — « C'est donc une enquête sur la conduite de chacun de nous ; le jury pourra donc conseiller ou exiger les démissions? Ainsi se démettre sera une sorte de flétrissure; nous ne voulons pas, disait-on, retourner dans nos départements avec une note d'indignité, o

Le rapporteur donnait des explications qui n'étaient nullement satisfaisantes; et, lorsqu'il fut proposé de conférer à la commission des onze les fonctions du jury de confiance, lîaudin répondit qui' ses collèiiues et lui ne voulaient pas s'exposer aux soupçons qui s'élèveraient contre eux.

Ln représentant, nommé Guillemardet, remontia (jue la Convention n'avait (ju'un seul moyen de ivsoudre la ditïiculté. H lallait qu'elle se rattachât aux

254 DECKKTS SLR LES ÉLCLilO.NS.

principes. — « L'élection des représentants du peuple doit être faite par les assemblées électorales. »

C'était précisément ce principe que la commission des onze repoussait.

Tallien s'opposa fortement à la proposition de Guiilemardet. — « Ce n'est pas, disait-il, dans les assemblées électorales que réside la souveraineté nationale. Elle est tout entière dans les assemblées primaires. On leur présentera ce décret en même temps que la constitution. Je suis persuadé qu'elles l'accepteront. Ainsi ce sera par la volonté du peuple que les deux tiers de la Convention siégeront dans le corps législatif. «

Chénier était, selon sa coutume, encore plus exagéré. — c( Vous pouvez juger, par les sections dç Paris, ce que seront les assemblées primaires dans toute la République. Ce fut avec les calomnies sorties des sections de cette ville qu'on parvint à conduire Vergniaud et ses amis à l'échafaud. De même;, si vous chargez les assemblées primaires de désigner ceux d'entre nous qui doivent composer le corps législatif, ce sera provoquer l'acte d'accusation et préparer l'échafaud de ceux qui seront exclus. C'est un pouvoir judiciaire , c'est un droit de mort que vous donneriez à des assemblées populaires. Je vous conjure de rejeter la proposition de Guiilemardet par la question préalable. »

BaïUeul voulut répondre à Chénier. J.ouvet s'écria : — K Au nom du salut de la République , je demande la clôture de la discussion. » — La discussion fut fermée et la question préalable adoptée.

Le lendemain, la commission proposa à la Convention d'élire elle-même au scrutin les cinq cents mem-

DÉDilETS SLR LKS ÉLKLTIONS. 255

bres destinés à faire partie du corps léj^islatil'. Ce mode d'épuration sembla ne pas être agréé par l'Assemblée : c'était la livrer aux discordes et aux. intrigues; d'autres projets furent présentés; il fut encore question du tirage au sort.

— « Nous avons tous été élus par le peuple, disait Charlier; chacun de nous mérite également la confiance publique; c'est le sort qui doit décider entre nous. »

Bailleul répondit : — « Je ne verrais pas sans effroi mettre au sort la composition du corps législatif. Oui, nous avons tous été élus par le peuple, mais nous n'avons pas tous tenu la même conduite; il y en a parmi nous qui ont conservé la confiance publique , d'autres qui l'ont perdue. Le corps législatif ne peut pas remplir sa mission sans avoir la confiance ])ublique. Vous savez bien qu'il ne l'obtiendrait pas, si on voyait encore certains individus parmi ses membres.

« Vous ne pouvez pas imposer silence à l'opinion nationale, qui a marqué la place de chacun de nous. Rien ne peut étouffer cette opinion. Quelques mots prononcés complaisamment à cette tribune ne la feront point taire. En vain on dira : a Nous sommes « tous dignes de la confiance du peuple; « une voix forte, s'élevant de toutes les parties de la France, répondra : « Non I ))

Personne n'avait encore dit plus nettement la vérité, ni mieux exposé la position de l'Assemblée en face de l'opinion publique.

Louvet demanda la question préalable sur la voie du sort et insista |)our le scrutin d'élection dans l'Assemblée. C'était à ce mode que se rattachaient les

républicains inquiets pour l'avenir de la Constitution et pour les intérêts révolutionnaires.

La voie du sort fut rejetée par la question préalable.

Mais les objections s'élevaient en foule contre le projet de faire élire les conventionnels par euxmêmes. La proposition de Guillemardet était reproduite, comme si elle n'avait pas été formellement rejetée.

— « Qui défendra les républicains, dans les assemblées électorales? disait Tallien, ce n'est pas que je croie la majorité de la nation ennemie des fondateurs de la République. Mais est-il donc sans exemple qu'à force d'intrigues et de crimes la minorité entraîne ou domine le plus grand nombre? » — Puis Louvet parlait de la nouvelle terreur et cherchait à établir une comparaison entre les élections prochaines et les élections de 1793 opérées sous l'influence des massacres de septembre. A la quatrième séance, l'Assemblée commença par décider que le mode de réduction serait voté sans désemparer.

Eschasseriaux républicain , et Aubry réactionnaire, parlèrent en faveur de l'élection par les assemblées électorales. Seulement au lieu d'établir le scrutin sur les exclusions, on proposa de faire élire les deux tiers qui seraient conservés.

Les opinions diverses se rallièrent au système de l'élection par les assemblées électorales. L'article fut ainsi voté à la presque unanimité et au grand applaudissement des tribunes.

Huit jours après, une autre loi rendue sur le rapport de la commission des onze, régla le mode de réélection des membres de la Convention. Les assem-

ÉT.Vi I^TÉÎllELT, DE LA CONVENTION. 257

Ijlées électorales devaient d'abord élire les deux tiers de leurs députés, en les choisissant parmi les membres de la Convention. Comme il était facile de prévoir que beaucoup de conventionnels seraient élus en même temps par plusieurs départements , les électeurs auraient encore à élire une liste triple de la première pour suppléer aux vides qui résulteraient de l'option des membres de la Convention pour un des départements où ils auraient été élus. Sur cette liste supplémentaire, la Convention aurait à choisir elle-même par scrutin ce complément aux élections directes des assemblées électorales.

Ces deux décrets, par lesquels la Convention s'imposait à la France et maintenait le pouvoir aux mains des mêmes hommes, pour l'exercer au nom des mêmes opinions et des mêmes intérêts, furent donc votés sans autre amendement que la réélection attribuée aux assemblées électorales et non pas à la Convention elle-même. La commission des onze, qui avait paru d'abord attacher une extrême importance à cette modification finit par ne plus la combattre. C'était une concession, une sorte de compromis avec le parti modéré. Tant de précautions prises pour être en majorité dans le corps législatif, et pour rester maîtres de l'élection des cinq directeurs, étaient sans doute acceptées mal volontiers par les hommes qui regrettaient la royauté constitutionnelle et qui avaient j)eat-être espéré un moment la rétablir ou du moins la préparer; mais ils avaient depuis deux ou trois mois cessé d'en entrevoir la moindre possibilité. La descente de Quiberon; l'intervention du ministère anglais dans les projets des émigrés, leurs jactances, M. 17

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