CORRESPONDANCE DE LEMAITRE
qui lui sout favorables. Dans la conspiration du '13 vendémiaire, vous verrez unis pour renverser la République, les conspirateurs et le parti de l'étranger. Des correspondances très-précieuses ont été saisies. Le plan suivi par les assemblées primaires y est tracé. On dégrade l'esprit public, on calomnie la Convention, on la perd dans l'opinion. »
C'était toujours la même habitude de police qui appelle conspiration, soit le cours naturel de l'opinion, soit l'effet nécessaire des circonstances du moment, ou même le discernement plus ou moins prévoyant de ce qui sortira de telle ou telle situation.
De sorte que les informations données par des agents subalternes, sur l'esprit des assemblées primaires, sur la marche que vraisemblablement elles suivraient, étaient produites en preuves. Les illusions et les espérances frivoles de quelques intrigants étaient, selon le rapporteur, des projets en cours d'exécution. Ce qui était plus grave, les noms propres écrits dans les lettres des correspondants de l'émigration étaient présentés comme indice contre des hommes avec qui les donneurs d'informations n'avaient pas eu le moindre rapport.
Delaunay cita La Harpe, Lacretelle, Richer, Serizy, et laissa entendre qu'ils n'étaient pas les seuls.
Le seul fait positif était que le comité de sûreté générale avait fait arrêter un nommé Lemaître ancien employé au ministère des finances, et qu'on avait saisi ses papiers ; c'était là que se trouvait toute la conspiration. Delaunay proposait qu'il fût traduit devant un conseil de guerre, ainsi que ses complices. Le décret fut aussitôt voté, et l'impression du rapport fut demandée.
CORRESPONDANCE DE LEMAÎïRE. 371
Tallien, ainsi que cela était concerté d'avance, insista sur l'impression, il voulait surtout que toutes les pièces fussent publiées. — « Les comités de gouvernement n'ont pas nommé les hommes qu'ils auraient dû vous faire connaître. Il faudra cependant les signaler ; il faut savoir enfin quels hommes étaient à la tête de cette conspiration; il faut savoir pourquoi on a paralysé ceux qui voulaient dénoncer et détruire ce repaire qui porte le nom d'Assemblée électorale du flépartement de la Seine. »
Les applaudissements encourageaient Tallien : il avait d'abord parlé de sa place, au haut de la Montagne où il avait siégé pendant la Terreur, où il était venu se rasseoir; ou le fît monter à la tribune.
— « J'ai consenti à me taire , j'ai eu tort : je m'en accuse devant les amis de la liberté. J'aurais dû dénoncer ceux qui le 13 vendémiaire conspiraient avec les sections ; ceux que les sections de Paris prenaient sous leur protection et qui par réciprocité protégeaient les sections; ceux qui auraient été épargnés si on avait massacré la représentation nationale; ceux qui ne répondaient pas quand on leur disait : « Dor- « mez-vous? » et qui en efîet ne dormaient pas, mais conspiraient. Oui, ils cons})iraient le renversement de la République. » Et comme aurait pu dire un agent de police du plus bas étage , il ajouta : — « Leurs chevaux étaient prêts pour aller au-devant du nouveau roi, dont ils auraient été les principaux ministres. »
Tout était arrangé pour cette scène : les tribunes redoublaient d'applaudissements. — « Oui, continuait Tallien, j'aurais dû vous faire connaître vos dangers et les accusations qu'on prépare conti'c vous. Oui, dans quelques jours, on vous accusera d'à-