VI
Jacobins embrigadés et armés par la Convention produisait l'effet qu'on aurait dû prévoir. La nuit du 1 1 au 12 se passa en allées et venues d'une section à l'autre. Les orateurs appelaient les citoyens à se défendre contre les Terroristes et les buveurs de sang. — (( La Convention, disaient-ils, se jette dans leurs bras ; elle va vous remettre sous le pouvoir des bourreaux et des brigands. » — On couvrait les murs
d'affiches oii ces paroles étaient répétées; le tambour était battu dans toutes les rues.
A sa séance du matin, la Convention apprit la soumission de quelques-unes des sections ; mais le plus grand nombre étaient dans la plus vive fermentation.
La portion modérée du gouvernement aurait voulu calmer ce commencement de sédition. Une députation du bataillon des patriotes fut admise pour remercier la Convention de la confiance qu'elle leur témoignait; ils protestèrent de leur haine contre les assassins et promirent de faire respecter les personnes et les propriétés; ils jurèrent que quiconque s'écarterait des principes d'humanité et de tolérance serait avec horreur chassé de leurs rangs.
Baudin, qui présidait, sembla comprendre que la Convention s'était donné de dançrereux défenseurs. En accueillant leurs protestations, il indiqua que leurs services étaient acceptés, parce qu'ils se qualifiaient de patriotes de 89. — « Publier que le régime de la Terreur va renaître, c'est vouloir tromper les amis de la liberté. »
Une proclamation adressée aux citoyens de la comuiuiie de Paris repoussa plus vivement encore cette imputation.
ATTAUUE CONTRE LA SECTION l.EPELLKTl EU. 330
— u Dussions-nous périr sous le fer des bourreaux, nous n'invoquerons pas le crime pour fonder le règne de la vertu. Jamais la Convention ne tendra la main au Terrorisme. C'est une afïreuse calomnie. Les méchants vous ont trompés. »
La proclamation expliquait et excusait la formation du bataillon des patriotes. « Ce sont des républicains zélés , d'anciens et braves militaires. Chacun est pourvu de sa carte civique attestant sa j)rofession et son domicile. Ils ont pris pour devise : « Liberté, égalité, humanité. r> Leur commandant sera le brave et sage général Berruyer. Ils ont juré de se dissoudre dès que la Convention n'exigerait plus leurs services. ->■> — Le mot d'ordre que le gouvernement avait adopté terminait cette pièce : « Le royalisme et l'anarchie seront vaincus. »
Ces ménagements pour une opinion exaspérée et méfiante étaient tardifs. L'impulsion que les républicains de la Convention appelaient un complot royaliste était donnée, et les comités n'espéraient plus apaiser le mouvement. Ils avaient, dès le matin du 12, pris des mesures pour réprimer ou combattre l'insurrection. Les troupes étaient campées dans la plaine des Sablons; des détachements furent appelés.
L'ordre avait été donné de cerner l'ancien couvent des Filles Saint-Thomas, où siégeait l'assemblée primaire de la section Lepelletier. C'était là qu'était le ])oint central, le quartier général de la rébellion. Vers huit heures du soir, le général Menou, qui commandait les troupes, dirigea trois colonnes parla rue des rilles-Saint-Tliomas, la rue Nolrc-Dame-des-Victoires
et la rue Vivienne; ce couvent occupait à peu près la place où depuis la Bourse a été construite.
Sept ou huit cents hommes do la garde nationale étaient rangés devant la porte de la section presque en face de la rue Vivienne , dont ils occupaient le débouché. Ils furent sommés de rendre leurs armes. Un jeune homme de vingt ans, qui depuis, comme écrivain et membre des assemblées représentatives, augmenta la réputation qu'il avait alors acquise par son courage, M. de Lalot se présenta devant le représentant Laporte et le général Menou.
— f( Que nous demandez-vous, dit-il? Nos armes : nous ne les avons jamais employées que pour votre défense. Quels sont vos défenseurs? Ceux qui voulaient vous égorger et que nous avions désarmés par vos ordres. Quels canons amenez-vous contre nous? Les nôtres, que nous avons volontairement rendus. Que nous reprochez-vous? L'exercice légitime de nos droits. Nous avons, au prix de notre sang, maintenu la liberté de vos délibérations et vous violez les nôtres au mépris de toutes les lois. ))
Ce discours redoubla l'ardeur des gardes nationaux. Ils croisèrent la baïonnette , attendant l'attaque. Le conventionnel commanda à la troupe de charger.
Les ordres du comité étaient en effet de faire évacuer la section et de désarmer les gardes nationaux qu'on y trouverait. Mais cette expédition devait être faite dans la matinée, à un moment où aucune résistance n'était probable; les hésitations des comités l'avaient retardée. Maintenant les circonstances n'étaient point celles tjui avaient été prévues : c'était un combat à engager, du sang à verser. La foule com-